Quotidien d'une Salers

Aujourd’hui, à 18h18 exactement, je suis en train de boucler la boutique, de clôturer la journée au pré, quand un drôle de jeune homme à lunettes s’en vient piétiner ma luzerne. L’a l’air perdu, le garçon, au milieu de l’exposition de chapeaux champêtres. Ben voui. En ce moment, ya des chapeaux champêtres dans mon univers.

Il a dû brouter de l’herbe pas catholique, du genre à épicer la salade d’endive pour soirées torrides. L’œil rouge derrière ses verres épais. Gringalet. Et speed, agité même. Je me redresse, de tout mon mètre soixante-cinq, mettant en évidence ma carrure de déménageur qui doit plus au grossigène qu’à la musculation. Je suis seule au champ… Sait-on jamais. La télé qui dégueule du fait divers comme un veau dérangé, ça rend prudent.

Lui : « B’jour M’dame, Ousse qu’elle est la rue Miguel Cervelle, ousse qu’elle est, hein ? ». Il pose son regard de cerise un peu partout autour de lui…

Moi, tendant le doigt à travers la vitrine pour la montrer : « Elle est là »

Lui : « Ah ! Où ça ? Ah Et pis celle-là (il m’indique la rue perpendiculaire), comment qu’elle s’appelle, hein ! Comment qu’elle s’appelle ? ». Il sautille presque en posant sa question. Il a l’air de gigoter immobile. J’avais encore jamais vu.

Moi : « ça c’est la rue Molard ».

Lui : « Ah ! Mais alors, ousse qu’elle est la rue Miguel Cervelle ? Ousse qu’elle est, hein ? »

Moi : « Ben là », et je lui montre à nouveau.

Lui « Et on est à quel numéro ? »

Moi : « Je sais pas », puis, regardant à travers la vitrine : « Au numéro 13 »

Lui : « Mais alors, le numéro 5, il est où ? Il est où le numéro 5 ? »

J’ai comme un doute… J’ai dû brouter une endive sauvage qui, dit-on, est hallucinogène, et je suis en plein dans « Le prisonnier ». Je me penche, je repère le 7 et le 3, j’en conclus que le porche, entre les deux, est le désiré numéro 5.

Moi : « Ben, là-bas, entre le 7 et le 3 ».

Il regarde, pas vraiment convaincu. Il se penche. On dirait un roseau. Il va revenir à sa position initiale, pour sûr !

Lui, et il a un instant de silence plus que pesant, lourd : « Mais alors, le numéro 6, il a disparu ? Ousse qu’il est, le numéro 6, hein ? »

Grand moment de solitude, effort pour ne pas ricaner méchamment, il a vraiment l’air « bizarre », le garçon.

Moi : « Ils ont mis les numéros paires de l’autre côté de la rue ».

Lui, un tantinet ahuri : « Ah ! Ben depuis le nouveau Maire, c’est pas facile de se retrouver dans c’te p’tin de ville !!! ».

J’en suis restée coite.

 plaque


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Dans la série : pubs à la noix (de veau) et foutage de museau… Après les dents blanches, les rides. Je me sens torturée, agressée, montrée du sabot. Pourquoi faut-il que Face de Bouc me rappelle que le temps passe, et que, du coup, la façade s’affaisse ? Et me propose des solutions toutes plus lucratives, pour la maman astucieuse (sans doute la même que les dents) , les unes que les autres ? Ah !

Je m’interroge… À ma connaissance, il n’y a que Cher qui, à 65 ans, a l’air d’en avoir moins de 30. Ça lui a coûté combien ? Deux millions de dollars a minima. Du coup, j’en conclue que pour avoir la mamelle alerte, le sabot jeunot, la queue non aqueuse, le flanc sans flan, pas ballant, le poitrail qui mitraille, il est indispensable que la bourse soit pleine… La mienne ressemble à une figue ratatinée, autant dire qu’il va falloir que je subisse les affres du temps qui passe.

