Mignardises et macarons

Le vieillard fumait tranquillement sa cigarette devant la maison. Au soir d'un bel été, qui avait été trop chaud, il goûtait la tiédeur des crépuscules flamboyants sur la mer. Parfois, il se prenait à penser au temps de sa jeunesse, à ses vagabondages entre deux pays, deux cultures. Il y avait eu des amours brèves et des amours denses, des amours sages et des amours éclaboussantes. Il avait eu son heure de gloire, et il avait toujours regardé devant, ne se préoccupant pas, finalement, de ceux qu'il laissait sur le bord de sa route.
Le thé sentait la menthe. La vieille s'affairait à préparer le repas. Il vivait par habitude avec cette vieille là, sans joie et sans haine, un quotidien banal. Il avait finit par s'habituer à sa présence. Elle n'avait pas été le bon choix, il l'avait aimé, au début, et puis il ne l'avait plus aimée. Il en est ainsi des histoires humaines. Mais il n'avait pas trouvé le courage de la quitter. Il avait préférer tracer et se réfugier dans un rêve égoïste, sur les sommets d'une montagne, d'où il regardait s'agiter les hommes, qu'il trouvait petits, si petits.
Et chaque soir, ce vieillard fumait tranquillement sa cigarette devant la maison. La vieille souffrait de cette indifférence distante, polie. Mais elle avait choisi, elle aurait pu partir du temps qu'elle était jeune. Elle ne savait même plus ce qui l'avait retenue, sûrement pas un tendre sentiment, plutôt quelque chose de l'ordre de la peur d'en finir seule.
Les années s'effeuillaient, l'une après l'autre, faites de regrets, de ratages, d'incompréhensions et de lâchetés. Aujourd'hui, elle lui donnerait cette lettre subtilisée, deux décennies plus tôt, alors qu'une rage froide l'habitait. Elle balança l'enveloppe jaunie, tachée d'avoir été trop manipulée, sur les genoux du vieux.
Il l'ouvrit, attrapa ses lunettes et commença une laborieuse lecture. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas rencontré cette langue là...


Oasis, le...

Ce soir, alors que je me paye une tranche de quotidien, ce doux ronron de ma vie, j'ai senti une larme couler sur ma joue. La larme est tombée sur le blanc du papier, une larme a bavé un chagrin parfumé. Et la goutte a filé sur les petits carrés qu'elle a décoloré dessinant un sentier. Le sentier a dressé un rempart dentelé, parsemés de mes mots écartelés. Puis, les mots ont joué à se désincarner, se sont à nouveau rassemblés afin de t'esquisser... Mektoub.
Ton temps n'était pas mon temps, ton espace n'était pas le mien. Qu'ai-je gardé de toi, finalement ? Quelques émois noués par un lien de satin, une image, un message griffonné à la hâte sur le coin d'une table... Je savais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Et bien, mon beau vagabond, je crois que je vais m'effacer doucement, te laisser à ce tourbillon qui te brasse tant, tant que jamais tu ne trouves un instant pour me rejoindre. Je ne serais que de passage dans ta vie d'errance où demain s'en remet à la volonté divine, un souvenir agréable. Je suis bien sûre que tu ne me reconnaîtras même pas, un de ces jours, si nos chemins se croisent à nouveau. Au loin, je t'apercevrai faire un clin d'œil à une autre femme. Elle te regardera avec les yeux que j'avais pour toi. Mektoub.
Ce soir, je suis anéantie par cette évidence là, cette petite voix qui n'arrête pas de me seriner que je ne compte pas vraiment. Oh ! bien sûr, tu ne me feras pas de mal, tu n'auras jamais une parole désagréable, tu auras toujours cet incroyable sourire qui doit réparer bien des cœurs. Mais, mon cœur à moi, il ne va pas bien. Il t'attend et tu ne viendras pas. Je sais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Bien sûr, j'aurais pu être, une fois de plus, une fois encore, celle qui te rejoint. Mais je suis fatiguée. Fatiguée de croire que mon oasis pourrait être un oreiller où tu viendrais soigner tes pieds écorchés de tes longues marches. Fatiguée d'avoir envie de te manquer, moi qui te manque si peu. Bah ! ce n'est pas grave n'est-ce pas, rien n'est jamais grave. Mektoub.
C'est con, mais je n'ai pas envie de vivre une amourette épisodique, entre deux silences. Je pensais que nous pourrions faire un bout de chemin ensemble. Et je te jure que je ne demandais pas grand chose. Mais ton insouciance me blesse. Tous ces mois sont trop longs. Et je n'ose même pas imaginer qu'un jour viendra le temps de reprendre tes vagabondages. Je me lève chaque matin en me disant que je t'embrasserai aujourd'hui, je me couche en me disant que je t'embrasserai demain. Mais je rêve. Décidément, ta vie est entre tes voyages et ta chaumière, il n'y a pas de place pour mon oasis. C'est comme ça. Je sais : « il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds ». Mektoub.
Je garderai, précieusement, comme le trésor d'une vie, l'odeur de ta peau et le miel bu à tes lèvres. Je garderai la profondeur noire de tes yeux qui savent parler, passer du rire à la gravité dans la même seconde. Je garderai la chaleur de ta voix qui murmurait de jolis mots au creux de mon oreille. Je garderai la marque d'un bel amour, mais qui n'était que le mien, qui n'était que le reflet de ce que j'apportais dans la corbeille de mariage. Mektoub.
Ton image a dompté les heures trépassées, les heures trop passées à te calligraphier. Une larme est tombée, ronde s'est écrasée, et son soupir léger, s'endort sur la portée. Me voici saccagée, bataille condamnée, au cœur piétiné d'un amour refusé. Et ma main dépouillée, orpheline blessée, s'en vient s'affaisser, inutile, éplorée. Il en est ainsi avec les oiseaux vagabonds. Mektoub.


Moi...


Le vieux essuya d'un geste lourd ses yeux désormais éteints. Il se souvint qu'il avait un jour, débarqué avec sa valise à l'adresse de l'oasis. Mais il s'était heurté à une pancarte : « A louer ». Il avait trop vagabondé. Il était resté sur son rivage, seul. Mektoub.


Voici ma contribution, histoire sortie de mon imagination, au Mystério de Noël,
jeu proposé par
 
