Déjà l’année qui se termine, et celles qui s’annoncent, dessinent de concert les contours d’un autre demain. Il fallait en finir. Les souffrances soldées arment mon âme qui vadrouille à une autre campagne. Comme la silhouette fine d’un arbre sur fond de ciel dense, se découpent les frondaisons où les rameaux rêvent de germer. C’est l’histoire d’un énigmatique avenir.

J’ai dans les yeux un Douar magnifique où partager le thé. J’ai dans le cœur une ville impériale où poser mes valises. J’ai dans l’esprit ce moment où je vais reprendre mes cahiers et apprendre à nouveau. Bains d’une jouvence à chaque jour fabriquée sur les cendres des incendies noyés.

Il restait à solder…

… Les méchancetés de toutes les Dames Tapdur, à les enfouir sous le chiffon souillé qu’elles méritent. À rire des mesquineries et autres billevesées inventées par des émois malades, de ceux qui ne supportent pas le mot « non », et qui se vautrent dans la haine…

… Les colères des princesses qui ne sont que des sorcières, qui ne manipulent que l’intimidation et la menace, qui se réjouissent de la mort d’autrui, et qui parlent de chemin alors que le leur n’est qu’un magma putride… Même quand on leur tend, amicalement, une main pacifiée. Princesses berbères perdues, éperdues où la mythomanie confine au sublime créatif.

… Les lâchetés si humaines qui sont le lot quotidien, celles d’autres, et les miennes.

 

La table est rase, ici commence un énigmatique avenir dont l’ombre, peu à peu, s’éclaircit.


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Lundi 7 novembre 2011 1 07 /11 /Nov /2011 19:52

De la sotte méchanceté

 

La sotte méchanceté semble être une émotion perverse, celle de se faire reconnaître par le plus petit vermisseau comme par le lion en majesté, ou du nom, de la naissance, étamer les cuillères d’un argent frelaté.

Ainsi, la Dame Tapedur se trouve à un raout et se démène jusqu’à ce que parole lui échoit. Elle consacre à la culture et au beau ce qui, somme toute, n’est que l’air du temps, solennel accompli comme génuflexion au pied de l’autel. Tout est construit en son âme, en son cœur, pour édifier le manant, surtout lorsque que la souche dudit manant n’affiche pas le Lys. La Dame aime à se faire suivre d’une cohorte de sans assiette, qu’elle nourrit contre reconnaissance et faveurs variées. Et s’il faut un paiement, alors qu’il soit de servilité et d’esclavage. Après qu’elle a exigé la tête de quelque sans grade, la voilà qui, compassionnelle en diable, console le chef tranché. Elle se fait réserver le scalp, cependant, afin d’en faire le trophée qui égaiera le manteau de sa cheminée, à défaut de s’en faire une zibeline. Au plus vu de son public qui en concevra un effroi éclairant, et qu’ainsi nul n’ignore son pouvoir de nuisance.

Une autre fois, au passant d’un congrès, la voilà qui, larmoyante impose une minute de silence en mémoire d’un quidam qu’elle avait, proprement, lapidé de mots sévères et injustes. Mais, rang écumant aux babines, elle se fend d’un éloge comme pour dire : « Regardez comme je suis civilisée, comme j’aime et je pardonne, je suis une Dame grande, un sang bleu, une aristocrate. Me voilà qui honore la mémoire d’un roturier ». Elle se parfume d’eau de larmes comme une péronnelle d’eau de rose. Elle remplit de faste ses ripailles veillant à trouver quelque bailleur trop content de payer son regard. Le pouvoir est sa drogue comme d’autres le Bourgogne. Encore qu’elle ne crache pas sur la dive bouteille. Elle rend compte de son action avec ostentation, émaillant son récit de ses sacrifices, oubliant ses victimes.

Alors, revêtue du blanc de la veuve royale, auréolée de fleurs, la voilà qui, à la tribune populaire s’en va quérir le vote démocratique. Son avidité d’honneurs ne connaît pas de bornes, il lui faut le mandat, il lui faut assouvir sa quête de courbettes, il lui faut remplir son répertoire. Plus les patronymes sont prestigieux, plus elle pourra courir le monde, au frais du monde, afin de remplir sa coupe trop snob.

