Vu à la télé, ce soir… Et pris sur le vif, parce qu’il ne faut pas oublier. Que, pour savoir où l'on va, encore
faut-il savoir d'où l'on vient, avant de se demander comment on y va...

C’est l’histoire de ces hommes, de ces femmes, sans qui, aujourd’hui, nous trimerions comme des esclaves, pour trois sous
de l’heure, tout en baisant la savate salie d’un patron méprisant…
Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?
1936 : La France est-elle en révolution ? La grande grève. Contre la misère et l’exploitation. La fin du couchage à la
paille, comme la fin, autrefois, du servage et de la corvée… On s’en fout, des paysans.
Visages de patrons anéantis parce qu’ils devront partager la richesse…
Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?
La Peur, avec un grand P, des Soviets, cette horreur dont nous connaissons, rétrospectivement, l’ignominie. Et les femmes
n’ont toujours pas le droit de vote.
Pétain, viscéralement hostile au front populaire, est là, aux aguets, campé dans le nid douillet d’une droite
extrême.
Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?
Et si la Elle basculait dans une dictature militaire ? Alors Salengro saisit son bâton de pèlerin, afin de convaincre les
ouvriers de reprendre le travail. Ouvriers, dans un été de fête, qui ne demandent que des conventions collectives, un salaire décent, et… du respect. Ni casse, ni sabotage, juste des bals
musettes, du saucisson et du pain. Les machines sont astiquées, pour être pimpantes au moment de la reprise.
Thorez : « Il faut savoir arrêter une grève ». Après des semaines de kermesse, le travail reprend.
Les premiers congés payés. L’émerveillement de ceux qui n’ont jamais vu la mer. Les enfants apprennent le sens du mot «
vacances ». Il a le goût de l’eau salée.
L’été 36, c’est le premier où le temps de vivre rachète les chagrins de toute une vie. Merci, Monsieur Blum. Grâce à vous,
j’ai vu la mer…
Et puis, de l’autre côté des Pyrénées, un jeune général. Il a le soutien de l’église, catholique évidemment, on en connaît
les méfaits quand il s’agit d’opprimer. Et puis celui de la bourgeoisie. Évidemment, on en connaît la duplicité quand il faut préserver quelques sordides privilèges. Quand Blum se ressent comme
un salaud, parce qu’il ne pourra pas bouger. La politique, c’est sale, finalement. Plus que la vie humaine, le poids des forces et la force des partis…
Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?
En France, après une hausse subite des prix, les augmentations de salaires, arrachées quelques mois plus tôt, fondent comme
peau de chagrin. Le patronat ne réduira pas ses marges. Qu’ils crèvent ! Leur salaire financera leur gratification. Des fois qu’ils devraient se passer de danseuses. La bourse prend sa revanche.
Grève des capitaux, fuite de l’épargne. Décidément, on n’aime pas partager dans ce monde-là. Dévaluation du franc de 30 %.
Blum comptait sur le civisme de la finance française. Dans le baba ! Étonné ?
Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?
Pour les paysans, rien n’a évolué, sinon que la vie est plus chère. Les paysans … La terre, monsieur, ça ne se partage pas.
Et, déjà, le problème des charges… Rien de nouveau. Le grand emprunt. Rien. Caisses vides. Plus d’investissement. Économie en berne. Le mur de l’argent. Pause dans les réformes…
Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ? Je me souviens… 1981.
Les croix-de-feu… Bizarre… ça vous rappelle quoi ? Ils se disent socialistes et populistes, et haïssent le juif Blum.
Viscéralement catholiques. On n’exprime plus la foi en un projet politique, juste le rejet de l’autre. Naissance d’un parti fasciste, xénophobe, antisémite… Mais aux yeux de l’électeur modéré,
loin du pouvoir, donc moins dangereux que les communistes.
Des fois, il ne faudrait pas penser…
Dalladier, flirtant avec l’extrême droite, attend son heure… Offrir la peau de Blum au monde des affaires. À l’été 37, les
congés payés reviennent. Les enfants d’ouvriers vont en colonie. Les petits réfugiés espagnols aussi. Le plein air est à la mode. Le camping et les auberges de jeunesse. Et puis le cinéma. Franco
écrase les républicains. Hitler réarme l’Allemagne, ses ouvriers travaillent 60 heures par semaine… Quand Hitler annexe l’Autriche en mars 38, la France n’a plus de gouvernement. La valse des
petits arrangements entre amis a commencé. La Droite ricane. Le Front Populaire bat de l’aile. La guerre menace. Vers qui se tourner ? Le gouvernement d’union nationale ne verra pas le jour. La
droite modérée refuse… Dalladier arrive au pouvoir, avec la bénédiction du communiste Thorez. La parenthèse enchantée se referme, retour aux 48 heures. Plus de semaine des deux dimanches. Encore
une grève… L’aubaine pour Dalladier, qui voulait se débarrasser des bolcheviques. La police se déchaine. Licenciements de grévistes, exclusion des responsables syndicaux, poursuites et peines de
prison. Le 30 novembre 1938, le front populaire est enterré dans les rues où il est né. Le patronat respire, il a conservé son pouvoir, l’ouvrier retourne à son esclavage. On connaît la
suite.
Le monde a-t-il vraiment changé ?
Une partie de la droite et du patronat se jette dans les bras de Vichy. Ils n’ont jamais pardonné le Front Populaire.
L’heure de la revanche est venue. Il faudra attendre 1944, De Gaulle, pour que les ouvriers retrouvent une place dans la société. Le Général s’allie aux socialistes et aux communistes. Le pays
était à reconstruire. Les ouvriers l’ont fait.
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