Le thé sentait la menthe. La vieille s'affairait à préparer le repas. Il vivait par habitude avec cette vieille là, sans joie et sans haine, un quotidien banal. Il avait finit par s'habituer à sa présence. Elle n'avait pas été le bon choix, il l'avait aimé, au début, et puis il ne l'avait plus aimée. Il en est ainsi des histoires humaines. Mais il n'avait pas trouvé le courage de la quitter. Il avait préférer tracer et se réfugier dans un rêve égoïste, sur les sommets d'une montagne, d'où il regardait s'agiter les hommes, qu'il trouvait petits, si petits.
Et chaque soir, ce vieillard fumait tranquillement sa cigarette devant la maison. La vieille souffrait de cette indifférence distante, polie. Mais elle avait choisi, elle aurait pu partir du temps qu'elle était jeune. Elle ne savait même plus ce qui l'avait retenue, sûrement pas un tendre sentiment, plutôt quelque chose de l'ordre de la peur d'en finir seule.
Les années s'effeuillaient, l'une après l'autre, faites de regrets, de ratages, d'incompréhensions et de lâchetés. Aujourd'hui, elle lui donnerait cette lettre subtilisée, deux décennies plus tôt, alors qu'une rage froide l'habitait. Elle balança l'enveloppe jaunie, tachée d'avoir été trop manipulée, sur les genoux du vieux.
Il l'ouvrit, attrapa ses lunettes et commença une laborieuse lecture. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas rencontré cette langue là...
Ton temps n'était pas mon temps, ton espace n'était pas le mien. Qu'ai-je gardé de toi, finalement ? Quelques émois noués par un lien de satin, une image, un message griffonné à la hâte sur le coin d'une table... Je savais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Et bien, mon beau vagabond, je crois que je vais m'effacer doucement, te laisser à ce tourbillon qui te brasse tant, tant que jamais tu ne trouves un instant pour me rejoindre. Je ne serais que de passage dans ta vie d'errance où demain s'en remet à la volonté divine, un souvenir agréable. Je suis bien sûre que tu ne me reconnaîtras même pas, un de ces jours, si nos chemins se croisent à nouveau. Au loin, je t'apercevrai faire un clin d'œil à une autre femme. Elle te regardera avec les yeux que j'avais pour toi. Mektoub.
Ce soir, je suis anéantie par cette évidence là, cette petite voix qui n'arrête pas de me seriner que je ne compte pas vraiment. Oh ! bien sûr, tu ne me feras pas de mal, tu n'auras jamais une parole désagréable, tu auras toujours cet incroyable sourire qui doit réparer bien des cœurs. Mais, mon cœur à moi, il ne va pas bien. Il t'attend et tu ne viendras pas. Je sais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Bien sûr, j'aurais pu être, une fois de plus, une fois encore, celle qui te rejoint. Mais je suis fatiguée. Fatiguée de croire que mon oasis pourrait être un oreiller où tu viendrais soigner tes pieds écorchés de tes longues marches. Fatiguée d'avoir envie de te manquer, moi qui te manque si peu. Bah ! ce n'est pas grave n'est-ce pas, rien n'est jamais grave. Mektoub.
C'est con, mais je n'ai pas envie de vivre une amourette épisodique, entre deux silences. Je pensais que nous pourrions faire un bout de chemin ensemble. Et je te jure que je ne demandais pas grand chose. Mais ton insouciance me blesse. Tous ces mois sont trop longs. Et je n'ose même pas imaginer qu'un jour viendra le temps de reprendre tes vagabondages. Je me lève chaque matin en me disant que je t'embrasserai aujourd'hui, je me couche en me disant que je t'embrasserai demain. Mais je rêve. Décidément, ta vie est entre tes voyages et ta chaumière, il n'y a pas de place pour mon oasis. C'est comme ça. Je sais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Je garderai, précieusement, comme le trésor d'une vie, l'odeur de ta peau et le miel bu à tes lèvres. Je garderai la profondeur noire de tes yeux qui savent parler, passer du rire à la gravité dans la même seconde. Je garderai la chaleur de ta voix qui murmurait de jolis mots au creux de mon oreille. Je garderai la marque d'un bel amour, mais qui n'était que le mien, qui n'était que le reflet de ce que j'apportais dans la corbeille de mariage. Mektoub.
Ton image a dompté les heures trépassées, les heures trop passées à te calligraphier. Une larme est tombée, ronde s'est écrasée, et son soupir léger, s'endort sur la portée. Me voici saccagée, bataille condamnée, au cœur piétiné d'un amour refusé. Et ma main dépouillée, orpheline blessée, s'en vient s'affaisser, inutile, éplorée. Il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds. Mektoub.
Le vieux essuya d'un geste lourd ses yeux désormais éteints. Il se souvint qu'il avait un jour, débarqué avec sa valise à l'adresse de l'oasis. Mais il s'était heurté à une pancarte : « A louer ». Il avait trop vagabondé. Il était resté sur son rivage, seul. Mektoub.
jeu proposé par Enriqueta
Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs















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