Mon ange des bibliothèques


Agatha Mary Clarissa Miller
est née le 15 septembre 1890 dans une petite ville du Devon, d'un père américain et d'une mère anglaise. Et c'est bien parce qu'elle a épousé un certain monsieur Archibald Christie, dont elle conservera le nom après son divorce, qu'elle deviendra Agatha Christie.
Son talent, qui ne doit sans rien à Monsieur Christie, est celui d'inventer d'incroyables histoires où les personnages typiques nous sont proches, presque familiers. Entre cinéma, théâtre, livres, qui n'a jamais, de près ou de loin, croisé Madame Christie.
D'Hercule Poirot à Miss Marple, la collection de caractères s'enrichit au fil de ses romans.
Agatha Christie meurt en janvier 1976 , près d'Oxford. Elle suit de peu l'un de ses personnages fétiches, Hercule qu'elle avait occis en 1975 de sa plume alerte.
Une centaine d'ouvrages... probablement, je n'ai pas compté. Mais celui dont je veux parler, est atypique, il est situé dans l'Egypte ancienne. M. Max Mallowan (*), second époux, était archéologue, ce qui fait qu'Agatha disait :
« Comme j'ai bien fait d'épouser un archéologue : plus je vieillis, et plus il me trouve belle. »

Le livre
Elle est belle, Nofret, la nouvelle concubine d'Imothep. Elle a parfois des sourires cruels, des rires moqueurs, et cette sorte d'arrogance de celles dont la jeunesse ouvre toutes les portes. Elle a l'âge des enfants d'Imothep. Et puis Nofret meurt. Les enfants espèrent que le cœur de leur père leur revienne, mais un poison ronge la maison. Comme si un démon décidait de tout.
Je l'avoue, je suis inconditionnellement une groupie d'Agatha. J'ai avalé tous les romans que j'ai trouvé, passant des heures le nez plongé dans les crimes et l'ambiance « so british » des atmosphères qu'elle savait si bien camper. Mais ce roman là, atypique, dont le ton oriental est comme une petite musique lancinante, et bien je l'aime entre tous. Ce n'est sûrement pas le meilleur, mais il est différent.

L'extrait
Cette nuit là, Renisenb fit un rêve.
Elle était avec Khay, voguant avec lui sur la barque de la Mort, au royaume des Ombres. Khay était debout et elle le voyait de dos. Comme l'aube approchait, il tourna la tête et elle s'aperçut que ce n'était pas Khay, mais Kameni. Presque au même instant la tête de serpent qui se trouvait à la proue de la barque se mit à s'agiter et à prendre vie. Elle vit que c'était une vipère et pensa : « C'est le serpent qui se glisse dans les tombeaux pour manger les âmes des morts ! ». La peur la paralysait. Elle découvrit alors que le serpent avait le visage de Nofret. Elle cria : « Nofret ! Nofret ! » et s'eveilla.
Allongée, le cœur battant, elle se répétait qu'il s'agissait d'un rêve, qu'il n'y avait rien de réel dans tout cela. Et soudain elle s'avisa d'une chose : Nofret, c'était ce mot que Sobek ne cessait de murmurer entre ses dents, hier, tandis qu'il s'acharnait sur le serpent qu'il venait de tuer...

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L'auteur

Pierre de Ronsard était le fils cadet de Louis de Ronsard et de Jeanne de Chauldrier. Il étudia au Collège de Navarre à Paris. Il semblerait qu'il n'aimait pas la vie rude de l'école médiévale. Après une otite chronique qui le laissa à moitié sourd, il décida de se consacrer à l'étude. Cette période dura plus de sept années. En 1550, Ronsard publie ses quatre premiers recueils « Odes ». Puis s'enchaînèrent les œuvres. Les Amours de Cassandre déclenchèrent une véritable polémique dans le monde littéraire. En 1552, Ronsard fut enfin accepté comme poète. Cette gloire fut subite et démesurée, sa popularité ne faillit jamais. Ses dernières années furent marquées par la perte de nombreux de ses amis et son état de santé s'aggrava. Malgré la maladie, ses créations littéraires restèrent toujours d'aussi bonne qualité et quelques-uns de ses derniers écrits sont parmi les meilleurs. Ronsard meurt en décembre 1585. (source Wikipédia).