Après avoir bien œuvré, patronnesse et charitable, elle rentrera à la niche, à la couche, où l’homme s’indiffèrera du conte de sa réussite. Car le voilà le drame des Dames Tapedur, qu’il faille péter nauséabond afin d’être sentie par le mâle de sa tribu. Et ces flatulences putrides ne sont que de sottes méchancetés travesties en nobles causes.

 

maniere

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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 16:17

A défaut de m’obstiner à être une Salers alerte, je suis en passe de me transformer en veau ramollo.  En panne de mots, mais pas de maux. Des maux de maintenant, des sordides, des qui mettent l’endive en julienne et le cœur d’endive en purée. C’est l’histoire de ce monde. C’est comme dans cet article que j’ai lu ce matin, et qui m’a frappée par sa justesse, et sa tristesse, aussi. Travailler devient une torture. Encore une fois, « on » me dira que c’est moi. C’est tellement plus facile.

 

5 continents article progrès 19 oct 2011

cliquer sur l'image pour l'agrandir...

 

Dimanche, j’ai été faire un tit tour à la fête du Livre, moment culturel et médiatique de la Ville. C’était dîner de tête. J’ai aperçu tout plein de gens : François de Closet, Isabelle Alonzo, Thierry Roland, Jacques Salomé… Même que j’ai croisé Bruno Gaccio. L’est joli le bougre ! Encore plus qu’à la télé. Des yeux gris-bleus à faire tourner en beurre un seau de lait. Au-dessus de mes moyens…

 

En ce moment je suis en panne, donc. Mais, pour sûr, je reviendrai. Parce que je reviens toujours. J’ai juste envie de dormir un bon bout de temps.

 

Dîner de tête ? Ah oui, ça m’a fait penser à ce poème de Prévert - J’adore Prévert – que j’avais lu, et qui m’avait marquée. Prévert était un voyant et écrivait du prémonitoire, du bizarre, mais prémonitoire. Quel talent !

 

Tentative de description d'un dîner de tête à Paris-France


provache

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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 13:10

Aujourd’hui, à 18h18 exactement, je suis en train de boucler la boutique, de clôturer la journée au pré, quand un drôle de jeune homme à lunettes s’en vient piétiner ma luzerne. L’a l’air perdu, le garçon, au milieu de l’exposition de chapeaux champêtres. Ben voui. En ce moment, ya des chapeaux champêtres dans mon univers.

Il a dû brouter de l’herbe pas catholique, du genre à épicer la salade d’endive pour soirées torrides. L’œil rouge derrière ses verres épais. Gringalet. Et speed, agité même. Je me redresse, de tout mon mètre soixante-cinq, mettant en évidence ma carrure de déménageur qui doit plus au grossigène qu’à la musculation. Je suis seule au champ… Sait-on jamais. La télé qui dégueule du fait divers comme un veau dérangé, ça rend prudent.

Lui : « B’jour M’dame, Ousse qu’elle est la rue Miguel Cervelle, ousse qu’elle est, hein ? ». Il pose son regard de cerise un peu partout autour de lui…

Moi, tendant le doigt à travers la vitrine pour la montrer : « Elle est là »

Lui : « Ah ! Où ça ? Ah Et pis celle-là (il m’indique la rue perpendiculaire), comment qu’elle s’appelle, hein ! Comment qu’elle s’appelle ? ». Il sautille presque en posant sa question. Il a l’air de gigoter immobile. J’avais encore jamais vu.

Moi : « ça c’est la rue Molard ».

Lui : « Ah ! Mais alors, ousse qu’elle est la rue Miguel Cervelle ? Ousse qu’elle est, hein ? »

Moi : « Ben là », et je lui montre à nouveau.

Lui « Et on est à quel numéro ? »

Moi : « Je sais pas », puis, regardant à travers la vitrine : « Au numéro 13 »

Lui : « Mais alors, le numéro 5, il est où ? Il est où le numéro 5 ? »

J’ai comme un doute… J’ai dû brouter une endive sauvage qui, dit-on, est hallucinogène, et je suis en plein dans « Le prisonnier ». Je me penche, je repère le 7 et le 3, j’en conclus que le porche, entre les deux, est le désiré numéro 5.

Moi : « Ben, là-bas, entre le 7 et le 3 ».

