Confessions particulières

Il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait. Ce sont ces instants qui font toucher du doigt la beauté de la création. L’envol d’un oiseau, dans une aube rosie du soleil qui se lève, emporte l’âme avec lui, vers le ciel. Ce silence là, soyeux, est juste troublé par le battement des ailes qui froissent l’air. C’est aussi un silence à respirer, il a l’odeur de l’herbe encore rafraîchie de la nuit. Il y a celui d’un secret partagé au cœur de la foi, quelque soit le temple. Tout imprégné de sacré, ce silence là, intérieur, est de ceux qui poudrent de magie la vie, parfois trop tirée vers la chose, l’avoir. Il y a le silence juste frémissant du souffle des amants quand un grand feu les a pris, et que, fatigués, ils s’endorment, encore entremêlés. Il y a aussi le terrible silence de l’absence, celui que l’on ne comprend pas parce qu’il arrive, brutal, définitif, et que, désormais, rien ne pourra le remplir. Ce silence là tue les mots, tous les mots et laisse la place, après avoir dévasté, à cet autre silence, qui est vide et chairs mortes. Mais, surtout, il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait.

 


Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières
Le bleu de la fuite d’un jour noie d’une brume effilochée la lisière de la forêt, qui vient mourir dans le sable. La femme va, nu pied, sur la plage, d’un pas abandonné à l’écume de l’océan. Elle est belle, la femme, de cet air là qui dégorge de vie. Presque à l’aube glacée de sa fin, elle s’illumine des traces d’amours engrangés, de bleus à l’âme qui habillent son regard d’une ombre lavande. Elle conserve un corps sculpté qu’enrobent quelques courbes blessées. Des mains d’hommes, maladroites, ont maltraité ses rondeurs trop offertes. Elle se garde désormais, diaphane dans sa robe qui prend des reflets de myosotis au soleil cédant. Elle attend d’ouvrir, un jour, le plus intime d’elle à celui qu’elle attend. Elle a quitté ses montagnes pour une lande atlantique hérissée de pinèdes. Là où les hampes écorchées d’arbres parasols se jettent pour crever les nuages, son regard ne se souvient que de l’argent des eucalyptus qu’elle a contemplés sur un autre rivage. Quand la vague s’écrase, éclaboussant ses chevilles, un sourire éclaire son visage de la lumière de l’azur déclinant. Elle rêve. La femme va, nu pied, sur la plage, d’un pas abandonné à l’écume de l’océan. Souvent, elle le croise. Un jour, il la reconnaîtra. Jor’h Zreq bahri.



Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin. Il a l’œil qui survole les misères et les mesquineries de l’homme. Il va, suivant sa voie. Qu' elle soit bordée de mots ou de musiques, la route du serviteur n’est pas de celles où il choisit de s’arrêter. Car la recherche est souvent plus importante encore que le but. Il croise de ces êtres qui voudraient le retenir, ne serait-ce qu’un instant, échanger avec lui quelques gouttes de sang, quelques larmes ou un peu de sueur. Mais le serviteur n’a pas le temps pour l’échange, il regarde cet horizon qu’il lui faut, à tout prix, atteindre avant de n’avoir plus l’envie. Il aime, il est aimé, dans un sourire, dans un moment, mais ne veut pas de ces liens qui arriment à un sol, à une histoire. Il aime le temps d’un soupir. Il est aimé pour une éternité. Le rencontrer, c’est poser son bagage à jamais dans un rêve esquissé, dans un souvenir volé, le temps d’un silence. Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin.

 


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé. Blottie, elle se dérobe du regard et des routes pour mieux câliner ses hôtes. La maison qui se cache, souvent protège de belles amours. Elle est comme un cœur simple qui réchauffe l’âme fatiguée, elle palpite doucement dans les nuits d’été. Elle sent la lavande ou le pin, mais jamais de ces parfums capiteux qui tournent la tête. Elle n’a l’air de rien, est gentiment décorée, et la chaleur remplace l’esbroufe. Il y a toujours un coussin confortable pour reposer au moment de la sieste, une chanson douce pour bercer le sommeil. Il y a un grand lit qui accueille les corps amants chaque fois que les amants se prennent le corps. Il y a un coin où partager le repas, où manger et se manger des yeux. Et d’un grand silence elle compose une symphonie. D’un bosquet, elle invente un jardin. D’un rayon de soleil, elle allume un feu de joie. D’un instant, elle fait une éternité. La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé.

 


Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières
Beurrer une tartine au petit jour, les yeux battus d’amour. La tranche de pain sent le chaud, le frais. Le beurre, juste du moelleux qu’il faut, s’étale sous le couteau, il fleure la baratte… du miel, un de ces bons miels de pays, ou une confiture maison, grenue, fruitée, avec des gros morceaux de fraise, d’abricot. Beurrer la tartine est le geste le plus tendre qui existe. Un minuscule plaisir fait à l’autre. Préparer le café, presser l’orange, partager le plateau dans un sourire. La tendresse mise en geste passe souvent par la nourriture. C’est comme couper les mouillettes pour l’œuf coque. Ou peler la pomme à la fin du repas. L’amour se nourrit d’infinies attentions. La perte est cruelle quand on oublie qu’il faut alimenter les jours de ces jolis moments où le plaisir de l’autre, même s’il ne demande rien, c’est le bonheur de l’histoire. Beurrer une tartine au petit jour, les yeux battus d’amour.



Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières
S’endormir, sans hâte, juste en respirant les mots, juste en les savourant. Ce moment, où la réalité s’estompe alors que le rêve s’installe, enchante une âme tendre. Lorsqu’il n’y a que des mots entre eux deux, elle ne peut que se raconter qu’il aime les siens, comme elle attend les siens. Les mots portent les émotions qu’ils soient soigneusement choisis ou qu’ils arrivent spontanément, qu’ils s’imposent. Le mot est bien plus qu’une suite de lettres assemblées. C’est un véhicule. Il transporte les sentiments au train de ses phrases, et même le lapsus, le mot pour un autre évoque un sourire, un désir, une envie. Suivre un mot et se laisser enchanter par l’histoire qu’il raconte. Prendre un mot et l’offrir, et, mieux encore, fabriquer un bouquet de mots. Les mots disent l’être quand ils viennent du profond. S’endormir, sans hâte, juste en respirant les mots, juste en les savourant. Tabkay a3la khir.


 


Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières
Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé. Le bruit de la pluie claque sur le toit de la chaumière. Dans la chaumière, deux corps se trouvent et se parlent. Au point du jour, les  peaux se frottent et échangent. La chaleur, sous la couette, c’est celle des âmes qui s’incarnent dans la chair. La chair sans amour n’est pas l’amour. L’amour sans chair n’existe pas. Le point du jour n’a pas d’heure… ce moment où le réveil prend les ventres amoureux au regard qui s’ouvre. Ce peut être dans une après-midi chaude d’un été, dans la froidure d’un hiver au coin du feu. Il est juste ce moment où ils sortent du sommeil. Il est juste ce moment où l’odeur des ébats de la veille les jette l’un dans l’autre. Il est juste ce moment où les mains reprennent leur exploration de l’autre, cherchent les frissons qui courent sur la peau. Il est juste ce moment où les bouches goûtent l’épiderme et s’attardent à explorer les recoins, et le reste. Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé, comme lui, comme elle.




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