Le Livre
Aimer la poésie, c'est naviguer en émotions. Les poètes savent, mieux que tout être, raconter les tourments autant que les élans. Et Ronsard, bien après mes années d'écoles, m'a enchantée de ses vers amoureux. C'est le chantre du sentiment qui s'exacerbe dans l'attente.
Aimer la poésie n'est pas très hexagonal. Et c'est dommage. Mais ce type de lecture demande une initiation et la scolarité passe souvent à côté. Dans les pays anglo-saxons, il paraît que c'est un art noble. Ici les poètes sont presque inconnus. D'accord je caricature.
Sur la toile, on peut glaner ça et là, de petits bijoux construits à la sueur et au sang de leurs auteurs.
Aimer la poésie, pour moi, c'est picorer, au gré d'un chagrin, parce que je prends peu de temps parfois. C'est me nourrir, parce qu'espérer sortir de sa propre médiocrité, suppose d'aller se remplir. Et que Ronsard fait partie de ce qui me remplit. Il niche à mon chevet.

L'extrait

Voulant tuer le feu, dont la chaleur me cuit
Les muscles et les nerfs, les tendons et les veines,
Et cherchant de trouver une fin à mes peines,
Je vy bien à tes yeux que j'estois esconduit.
D'un refus asseuré tu me payas le fruit
Que j'esperois avoir : ô esperances vaines !
O fondemens assis sur debiles arenes !
Malheureux qui l'amour d'une Dame poursuit,
O beauté sans mercy, ta fraude est descouverte !
J'aime mieux estre sage apres quatre ans de perte,
Que plus long temps ma vie en langueur desseicher.
Je ne veux point blasmer ta beauté que j'honore :
Je ne suis mesdisant comme fut Stesichore,
Mais je veux de mon col les liens destacher.

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Le livre
C'est un monde bien noir que celui du Pêcheur. Les fusées étaient trop lentes, l'exploration des étoiles avait été confiée à des hommes aux pouvoirs télé kinésiques. Les corps de se déplaçaient pas, seuls les esprits voyageait. C'est ainsi qu'était née « L'Hameçon », sorte de société occulte qui fouillait l'univers, et commercialisait les trouvailles de ses explorateurs. Du coup, la majorité de l'humanité n'ayant pas accès à ces techniques, avait régressé, était retombée dans un moyen-âge où les gousses d'ail accrochées aux portes repoussaient les vampires. Et ceux qui étaient doués de facultés psy étaient impitoyablement pourchassés, massacrés.
Ce roman est un roman messianique, il raconte comment un homme, Stephen Blaine, va se lever, pour sauver tout un peuple martyrisé, juste parce qu'il est un peu différent. On retrouve ici les thématiques de la différence, de l'exclusion, et des phobies au nom desquelles l'humanité immole certains de ses membres. Toujours avec ton poétique et nostalgique qui caractérise l'œuvre de Simak.

L'extrait
Il était rare d'entrer en contact avec une créature douée de pouvoirs télépathiques. D'autres facultés, d'autres étrangetés, plus ou moins paradoxales existaient assez couramment, qui faisaient de la télépathie une chose assez banale. Mais rarement pouvaient-elles rivaliser avec la bonne vieille transmission de pensée.
Et la créature parla.
« Hé ! vieux, dit-elle, j'échange mon esprit contre le tien ».
L'esprit de Blaine poussa un cri muet de surprise offensée confinant à la panique. Car voici que soudain, sans avertissement, il était devenu un être double - composé à la fois de lui-même et de cette créature affalée. L'espace d'un instant chaotique, il vit ce que voyait la créature, sentit ce qu'elle sentait, sut ce qu'elle savait.