Il regarde, pas vraiment convaincu. Il se penche. On dirait un roseau. Il va revenir à sa position initiale, pour sûr !

Lui, et il a un instant de silence plus que pesant, lourd : « Mais alors, le numéro 6, il a disparu ? Ousse qu’il est, le numéro 6, hein ? »

Grand moment de solitude, effort pour ne pas ricaner méchamment, il a vraiment l’air « bizarre », le garçon.

Moi : « Ils ont mis les numéros paires de l’autre côté de la rue ».

Lui, un tantinet ahuri : « Ah ! Ben depuis le nouveau Maire, c’est pas facile de se retrouver dans c’te p’tin de ville !!! ».

J’en suis restée coite.

 plaque

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Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 20:54

Le 20 heures fait la part belle à cet anniversaire à la con. Ben voui ! Il y a presque dix ans que les navions se sont payé les symboles : les tours et le Pentagone. Ils ont raté la Maison Blanche, des fois qu’ils voulaient en garder sous le coude.

Bon. C’est triste pour les quelques 3.000 personnes qui ont laissé leur vie dans l’histoire. Et, évidemment, cet attentat était terrifiant, abominable, criminel. C’est dit.

Mais les chichis du Prési-dents-qui-baignent me sortent par les trous de nez. Il a dit que les français s’étaient senti TOUS américains. Ben, pas moi. Sorry. Et pis, le coup de la gerbe à l’ambassade, en commémoration, c’est juste pour se montrer, pour faire joli. C’est que du flan. Je suis sûre qu’il s’en fout encore plus que moi. Ça me la collerait, la gerbe. Tant de commisération…

Reportage : les enfants nés de pères morts dans les tours. Ah ! Les mères leurs rappellent le héros en permanence, ils sont traumatisés ces gosses. Ils portent le poids du drame d’Homerdique du Nord comme un costume trop grand pour eux. Pour sûr, yen a au moins un qui finira sociopathe, serial-killer… Ce que j’en dit…

La réaction de l’occident n’a eu comme effet que de radicaliser des groupuscules islamistes. C’est fou ce que c’est intelligent. Et les morts en Irak, en Afghanistan, on n’en parle pas beaucoup, sauf si ce sont nos soldats. Les autres, ils doivent être « moins » morts. Je me demande.

Mais surtout, ce qui me GONFLE le plus, c’est qu’on oublie qu’un enfant meurt toutes les six secondes, de la faim. Et que cette faim, nous y contribuons. Surtout ces pourris qui spéculent sur le blé ou le sucre. Un enfant toutes les 6 secondes, ça fait 5 256 000 par an, soit 1752 « 11 septembre ». Il faudrait 4,8 commémorations par jour pour que tout le monde soit traité à la même enseigne.. J’imagine que le chagrin des mères de ces morts de faim, surtout africaines, a moins de valeur que celui des petites dames blanches new-yorkaises. Ces africaines, elles ont l’habitude de faire leur deuil, elles, parce que leurs enfants ne survivent que rarement.

À voir, revoir et re revoir, le fabuleux film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11…

 



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Vendredi 9 septembre 2011 5 09 /09 /Sep /2011 20:44

Hier, Nictoplasme Razratis est venu se promener dans le département d’Empty Ducond. Lequel Ducond, bien évidemment, en tant que directeur d’une usine de production de savon pour émulsifier la vinaigrette, était convié à la fête.

Dès le matin, sur les routes jolies du département fleuri, des cars de Céhéraices et autres forces dites publiques déboulaient, toutes sirènes hurlantes, afin de quadriller le périmètre sensible.

La sécurité est un thème cher à Nicto, surtout en ce qui le concerne. Il lui fallait protéger ses 168 centimètres de barbaque, talonnettes non comprises. Et, si proche du Charolais, on pouvait craindre que quelque bouseux mal intentionné ait dressé ses vaches à prendre l’auguste personnage pour une muleta. Ou encore qu’un hobereau désargenté ait piégé son château pour qu’il explose au passage du cortège. De plus, la secte des adorateurs de l’Endive avait menacé, dans un communiqué anonyme et extrêmement virulent, de déverser un tombereau de chicons avariés pour stopper la progression présidentielle. On n’est jamais trop prudent…

Empty, étonné, et bien rangé dans sa rangée pour faire dense, a essayé d’apercevoir le larron… Euh ! Le baron. Pas moyen. Tout juste pouvait-on observer des têtes d’athlètes qui dodelinent, couvant du regard un être invisible, comme un tas de poules couvant un poussin.