Enriqueta

Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Le père avait beau secouer toutes ses vestes, ouvrir les tiroirs et retourner les porte-monnaie, il ne lui restait qu'une poignée d'euros. La somme était dérisoire. Il lui faudrait, sur ce pécule, réjouir autant l'estomac que les rêves de son petit. Dégoter le jouet qui le ferait rougir de plaisir, acheter des clémentines pour le dessert, une bûche au chocolat pour la fête, un paquet de papillotes pour décorer le sapin. Le sapin, justement. Le père avait découpé, dans une vieille planche, la forme de l'arbre. Il l'avait peinte d'un vert pelouse qui traînait, un reste oublié dans le fond d'un pot.
Pendant que le bonhomme s'abîmait dans ces considérations pécuniaires, le gros chien, un bâtard à tête de bouledogue mâtiné de cocker, vint se blottir contre lui, sur le canapé défraîchit. D'un geste machinal, le père se mit à gratter l'animal entre les deux oreilles. C'était une drôle de bestiole, pataude et maladroite. Le chien s'appelait Blatte. Et Blatte adorait presque tous les humains, mais éprouvait une aversion rageuse pour tout ce qui portait poil. Autant dire que pas un chat, pas un hamster, ni un barbu d'ailleurs, n'osait poser la patte sur le territoire de Blatte. C'est le petit qui avait baptisé l'animal de ce drôle de nom, du temps qu'il babillait encore plus qu'il ne parlait.
Le petit était un adorable garçonnet, blond avec une bouille d'ange. Il souriait gentiment et semblait heureux. Il s'émerveillait de ce que la vie lui offrait. Qu'une mouche vole dans la cuisine, et il la contemplait sans se lasser, curieux, attentif. Qu'un biscuit améliore l'ordinaire, et l'enfant éclatait d'un rire cristallin. Il se prénommait Merlin. Le père se disait souvent que son petit, c'était Merlin l'Enchanté.
Et cette année là, Merlin avait deux rêves, deux espoirs. Depuis des semaines, il se pâmait devant un gros nounours en peluche et il tannait son papa pour qu'il le réveille, à minuit, dans la nuit du 24 décembre au moment où le Père Noël déposerait son cadeau dans son chausson.
Après que le papa se fut pourvu de quoi améliorer l'ordinaire, il ne lui resta que l'argent pour le nounours, ou pour un déguisement de Père Noël. Mais, pas pour combler les deux vœux du petit.
C'est à ce moment là que Blatte se mit à aboyer comme un diable parce qu'il avait entendu le miaulement d'un chat dans le jardin. Et c'est également à ce moment là que le père résolut son épineux dilemme. Guilleret, il remis sa casquette, son paletot et ses pataugas, pour aller chercher la peluche au centre commercial. Et comme tous les papas, il cacha soigneusement le paquet, enrubanné, rutilant, froufroutant, dans l'armoire de sa chambre à coucher.
Ce soir là, il neigeait à gros flocons. Le jardin avait pris un air cotonneux, à peine voyait-on les arbres, grands fantômes glacés dans la nuit blanche. De loin en loin, des lumignons clignotaient sur le rebord des fenêtres. Le réveillon se préparait doucement. Merlin et son papa grignotaient devant un conte de Noël qu'ils avaient loué pour l'occasion. Ils avaient les yeux plein d'une joie partagée et gloussaient devant les facéties des lutins de l'histoire. Puis, vint l'heure d'aller goûter d'un sommeil excité. Le petit avait fait promettre à son papa de le réveiller lorsque le Père Noël viendrait déposer le cadeau sous l'arbre. Deux petites charentaises un peu râpées attendaient ce moment magique.
Lorsque l'enfant fût profondément endormi, le père prépara la mise en scène. Il déposa nounours contre le sapin en planche. Et puis, il sorti un chiffon rouge, qu'il déchira. Il éparpilla les haillons dans la neige, de part et d'autre du chemin qui menait à la maison. Il balança au hasard deux vieilles chaussures trouées et posa, ça et là, des touffes de laine blanche qu'il avait longuement peignée jusqu'à en faire une touffe crépue. Il lâcha Blatte au beau milieu du désordre artificiellement créé.
...Minuit. Le père embrassait l'enfant tendrement pour qu'il émerge. Les yeux candides de l'enfant brillaient d'une impatience émerveillée. Merlin sauta de son lit. Il courut jusqu'au sapin et, lorsqu'il eût dégagé nounours de son papier cadeau, serra la peluche contre son cœur aussi fort que son jeune âge lui permettait. C'est alors qu'il entendit son père s'exclamer : « Nom d'un pipe ! Blatte ! Qu'as tu fait ! Oh ! Mon Dieu ! ». L'enfant accouru, soudain inquiet , jusqu'à l'entrée de la petite maison. Et il découvrit l'animal qui jouait hargneusement avec un bout de chiffon rouge.
Alors le père, l'œil attristé, s'agenouillant auprès de son fil, le prenant tendrement contre lui murmura d'un air triste : « Blatte n'aime décidément pas les barbus, il a mangé le Père Noël... ».



Cette histoire n'est pas de moi, elle m'a été racontée par un collègue. Je l'ai juste mise en mots. Et je suis vraiment désolée pour ce cynisme, mais j'ai bien ri. Qui a dit qu'il fallait qu'il n'y ait que de l'angélisme sur ce blog ?

Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

La pieuvre Octopulpeuse se laisse bercer entre deux eaux, elle sait bien qu'elle attrape sa dernière vague. Elle ira s'échouer sur quelque plage et achèvera de sécher aux rayons d'un soleil cruel. Une octopubère l'accompagne, à qui elle confie des souvenirs de sa jeunesse poulpesque, sur une rive de la Méditerranée. La vieille est sage, d'avoir exploré des criques et des calanques, d'avoir croisé des octopus vulgaris de toutes les espèces. Mais c'est un épisode très particulier qui lui remonte souvent dans l'œil, maintenant que les passions sont apaisées. Tentaculaire, l'épisode, de quoi s'entortiller la ventouse sur un concombre de mer, et de fracasser un bernard-l'hermite.


A l'époque, elle venait de se faire plaquer par Octopugilat, un poulpe irascible, qui, au début de son adolescence avait pris un hameçon dans l'œil. Cet incident avait aigri le caractère d'Octopugilat au point de le rendre insupportable, fat et colérique. La Pulpeuse se morfondait sur son triste sort, en balançant des bulles de détresse, au point que le plancton se bouchait les opercules, brassé par ce chagrin poignant.
Tout au bout de la mer, Octopucelle entendit le désespoir d'Octopulpeuse. Octopucelle était une adorable Poulpie de la Baie Khane, au pays des Morts d'Echo.
Pour la compréhension de l'histoire, il est important de préciser que les octopus communiquent par bulles, des petites, des rondes, des pétillantes, des moirées, des irisées, des odorantes, des salées, des sucrées...


Octopucelle invita Octopulpeuse à la rejoindre quelque jour où elle n'aurait pas d'œufs à surveiller, nettoyer, aérer, où elle pourrait quitter son trou dans la roche. C'est ainsi qu'un matin, la Pulpeuse emballa ses ventouses du soir, mis plusieurs poches d'encre dans son balluchon, entreprit un long voyage afin de rejoindre la Pucelle. Ce fut une belle rencontre, un coup de foudre amical. Chacun des deux cœurs des donzelles battait fort d'avoir trouvé une amie. Dans leur allégresse, elles jouaient à décapsuler ces conserves que les gros bateaux balançaient par-dessus bord, tout là haut, à la surface. Ça bouillonnait dans la baie, elles bullaient jour et nuit, bâtissant une complicité charmante.
Et puis, il fallut bien qu'Octopulpeuse rentre au bercail, et elles durent se séparer, se jurant bien de se retrouver au prochain été.



Quand revint l'époque d'aller picorer les orteils des baigneurs sur les plages, la Pulpeuse se fit une joie de prendre son plus beau rouge et de repartir au pays de la Pucelle. Elle avait quitté une Poulpie, une jeune pieuvre naïve, elle retrouvait une octopus vulgaris agitée, angoissée, qui changeait de couleur à tout va, qui ressemblait bien plus à un avion à réaction, qu'à une danseuse froufroutante. C'est que la Pucelle avait rencontré le poulpe de sa vie, Octoputride le bien nommé. Il appartenait à l'espèce des « pieuvres à anneau bleu », qui sévissent dans les océans chauds, et dont le venin est mortel. Il était là pour ses affaires, il voulait créer un corail pour requin pèlerin. Quand il prit la Pucelle dans ses filets, cela faisait déjà plusieurs lunes qu'il naviguait mollement entre deux récifs, sans trop savoir quoi faire de son temps ou de sa personne. Il faut dire qu'il était dégourdi comme une sèche dans une paella. A part faire la rondelle et allécher le gourmand, il était inutile.