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Le livre
Face de Chat est un ingénieur qui ouvre des routes temporelles. Il attend dans le verger depuis des centaines de milliers d'années. Il est arrivé parce que son vaisseau s'est écrasé à une époque où seules les bactéries s'agitaient dans les eaux primitives.
Et Face de Chat a ouvert des routes pour le chien Bowler, qui revenait parfois de ses expéditions avec des os de dinosaures tous frais dans la gueule, fier comme tout de ses prises.
Jusqu'à ce que Asa réussisse à rentrer en contact avec Face de Chat... et Mastodonia, pays situé en un temps reculé, où la terre était encore vierge de son humanité.
Ce roman parle de nostalgie, du poids du passé. Comme tous les romans de Simak, il fait la part belle à la réflexion, à la recherche de soi, à l'accomplissement. Il pointe du doigt nos travers, les plus mercantiles, quand une société de loisirs décide d'organiser des chasses au T-Rex pour des hommes fortunés, revenus de tout, blasés et prêts à payer pour connaître le frisson ; les plus sordides, quand le gouvernement souhaite réexpédier ses pauvres dans un lointain passé, pour résoudre une crise sociale qui menace d'exploser.
Et puis, il y a Lambin, le mastodonte qui lambine.

L'extrait
J'avais tout d'abord remarqué les arbres familiers, puis le cycas. Mais voici que d'autres détails sollicitaient mon attention. Par endroits, le sol était recouvert de lauriers nains, sassafras et autres arbrisseaux. L'herbe poussait par plaques - une herbe rude, résistante et plutôt maigre, bien différente de celle du Pléistocène qui dévorait chaque pouce carré de terrain. Cette herbe me stupéfiait. Il n'aurait pas dû y en avoir : selon les manuels, elle n'avait fait son apparition que plusieurs millions d'années plus tard. Sa présence nous rappelait combien nous étions faillibles. Ici et là, dans le lointain, entre les bouquets d'arbres familiers, on apercevait des palmiers nains. Nous nous trouvions, je le savais, à une période transitoire entre l'émergence des arbres à feuillage caduc et la disparition de l'ancienne flore, plus primitive ; sous nous yeux cohabitaient les deux types de végétation.

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L'
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Le livre

Il est usé, mon bouquin de poche, d'avoir été lu et relu, feuilleté.
C'est l'histoire d'une maison bizarre, hermétique, qui accueille tous les visiteurs de la galaxie, un relais de poste interstellaire. La maison a l'air d'être éternelle, l'emprise du temps ne vient pas dégrader la façade. Pas un reflet, pas une fenêtre ouverte. Et un habitant, Wallace, qui devrait bien fêter ses 200 ans, un de ces jours. Le ramasseur de ginseng, qui tourne autour de la vieille ferme, n'en est pas un. Il furète, il cherche, il enquête. C'est un agent de renseignement. C'est aussi l'histoire d'un talisman qui protège la paix, et qui a été volé.
J'aime ce roman. Il parle d'amitié, d'espoir, de fraternité. Comme à son habitude, Simak pose un regard nostalgique sur les merveilles que la nature offre et que l'humanité méprise, mutile, détruit. Ce roman reprend les thèmes récurrents de l'œuvre de l'auteur : la différence, la tolérance, et le respect, malgré la couleur de peau, la planète, voire l'étrangeté.

L'extrait
Paresseusement, un faucon traçait des cercles au-dessus du fleuve. L'air était si limpide que Wallace imaginait qu'en faisant un léger effort, il parviendrait à distinguer chacune des plumes des ailes déployées du rapace.
Il y avait quelque chose de quasi féerique dans ce décor. Une transparence de l'atmosphère... le regard plongeant très loin... une impression de détachement qui touchait presque à l'immensité de l'esprit. Comme s'il s'agissait d'un lieu privilégié où il fallait que l'homme aille à la recherche de lui-même et s'estime heureux s'il se trouvait. Car il y avait ceux qui cherchaient et qui ne trouvaient rien. Pire encore : ceux qui n'avaient jamais songé à chercher.