Ne pouvant pas profiter du spectacle, il ne lui restait qu’à tendre l’oreille afin d’ouïr la présidentielle parole. Comme d’hab’, il était question de travailler plus… mais pour, au mieux, conserver le droit de s’offrir un cigare, au pire, contribuer à combler les trous divers et variés dus aux coûts de la protection des élus.

Ce soir-là, bien qu’inconditionnel fan de Nicto, Empty rentra chez lui avec, en tâche de fond, au niveau du néocortex, une question en forme « d’ombre d’un doute », qui tentait d’essayer de risquer d’émerger…

 

Empty Ducond, en lisant le journal local, le lendemain, découvre qu’il y avait, au bas mot 500 personnes dévolues à la protection du Prési-dents-qui-claquent.

Comme Empty n’est pas vraiment débordé par ses tâches directoriales, il s’amuse à compter… Voyons, 500 personnes qui coûtent environ 4.000 euros par mois (charges comprises, et c’est pas surévalué) … Mobilisées durant une journée de présence, avec, sans doute, 25 % du temps total estimé pour la préparation du déplacement. Multiplié par la couleur des chaussettes et divisé par la pression atmosphérique, ça fait combien ?

Posons l’opération :

  • 500 x 4.000 / 20 (jours de travail) = 100.000 euros
  • 100.000 * 1,25 (préparation) = 125.000 euros
  • 125.000 / 168 (taille en cm de Nicto) = 744,05 euros/cm

Ça fait pas un peu cher du centimètre de président ? Ramené au cm3, ça ferait beaucoup moins. Cependant, le volume du Prési-dents-qui-grincent n’étant pas une donnée connue, il faudra se contenter du linéaire de bonhomme. Mais c'est une autre histoire...

  toro.jpg

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : Les chroniques de la meute
Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 12:28

Je m’appelle Diabrotica. Ce pourrait être le prénom d’une jolie princesse, mais je ne suis pas une jolie princesse, je suis une calamité. Et voui ! Je ne l’étais pas, au départ, je voulais juste vivre ma vie de coléoptère, tranquilou. Il a fallu que vous, les hommes, vous vouliez m’anéantir, m’éradiquer, me génocider.

Je n’étais qu’une petite chose rousse, plutôt moins désagréable que ma copine Mygale ou mon amie Punaise. Je me nourrissais d’un peu de maïs. Fallait bien que je mange, pour me reproduire… Comme vous. Mais ya fallu que l’avidité de votre race impie tente de me détruire. Et que les fermiers d’Homerdique du Nord grattent jusqu’au moindre épi pour arrondir leur profit.

Alors, dans une lutte dantesque, Monsanto a voulu créer mon Golem, celui qui me terroriserait jusqu’à me faire disparaître. J’ai réfléchi, et j’ai trouvé. Je me suis mise en sommeil ou j’ai squatté du soja. Parce que ce n’était qu’une question de temps, pour que je trouve la solution.

Vous autres, humains, vous avez muté doucement, durant le temps de votre longue vie. Vous avez mis des milliers d’années avant d’émerger de la préhistoire. Mais moi, petite chose, j’accélère, il ne me faut qu’une année ou deux pour accoucher de cent générations… Ah !

Et je m’adapte vite. J’ai trouvé la solution. La toxine tueuse que vous aviez, insidieusement, introduite dans votre maïs, pour me faire les élytres, et ben, elle ne me tue plus. Na ! C’est une fuite en avant technologique que vous ne gagnerez pas. Vous avez l’intelligence (encore que… je me demande). Moi, j’ai le temps.

Du coup, j’ai niqué Monsanto ! Et j’en suis pas peu fière !


diabrotica

Pour en savoir plus… cliquer sur mon portrait.

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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 19:55

Et puis, on trouve le corps martyrisé, roué de coup de l’adolescent. Il a traîné dans quelque quartier infréquentable. C’est Abdou qui doit annoncer le drame à ses parents. La mère hurle. Le père se ferme. Désormais, il est le seul enfant et ses vieux se meurent de chagrin. Ils continuent de travailler mais, peu à peu, la ferme se dégrade. Il y a des matins où la mère ne se lève pas. Elle n’allume pas le four, il n’y a pas de pain frais. Abdou tente de les distraire, leur lit le journal. Peu à peu, les soirées s’enlisent dans de stériles dialogues, ou chacun est seul dans son malheur. Le père et la mère ne se regardent plus.