Inutile, certes, mais nuisible. Dès qu'il aperçut la Pulpeuse, il conçut un violent sentiment de haine à son égard. Il s'acharna à dénouer les liens d'amitiés qui unissaient les deux pieuvres. Forcément, la Pulpeuse avait vécu, elle n'était pas dupe de l'octopuant. Elle avait vite repéré que, à part faire plus de bulles que les autres, à part l'indéniable satisfaction qu'il éprouvait à contempler ses propres bulles, il n'était qu'un songe creux, un parasite, faisant trimer la Pucelle comme un chien de mer. Il était méprisant, insultant les pauvres poulpes qui s'étaient mis à son service, les taxant d'octocons ou d'octomerdes selon son humeur. Si au moins, il avait eu quelque charme secret, quelque talent... cela aurait peut-être fait passer la pustule. Mais même pas. C'était le poulpe le plus insignifiant de la Baie.


Il était rabougri, avait un tentacule plus court que les sept autres. Ses ventouses s'étaient obstruées, parce qu'il avait un appétit d'orque, il affectionnait tout particulièrement la salade de mérou, le tout arrosé de liqueur de veau de mer. Le corps des poulpes est mou, mais celui d'Octoputride avait dépassé ce stade là, c'était plutôt de l'ordre de la gélatine. Curieusement, il était pourvu d'un abdomen proéminent campé sur des membres qui ressemblaient à des épines d'oursin. Bien sûr, il n'était pas vraiment responsable d'être contrefait, tout juste ne prenait-il pas soin de lui. D'ailleurs, même quand il revenait du geyser de récurage, il avait l'air crado. A croire qu'il ne se brossait jamais le bec. Il devait être couvert d'octopuces. Aurait-il été sympathique, cela aurait sans doute rattrapé les erreurs de Dame Nature. Mais l'aspect était rebutant, et l'âme noire. Les seules créatures qu'il supportait étaient les hippocampes qu'il avait dressés pour amuser les requins pèlerins.


C'était une langue d'octopute. Il passait son temps à monter les habitants de la baie les uns contre les autres. Il excellait dans le mensonge. Il était passé maître dans l'art de mettre dans la gueule des autres ses propres considérations, inventant sans vergogne toutes les horreurs qui passaient dans son esprit d'octopunaise. Il n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai. On sut par la suite qu'il avait, sous un autre lagon, copieusement écaillé ses précédents compères. Il dénigrait tout, et tous ceux qu'il ne subjuguait pas de son œil presque aveugle, qui ressemblait à une octopustule pulvérulente. Il ne trouva rien de mieux que de faire accroire à Pucelle que Pulpeuse avait une appétence pour les demoiselles poulpes. Alors que la Pulpeuse aimait vraiment les messieurs. Et puis il attaqua sous un autre angle. Quand le premier requin pèlerin se présenta au corail, il fit passer la Pulpeuse pour une octoputain. La pauvre, elle mit bien du temps à comprendre les œillades assassines du poisson. Bref, il usa tant et tant d'énergie à briser le lien qui unissait les deux amies, qu'il réussit. Il faut dire qu'entre temps, la Pucelle avait commencé à se vautrer sur sa conscience, mais elle avait l'excuse d'être amoureuse.


Cela dit, dans les profondeurs il existe une morale. Et Neptune, agacé par les manigances de cette octopurge d'Octoputride, un matin, remit de l'ordre dans la baie. Il décida de l'octopulvériser, lui et ses pauvres ambitions de feignasse. C'est ainsi qu'un filet dérivant n'en fit qu'une bouchée. Il termina sa triste existence à s'octoputréfier sur une branche de romarin.


Toutes les photos et les données scientifiques sur Octopus Vulgaris sont issues de Wikipédia


Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Quelques mots posés sur le fond blanc d’un écran, me voici inscrit dans la chair du virtuel. Il y a bien longtemps déjà que je suis là, à piéger la phrase, à enfler l’émotion, à caresser le rêve. Je suis un miroir, le miroir de quelque histoire qui passe par ici, qui se livre et s’offre et s’ouvre… comme un livre. Je joue de l’image ou de la redite à l’envi, par amour, ou coquetterie. J’ai la métaphore qui s’affole ou l’hyperbole qui enfle, c’est selon…
Je ne sais plus dire que le noir, l’angoisse et la tristesse. C’est mon lot. Et lot je porte comme un cheval las traîne sa charrette, en tirant la patte, le col baissé, l’échine creusée et l’œil absent.
Tout a commencé, il y a une éternité déjà. J’étais alors une jolie page, décorée, piquetée de pâquerettes, pimpante comme une génisse au pré. Je batifolais, naviguant d’univers en destin. J’avais la rime joyeuse, le verbe coquin, le silence éloquent. J’étais heureuse. J’habitais une maison nichée sous un eucalyptus, toute remplie de belles pensées, de songes émerveillés.

Et puis, il a débarqué dans ma vie, mon existence de papier, Lui, le Voleur de cœurs. Je l’ai accueillie, fascinée. Je crois que je lui plaisais. Il a dénudé mes émotions, ces arabesques joyeuses que j’entrelaçais à mes phrases trop longues. Il a picoré mes rimes, les entremêlant, les tressant comme la chevelure de la jeune épousée. Il a retroussé mon jupon, délicat, sans hâte, avec toute la douceur d’un amant. les dessous de mes mots se sont faits chiffons.
J’ai connu l’exaltation du sentiment amoureux, cet état magique qui jette l’imagination dans les bras du rire. J’avais le rose entre les lignes, je suis devenue portée, écrite de musique.  Il me voulait, le Voleur de cœurs, trop. Alors, j’ai commencé à me ternir. Les fleurs de ma bordure se sont fanées. Les noires et les croches ont fini par filer, par déserter la clé de sol. J’ai pris, peu à peu, un ton grisâtre, une transparence terne. Il me voulait tant… un cœur de plus accroché à sa chaîne. C’était un prédateur, mais je l’ignorais. Il me détruisait. Et l’on enferme pas la brise… 

Il a fait de chacun de mes rêves un mauvais mélodrame. Il a transformé mes poésies en sombres prières. Il a semé, sous les pas de mes mythes, des taches d’une encre salie. Mon parchemin, d’une douceur de peau de bébé, se craquelait, de vilaines zébrures déchirait le velouté duveteux. Il abîmait tout, cet Adonis, ce soleil de charbon. Il trahissait mes mots jusqu’à ce qu’ils plient à ses désirs. Il déformait mes émois jusqu’à la grimaçante douleur.
J’ai voulu m’échapper, il m’a maudite. Mon espace s’est ouvert aux démons qui hantent les replis des âmes. Mon œil s’est agrandi des désespoirs, des malheurs, des laideurs de la destinée. Il m’a maudite , il est parti sans un regret, sans un regard. Il m’a légué un étrange pouvoir qui me broie, chaque nuit, dans la nuit de mon lit.
Vous. Oui, vous qui passez par là, sauvez-vous, ne laissez pas de trace, oubliez jusqu’à mon existence.
La malédiction s’étale à tous ceux qui me croisent, à tous ceux qui croisent ma vie. Insidieusement, elle a trouvé place au filon de mes histoires. Le voile d’un théâtre de souffrance se déchire lorsque qu’un lecteur oublie de passer son chemin. Je sens le tragique de sa vie, je découvre les arcanes sordides de ses lendemains perdus. Au fil des commentaires, j’arpente les rues de ses tragédie. J’absorbe, vampire et victime, les blessures qu’il ignore encore, les épouvantables pièges de son avenir. Je croule sous le poids de cette connaissance. Désormais, je ne dis que les maux.
Mais j’ai cessé de vouloir partager ma vision, les mots de ces maux que je hurle se heurtent à l’indifférence souvent, au déni, toujours. Car le Voleur de cœur, tel Apollon maudissant Cassandre, m’a condamnée à n’être jamais crue.
 

