Que c’est triste le pré quand la pluie qui dégouline ne cesse pas. Le sabot se mouille, et l’œil larmoie. Vouloir gambader revient à s’empêtrer dans un bourbier. Sale planète ! Du coup, ça me rappelle le paradoxe de la grenouille cher à Joël de Rosnay.
Il était une fois deux batraciens, Mimi « grenouille-fille » et Momo « grenouille-garçon ». Et un savant imaginatif qui passait son temps à triturer les bestioles pour en tirer des leçons. Un jour, il eût une idée, comme toutes ses idées, assez saugrenue. Il se munit de deux casseroles, les remplit d’eau, et les mit à chauffer. Dans le premier récipient, et dans l’eau froide, il plongea Momo. Et attendit. Quand l’eau fut bouillante, il jeta Mimi dans le liquide… Et il fit cette constatation surprenante.
Momo, ne se rendant pas compte du changement de l’état de son milieu, s’était laissé cuire. Ce n’était plus qu’une petite chose recroquevillée, aussi morte qu’une momie (encore que…). Mimi, qui avait été mise en état de choc, avait sauté hors de la casserole. Elle s’en tirait avec une grosse frayeur et quelques rougeurs.
Le savant en tira la conclusion suivante :
- Quand le milieu change imperceptiblement, tout animal plongé dans ce milieu en crèvera.
- Quand le milieu change brutalement, tout animal plongé dans ce milieu en réchappera.
Pour moi, salers à la dérive, j’en ai tiré une morale. Mon accident de début d’année, cette foutue cheville massacrée qui m’a tenue à l’étable un paquet de mois, a été mon eau bouillante. Alors que j’étais en train de me laisser cuire. Depuis, j’ai des comètes plein la tête… Et, de tête de comète, je vais aller essaimer des poussières sous d’autres horizons. Je ne sais ni comment ni quand, mais il viendra un temps où je pourrai aller paître dans d’autres champs, sous un autre soleil. Herbe grasse ou herbe sèche, je m’en fous, je ne suis pas vénale. J’ai juste envie d’une clôture qui ne soit pas faite en barreaux de prison.
Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Quotidien d'une Salers - Communauté : C'est une histoire de filles...;)
















Vos murmures...