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L'auteur
Né en 1904, Simak est le fils d'un immigré tchèque. Fils d'ouvrier agricole, il gardera la vision idéalisée d'une nature où les écureuils et les chiens s'apprivoisent. Il fit des études d'instituteur et c'est pour améliorer l'ordinaire que, jeune papa, il collabora à plusieurs journaux locaux. Plusieurs années de journalisme le conduiront sur le chemin de l'écriture. Au départ, il publia des nouvelles dans les désormais célèbres « stories » qui ont permis à nombre d'auteurs de faire leurs armes. Il faut attendre le début des années 50 pour que Simak se rapproche du roman, les magazines de nouvelles se raréfiant.
En 1962, Simak se lance dans la vulgarisation scientifique. Il écrira aussi des romans où virevoltent des lutins, trolls, elfes, où les humains cohabitent avec un monde issu des contes. Toute l'œuvre de Simak sera hantée par l'idée d'une humanité tolérante, où l'acceptation de la différence est la clé de sa philosophie.
Il meurt en 1988.

En apparté
Simak fut extrêmement prolixe. Il fut aussi mon coup de foudre pour la lecture en général, et la science fiction en particulier. J'ai choisi, parmi son œuvre, quatre romans qui m'ont particulièrement touchée, parce qu'on retrouve les thèmes éternels du respect universel : différences culturelles, d'éducation, de sexe, respect de la nature, des animaux, etc...

Le livre
Autour d'un feu, le soir à la veillée, les chiens racontent des légendes. Les jeunes chiots frétillent de curiosité. On parle de mythes, on se pose des questions. Qu'est-ce que l'homme, Qu'est-ce qu'une ville. Et la guerre ? L'homme a-t-il réellement cohabité avec le chien, aux temps anciens. La plupart des chiens savants s'accordent à penser que l'homme est une création du chien pour expliquer le mystère de ses origines...
La toute première fois que j'ai lu ce roman, j'ai zappé les notes de l'éditeur, par pure fainéantise, me disant que les commentaires n'avaient pas d'intérêt, comme c'est souvent le cas du reste. Or, ces notes font intégralement partie du roman.  Parce que l'éditeur est un chien ! En huit nouvelles, l'homme quitte, définitivement la terre, la léguant à la gente canine. Avec poésie, Simak égratigne la civilisation qui se modernise. Visionnaire, il parle de ces hommes qui ne sauront plus mettre le nez dehors, parce qu'ils peuvent tout régler devant l'écran d'un ordinateur. Oui, visionnaire, vraiment.
Ce roman, je l'ai acheté une bonne vingtaine de fois. Je l'ai prêté autant de fois et, à croire qu'il recèle une incroyable magie, on ne me l'a jamais rendu, à une exception près, c'est pour cela que je l'ai encore dans ma bibliothèque.

L'extrait
Grand-père Stevens, assis dans un fauteuil de jardin, regardait travailler la tondeuse, tout en laissant la douce tiédeur du soleil pénétrer jusque dans ses os. La tondeuse parvint au bord de la pelouse, eut un petit gloussement de poule satisfaite, prit un virage impeccable et repartit tondre une nouvelle bande de gazon. Le sac où s'amassaient les brins coupés se gonflait.
Soudain, la tondeuse s'arrêté avec un cliquetis excité. Un panneau s'ouvrit sur son flanc et un bras en forme de grue en émergea. Des doigts d'acier raclèrent l'herbe, remontèrent en brandissant triomphalement une pierre qu'ils abandonnèrent dans un petit réceptacle, puis disparurent à nouveau dans le panneau. La tondeuse à gazon reprit son vrombissement et continua son travail.
Grand-père poussa un petit grognement de méfiance.
« Un de ces jours, se dit-il, ce satané truc va manquer un brin d'herbe et faire une dépression nerveuse ».