Alors, je vous le dis… je vous en supplie, fuyez, et jamais ne revenez. Vous vous êtes déjà trop attardé. Et, pour mon malheur, et le vôtre, vous rigolez.

 

Vous verrez…

undefined

Ma contribution au jeu lancé par les équipières, toujours aussi inventives 

Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Elle n’était pas vraiment belle, déjà marquée des années qu’elle portait, fatiguée. Pour échapper aux démons harcelants de ses souvenirs, un matin, elle boucla sa valise, n’emmenant que quelques frusques défraîchies, et ses chers dictionnaires. Elle avait trouvé un poste au bout du monde… partager son amour de la littérature française avec de mignons négritos rieurs et espiègles. Au village, ils l’attendaient. Ils avaient organisé une fête en son honneur. Elle existait, enfin.
Elle prit tranquillement ses marques, organisa le temps de ses élèves, entre Saint-Exupéry et la règle de trois. Lorsque venait le week-end, elle flânait, découvrait le pays, parcourait la région au volant de la petite auto qu’elle avait dégoté chez le garagiste du coin. Tout l’émerveillait, de l’architecture souvent maladroite des maisons, qui tentaient de jouer les grandes dames, aux sourires éclatants des autochtones. Elle aimait à se gâter d’un colifichet ou d’un bibelot, acheté trois fois rien aux étals des marchés. Elle coulait une douce république entre sa classe, sa baraque et ses chers dictionnaires. Et tout aurait pu continuer dans ce lait cotonneux d’une sérénité relative. Mais…


Toujours assis au premier rang, un gamin rachitique dévorait du regard sa maîtresse. Il buvait les paroles de la culture avec une avidité évidente. Cet enfant là n’était pas comme les autres. Il boitait. Il était calme et réfléchi. En dehors de l’école, il gardait une vieille chèvre au pied d’un immense acacia et lui racontait , dans un langage poétique, fleuri, sa journée studieuse. Chaque soir, une vieille femme venait le chercher, le prenait tendrement par la main et l’aidait à remballer son cahier. Il y avait tant d’amour dans le regard de l’ancêtre, que l’enfant se redressait et sortait fièrement, en tirant sa jambe paresseuse.

Un jour, la vieille ne vint plus, ce fut un solide gaillard qui la remplaça. C’était le frère du gamin boiteux. Dieu qu’il était beau ! C’était un athlète, à la peau ambrée, à l’œil vif et amusé. Il était grand, affûté comme un boxeur et portait haut son visage racé. Il parlait doucement, toujours avec une retenue admirative.

Semaine après semaine, il la questionnait afin de connaître les progrès de l’enfant, baragouinant un français approximatif. A force, un lien ténu se noua, et quand Bo’ –c’est ainsi qu’elle l’avait baptisé- lui demanda de lui enseigner sa langue, c’est tout naturellement qu’elle accepta.

Chaque soir, le jeune homme rejoignait l’institutrice dans la salle de classe et prenait sa leçon. Il était doué, le bougre, ingurgitant les finasseries de la grammaire avec une aisance déconcertante. Il s’empiffrait des classiques, dévorait les chers dictionnaires. Son élocution s’améliorait, laissant à peine chanter un léger accent exotique. Elle, elle sentait la présence de ce grand corps musclé avec une acuité sensuelle.

Il prit l’habitude d’arriver avec un bouquet de fleurs cueillies à même son chemin. Et quand les fleurs étaient fanées, il amenait des fruits ou de somptueux arrangements de feuillages. Elle se troublait, rougissait légèrement. C’est qu’il y avait bien longtemps qu’un homme ne lui avait pas fait le moindre cadeau.

Ce fut simple. Au moment d’une pause, alors que Bo’ fumait pensivement une cigarette, doucement, il lui prit la main, l’attira contre lui et déposa un doux baiser sur la bouche d’Elle, cette bouche qu’un pli amer durcissait parfois. Ce fut si simple.

Il s’installa chez elle. Ce couple étrange, une institutrice vieillissante et un beau gosse, ignorait royalement les ragots, les regards en dessous, les chuchotements sur son passage. Elle s’épanouit, retrouva quelques unes de ses rondeurs juvéniles, devint moelleuse. Elle avait un beau sourire, il ne vivait que pour elle. Il inventait des jeux, des mots, mélangeant ceux qu’il avait découverts avec ceux de son dialecte. Et il continuait d’apprendre. Maintenant, elle n’était plus seule lors de ses virées sur les routes, les pistes, et il portait le panier, au marché.



Ils se sont mariés quelques jours avant la fin de son contrat. Durant tous les préparatifs du départ, elle n’a cessé de lui parler de son pays, de la Seine et du Sacré-Cœur. Ils iraient traîner dans les bibliothèques, boiraient un sirop aux terrasses de Saint-Germain des Prés. Elle lui ferait visiter le Louvre et la Saint-Chapelle. Ce qu’elle peut être heureuse !


Voilà, ils descendent de l’avion, passent à la douane, chacun dans sa file. Il lui adresse un sourire résigné, un geste de la main. Il sort un papier chiffonné de sa poche, et s’engouffre dans le premier taxi. C’est la dernière fois qu’elle le voit. Elle regagne ce petit appartement caché au cœur de la ville, se souvenant qu’elle a tourné la clé, il y a longtemps, le cœur palpitant d’un espoir à peine avoué. Elle lâche ses bagages, bourrés de photos, des vêtements de Bo’. Puis, avant même de s’asseoir, elle aperçoit le yucca, mort depuis une éternité. Elle reste debout, hébétée. 


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Une bonne femme, un peu fripée, mal guenillée, marche dans la rue. C’est Léontine. Son allure est discrète, légèrement courbée, elle vérifie soigneusement la chaussée, avant chaque pas. Il faut dire que les trottoirs de la ville sont sales, de papiers gras, de déjections canines ou de crachas. Les gens deviennent peu respectueux de l’espace public. Elle marmonne entre ses dents, elle peste, elle est pressée, Léontine.
Nul ne la voit, elle passe, transparente ou presque. Et elle observe, elle écoute. Léontine est une cueilleuse. Des cueilleuses, il en marche plein le monde, mais personne ne les remarque jamais. Ce sont toujours des femmes, de vieilles femmes. Certaines sont des cueilleuses blanches, d’autres sont des cueilleuses noires, et ce n’est pas lié à la couleur de leur peau. Non… c’est juste qu’elles ne ramassent pas les mêmes émotions, qu’elles ne moissonnent pas les mêmes mots, qu’elles ne vendangent pas les mêmes actes.

Quelque part dans le monde, bien cachées, deux coupes se remplissent, inéluctablement. L’une contient tout le bien, tous les projets d’espoir, tous les petits bonheurs, ces geste gratuits et bons que laissent traîner les humains, parfois. L’autre absorbe le mal, la noirceur, la vilenie, la mesquinerie, la méchanceté, la haine, toutes les scories qu’invente l’humanité pour avilir, asservir, humilier, utiliser, manipuler.