-« On les a retrouvés ? »

-« Mohammed, laisse ton fils tranquille, il n’y peut rien. »

-« Youssef Ben Abdallah, jure-moi que tu les retrouveras. »

-« Mohammed Ben Addallah, tu sais bien qu’il peut pas jurer. Allah décide, Allah sait, Allah est grand. Prie et souviens-toi. Nous l’avons trop gâté, ce gosse. Et nous sommes punis. Mektoub »

Moins d’un an après la mort de Noah, Allah rappelle son père et sa mère, en quelques jours. Désormais, il est seul. Il s’installe chez un cousin. Et il remplit le cendrier improvisé, à la Citadelle du Caïd Mansouri. Il guette les mégots tachés de rouge à lèvre… qui ne viennent plus. Moins romantique, il s’amuse de lui, et de ce désir de rencontrer la fille, désir qui l’a accompagné durant tout ce temps du deuil. Comme si l’amour d’une femme pouvait consoler des douleurs.

 

Il rentre dans la police, parce qu’on n’a pas retrouvé les meurtriers de son frère. Et très vite, il se retrouve avec le grade de commissaire. Il est affecté à Taourirt, à moins de cent kilomètres de Berkane.

Un matin, il appelle Rabat, il souhaite être muté, et faire un stage en France. On lui a parlé de Saint-Cyr. Trois mois après, il vend les quelques meubles de sa famille dont personne ne veut, et qu’il avait stockés chez le cousin. Il part à Casa, où son nouveau poste l’attend, soulagé d’échapper au poids de la conformité pesante qui règne dans la petite ville de province.

Les premiers jours à Casa le ravissent. Il se sent libre. Il passe des heures à marcher sur le front de mer. Il contemple l’océan, dont le rythme lent et puissant l’étonne. Les jours de tempête, il goûte les embruns qui mouillent son visage, parce que le vent les porte jusque sur le boulevard. Les cerfs-volants des enfants dansent dans le ciel. Et il s’émerveille d’être là, vivant, heureux.

Il part en France faire son stage. C’est là qu’il découvre la police scientifique. Il en a entendu parler, mais n’a aucune idée ni de ses méthodes, ni de ses moyens. Il se dit que, si la police de Berkane avait bénéficié de toutes ces techniques, elle aurait peut-être retrouvé les assassins de son petit frère. Et il chasse l’idée, dans un soupir.

Il aime la France. Il s’initie au vin. Il se fait des amis. Qu’il gardera des années durant. Il ose même, un jour, manger une rondelle de saucisson. Mais il ne renouvelle jamais l’expérience. Non pas qu’une quelconque crainte de Dieu l’en empêche. Il a compris depuis longtemps que Dieu ne s’émeut pas des faiblesses humaines. Non, il n’apprécie pas, tout simplement : trop gras et trop salé.

Durant ses jours de repos, il visite la région. Il rentre dans les églises dont il trouve l’architecture flamboyante. Souvent, il va passer une journée à Lyon, place Bellecour. La librairie Flammarion l’attire. Il est époustouflé de l’offre de livres. Il se souvient, avec tristesse, de la difficulté à dégoter un bon bouquin, chez lui. Et du prix exorbitant qu’il faut débourser pour un ouvrage médiocre et de seconde main. Le Maroc n’est pas près de cultiver facilement sa jeunesse…

 

ange


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La Déchéance de l'Ange

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Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 18:33

Et puis, bac en poche, il prend le grand taxi pour Oujda. Son bagage est maigre, quelques vêtements, et de quoi écrire. Il doit faire son droit…

Droit, c’est la volonté de ses parents. Eux, les paysans, ils grattent la terre, l’arrosent de leur sueur. Chaque jour qu’Allah offre, ils se lèvent avec le jour. Mais ils remercient. Métayers, leur vie est bien moins rude que celle de leurs amis. Ils se nourrissent de leur travail, et économisent depuis toujours, dirham après dirham, pour que les enfants échappent aux champs. Chaque soir, quand le crépuscule baigne la ferme d’une ombre mauve, le père sort une chaise sur le pas de la métairie. Il savoure un thé en marmonnant. Souvent, il prie, en silence, humblement, juste pour que la famille garde la santé. Et le rire.