Bon, j’ai pas été voir ce que cette maman astucieuse propose, mais au vu de l’image, elle doit s’emballer comme une tranche de jambon ou un jarret dans du film étirable. Juste deux p’tits trous pour respirer. Elle doit laisser poser la nuit, mariner à vrai dire. Et, pour sûr, le lendemain, quand elle retire le film, les rides se barrent avec.

La ride, c’est con, ça fonctionne par mimétisme. On lui colle du plastique, elle en tombe amoureuse, et quand on enlève le plastique elle reste collée à son nouvel amour. Au moins.

Et ben moi, j’ai une solution que j’ai découverte fortuitement : le grignotage. Il suffit de prendre des kilos pour que la peau se tende. Dix kilos et le visage affiche une jolie peau de fesse de bébé, bien tendue. Et voui !

 

rides


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Au pays des bêtes à cornes, la salers est salement salée par le grain de sel qui coince. La preuve…

Ce matin, pimpante, fraichement décrassée, revêtue d’une tenue sobre et confortable, la mamelle proprette et le museau astiqué, je pars affronter une journée de labeur au champ. J’attrape mon petit paletot, mon petit ballot, et je ferme la porte derrière moi.

Je loge au cinquième étage, et j’ai la flemme d’emprunter l’escalier, donc, j’appelle l’ascenseur. « Ascenseur ! » « Ascenseur ! » « Ascenseur ! ». Il arrive enfin, et m’ouvre sa porte. L’est un peu vieillot l’engin, il date de la construction de l’étable, disons au début des années 60. Il n’inspire pas une confiance démesurée : bruits bizarres, ampoules d’éclairage qui pendouillent au bout de la douille. J’appuie sur le bouton « 0 » et voilà que j’entame la descente…

CRAC ! SCROGNEUGNEU ! Arrêt brutal, soubresaut, grincement, craquement… Me voilà prisonnière. Si j’ai fait 80 centimètres, c’est déjà un périple.

Grand moment de solitude. Timidement, pas convaincue pour un pot de crème, j’appuie sur un bouton d’étage, histoire de voir. Rien. Je respire à pleins poumons. Je commence à trembler, j’aime pas ça. Yen a qui feraient de l’huile, moi, je fais du beurre, et de la sueur.

Sauvée ! Ya une alarme. Pas sauvée, elle fait le bruit du râle d’un asthmatique qu’on étrangle : tuuut, tuut, tut. Elle est à bout de voix l’alarme. Si quelqu’un l’entend, je veux bien me faire charolaise. Reste l’interrupteur avec le téléphone gravé dessus… y fonctionne pas. Tout va bien.

Je sens les prémices de la panique qui me titillent l’échine. Mon téléphone, oussequ’il est ? Je retourne ma besace à même le sol. Ouinnnnnnnn !!! je le trouve pas. Je sais : je l’ai oublié chez moi. À 80 cm de distance. Nan, je finis par le retrouver, dans une poche cachée, où je le mets d’habitude. On perd vite son cerveau, quand on est une salers en état de stress…

Il me reste les pompiers. Le 18. Et ben ça marche. Ya quelque chose de bien dans ce foutu pays. Mais pour combien de temps encore ? Bref.

Au bout d’une vingtaine de minutes, la porte s’ouvre. J’ai mal évalué mon voyage, j’avais fait un mètre. Dans ma grande naïveté, je veux escalader, pour me sauver le plus vite possible. Ben nan, l’est pas sécurisé l’ascenseur, c’est rassurant. Je reste collée au fond de la cabine jusqu’à ce que le joli pompier, brun et frisoté, m’autorise à dégager.

J’ai pas aimé ce début de journée. De quoi en faire du beurre, je l’ai déjà dit, mais du beurre rance, ça, je l’ai pas dit.

 

ascenceur


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dents

 

Des fois, je me demande à quoi ça sert de cliquer sur « virer cette pub ! ». Elle revient de toute façon. En ce moment, celle qui me fait serrer la mâchoire, qui me fait grincer des chaillots, qui me donne envie de mordre, c’est celle-là… Mon "face de bouc" me la propose à chaque visite. J’arrive pas à m’en débarrasser, elle colle comme du caramel mou aux gencives.