Et Léontine se hâte, se presse pour que jamais ce ne soit la coupe du mal qui déborde. Elle traque la gentillesse, la caresse de l’enfant qui rassure le chiot, le sourire de l’amant qui contemple sa promise. Elle entend les rires et remplit sa musette de leurs éclats. Les temps deviennent difficiles, parce que la bonté se perd. Il lui faut parcourir de plus en plus de chemin pour engranger les gouttes d’amour, de générosité, de foi, qu’elle déversera dans son graal.
Elle se réveille, le matin, plus fatiguée que le jour précédent, elle se lève plus découragée. Elle aimerait bien prendre des vacances, il y a une éternité qu’elle n’est pas retournée là-bas, dans son pays. Mais la coupe sombre se remplit si vite désormais, qu’elle ne doit plus perdre la moindre minute. Quand elle regarde l’état des rues, quand elle s’attache aux pas d’un ou d’une qui va son chemin, quand elle lit les journaux, quand elle traîne dans un bar, elle croise une cueilleuse noire qui sourit, ironique.

Le mécanisme des coupes est curieux.
Celle qui contient la laideur semble stagner, mais c’est une illusion. Son niveau ne se stabilise que lorsque de la gentillesse en abondance alimente l’autre.
La coupe du beau clapote doucement. Elle se met à bouillonner quand l’une des cueilleuse déverse sa récolte, une explosion de joie. Enfin, l’effervescence se calme, et le cloaque du malheur, celui qui fermente du sale et du terrifiant ramassé, diminue d’autant plus que la coupe immaculée a pétillé.

Ce matin, Léontine pleure, elle s’est assise sur un bout de trottoir, elle a pris sa tête entre ses mains, des mains osseuses et tachées par l’âge. Parce que ce matin, Léontine est revenue bredouille, elle n’a pas trouvé le moindre petit morceau de bonté à cacher dans sa besace. Là où autrefois les hommes s’engageaient, elle n’a entendu que des trahisons, des mensonges. Le rire des enfants s’est transformé en de hideuses grimaces, tantôt de satisfaction, tantôt de colère, tantôt parce qu’un caprice a été entendu, tantôt parce qu’une envie ne l’a pas été. L’amour, celui qui prend à l’estomac, qui bouleverse d’un regard, qui fabrique les ailes des rêves, les airs de l’envol, est devenu consommation. Dès qu’il est dégusté, avalé, pillé, il est oublié. Les lettres ne chantent plus sous les enveloppes. Elles sont toujours des mots pour blesser, pour réclamer, pour insulter. Plus personne n’écrit jamais de jolies déclarations, n’aligne ces phrases qui égaieront leur destinataire. Le clochard tend la main sous son porche et la main reste vide, alors il meurt.

C’est la coupe noire, celle qui contient tout le mauvais accumulé depuis l’origine, celle qui est restée si longtemps avec juste un peu de lie, pour tapisser son fond, qui va déborder. Parce qu’elle se remplit à vue d’œil désormais. Et nul ne sait ce qui la fera se répandre, quel geste, quel humain… Et nul ne sait ce qui se passera…


graal.jpg

Le Graal peint par Dante Gabriel Rossetti en 1860 – Source Wikipédia

Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

pyrotechnie2.jpg
Je hais les feux d’artifices, ils me foutent la trouille… Enfin, je haïssais, parce que maintenant…


Tout a commencé dans ma jeunesse, lorsqu’il fallait se fader les fêtes nationales, ces moments où l’on se doit de commémorer les atroces tueries d’une révolution. Bal des pompiers et retraite aux flambeaux, nuit tombée et feu d’artifice.


D’abord, une fois sur deux, il pleut comme vache qui pisse, et de pétards, il n’y en a que des mouillés. Et puis il y a toujours un ou deux quidams, passablement gris, voire noirs, qui viennent s’avachir là où le périmètre de sécurité débute. Il faut du temps pour les déblayer : la viande saoule de la fête nationale.

Quand enfin la nuit est complète, que tout le monde a regagné l’arrière des barrières, la zone autorisée, voilà que l’artificier lance son spectacle. Le boucan que ça fait ! On se croirait dans un film sur la seconde guerre mondiale. Je sursaute à chaque claquement, je m’affaisse à chaque sifflement. J’ai toujours peur de prendre un éclat, une cendre chaude dans un œil. En plus, il y a tous les gosses dont le jeu préféré consiste à vous balancer ces horreurs que vendent les magasins de farces et attrapes, ces trucs qui ont des noms bizarres, et qui vous explosent dans les jambes, trouant les jupes ou les pantalons, quand ils ne vous brûlent pas. Le bison par exemple, je me suis toujours demandée pourquoi quelqu’un avait choisi une appellation de cette sorte : Tiens ! Prends ce bison entre les jambes ! Elégant non ? Des envies de baffer tout ce qui fait moins de 1,50 m et plus de 1.20 m ! Envie de baffer les parents aussi.

Il parait que Néron disait : « Pour avoir la paix avec le peuple, donnez lui du pain et des jeux… ». Il n’y a décidément rien de nouveau sous le soleil ! Pour avoir été malmenée durant mon enfance, que dis-je malmenée, traumatisée par ces conneries de manifestations, j’en avais conçu une hostilité qui finit par m’envahir, me hanter. Et je me mis dans la tête de traquer le feu d’artifice, de le saboter, de le faire échouer. Ma mission : éradiquer le feu d’artifice de la surface terrestre.

Bon, j’avais l’idée, mais pas la méthode. D’ailleurs, avant de mener un combat planétaire, m’était avis qu’il me fallait débuter petit, discret, ma carrière d’empêcheuse de tirer en l’air.

Je me fixais sur les réjouissances organisées par des gros bourgs. Trop petit, le village, et on aurait repéré que j’étais une étrangère. Trop grosse, la ville, et je ne pouvais pas approcher les installations. Non, j’ai sévi dans la ville de cinq à dix mille habitants.

J’imaginais mille et une façons de saboter ce soi-disant spectacle : couper les mèches de mise à feu, inonder les fusées, créer des courts-circuits en plantant une épingle entre les fils électriques, remplacer la poudre d’allumage par du sucre roux, massacrer les installations à coup de hache. Je leur ai tout fait à ces feux d’artifices. Au point que, régulièrement, les articles de journaux évoquaient mes frasques. Je suis devenue le « Artifice’killer », « le terroriste des pyrotechnies », etc… La police cherchait bien à me découvrir, à m’arrêter, ça oui. Mais comme je me déplaçais, que ni mon comportement, ni le choix de mes lieux d’intervention, ne répondaient à une logique repérable, ils ne m’ont jamais trouvée.
La seule chose qui me gênait un peu, c’est que tout le monde pensait que le saboteur était un homme, encore un résidu de la misogynie. Après tout, les délinquants peuvent être des délinquantes. J’ai failli laisser sciemment des traces féminines, histoire de dévoiler une parcelle de vérité. Mais le bon sens l’emporta, tant que tout le monde imaginait que j’avais une pomme d’Adam, je pouvais continuer tranquillement mon grand’œuvre.

Il y a toujours un grain de sable pour faire dérailler la machine. Le mien fût l’acharnement des spectacles à me détruire. Nous étions, eux et moi, en guerre. Peu à peu, je découvris qu’ils s’organisaient. Il en allait de leur survie. Car mon entreprise de démolition gagnait. Compte tenu de tous les incidents et accidents, parfois graves, que j’avais pu occasionner, les municipalités se faisaient réticentes à l’organisation de ces festifs débordements. Mais quand j’en choppais une, quand je passais à l’action, elles me résistaient les pyrotechnies. Mes ciseaux n’arrivaient plus à couper, l’eau ne mouillait plus, ma hache se déboîtait de son manche, le sucre partait en caramel et les épingles se retournaient contre moi, s’enfonçaient dans mes doigts. On aurait dit qu’un mauvais génie s’acharnait à me faire échouer. J’en conçus une amertume assaisonnée d’aigreur à vous trouer l’estomac… Je devins de plus en plus imprudente, prenant des risques insensés. Je mis au point une contre-offensive satanique. Désormais, les feux d’artifices seraient laids, j’avais mis au point l’enlaidisseur de fusées.