Les parents voudraient qu’il devienne avocat. Abdou, lui, est attiré par l’histoire ou la psychologie. Mais il sait qu’il n’aura pas de débouchés s’il s’obstine au choix du cœur et de l’âme. Il sera comme ces dizaines de jeunes gens, érudits et diplômés, qui trimballent des brouettes de cailloux pour trois cacahuètes… Alors il se résigne à avaler toutes les lois de tous les codes. Il traverse ces années d’université sans joie, mais sans hâte non plus. Parfois, il a quelques discussions animées avec ses congénères des sciences humaines. Il commence à noter, dans des carnets, les réflexions qu’il entend. Il s’initie au calme. Des années plus tard, il lui restera des bribes de phrases.

 

Oujda est une ville selon son cœur : suffisamment grande pour qu’il se balade, anonyme et tranquille, mais jamais inhumaine. La mosquée côtoie la cathédrale, et ça l’amuse. Aux heures chaudes, lorsque son emploi du temps l’autorise, il flâne au souk. Il mange peu. C’est au souk qu’il s’approvisionne. La plupart du temps, son budget ne lui permet que le pain et le thé. Alors il ne rentre pas souvent chez lui. Au moment des congés scolaires, lorsqu’il n’a pas trouvé de petit boulot, il revient à la ferme. Et il garde les moutons.

Brillant, il obtient sa maîtrise avec les félicitations du jury. Il retourne à Berkane. Il s’offre quelques mois à réfléchir. Il faut désormais qu’il trouve un emploi, et qu’il aide, pour que son petit frère puisse, à son tour, partir à la fac. Durant tout le temps qu’il a passé à Oujda, il n’a pas vu ses parents vieillir, et son cadet changer.

 

Parfois, il s’assoie à la terrasse d’un café, et il regarde sa ville, dont il ne reconnaît plus l’âme. Les gens du sud errent en quémandant une pièce. Ils attendent qu’un jour, un bateau les emmène.

Parfois, Abdou disserte avec Noah, son petit frère. Il essaie de comprendre ce jeune homme, dont les méandres émotifs lui font naître un malaise. Il s’est laissé embarquer dans de sordides histoires où le matériel est au cœur de la vie. Et Sultane, l’herbe qui ralentit le geste, et qui isole, est devenue son amie, sa compagne. Ce frère tant aimé est l’étranger, agressif, méfiant, accusateur. Il ne veut pas d’un avenir laborieux, il veut courir les chemins de vie dans le facile et le festif. Jolies voitures et jolies filles. Abdou tente de le raisonner, en vain.

-« Ne sois pas si pressé… Si tu as un bon métier, tu auras toutes ces choses qui te plaisent. Tu as de bonnes notes au lycée. »

-« Lâche-moi. Je veux partir. Avec des potes, on va monter des affaires. Ça sert à rien, les études. Regarde-toi, tu viens de t’en farcir cinq ans, et tu n’as pas de travail. Tu vas faire quoi ? Fonctionnaire ? Flic ? Et tu vas finir dans un petit costume râpé, avec une femme qui te fera trois gosses. J’en veux pas, de cette vie-là. Moi, je veux voir le monde, partir aux US. Je veux pas moisir ici. C’est un trou, cette ville. Ya rien à faire.»

 

ange


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La Déchéance de l'Ange

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 19:31

Dans la série : pubs à la noix (de veau) et foutage de museau… Après les dents blanches, les rides. Je me sens torturée, agressée, montrée du sabot. Pourquoi faut-il que Face de Bouc me rappelle que le temps passe, et que, du coup, la façade s’affaisse ? Et me propose des solutions toutes plus lucratives, pour la maman astucieuse (sans doute la même que les dents) , les unes que les autres ? Ah !

Je m’interroge… À ma connaissance, il n’y a que Cher qui, à 65 ans, a l’air d’en avoir moins de 30. Ça lui a coûté combien ? Deux millions de dollars a minima. Du coup, j’en conclue que pour avoir la mamelle alerte, le sabot jeunot, la queue non aqueuse, le flanc sans flan, pas ballant, le poitrail qui mitraille, il est indispensable que la bourse soit pleine… La mienne ressemble à une figue ratatinée, autant dire qu’il va falloir que je subisse les affres du temps qui passe.

Bon, j’ai pas été voir ce que cette maman astucieuse propose, mais au vu de l’image, elle doit s’emballer comme une tranche de jambon ou un jarret dans du film étirable. Juste deux p’tits trous pour respirer. Elle doit laisser poser la nuit, mariner à vrai dire. Et, pour sûr, le lendemain, quand elle retire le film, les rides se barrent avec.

La ride, c’est con, ça fonctionne par mimétisme. On lui colle du plastique, elle en tombe amoureuse, et quand on enlève le plastique elle reste collée à son nouvel amour. Au moins.

Et ben moi, j’ai une solution que j’ai découverte fortuitement : le grignotage. Il suffit de prendre des kilos pour que la peau se tende. Dix kilos et le visage affiche une jolie peau de fesse de bébé, bien tendue. Et voui !

 

rides

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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 18:36

Le commissaire

 

Le commissaire est né à Berkane, ville de taille moyenne et, finalement, assez banale. Dans l’Oriental, province de l’extrême est marocain, à la frontière avec l’Algérie. Et personne ne connaît Berkane, à part les marocains. La ville a pris un essor certain sous la domination française. Auparavant, elle était sur la route des Caïd, entre la mer et les Beni Snassen, massif montagneux qu’on aperçoit, au loin, quand on regarde vers le sud. Une petite bourgade calme tout juste ombragée par les orangers. De bourgade en garnisons qui hébergeaient les colonisateurs, la ville a enflé jusqu’à absorber ses faubourgs, jusqu’à s’étendre au pied de la route qui monte à Tafoghalt. Des constructions curieuses, assez typiques de l’architecture du 20ème siècle, comme des hérons aux longues échasses, avec des arches pour les boutiques, semblent être jetées çà et là. La ville est d’un rose soutenu.

Elle embellit, se pare d'avenues où les palmiers dodelinent quand le vent vient de la mer. Ça bruisse des sons qui s'entremêlent, comme une musique, où les notes de la vie s'amuseraient à jouer les symphonies. Aux klaxons des voitures, s'ajoutent les pas des mules qui battent le pavé, les cris des humains qui s'interpellent, qui échangent, qui houspillent, qui s'exclament, qui rouspètent...

 

L’enfance du commissaire a été joyeuse. Il en garde le goût de la clémentine qu’il chapardait, quand elle tombait des camions gavés, au moment des récoltes. Il en chérit le souvenir des parties de cache-cache dans les rues poussiéreuses, et les bruits des souks, les moments festifs des soirs du mois de ramadan. Malgré l’insignifiance de la ville, elle est la racine qui l’a nourri, construit. Et il aime revenir, de temps à autre, quand son travail l’épuise et qu’il faut se ressourcer. Même s’il ne connait presque plus personne, et que ses parents sont désormais réduits à l’état de poussière.

C’est au moment de l’adolescence qu’il commence à éprouver un malaise. Il se sent libre dans un monde où la tradition empêche l’imagination. Il a pris l’habitude de courir les espaces.

Les bords de mer, du côté d’un petit port, Cap de l’Eau, lui donnent à rêver durant des heures. Il contemple le ressac, et l’écume des vagues qui s’écrasent sur les rochers. Il parle avec les pêcheurs, acquérant, au fil du temps la connaissance des eaux, des poissons, et, surtout, la patience. Il parcourt durant des heures les collines, du côté de Rizlane, dans la montagne.

Il est fasciné par la vieille forteresse du Caïd Mansouri, dont les ruines émergent, à peine, d’une terre rouge. Il faut prendre le chemin, à droite du moulin à huile, et marcher parmi les cultures et les oliviers. Au bout d’un moment, un pan de mur effrité, étouffé par les ronces, se dresse sur le chemin. Il contourne les quelques oripeaux encore dressés du bâtiment, qui a dû être beau et majestueux, pour aller s’asseoir à l’ombre d’un arbre, l’arbre qu’il a adopté. C’est un eucalyptus dont la graine a sans doute migré au caprice du vent. Il file vers le ciel et son feuillage bleuté brise les ardeurs du soleil, en été, abrite des pluies d’automne, parfois. C’est à cette époque qu’il a commencé à fumer. Des Marquises, ces cigarettes locales dont la fumée âcre brûle la gorge. Dès qu’il a un peu plus d’argent, il s’achète des blondes américaines, dont la menteuse douceur le rassure. Il sait bien que fumer n’est pas bon pour son corps. Il a creusé un cendrier dans la terre rouge, et chaque mégot rejoint les précédents. Avec les années, des centaines de filtres jaunis s’entassent peu à peu dans leur cachette. Chaque fois qu’il vient dans le coin, il observe ce témoignage de ses rêvasseries. Un jour, il découvre un mégot qui porte une trace de rouge à lèvres, au milieu de ses propres abandons. Il se met à imaginer la créature qui a contribué à cette étrange collection.

 

 

ange


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La Déchéance de l'Ange

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Publié dans : La déchéance de l'ange - Communauté : Les chroniques de la meute
Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 07:30

Au pays des bêtes à cornes, la salers est salement salée par le grain de sel qui coince. La preuve…

Ce matin, pimpante, fraichement décrassée, revêtue d’une tenue sobre et confortable, la mamelle proprette et le museau astiqué, je pars affronter une journée de labeur au champ. J’attrape mon petit paletot, mon petit ballot, et je ferme la porte derrière moi.

Je loge au cinquième étage, et j’ai la flemme d’emprunter l’escalier, donc, j’appelle l’ascenseur. « Ascenseur ! » « Ascenseur ! » « Ascenseur ! ». Il arrive enfin, et m’ouvre sa porte. L’est un peu vieillot l’engin, il date de la construction de l’étable, disons au début des années 60. Il n’inspire pas une confiance démesurée : bruits bizarres, ampoules d’éclairage qui pendouillent au bout de la douille. J’appuie sur le bouton « 0 » et voilà que j’entame la descente…

CRAC ! SCROGNEUGNEU ! Arrêt brutal, soubresaut, grincement, craquement… Me voilà prisonnière. Si j’ai fait 80 centimètres, c’est déjà un périple.

Grand moment de solitude. Timidement, pas convaincue pour un pot de crème, j’appuie sur un bouton d’étage, histoire de voir. Rien. Je respire à pleins poumons. Je commence à trembler, j’aime pas ça. Yen a qui feraient de l’huile, moi, je fais du beurre, et de la sueur.

Sauvée ! Ya une alarme. Pas sauvée, elle fait le bruit du râle d’un asthmatique qu’on étrangle : tuuut, tuut, tut. Elle est à bout de voix l’alarme. Si quelqu’un l’entend, je veux bien me faire charolaise. Reste l’interrupteur avec le téléphone gravé dessus… y fonctionne pas. Tout va bien.

Je sens les prémices de la panique qui me titillent l’échine. Mon téléphone, oussequ’il est ? Je retourne ma besace à même le sol. Ouinnnnnnnn !!! je le trouve pas. Je sais : je l’ai oublié chez moi. À 80 cm de distance. Nan, je finis par le retrouver, dans une poche cachée, où je le mets d’habitude. On perd vite son cerveau, quand on est une salers en état de stress…

Il me reste les pompiers. Le 18. Et ben ça marche. Ya quelque chose de bien dans ce foutu pays. Mais pour combien de temps encore ? Bref.

Au bout d’une vingtaine de minutes, la porte s’ouvre. J’ai mal évalué mon voyage, j’avais fait un mètre. Dans ma grande naïveté, je veux escalader, pour me sauver le plus vite possible. Ben nan, l’est pas sécurisé l’ascenseur, c’est rassurant. Je reste collée au fond de la cabine jusqu’à ce que le joli pompier, brun et frisoté, m’autorise à dégager.

J’ai pas aimé ce début de journée. De quoi en faire du beurre, je l’ai déjà dit, mais du beurre rance, ça, je l’ai pas dit.

 

ascenceur

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Quotidien d'une Salers - Communauté : C'est une histoire de filles...;)
Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 18:38

It's me

Riyad Clarence

Murmures musicaux

 

Les morceaux de musique qui rythment ma vie...


 

 

Et la musique classique...


 

 

La musique d'ailleurs...

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