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Vladimir Jankélévitch (1903-1985), questionné par Béatrice Berlowitz

Philosophe et musicologue français, Jankélévitch est issu d'une famille d'intellectuels russes. Un père médecin, traducteur de Freud, Hegel. Les Jankélévitch ont fuient les pogroms antisémites dans leur pays. Durant ses études, Vladimir rencontre Bergson avec qui il entretiendra une correspondance.
Après ses études, il enseignera dans différents lycées avant d'obtenir une chaire universitaire.
Pendant la seconde guerre mondiale, il sera déchu de sa nationalité française et perdra son poste d'enseignant. Il s'engagera dans la résistance. Il retrouve son poste de professeur en 1947.
Son œuvre, sa pensée philosophique, sont organisés autour de trois axes :

  • La métaphysique du « je ne sais quoi » et du « presque rien »
  • La morale de l'intention bienfaisante
  • L'esthétique de l'ineffable

Il a dit : Toute la ruse des bonnes consciences revient à donner au pauvre comme une gracieuseté ce qui lui est dû comme un droit.

Le livre

« Quelque part dans l'inachevé » est une phrase de Rilke. Et quelque part, le côté éclectique de l'ouvrage, est un balade initiatique à la philosophie. Quand on a gardé le souvenir d'un ennui incommensurable durant la classe de terminale, cet ouvrage réconcilie. Remarquablement écrit, foisonnant, il se laisse picorer. On peut passer d'une question à l'autre, revenir, relire, savourer. Et puis, d'idée en concept, tout ce que je n'aimais pas, au lycée, m'est apparut, sinon simple, du moins accessible. J'ai commencé un parcours en philosophie, au hasard d'une librairie, à cause d'un titre où j'imaginais les points de suspension. L'humour, la mort, le vague à l'âme et l'inavouable mystère de la vie, sont autant de paysages à découvrir, avec curiosité, et humilité, tant la profondeur de la pensée bouleverse.

L'extrait

La musique vit de silences. La musique pour être musicale doit s'articuler - et elle s'articule comment ? par des silences plus ou moins longs et précisément mesurés qui la scandent, l'aèrent et lui permettent de respirer ; sans les silences, pauses et soupirs, elle ne serait qu'un bruit continu et finirait par suffoquer. Mais c'est encore trop peu dire : la musique toute entière tend vers une approche asymptotique vers cette limite extrême au-delà de laquelle règne le silence... C'est là son essence la plus secrète. Elle tend vers le silence d'où elle est issue et qui semble la nier. Cette loi du silence explique l'ondulation vivante qui caractérise certaines musiques...

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Mohammed Khaïr-Eddine

Il est né en 1941 à Tafraout, petite ville située au sud d'Agadir, à 180 km environ. Il s'installe en 1961 à Agadir, une année après le séisme qui le marquera. Jeune écrivain, il féquente le cercle des Amitiés littéraires et artistiques de Casablanca.
Il arrive en France en 1965, et devient, pour subsister, ouvrier. En 1967, son roman « Agadir » est salué par le prix « Enfants Terribles », qu'avait fondé Jean Cocteau. Il retourne au Maroc en 1979 et meurt à Rabat le 18 novembre 1995, jour de la fête de l'Indépendance du Maroc.

Quand Mohammed Khaïr-Eddine se souvient de sa scolarité...

