Il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait. Ce sont ces instants qui
font toucher du doigt la beauté de la création. L’envol d’un oiseau, dans une aube rosie du soleil qui se lève, emporte l’âme avec lui, vers le ciel. Ce silence là, soyeux, est juste troublé par
le battement des ailes qui froissent l’air. C’est aussi un silence à respirer, il a l’odeur de l’herbe encore rafraîchie de la nuit. Il y a celui d’un secret partagé au cœur de la foi, quelque
soit le temple. Tout imprégné de sacré, ce silence là, intérieur, est de ceux qui poudrent de magie la vie, parfois trop tirée vers la chose, l’avoir. Il y a le silence juste frémissant du
souffle des amants quand un grand feu les a pris, et que, fatigués, ils s’endorment, encore entremêlés. Il y a aussi le terrible silence de l’absence, celui que l’on ne comprend pas parce qu’il
arrive, brutal, définitif, et que, désormais, rien ne pourra le remplir. Ce silence là tue les mots, tous les mots et laisse la place, après avoir dévasté, à cet autre silence, qui est vide et
chairs mortes. Mais, surtout, il y a des silences à peine habités, de ces moments qui se suffisent à eux-mêmes, où tout est parfait.
Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin. Il a l’œil qui survole les misères et
les mesquineries de l’homme. Il va, suivant sa voie. Qu' elle soit bordée de mots ou de musiques, la route du serviteur n’est pas de celles où il choisit de s’arrêter. Car la recherche est
souvent plus importante encore que le but. Il croise de ces êtres qui voudraient le retenir, ne serait-ce qu’un instant, échanger avec lui quelques gouttes de sang, quelques larmes ou un peu de
sueur. Mais le serviteur n’a pas le temps pour l’échange, il regarde cet horizon qu’il lui faut, à tout prix, atteindre avant de n’avoir plus l’envie. Il aime, il est aimé, dans un sourire, dans
un moment, mais ne veut pas de ces liens qui arriment à un sol, à une histoire. Il aime le temps d’un soupir. Il est aimé pour une éternité. Le rencontrer, c’est poser son bagage à jamais dans un
rêve esquissé, dans un souvenir volé, le temps d’un silence. Le serviteur du Puissant trace d’un pas assuré son destin, sans jamais regret ni chagrin.
La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé. Blottie, elle se dérobe du regard et des routes pour mieux
câliner ses hôtes. La maison qui se cache, souvent protège de belles amours. Elle est comme un cœur simple qui réchauffe l’âme fatiguée, elle palpite doucement dans les nuits d’été. Elle sent la
lavande ou le pin, mais jamais de ces parfums capiteux qui tournent la tête. Elle n’a l’air de rien, est gentiment décorée, et la chaleur remplace l’esbroufe. Il y a toujours un coussin
confortable pour reposer au moment de la sieste, une chanson douce pour bercer le sommeil. Il y a un grand lit qui accueille les corps amants chaque fois que les amants se prennent le corps. Il y
a un coin où partager le repas, où manger et se manger des yeux. Et d’un grand silence elle compose une symphonie. D’un bosquet, elle invente un jardin. D’un rayon de soleil, elle allume un feu
de joie. D’un instant, elle fait une éternité. La maison sous les eucalyptus abrite des rêves à rêver éveillé.
Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé. Le bruit de la pluie claque sur le toit de la chaumière. Dans la
chaumière, deux corps se trouvent et se parlent. Au point du jour, les peaux se frottent et échangent. La chaleur, sous la couette, c’est celle des âmes qui s’incarnent dans la chair. La
chair sans amour n’est pas l’amour. L’amour sans chair n’existe pas. Le point du jour n’a pas d’heure… ce moment où le réveil prend les ventres amoureux
au regard qui s’ouvre. Ce peut être dans une après-midi chaude d’un été, dans la froidure d’un hiver au coin du feu. Il est juste ce moment où ils sortent du sommeil. Il est juste ce moment où
l’odeur des ébats de la veille les jette l’un dans l’autre. Il est juste ce moment où les mains reprennent leur exploration de l’autre, cherchent les frissons qui courent sur la peau. Il est
juste ce moment où les bouches goûtent l’épiderme et s’attardent à explorer les recoins, et le reste. Une campagne au chant du coq se réveille dans un jour mouillé, comme lui, comme
elle.
Vos murmures...