Et elle m’agace ! Pire qu’une carie. Moi, pauv’salers qui ne sait que ruminer, j’ai pas les dents blanches, ni le sourire hollywoodien. Et alors ? La maman qui a mis au point l’astuce, m’est avis qu’elle ment, comme un arracheur de dents. Cette histoire, c’est un piège à midinette. Changer la couleur de son émail relève de l’utopie, au moins autant que vouloir déguster de la fleur de trèfle en janvier. Tout juste peut-on gagner un ton, voire deux et encore, au prix d’un effort à faire claquer des dents. C’est ma dentiste qui me l’a dit…

Ça va avec le reste, il faut avoir l’air. Mais pas l’haleine. Avoir les dents longues, ça oui. Qui rayent, même. Et pour ça, faut qu’elles soient blanches. Les dents qui se chevauchent sont reléguées au rang d’anomalie, comme si on choisissait son implantation, ou sa couleur.

C’est comme ça qu’une maman essaie de vendre une astuce sur internet. Pas sûr que ça ait à voir avec la sagesse (l’attitude, pas la dent). Elle a les dents longues, la maman, à croquer la fortune. Elle se fait les dents sur "face de bouc", avant de s’inviter à la tété. Je le parierais. Et ce ne sera pas quand les poules auront des dents. Nan ! Ça nous pend au nez, et à la barbe. Yen a qui dévorent tout ce qui leur tombe sous la dent, pour faire de la thune. Ils sont armés jusqu’aux dents de plans com’.

Ça me met l’humeur en dent de scie.


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Que c’est triste le pré quand la pluie qui dégouline ne cesse pas. Le sabot se mouille, et l’œil larmoie. Vouloir gambader revient à s’empêtrer dans un bourbier. Sale planète ! Du coup, ça me rappelle le paradoxe de la grenouille cher à Joël de Rosnay.

Il était une fois deux batraciens, Mimi « grenouille-fille » et Momo « grenouille-garçon ». Et un savant imaginatif qui passait son temps à triturer les bestioles pour en tirer des leçons. Un jour, il eût une idée, comme toutes ses idées, assez saugrenue. Il se munit de deux casseroles, les remplit d’eau, et les mit à chauffer. Dans le premier récipient, et dans l’eau froide, il plongea Momo. Et attendit. Quand l’eau fut bouillante, il jeta Mimi dans le liquide… Et il fit cette constatation surprenante.

Momo, ne se rendant pas compte du changement de l’état de son milieu, s’était laissé cuire. Ce n’était plus qu’une petite chose recroquevillée, aussi morte qu’une momie (encore que…). Mimi, qui avait été mise en état de choc, avait sauté hors de la casserole. Elle s’en tirait avec une grosse frayeur et quelques rougeurs.

Le savant en tira la conclusion suivante :

  • Quand le milieu change imperceptiblement, tout animal plongé dans ce milieu en crèvera.
  • Quand le milieu change brutalement, tout animal plongé dans ce milieu en réchappera.

 


Pour moi, salers à la dérive, j’en ai tiré une morale. Mon accident de début d’année, cette foutue cheville massacrée qui m’a tenue à l’étable un paquet de mois, a été mon eau bouillante. Alors que j’étais en train de me laisser cuire. Depuis, j’ai des comètes plein la tête… Et, de tête de comète, je vais aller essaimer des poussières sous d’autres horizons. Je ne sais ni comment ni quand, mais il viendra un temps où je pourrai aller paître dans d’autres champs, sous un autre soleil. Herbe grasse ou herbe sèche, je m’en fous, je ne suis pas vénale. J’ai juste envie d’une clôture qui ne soit pas faite en barreaux de prison.