«Disons que j'ai commencé à écrire en classe de 5ème secondaire (...). Je publiais dans la Vigie marocaine, il y avait même des professeurs qui m'encourageaient mais la famille était contre (...). J'étais plutôt fort en sciences et en français, nul en arabe, sauf en poésie. J'ai même écrit des tragédies que mon père a vendues à des marchands de cacahuètes qui en ont fait des cornets... »

Le livre

Sur un rythme tranquille, c'est l'histoire d'un vieux couple, qui termine son chemin, dans un compagnonnage serein, quelque part dans le sud marocain. Chaque jour est ponctué de l'immuable. Que ce soit la prière ou le tagine. Le vieux, Bouchaïb, est poète, alors il écrit la vie d'un Saint inconnu, il l'écrit dans sa langue ancienne, dans la langue des touaregs, que ceux du nord, qui reviennent en nouveaux riches, ne connaissent déjà plus.
C'est aussi l'histoire du progrès, de ce que nous appelons « le progrès », qui, peu à peu, change les habitudes, les rapports humains, modifie les valeurs.
Alors, le vieux et la vieille dissertent, le soir, autour d'un thé fumant, et pèsent à la mesure de leur grande humanité, à l'ombre de leur longue existence, ces bouleversements qui condamneront le monde qu'ils ont connu, inévitablement.
Lire ce roman a été une rencontre avec l'apaisement que l'on doit sans doute ressentir au soir d'une vie bien remplie, et remplie justement. C'est comme la chanson d'un ruisseau que l'on écoute, les yeux fermés, couché dans l'herbe, dans un beau soir d'été.

L'extrait

Ils étaient une fois de plus sur la terrasse. L'été tirait presque à sa fin. Les moissons avaient été bonnes, la récolte des olives et des amandes aussi. Comme toujours, la vieille préparait son tagine pendant que le Vieux fumait et sirotait du thé. Et, comme toujours en été, l'espace était splendide. Des milliards d'étoiles illuminaient le firmament. De temps à autre, une météorite fendait l'atmosphère en un trait rouge qui s'évanouissait rapidement. « Dieu est en train de lapider le Diable... », disaient les Anciens à la vue des ces phénomènes cosmiques. Bouchaïb ne croyait pas à cela. Il connaissait bien l'astronomie. Il avait lu tant et tant de livres qu'il eût écrit lui-même si le sort ne s'en était mêlé... Mais il ne regrettait rien. Ses poésies berbères qu'on lirait peut-être un jour étaient son unique plaisir. Mais qui s'occupait de la poésie berbère ?

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Pär Lagerkvist (1891-1974)

Ecrivain suédois, il reçut le prix Nobel de littérature en 1951. Les thèmes principaux de son œuvre abordent la question du bien et du mal.
Peintre de la tragédie de l'intelligence, il écrit notre cécité face à l'univers, face à nous-même. Pär Lagerkvist s'est joué de toutes sortes de formes littéraires : théâtre, nouvelles et récits, méditations, poèmes, romans...
Une citation : « L'être humain a besoin d'être flatté, sinon il ne devient pas ce qu'il est destiné à devenir, pas même à ses propres yeux ».
Ce roman, Barabbas, a été adapté au cinéma sous le même titre, avec Anthony Queen dans le rôle du larron.



Le livre

Tout le monde sait que Barabbas a été gracié et que c'est Jésus qui est monté sur la croix. Cette histoire commence à la crucifixion. C'est l'histoire d'un homme qui accepte cette seconde chance, mais, qui, finalement, n'en fera pas grand chose. Il cherchera à rencontrer celui qui l'a sauvé, ira de maladresse en reniement, de liberté en mine de sel. Il cherchera, mais ne trouvera pas sa voie, dans ce monde qui invente la chrétienté. C'est l'histoire d'un implacable sort qui ramène les hommes à ce qu'ils sont, et seulement à ce qu'ils sont. C'est l'histoire de la difficulté à comprendre ce qui est au delà des sens. Le récit est plutôt court, sobre. Frustre parfois, comme Barabbas.