C’est cette année là que tout est parti en quenouille. Je me tenais discrètement dans un coin, afin de pouvoir observer, avec délectation, le visage attristé des badauds lorsqu’ils découvriraient à quel point le feu du jour était moche et terne. Mais je n’ai jamais pu contempler ce moment là. Je me suis enflammée comme une torche, agressée par un soleil, et fus réduite en cendres en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

C’est comme ça qu’aujourd’hui, je suis entrain de brailler dans un berceau, je me retrouve pourvue d’un minuscule et ridicule sexe, à peine une virgule. Je suis un p’tit gars ! Punaise ! J’avais pas envie… Je dépends de deux grands couillons qui s’extasient devant mon faciès ridé. Je fais dans ma culotte, je suis obligée d’avaler du lait, je déteste le lait. Il faut que je hurle pour qu’on me change, pour qu’on me nourrisse. Mais le pire, c’est que le monsieur, qu’un jour je vais appeler papa, est le dernier vainqueur de la Biennale Internationale de feux d’artifices, « Les nuits de Feu » qui enfument le ciel une fois par an à Chantilly. En plus, je l’entends me prédire un avenir radieux, puisqu’il a décidé que je serais son successeur. Je suis réincarnée en garçon, et je me souviens de tout.

Je hais les feux d’artifices, ils me foutent la trouille… Et je les hais toujours autant.

pyrotechnie.jpg


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Monsieur Croquepois était un petit bonhomme, tout rond, chauve et jovial. Il allait sa vie avec flegme. Employé modèle aux Galeries Laparfaite, il s’occupait avec zèle du rayon des cravates. Il savait tout des cravates, leur mode de fabrication, les matières qui frisent sous les doigts, les couleurs lumineuses. Il connaissait l’accord parfait avec la chemise. Il pensait le mélange des fleurs et des rayures, des motifs et des pieds de poule. Si le titre de docteur es cravates avait existé, il en aurait été le premier décoré. Si la Sorbonne avait élevé cette discipline au rang de science, pour sûr, il aurait été le premier titulaire de la chaire de cravatologie. Mais Monsieur Croquepois était modeste, se contentant du strapontin au cinéma, et de la table près des toilettes ou de la porte, au restaurant. D’ailleurs, son prénom, c’était Modeste. Modeste Croquepois. Cet homme là  n’était pas une lanterne, ni une lumière, du reste. C’était juste quelqu’un.

L’histoire commença un dimanche à la nuit tombée. Son week-end s’était déroulé, comme d’habitude, de façon bien morne. Il avait été chercher le journal, bu son petit noir au café des Ava’tards, en bas de chez lui. Il avait croisé la bande de joyeux fêtards qui rentraient de bringue en jouant au foot avec une canette de soda vide. Il avait acheté sa baguette viennoise, le dimanche, c’était baguette viennoise. Il s’apprêtait à remonter chez lui quand un bout de papier froissé attira son attention. Il le ramassa. Il avait entre les mains un billet de train à demi effacé qui, bien qu’ayant l’air d’avoir traîné, indiquait une date de voyage pour le jour même. La destination était une ville distante d’une centaine de kilomètres. Il avait grandit dans cette ville.


Jamais il ne saurait ce qui le poussa à utiliser ce billet de train offert par la providence. Mais il se retrouva, ce dimanche, à la nuit tombée, à errer sur les lieux de son enfance. Il y avait une fête foraine, une vogue, comme on disait dans le coin. C’était la vogue des noix. Il flottait une odeur de barbe à papa, dans l’air. Et puis les gosses se baladaient en croquant des pommes d’amour, rouges, brillantes.

Il marchait, renouant avec ses souvenirs, regardant de droite puis de gauche. C’était sa ville, mais plus vraiment. Les immeubles découpaient l’horizon comme avant, mais plus rien n’était vraiment à sa place. Comme si la ville avait pivoté sur un axe. Ça et là, des magasins s’étaient ouverts, d’autres avaient fermés. Il y avait longtemps qu’il n’était pas revenu.


Le nez en l’air, la tête ailleurs, il butta sur une chaussure orpheline, un vieux godillot troué, et s’étala de tout son long, au pied d’une demoiselle. On aurait dit une montagne, la demoiselle. Elle était grande, costaude, avec des épaules de catcheuse. Elle n’aurait sans doute pas laissé sa place dans une mêlée. Gentiment, elle tendit la main pour aider Modeste Croquepois à se remettre debout. Le petit homme, même redressé, bien que tirant le cou pour se grandir, arrivait à peine au menton de la demoiselle. Il bafouilla un remerciement gêné. Elle parti d’un grand rire et se présenta : « Mangetout, Rosalinde Mangetout. Vous ne vous êtes pas fait mal au moins ? ».
-« Rosalinde, vous êtes Rosalinde… Je suis Modeste, Modeste Croquepois »-.
Un silence s’installa. La fille cherchait manifestement un souvenir. Le bonhomme l’observait et attendait une lueur de compréhension.
-« Nous nous connaissons ? »- finit-elle par demander.

-« Nous nous sommes connus quand nous étions des gosses, pendant une vogue des Noix, nous devions avoir une douzaine d’années. »- précisa Modeste Croquepois.

-« Vous êtes sur, je ne me souviens absolument pas… »-.

Monsieur Croquepois poussa un soupir, haussa les épaules, il aurait tellement aimé qu'elle se rappelle de lui, que ce ne soit pas comme d'habitude... Mais personne ne se souvenait jamais de lui. Il aurait été transparent, cela aurait été la même chose. Et depuis son enfance, il passait inaperçu. Au point que même son chef de service oubliait régulièrement de lui donner sa paie ou de le compter parmi les effectifs travaillant durant les fêtes de fin d’année. Au point que le boulanger, depuis vingt ans qu’il était client, n’avait toujours pas intégré qu’il mangeait une baguette viennoise le dimanche. Au point que le buraliste ne savait toujours pas le titre de son journal préféré. Monsieur Croquepois était absolument invisible. Les gens mémorisaient en général parfaitement les cravates qu’ils lui achetaient, pouvaient situer le moment de l’achat, mais ne reconnaissaient jamais le vendeur. L’homme avait le pire destin qui soit : être à ce point insignifiant que les autres êtres humains l’oubliaient dans la minute qui suivait la rencontre.
Il sortit une cigarette de sa poche, se tourna vers la demoiselle et lui demanda si elle n’avait pas du feu. Rosalinde Mangetout chercha son briquet, et, sans penser plus, alluma la cigarette de Modeste, avec un sourire convenu. Elle avait déjà zappé le bonhomme, oublié la rencontre et l’échange de quelques paroles. Elle repris son chemin tranquillement après un petit geste d’excuse. Oh ! ça, les gens n’étaient pas méchants avec lui, souvent polis, jamais agressifs. Ils se comportaient même de façon cordiale et amicale. La nature douce et tranquille de Modeste n’était pas de celles qui alimentent les mauvais penchants.