 

grenouille


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Et voilà, on personnalise la collecte des ordures ménagères. On puce les poubelles, et on facture la levée ou la pesée, voire les deux. Tout va bien. Ya bien un mot qui s’appelle solidarité ? Nan ? Autrefois, ce genre de service, ça faisait partie du service public ? Nan ? Bon d’accord, ya tout plein de gens qui font n’importe quoi avec leurs déchets. Mais ce sont les ceusses qui jouent le jeu, qui vont perdre. Évidemment. Il y aura toujours un quidam pour se débarrasser de son stock de canettes aux dépens des disciplinés. Il y aura toujours un fainéant qui laissera un sac vicieux comme un cercle devant leur porte. Et la vie dans les rues ressemblera à un sommet russo-américain au temps de la guerre froide. D’ici qu’on se la joue « Baie des cochons » ! Yep ! Vu du pré d’une salers, il y a quelque chose qui se décompose en république de France. Nous sommes condamnés à payer plus pour un service moindre. Et voui ! Je vois ça d’ici…

 

6 heures du mat', temps à frisson. Les deux voisins qui montent le son. Une rue vide et livide à l’heure où se couchent les fêtards.

-Madame Trisélectif : « Je vais sortir ma poubelle en or juste à l’heure où passent les poubelliers. Comme ça personne ne viendra squatter l’espace restant… Je ne paierai que ma pesée, que ma levée… »

-Monsieur Jtchenchose : « Je vais balancer les cadavres de mes agapes dans la poubelle en or de la madame d’à côté. Comme ça j’allègerai ma facture de pesée et de levée… »

-Madame Trisélectif : « Ah ! J’aperçois ce porc de Jtchenchose ! »

-Monsieur Jtchenchose : « Oh ! J’aperçois cette truie de Trisélectif ! »

-Madame Trisélectif : « M’sieur Jtchen, passez votre chemin, ma poubelle est pleine »

-Monsieur Jtchenchose : « M’dame Tri, je vous merde, je fais ce que je veux »

-Madame Trisélectif : « M’sieur Jtchen, si vous insistez pour me faire porter le poids de vos cadavres, j’appelle la maréchaussée »

-Monsieur Jtchenchose : « M’dame Tri, si vous m’ennuyez, je pisse sur votre poubelle »

-Madame Trisélectif : « M’sieur Jtchen, vous êtes un malappris ! »

-Monsieur Jtchenchose : « M’dame Tri, vous êtes une malaimée »

Pif ! Paf ! Pouf ! Coup de bouteille contre coup de gueule…

Ce genre de blague, c’est toujours l’été, pendant que le pèlerin se fait bronzer, et qu’il oublie les tracas quotidiens. Bon, ben moi, je retourne brouter.

 

poubelle


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C’est la mode, l’initiale, allons z’y ! Moi c’est SDLL : Salers de La Loire… ou PT, pour Pénélope Timiste, mais ce n’est pas très élégant.

Monsieur Copé, dit JFC, à ne pas confondre avec JFK, Kahn bien sûr, à ne pas confondre d’ailleurs avec Kahn Strauss, à ne pas confondre avec Johann… Euh !

Donc, JFC s’amuse, depuis un temps certain, à parler, pour ne pas dire meugler… En fait, c’est quand même un peu son métier, à ce brave Monsieur. Il rappelle, à tour de télé, que la droite est respectueuse et silencieuse, et qu’elle éprouve une considération quasi religieuse en ce qui concerne la présomption d’innocence. Ça reste à voir. Les mots de l’éminent M. JFC se ressemblent en général. Seul le ton change, du véhément au larmoyant, du doctoral à la leçon de morale. Admettons.

Je ne discuterai certes pas de la forme, déplorable, que les affaires EW –Éric pour les intime- et MAM –Michèle pour sa famille, à ne pas confondre avec le Musée d’Art Moderne- ont prises, forme qu’il serait outrecuidant d’imputer à la seule gauche. J’aurais tendance à penser que l’outrance et l’indécence sont devenues les deux errances de la France. Et j’aurais également envie de penser que le Présidents-qui-frétillent n’est pas pour rien dans ce triste destin. À force de s’afficher, il a peint de ses petites mains les panneaux publicitaires. Il a permis à tout ce que le pays compte comme fouille-mélasse et cherche-crottes, de s’en donner à cœur-bonheur.

Malgré tout, du fond de mon pré provincial, il me vient comme une régurgitation. Normal pour un ruminant. Un truc qui m’explose à la figure comme un rôt de bébé. C’est que ces affaires ne sont pas du même ordre… Et ça, ça fait quand même une sacrée différence.