L'extrait

La nuit venue, Barabbas se glissa jusqu'à la fosse de lapidation et y descendit. Ne pouvant rien voir, il avançait en tâtonnant. Tout au fond il trouva le corps déchiré, à demi couvert par les pierres qui avaient été jetées bien inutilement après la mort de la victime. Ce corps était si petit, si léger, qu'il pesait à peine dans les bras de Barabbas, quand il remonta l'escarpement et s'éloigna dans l'obscurité.
Il le porta pendant des heures. De temps en temps il s'arrêtait et se reposait un moment, la morte étendue à terre devant lui. Les nuages disparurent et les étoiles brillèrent ; peu après la lune se leva aussi, de sorte qu'on pouvait y voir. Il s'assit et regarda le visage de la femme, qui, chose étrange, n'était pas trop abîmé. Ni beaucoup plus pâle que de son vivant, cela n'eût guère été possible. Il était diaphane et la fente de la lèvre avait tant diminué qu'elle semblait sans importance. En effet, elle n'en avait plus maintenant.


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Jacques Lacarrière (1925-2005)

Écrivain, poète, traducteur (du grec), il est né à Limogne en 1925. Il passe une une licence de lettres classiques à la Sorbonne, à Paris. Parallèlement, il suit des cours de grec moderne et d'hindi à l'École des langues orientales.

Helléniste passionné, il séjourne en Grèce de 1952 à 1966 et découvre la culture grecque moderne. Jacques Lacarrière a écrit de nombreux livres sur la Grèce antique et moderne, mais il s'est aussi intéressé à la Turquie, à la Syrie, à l'Égypte, à l'Inde... ainsi qu'à la partie de la France où il a vécu, le Val de Loire, la Bourgogne...

Il est décédé le en septembre 2005 des suites d'une opération banale du genou.

Le livre

C'est l'histoire, à Alexandrie, d'une Marie, la plus belle et la plus libre des prostituées, dans un siècle où les chrétiens sont chaque jour plus nombreux. Et Marie entendra, elle aussi, l'appel de ce nouveau Dieu. Elle deviendra Sainte Marie d'Egypte...

Le récit suit le rythme de l'histoire. Au début, c'est la flamboyance des mots, la débauche des odeurs et des spectacles des corps, dans les nuits chaudes, quand les marins s'apaisent à la hanche d'une femme. Et puis Marie s'en va, dans le désert. Alors l'écrit se fait âpre, plus sec, plus sobre. Les phrases raccourcissent, et le sable envahit tout, juste dans les recoins les plus intimes. A mesure que se dessèche celle qui fut adulée, la foi grandit, le miracle de la foi émerge comme une oasis après des jours de dunes. Le corps s'amenuise et l'âme grandit.

Ce roman est un hymne, à la femme tout d'abord, sans jugement, avec tendresse. Au désert ensuite, celui qui trempe l'esprit dans la coupe du renoncement à soi.

L'extrait

Quand elle n'a rien à faire, que nul client n'a franchi l'huis de sa pièce obscure, qu'elle est lasse d'observer sur le plafond l'étreinte figée des palmes, Marie file la laine. Sa mère ne lui a enseigné que deux choses : filer la laine et faire jouir un homme. Il n'y a guère de rapport entre ces deux activités mais Marie leur trouve une parenté secrète. Pour quelques sous de bronze, elle vend ses écheveaux sur les marchés ou s'arrange avec ses voisines, dont beaucoup filent elles aussi, pour mettre leur travail en commun et se partager l'argent. Et c'est vrai qu'elle aime sentir entre ses doigts le fil se tordre et se détorde, se tendre et frissonner comme un cordon vivant. Filer lui permet d'occuper sensuellement ses mains sans accaparer son esprit. Et en filant, elle rêve.

...

Et puis

Deux « non phrases » qui atteignent, pour moi, au sublime, si belles qu'elles me feraient renoncer à l'écriture.

« Cendre absolue. Calcinée d'anges. »


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    Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
  • L’ombre d’un doute…
    J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
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