Alors il fit ce qu’il faisait d’habitude, il suivit la demoiselle. Dès que l’obscurité les enveloppa suffisamment pour qu’ils ne soient pas trop exposés aux regards des badauds, il ôta sa ceinture et étrangla proprement Rosalinde, en la regardant s’effondrer avec un frisson de plaisir. Elle s'était bien débattue un peu, mais ils ne résistaient jamais très longtemps, c'était une bonne ceinture qu'il avait achetée aux Galeries, à son collègue Fildefer, le vendeur du rayon maroquinerie. Puis, il avait ouvert une minuscule boîte en carton, et avait déposé une boucle de cheveux qu’il avait coupée sur le corps mort de Rosalinde. La boîte était presque pleine.

Il ne prit même pas la peine de se cacher et repartit d’un pas tranquille se perdre dans la foule. Il s’amusa vraiment ce jour là, à monter dans les manèges, comme au temps de son enfance, à tirer sur des ballons. De toutes façons, personne ne pourrait certifier l’avoir croisé.

bordure.jpg
Sur un jeu proposé par Bénédicte sur son blog "Jeux d'écriture du Chabidouille".
La version de Bénédicte est à lire ici.

Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

J’ai ouvert le livre, que j’avais longuement câliné, à la bonne page. Elle était blanche, la page. Et ce n’était pas normal. Je cherchais le « principe de la mésange ». Il était urgent que je le trouve, la survie du monde en dépendait.

Le grand Transformateur, celui qui mouline les planètes, celui qui les hache menu lorsqu’elles s’égarent m’avait prévenue. Une nuit, dans mon sommeil, j’avais entendu un tonnerre fracassant que j’avais pris pour un orage. Mais non, c’était lui, lui qui m’enseignait la fin et qui, à force de mes suppliques avait accepté de différer la destruction… si je trouvais le « principe de la mésange ».

Jusqu’au crépuscule, j’ai tremblé d’effroi, j’ai prié que cette histoire ne soit qu’un cauchemar. Mais lorsque je me suis levée, après mon habituel café, quand je suis sortie, j’ai vu. J’ai vu l’arrêt de mort, tout serait annulé si je ne trouvais pas ce foutu « principe de la mésange ». Ce que je contemplai était d’une telle absurdité ! J’avais face à moi l’exécrable agonie d’un univers pitoyable et décadent.
Là où s’imposait autrefois une bâtisse orgueilleuse, ce building consacré à la finance et à la bourse, s’érigeait désormais une cabane sans panache. La Pyramide du Louvre s’était transformée en pain de guimauve, rose et bleu. Elle était toute molle et affaissée. Elle dégoulinait, venant sucrer les colonnes de Buren. J’avais l’impression de me promener dans un monde parallèle, plus rien n’était à sa place, tout était figé. Les gens marchaient la tête baissée, sans un mot, ils ne se voyaient plus, à se demander s’ils partageaient encore un langage. Une tour de Babel complètement silencieuse. Dans le métro, une petite sonate de Mozart faisait l’ambiance, et pas une rame ne circulait. Les piétons s’étaient enhardis à parcourir leur trajet sur les rails. Certains faisaient « tchou tchou ». Bref, tout allait de travers.
Un puriste aurait émis l’hypothèse que je devenais folle. Mais mon regard ne me trompait pas. Plus rien n’était à sa place. J’en tirais la conclusion qu’il fallait que je m’active et que je dégotte ce « principe de la mésange ». Ce n’était pas trop facile, vu que j’ignorais de quoi il s’agissait, et, qu’en plus, je ne savais pas où enquêter.

Comme rien ne fonctionnait plus, j’ai eu le cran de rentrer dans un cybercafé, de m’asseoir et d’aller surfer sur le net, malgré ma timidité maladive. J’ai tapé « principe de la mésange » sur google. Je n’avais plus le temps de jouer dans la finesse. Sinon, ce monde que je connaissais, même si je ne l’appréciais pas particulièrement, allait être la prochaine victime d’une explosion solaire. Sur l’écran, une énorme tête poilue apparut, il y avait même deux petites touffes qui sortaient des oreilles. La tête éclata d’un sombre rire, me fit un clin d’œil et me dit :

-« tu plaisantes, ce serait trop facile ! Nan mèèèè !!! Je te donne un indice cependant. Le principe de la mésange dépend de l’axiome du pélican. Pour le trouver, il faut caresser l’encyclopédie Diderot et d’Alembert dans le sens de la colle, et que la caresse la fasse frémir. »-


Avec ça, j’étais bien avancée. J’ai commencé à me dire que la fatalité ferait que je ne trouverai pas la solution dans le temps imparti. J’ai couru jusqu’à la Grande Bibliothèque, en empruntant les tunnels du métro. Lorsque je suis arrivée, enfin, j’ai aperçu le Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française qui faisait la circulation entre les rayons de la bibliothèque. Je n’ai pas osé lui demander mon chemin, il m’avait l’air très hostile, mais alors, TRES hostile.

Après de nombreuses errances entre les travées, après avoir foutu en l’air tous les bouquins pour chercher plus vite, malgré le brouhaha affolé des autres promeneurs, j’ai fini par mettre la main sur cette putain d'encyclopédie. Il y avait plein de volumes. Mélasse ! J’ai fait ce que je pensais juste. Je l’ai prise dans mes bras et lui ai prodigué toute la tendresse dont je suis capable.

C’est là que j’ai ouvert le livre, que j’avais longuement câliné, à la bonne page. Elle était blanche, la page. Et ce n’était pas normal. Le pire, c’est que le bouquin à commencé à se dissoudre.


Je n'ai plus aucune chance de trouver le principe de la mésange.


bordure.jpg
Texte écrit d'après un jeu trouvé dans la communauté "Gazette des blogs"
... des mots à placer.


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs
ventadour.jpg
Les ruines du château de Ventadour (Meyras) vers 1860.

bordure.jpg

Un château domine, du haut de son piton rocheux, une route qui borde la rivière. Il est encore en ruine, mais il accomplit, lentement, sa reconversion, sous la houlette attentive d’un groupe de jeunes bénévoles. Chaque été, ils arrivent, casqués, bottés, équipés, et passent leurs congés à remonter, une à une, les pierres tombées. Ils nivellent, pavent, éclairent, aménagent. Ils n’ont que leur courage et leur foi pour toute richesse, sous le regard, parfois goguenard, des autochtones.

L’hiver, quand l’agitation a déserté le coin, le château sommeille en contemplant le mystère du torrent qui dévale la montagne, et qui, parfois, gagne la berge. Perché, il impose sa masse, comme une menace, dans la lumière rasante.

C’est toujours l’hiver que les femmes disparaissent.

-o0o-

La sentinelle entendit le grondement annonciateur d’un nouvel arrivage. Il était temps, la précédente était déjà bien épuisée, elle n’en avait plus pour très longtemps avant d’être bonne pour la réforme, voire à jeter dans la fosse.

Elles arrivaient, nul ne savait d’où, ni comment, elles surgissaient d’un coup, au pied de la muraille, toujours au même endroit. Il suffisait de les attraper. Elles avaient toutes un air ahuri suivi d’une expression d’intense panique. La plupart du temps, elles se mettaient à hurler dans un langage inconnu. Il fallait les rosser comme une ânesse pour les faire taire.

La sentinelle fit sonner le cor afin de réunir le village, c’était l’histoire de quelques dizaines de minutes.