On a reproché à EW et à MAM quelque chose qui ressemble à du conflit d’intérêt ou à des privilèges obtenus dans le cadre de leurs fonctions électives. Il me semble que l’affaire DSK est d’un autre ordre. Alors, quand la gauche demande des explications à EW et MAM, elle est dans son rôle, forme mise à part, et encore. Et quand la droite la ferme dans l’affaire DSK, elle est également dans son rôle. Ya donc pas de quoi pavoiser.

C’est dit, ça faisait un moment que ça me chatouillait.

 

ramasse-crottes


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Vu à la télé, ce soir… Et pris sur le vif, parce qu’il ne faut pas oublier. Que, pour savoir où l'on va, encore faut-il savoir d'où l'on vient, avant de se demander comment on y va...

 

fp

C’est l’histoire de ces hommes, de ces femmes, sans qui, aujourd’hui, nous trimerions comme des esclaves, pour trois sous de l’heure, tout en baisant la savate salie d’un patron méprisant…

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

1936 : La France est-elle en révolution ? La grande grève. Contre la misère et l’exploitation. La fin du couchage à la paille, comme la fin, autrefois, du servage et de la corvée… On s’en fout, des paysans.

Visages de patrons anéantis parce qu’ils devront partager la richesse…

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

La Peur, avec un grand P, des Soviets, cette horreur dont nous connaissons, rétrospectivement, l’ignominie. Et les femmes n’ont toujours pas le droit de vote.

Pétain, viscéralement hostile au front populaire, est là, aux aguets, campé dans le nid douillet d’une droite extrême.

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

Et si la Elle basculait dans une dictature militaire ? Alors Salengro saisit son bâton de pèlerin, afin de convaincre les ouvriers de reprendre le travail. Ouvriers, dans un été de fête, qui ne demandent que des conventions collectives, un salaire décent, et… du respect. Ni casse, ni sabotage, juste des bals musettes, du saucisson et du pain. Les machines sont astiquées, pour être pimpantes au moment de la reprise.

Thorez : « Il faut savoir arrêter une grève ». Après des semaines de kermesse, le travail reprend.

Les premiers congés payés. L’émerveillement de ceux qui n’ont jamais vu la mer. Les enfants apprennent le sens du mot « vacances ». Il a le goût de l’eau salée.

L’été 36, c’est le premier où le temps de vivre rachète les chagrins de toute une vie. Merci, Monsieur Blum. Grâce à vous, j’ai vu la mer…


guernica

 

Et puis, de l’autre côté des Pyrénées, un jeune général. Il a le soutien de l’église, catholique évidemment, on en connaît les méfaits quand il s’agit d’opprimer. Et puis celui de la bourgeoisie. Évidemment, on en connaît la duplicité quand il faut préserver quelques sordides privilèges. Quand Blum se ressent comme un salaud, parce qu’il ne pourra pas bouger. La politique, c’est sale, finalement. Plus que la vie humaine, le poids des forces et la force des partis…

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?


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En France, après une hausse subite des prix, les augmentations de salaires, arrachées quelques mois plus tôt, fondent comme peau de chagrin. Le patronat ne réduira pas ses marges. Qu’ils crèvent ! Leur salaire financera leur gratification. Des fois qu’ils devraient se passer de danseuses. La bourse prend sa revanche. Grève des capitaux, fuite de l’épargne. Décidément, on n’aime pas partager dans ce monde-là. Dévaluation du franc de 30 %.

Blum comptait sur le civisme de la finance française. Dans le baba ! Étonné ?

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?


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Pour les paysans, rien n’a évolué, sinon que la vie est plus chère. Les paysans … La terre, monsieur, ça ne se partage pas. Et, déjà, le problème des charges… Rien de nouveau. Le grand emprunt. Rien. Caisses vides. Plus d’investissement. Économie en berne. Le mur de l’argent. Pause dans les réformes…

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ? Je me souviens… 1981.


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Les croix-de-feu… Bizarre… ça vous rappelle quoi ? Ils se disent socialistes et populistes, et haïssent le juif Blum. Viscéralement catholiques. On n’exprime plus la foi en un projet politique, juste le rejet de l’autre. Naissance d’un parti fasciste, xénophobe, antisémite… Mais aux yeux de l’électeur modéré, loin du pouvoir, donc moins dangereux que les communistes.

Des fois, il ne faudrait pas penser…


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Dalladier, flirtant avec l’extrême droite, attend son heure… Offrir la peau de Blum au monde des affaires. À l’été 37, les congés payés reviennent. Les enfants d’ouvriers vont en colonie. Les petits réfugiés espagnols aussi. Le plein air est à la mode. Le camping et les auberges de jeunesse. Et puis le cinéma. Franco écrase les républicains. Hitler réarme l’Allemagne, ses ouvriers travaillent 60 heures par semaine… Quand Hitler annexe l’Autriche en mars 38, la France n’a plus de gouvernement. La valse des petits arrangements entre amis a commencé. La Droite ricane. Le Front Populaire bat de l’aile. La guerre menace. Vers qui se tourner ? Le gouvernement d’union nationale ne verra pas le jour. La droite modérée refuse… Dalladier arrive au pouvoir, avec la bénédiction du communiste Thorez. La parenthèse enchantée se referme, retour aux 48 heures. Plus de semaine des deux dimanches. Encore une grève… L’aubaine pour Dalladier, qui voulait se débarrasser des bolcheviques. La police se déchaine. Licenciements de grévistes, exclusion des responsables syndicaux, poursuites et peines de prison. Le 30 novembre 1938, le front populaire est enterré dans les rues où il est né. Le patronat respire, il a conservé son pouvoir, l’ouvrier retourne à son esclavage. On connaît la suite.

Le monde a-t-il vraiment changé ?


mobilisation

 

Une partie de la droite et du patronat se jette dans les bras de Vichy. Ils n’ont jamais pardonné le Front Populaire. L’heure de la revanche est venue. Il faudra attendre 1944, De Gaulle, pour que les ouvriers retrouvent une place dans la société. Le Général s’allie aux socialistes et aux communistes. Le pays était à reconstruire. Les ouvriers l’ont fait.


reconstruc

 


 

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« Petit ». Ben voui ! Ce maudit mot qu’on met à toutes les p’tites sauces. Qui minimise ce que l’on dit, qui ravale au rang de lilliputien le moindre projet, la moindre émotion. Ce mot fleurit comme primevère à la fin du printemps. Il se colle à tout ce qui s’exprime. La pire glu de la langue française, de la poix.

Qui ne s’est jamais retrouvé confronté à une coiffeuse, sa p’tite dame et sa p’tite coupe ?

Je me demande si c’est pour faire mignon ou si c’est juste un tic de langage…

– « Ma p’tit dame, vous voudrez bien laisser vot’pt’it pébroque dans le p’tit coin, ôter vot’p’tit manteau et le poser sur la p’tite chaise qui se trouve dans le p’tit salon. Ensuite, vous vous allongerez sur le p’tit divan et vous déballerez vos p’tits soucis… ». –

–« Merci Monsieur le p’tit psy. » –

–« Yo ! La p’tite vielle, tu viens avec tes p’tits potes au p’tit café. On va boire un p’tit coup. Et pis on se prendra un p’tit dessert, histoire de s’offrir une p’tite douceur » –.

–« Donc, il faut monter la p’tite crème en p’tite chantilly, mélanger avec le p’tit coulis de fraises, et verser doucement dans une p’tite verrine. Présenter dans une p’tite assiette avec une p’tite feuille de menthe et un p’tit cookie. » –


Pour une fois, on ne pourrait pas choisir un autre mot ?

– « Ma grande dame, vous voudrez bien laisser vot’grand pébroque dans le grand coin, ôter vot’grand manteau et le poser sur la grande chaise qui se trouve dans le grand salon. Ensuite, vous vous allongerez sur le grand divan et vous déballerez vos grands soucis… ». –

–« Merci Monsieur le grand psy. » –

–« Yo ! La grosse vielle, tu viens avec tes gros potes au gros café. On va boire un gros coup. Et pis on se prendra un gros dessert, histoire de s’offrir une grosse douceur » –.

–« Donc, il faut monter la jolie crème en jolie chantilly, mélanger avec le joli coulis de fraises, et verser doucement dans une jolie verrine. Présenter dans une jolie assiette avec une jolie feuille de menthe et un joli cookie. » –


Ça a une aut’gueule ! C’est juste pour dire, par pour faire de la p’tite philosophie.

  ptit


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Elle ouït mon ouïe. Et bien, en plus. Bon d’accord, le verbe ouïr se conjugue avec le verbe avoir. Mais c’est moins drôle, alors je choisis de ouïr plutôt que d’avoir ouï. Oui !

Depuis mon enfance la finesse de mon ouïe me ravit. Au point que, planquée au dernier rang de la classe, j’entendais, que dis-je j’entendais, je distinguais les murmures de mes copines chuchotant sous le nez de la maîtresse. J’ouïssais si bien que je n’ai jamais pu supporter les boîtes de nuit, la musique trop forte et les cris des bébés. Ça me déchire les tympans tous ces sons trop sonores...


En conséquence de quoi la manie de klaxonner qu’ont les jeunots trop pressés devant mes vitrines de travail m’agace, m’exaspère, m’enrage.


L’aut’jour, une pauv’dame tentait de faire un créneau dans ma rue. Etroite la rue, très étroite. Du coup elle bloquait le passage. Arrive, dans son auto blanche, moteur ronflant, fenêtres ouvertes, un mickey des villes, de ceux qui font chauffer la gomme sur le macadam. Furieux, le mickey des villes, d’avoir à patienter que la pauv’dame, maladroite au demeurant, en finisse avec son parking. Voilà qu’il s’excite sur son avertisseur. Je fais un bond d’au moins cinquante centimètres, et je sors l’engueuler comme une furie, comme un diable sort de sa boîte, la mèche rebelle et, presque, la bave aux lèvres. Interloqué, apprenant, visiblement parce qu’il l’ignorait, que c’était interdit et qu’il risquait une amende, il enfonça de plus belle son klaxon. En m’insultant. J’ai pris mon téléphone et je lui ai fait croire que j’allais m’en remettre à la maréchaussée.

Enervé le mickey de ville… Caca morveux de base. Sur le coup j’ai cru qu’il allait descendre et me trousser une torgnole.

A ce moment, qui devenait critique, la pauv’dame en termine avec son créneau. Le mickey repart en klaxonnant. Et l’histoire s’arrête là.


N’empêche, avoir l’ouïe fine, ouïr fort et bien, c’est une forme de handicap, ça vous pousse à la hargne. Moralité : Ouïr bien n’est pas jouir.

 

  oreille


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    Christine L, Directrice, Ex-Ministre, dont le traitement n’est pas soumis à impôt… du moins c’est ce qu’il se dit dans tous les journaux sérieux, Christine défraie la chronique. Forcément, elle oppose la misère du petit nigérian à celle du petit grec. Déjà, opposer deux misères pour...
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    C’est le titre d’un reportage sur lequel je suis tombée, sur France5, par hasard, cet après-midi. J’avais besoin de me changer l’esprit, parce que faire la saisie de 17 interviews… Pfiou ! c’est gavant à force. Je suis resté scotchée… Cinquante minutes de pur bonheur....
  • Je me battrai…
    L’ambiance est à la bataille. Vas-y que je te file un coup de Zemmour contre une lèche à Guillon. Je t’envoie Woerth en plein tronche et tu me réponds « sang contaminé »… ça donne un max sur les réseaux. On est au bord de la guerre civile, je vous le dis. Enfin, la guerre civile, façon...
  • Dialogue édifiant…
    Sur un article du  Huff…qui se trouve ici, je donne mon avis. Ben voui, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis. Et qu'est-ce que je vois... je suis interpellée assez vulgairement, il faut le dire. 鍾運禮 « ferme ta gueule pénélope » Moi : ‎@ 鍾運禮 (Robert), je...
  • Incredible !
    Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
  • L’ombre d’un doute…
    J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
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