Peu à peu la populace se regroupait à l’endroit où elle devait apparaître. Tous plus contrefaits les uns que les autres, les badauds affichaient une mine de galerie des horreurs, d’antre de l’enfer. Il y avait le grand Pierre, sale comme une fosse à purin, qui traînait ses haillons déchirés couvrant à peine son corps difforme et contrefait. Il était immense et gras, avec une main atrophiée et un nez camus. Il lui manquait un œil, perdu un soir aviné dans une rixe. Il y avait l’Etienne, rouge comme une betterave et mauvais comme la peste. Il avait le regard en dessous, chafouin, torve, mesquin. Il bavait et un filet de salive dégoulinait en permanence du coin de sa bouche, filant sur un menton fuyant. Il y avait le Jeannot, couvert de pelade et qui sentait la pourriture, le pied moisi, le vieux fromage. Celui là était cruel, il aimait à torturer les petites bêtes, il aimait à battre et à lacérer, il aimait le sang. Il y avait le Paul, idiot congénital, priape et dont la main ne quittait pas la culotte. Il parlait seul, il maugréait du matin au soir, en se tripotant.

-o0o-

La fille a posé sa bagnole au pied du chemin qui mène au château. Elle s’apprête à gravir l’allée pavée, elle aperçoit les tours en friche. Chaque fois qu’elle le peut, elle va se promener sur ce site grandiose, quand il est déserté. C’est l’hiver qu’elle aime le mieux l’endroit. Les arbres se sont dépouillés des feuillages et seuls les résineux marquent de verts le paysage. Les troncs noirs ou argentés des feuillus balancent dans le ciel leurs silhouettes décharnées, le graphisme de leurs branches dénudées. L’herbe s’est faite rare et la terre ocre, gorgée d’eau, sent le champignon et l’humus. Elle sait, parce qu’on lui a souvent répété, qu’elle n’est pas en sécurité dans les allées de la forteresse. La légende dit que, de loin en loin, une femme disparaît et que jamais on ne la retrouve. Elle est comme évanouie, rayée de la carte du monde.

Mais la fille aime marcher doucement, en rasant les grands murs, en imaginant la vie d’autrefois, en caressant les pierres. Elle se recueille et médite en s’abritant dans quelque recoin, pour se protéger de la pluie ou de la burle.

Ses pas la mènent jusqu’à ce qui fut autrefois l’entrée des cuisines et où les fumées ont à jamais tatoué le foyer d’une suie sombre, l’ombre des paysans d’autrefois.

-o0o-

Les femmes étaient venues aussi, curieuses d’apercevoir la nouvelle. Les femmes ne valaient pas mieux que leurs hommes, hideuses et sales, mauvaises et bêtes. Elles étaient ratatinées, fourbes et haïssaient les nouvelles, des gueuses, tout justes utiles à amuser les mâles, incapables de survivre dans leur monde. Pas une ne savait allumer un feu, mener les chèvres, battre le blé, cuire le pain. Ah ! ça ! elles étaient délicates, avaient les mains blanches et de jolies dents. Mais elles étaient bien empotées.

Souvent, quand la gueuse n’en pouvait plus des assauts des hommes, que son corps avait fini par s’avachir et se rider, que les grossesses l’avaient tordue, elle devenait une souillon, prostrée. Elle se laissait mourir.

-o0o-

La fille s’enfonce dans la noirceur du château. Elle a toujours eu envie de descendre et visiter les entrailles de la bâtisse. Ça sent le froid, l’humide et la lumière du jour éclaire bien peu, à travers les minuscules ouvertures, les couloirs inquiétants. Par endroit, un effondrement, un tas de cailloux ralentit sa progression. Un frisson la parcourt. Elle a peur, elle tremble. Alors qu’elle va faire demi tour, vaincue par l’étrangeté, consciente de la panique qui l’envahit peu à peu, une énorme main, velue, crasseuse, la saisit et la tire. La voilà qui se retrouve en pleine lumière, face à une horde de gens dont la mine hostile la terrifie. Elle se met à hurler.


Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Partager mes murmures

It's me

Déposé...

sceau1.gif 00041548

  trait

 

Hier, à minuit, vous étiez 257 469 à vous être promenés au fil de mes murmures.


trait

 

23 abonnés à mes murmures


trait

 

Vous souhaitez m'écrire ?

adynaton.pf@hotmail.fr

 

Mumures en musique

trait
Musique Classique
trait
Et Musique d'Ailleurs

Les derniers murmures

  • Droguée…
    A l’info, je suis droguée à l’info. Pendant que je rédige les différents documents liés à mon Master, j’ai l’oreille qui traîne sur les chaines d’information. Et la Marine est de partout. Elle me fout les chocottes, cette bonne femme. Elle a rendu acceptable ses discours de la haine et...
  • Législatives...
    C’est le clip de l’UMP qui m’intéresse… Ah ben voui ! Pour alimenter mon envie d’être désagréable, voire pénible, j’essaie, encore et toujours, de troubler le passant. Qu’il doute de son envie de soutenir une UMP moribonde. En coulisses, déjà les machettes et autres colts sont astiqués,...
  • Le « on s’en fout »
    J’adore faire caguer… C’est pas nouveau. Je dois être née avec le neurone du « fait chier », ou alors je l’ai reçu en héritage. Mon père déjà… Bref, toujours sur le Huff’ quand une info très pipole apparaît, le jeu, c’est d’aller le plus vite possible commenter avec un « on...
  • Quand on parle de communautarismes
    Il existe un communautarisme des « de souche », largement aussi dangereux que n’importe quel communautarisme. Il est tapi comme un chat, dans un coin sombre, guettant la prochaine souris à croquer. Dangereux, oui, dangereux. Parce qu’il développe un discours de la haine enrubanné de...
  • Ah Christine, je t’aime !
    Christine L, Directrice, Ex-Ministre, dont le traitement n’est pas soumis à impôt… du moins c’est ce qu’il se dit dans tous les journaux sérieux, Christine défraie la chronique. Forcément, elle oppose la misère du petit nigérian à celle du petit grec. Déjà, opposer deux misères pour...
  • Mars, une nouvelle terre…
    C’est le titre d’un reportage sur lequel je suis tombée, sur France5, par hasard, cet après-midi. J’avais besoin de me changer l’esprit, parce que faire la saisie de 17 interviews… Pfiou ! c’est gavant à force. Je suis resté scotchée… Cinquante minutes de pur bonheur....
  • Je me battrai…
    L’ambiance est à la bataille. Vas-y que je te file un coup de Zemmour contre une lèche à Guillon. Je t’envoie Woerth en plein tronche et tu me réponds « sang contaminé »… ça donne un max sur les réseaux. On est au bord de la guerre civile, je vous le dis. Enfin, la guerre civile, façon...
  • Dialogue édifiant…
    Sur un article du  Huff…qui se trouve ici, je donne mon avis. Ben voui, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis. Et qu'est-ce que je vois... je suis interpellée assez vulgairement, il faut le dire. 鍾運禮 « ferme ta gueule pénélope » Moi : ‎@ 鍾運禮 (Robert), je...
  • Incredible !
    Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
  • L’ombre d’un doute…
    J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
Liste complète

Vos murmures...

Incontournables murmures

Voyagez malin !


ideoz

 

trait

 

Un conteur


ab

 

trait

 

Mohamed Sifaoui, journaliste, algérien


ms

 

trait

 

Se tenir informé, Maroc

 

amar

 

matin

 

tqm

 

Un excellent magazine féminin et marocain sur le Web

qandisha.jpg

 

trait

 

Les informations me murmurent...

 

huff


marianne


monde

 

tr

 

trait

 

Les murmures des chaînes infos...

 

bfm.jpg

 

lcp.jpg

 

pubsen.jpg

Hasard du murmure

  • gateaux1
  • tiznit (20)
  • chez la patissiere3
  • lumiere.jpg
  • pointdevue14.jpg
  • insolite12.jpg

Murmures clipés

 

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés