Mon ange des bibliothèques

    

Hassan Massoudy est né en Irak, dans une ville entourée de désert. Il est tout d’abord apprenti calligraphe à Bagdad, puis « fait » les Beaux-Arts de Paris. Dès 1972, il organise des démonstrations publiques projetées sur grand écran. Sa recherche ? Spontanéité du geste et instantanéité de l’expression. Il a illustré des auteurs tels que Rûmi, Gibran, Andrée Chedid.

Le livre
Bel ouvrage à déguster. J’ouvre une page au hasard et je m’abîme, dans le texte choisi parmi de nombreux auteurs, dans les calligraphies puissantes et colorées.
Mandela côtoie Saint-Exupéry. Jean Rostand et Pline l’Ancien s’interpellent, se répondent.
Le bleu profond que l’on dit « roi » résonne à l’or d’un jaune. Certaines paroles sont noires, alors noire est l’envolée qui les illustre.
Je picore à un moment désœuvré ou languissant, pour un état de mon âme endeuillée ou exaltée. Mais, chaque fois, chaque texte, chaque calligraphie est découverte, comme la porte béante sur un monde changeant qui voudrait hurler ses nuances.

L’extrait
Une page du livre… C’est un proverbe persan qui dit :

« On ne cueille pas le fruit du bonheur sur un arbre d’injustice »


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Figures de Style – Axelle Beth, Elsa Marpeau
Le mot juste – Pierre Jaskarzec

 
Ah ! la collection qui met à la portée de bourses modestes des éléments de culture. Sont édités des romans, des nouvelles, des compilations qui parlent de sagesse, de méditation ou de paix intérieure. Et puis, les amoureux de la langue, comme moi, ont un plaisir presque jouissif à consulter des ouvrages qui musardent au pays des discours didactiques. Vagabonder au chemin des mots, de la grammaire, de la synthaxe et autres réthorique… Un voyage, souvent.
Depuis quelques jours, je me plonge dans ces deux là, qui viennent de rejoindre, éparpillés sur mon lit, les encyclopédies, grammaires et autres dictionnaires. Ben voui, je garde au chaud la place de l’homme, celui qui devrait me serrer dans ses bras, et je partage ma couche avec des bouquins. Elle pourrait être vide, ma couche, et ce serait triste.

Le mot juste
Donc, je me délecte du mot juste, non pas que je veuille en user. Des fois, c’est assez drôle de prendre un mot pour un autre. Lorsque le cerveau crée de ces circuits qui déraillent, alors j’invite à l’Opéra la copine que avec qui je voulais partager l’apéro… Entre nous, ce n’est pas le même investissement. Bel canto contre saucisse coktail.
Ce précieux mémo, celui sur le mot juste, met en perspective ces noms, verbes, adjectifs qui se ressemblent, que, souvent l’on confond. Et du coup, je m’amuse, avec ces presque jumeaux, à construire des morceaux de phrase, des situations ambigues. Je découvre… Mes certitudes littéraires en prennent un coup.
Quelques exemples ? Euh !!! Comment choisir, comment dire ?
Tiens : « rebattre les oreilles ». Il me plait bien celui là. Alors que j’entends souvent « rabattre les oreilles ». N’étant pas trop sûre, je ne disais trop rien. Je pourrais toujours faire remarquer à celui ou celle qui me fera reproche de lui rabattre les oreilles, ce qui arrive, étant incroyablement bavarde, que, jusqu’à preuve du contraire, je n’ai pas saisi mon sécateur pour lui tailler l’accessoire en pointe, pas plus que je n’ai scotché son pavillon. Une oreille n’est pas une plante. D’ailleurs, le jour où je rabattrai les oreilles de mon interlocteur, il sera probablement tranquille, et ne sera plus gêné par le fait que je lui rebatte les oreilles.
Ou encore, celui là, que j’affectionne particulièrement : « Forfait vs forfaiture ». Pas mal ? Je ne vais pas épiloguer… Si ! Je vais les mettre en situation :
-« Monsieur le Percepteur, vous venez de me taxer fortement par des procédés frauduleux, c’est un crime ! Que dis-je un crime, c’est un infâme forfait ! »-.
-« Non, Madame, c’est une forfaiture ! ».
Je sais, je fais la maligne (et non maline, comme « le mot juste » l’affirme. Mais il y a peu, je ne faisais pas vraiment la différence).

Figures de style
Là où l’on découvre le plaisir de manier l’allégorie ou le chiasme, l’épanode ou l’aposiopèse. Pour être honnête, à part l’allégorie, si j’avais déjà croisé les autres termes, j’en ignorais absolument le sens, et l’utilité d’ailleurs. Je crois que je vais bien m’amuser.
Un p’tit coup de tmèse ?
-« Je voudrais apprendre l’art, Bô Chanteur, de vous aimer de toute mon âme… »-.
D’aposiopèse ?
Lui : -« Ah ! Penny ! Qui es- tu vraiment ? »-.
Elle : -« Je suis… As-tu déjà vu un poisson-chat ? »-.
Et puis, il y a l’oxymore, ou oxymoron, que Cyrulnik a popularisé… « un merveilleux malheur ».
-« Mon Bô Chanteur, je serai ta vierge putain, ta rieuse douleur, ton douloureux bonheur… »-.
Hi ! hi ! hi ! Je m’en vais de ce pas écrire mes « sans titre » qui répondent au doux terme « d’inclusion » si je m’en réfère à cet ouvrage.
 
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N’oubliez pas www.telethon.fr… pour ceux qui peuvent. N’empêche, ça me fout la rage que, dans un pays aussi riche que le notre, dans cette putain de civilisation occidentale blanche pétée de pognon, ce soit les ceusses qui sont modestes, ou moyennement modestes qui doivent se fendre d’un billet. Normalement, si ce monde là était organisé avec justice, le téléthon n’aurait pas à exister !!!


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Le K
Dino Buzzati
poche. Réédité en 02/2002


Dino buzzati, écrivain italien né en 1906, est connu pour son roman « Le désert des Tartares », adapté au cinéma. Il est né le 16 octobre 1906 à Belluno . Il fait des études de droit et se lance dans une carrière littéraire très tôt. Il écrit des poèmes. Il est également peintre , plusieurs de ses toiles ont été reproduites dans l’Art Fantastique. Une de ses pièces « Un cas intéressant » a été adaptée par Albert Camus et jouée à Paris en 1956.

En 1928, il entre à la rédaction du Corriere della Serra, où il restera durant toute sa vie professionnelle et deviendra titulaire de la critique d’art. Il sera également correspondant de guerre pendant un an.

Auteur de nombreuses nouvelles, de romans et de pièces, il apprend en 1971 qu’il est atteint d’un cancer et se retire dans son village natal où il va écrire ses dernières nouvelles. Il meurt le 28 janvier 1972.

Le Livre

Une cinquantaine de contes fantastiques composent l’ouvrage où l’on retrouve les thèmes familiers de Dino Buzzati… où l’on parle de la fuite des jours, de la fatalité de notre condition de mortels, du mystère de la souffrance et du mal. J’ouvre souvent ce livre au hasard et relit une de ces histoires, qui sont courtes, et je ris ou je suis émue, mais toujours je réfléchis. La façon de raconter de l’auteur se colore de désenchantement, elle est souvent pathétique. Les personnages, les objets, les décors sont croqués avec une tranquille présence, dont la chair s’incarne de mots secs, de traits dépouillés.

Une balade au pays de l’irréel pour parler d’angoisse, de solitude, de vieillissement, de doute, d’attente, une balade poétique.

L’extrait

Comme d’habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n’était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve.

On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue. Mais d’habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d’immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n’était pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité.

Ce jour là, le bambin surnommé Laitue avait un fusil tout neuf, qui tirait même de petites cartouches, inoffensives bien sûr, mais c’était quand même un fusil ! Il ne se mit pas à jouer avec les autres enfants car d’ordinaire ils le tracassaient, alors il préférait rester tout seul dans son coin, même sans jouer. Parce que les animaux qui ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.

Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi épaulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosité, c’était plutôt une invitation, comme s’il avait voulu leur dire : « Tiens, tu vois, moi aussi aujourd’hui j’ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ? »

… suite de l’histoire…

« Oh ! le pauvre petit ! » s’apitoya une jeune femme élégante qui parlait avec Mme Klara.

Et secouant la tête, elle caressa le visage défait de Dolfi.

Le garçon leva les yeux, reconnaissant, il essaya de sourire, et une sorte de lumière éclaira un bref instant son visage pâle. Il y avait toute l’amère solitude d’une créature fragile, innocente, humiliée, sans défense ; le désir désespéré d’un peu de consolation ; une sentiment pur, douloureux et très beau qu’il était impossible de définir. Pendant un instant –et ce fut la dernière fois- il fut un petit garçon doux, tendre et malheureux, qui ne comprenait pas et demandait au monde environnant un peu de bonté.

Mais ce ne fut qu’un instant.

« Allons, Dolfi, viens te changer ! » fit la mère en colère, et elle le traîna énergiquement à la maison.

Alors le bambin se remit à sangloter à cœur fendre, son visage devint subitement laid, un rictus dur lui plissa la bouche.

« Oh ! ces enfants ! quelles histoires ils font pour un rien ! s’exclama l’autre dame agacée en les quittant. Allons, au revoir, madame Hitler ! ».

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Histoires humoristique 

Stephen Leacock

poche. Paru en 08/1972

Ecrivain canadien né en 1869 et mort à Toronto en 1944. Internet est une mine de renseignement sur cet auteur, manifestement connu dans les pays anglo-saxons. Né dans un milieu bourgeois, Leacock commence des études de littérature avant de devenir instituteur. Il a, durant sa vie, écrit nombre de livres humoristiques, le plus célèbre étant « L’île de la tentation ». Des anecdotes, sur la toile, on en trouve en pagaille. Je ne m’étendrais donc pas sur ce sujet. J’ai juste voulu retenir deux phrases de ce prolixe auteur :
« La publicité, c'est la science de stopper l'intelligence humaine assez longtemps pour lui soutirer de l'argent. » 
« On peut dire tout ce qu'on voudra sur la vieillesse. Ca vaut mieux que d'être mort.»

 

Le Livre

Ce livre de poche, je l’ai dégoté, il y a plus de vingt ans, à Paris, dans une grande librairie du boulevard Saint-Michel, librairie qui offre au chineur nombre d’ouvrages quasiment introuvables. C’est un recueil de nouvelles, toutes plus originales les unes que les autres. On dirait presque une encyclopédie de la médiocrité ordinaire. Toutes ces nouvelles sont de petits bijoux, ciselés, qui inventent aussi bien d’ahurissants jeux pour s’occuper l’hiver, que des maladies nouvelles du costume de rond-de cuir. Et je ne parle pas des conseils pour ne pas se marier ou encore des crises de panique à la banque d’une pauvre homme. Bien écrit, se lisant facilement, cet ouvrage est à déguster, petit morceau par petit morceau, au cours des longues soirées de froidure qui ne vont pas manquer de nous attendre… On le trouve encore en achat d’occasion.

 

L’extrait (j’ai choisi la plus brève des nouvelles)

Une nouvelle nourriture

J’apprends par les journaux les plus récents que « le professeur Plumb de l’Université de Chicago vient d’inventer une nouvelle forme extrêmement concentrée de nourriture. Tous les éléments nutritifs y sont assemblés sous forme de granules dont chacun contient de cent à deux cents fois autant de substance nutritive que cent grammes de n’importe quel produit alimentaire normal. Ces granules, dilués dans de l’eau, fournissent tout ce qui est nécessaire au maintient de la vie. Le professeur envisage avec optimisme la révolution que ses travaux ne manqueront pas d’introduire dans le mode d’alimentation habituel ». Ce genre de chose est peut-être excellent à sa manière, mais il ne manquera pas de comporter quelques inconvénients. Dans le brillant avenir que le professeur Plumb considère avec optimisme, ont peut très bien envisager des incidents comme celui-ci : 
La famille souriante était rassemblée autour de la table. La chère abondante se présentait sous la forme d’une assiette à soupe devant chacun des enfants rayonnants, une bouilloire remplie d’eau bouillante devant la maman radieuse, et tout au bout, le dîner de Noël de ce foyer heureux, chaudement recouvert d’un dé à coudre et reposant sur un jeton de poker. Les chuchotements d’impatience des petits s’apaisèrent quand le père de famille se leva de sa chaise, souleva le dé à coudre pour découvrire la petite pilule d’aliments concentrés sur le jeton devant lui. La dinde de Noël, la sauce aux airelles, le plum pudding, le mince pie, tout y était, le tout concentré en cette pilule minuscule et n’attendant que de grossir. Puis, avec le plus grand respect, le père, son œil voyageant de l’aliment concentré au ciel, éleva la voix pour prononcer le bénédicité. A ce moment, cri d’angoisse de la mère. " Oh ! Henry, vite ! Bébé a attrapé les pilules. ". Ce n’était que trop vrai. Le cher petit Gustavus-Adolphus, le cher petit enfançon blond, avait saisi le dîner entier sur le jeton de poker, l’avait avalé tout entier. Trois cent cinquante livres de ravitaillement concentré descendaient dans l’œsophage du petit imprévoyant. " Tape-lui dans le dos, cria la mère aux abois, donne-lui à boire ". Idée fatale. Tombant sur la pilule, l’eau fit se dilater cette dernière. Il y eut un grondement sourd, suivi d’une terrible détonation. Gustavus-Adolphus éclata en morceaux. 
Et quand on rassembla le petit corps, les lèvres du bébé s’éclairaient d’un sourire de bonheur que ne pouvaient refléter que les traits d’un enfant ayant avalé treize dîners de Noël.

 

Ouvrages de Leacock que l’on trouve assez facilement


     - Le plombier kidnappé

     - L'île de la tentation

     - Qui est le coupable ?


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R. Gomez De La Serna

poche. Paru en 01/1995

Ecrivain espagnol - Né en 1891 à Madrid- Décédé en 1963 à Buenos Aires. Sur ce cher Ramon, je n’ai pas trouvé grand chose, hormis le fait qu’il serait l’un des écrivains les plus prolifiques de son temps. Et puis j’ai dégotté une citation, je vous la livre : « Il y a des bigotes qui prient comme les lapins mangent de l'herbe. »

Le livre

C’est l’un des écrits les plus atypiques qu’il m’ait été donné de lire. Ce n’est pas un roman, ce n’est pas un essai. Non ! C’est un catalogue, un inventaire fou, le dictionnaire délirant d’un mono-maniaque, n’abordant qu’un seul et même sujet, qu’un seul et même objet : le sein de la femme. C’est le livre d’un grand adorateur de seins, d’un collectionneur fébrile et compulsif. La profusion est de mise. Certains grands espagnols ont couru le tour de France, lui a couru le tour des seins. En plus de quatre-vingt textes, Gomez de la Serna dresse un panorama, pas loin d’être exhaustif, de tous les seins de la terre.

J’ai découvert ce livre à sa sortie. Et j’ai plongé dans cet univers parfois lyrique, parfois baroque, émaillé de métaphores ahurissantes, avec un bonheur sans égal. D’ailleurs, je le parcours souvent, tant il est simple d’ouvrir une page au hasard et de se laisser surprendre par un sein. Je picore des seins, comme une poule, des graines.

Des « Seins de Sirène », aux « Seins difficiles d’accès », L’auteur nous enseigne l’infinie variété de ses rencontres, sa passion pour cette excroissance charnue, si féminine.

Bref, vous n’êtes pas obligés de me donner un blanc seing, mais ce bouquin est une fabuleuse ballade dans un univers surréaliste. Et je suis sûre que ce cher Ramon, sans doute installé au paradis de tous les Saints, aurait préféré vivre son éternité au jardin de tous les seins.

L'extrait

Celles qui furent tuées par leurs seins

Il y a des femmes aux seins splendides et rebelles qui sont consumées, aspirées et « suicidées » par leur seins. Leurs seins ne pouvaient demeurer vierges et abstinents. Elles leur imposèrent leur volonté têtue de chasteté et leurs seins, en colère, se retournèrent contre elles, entamant une lutte sourde, une terrible rébellion. Ces femmes employèrent leurs heures exubérantes à aplatir leurs seins, dans un combat désespéré, une lutte terrible contre eux.

Mais leurs seins furent vainqueurs, se fortifièrent à leurs dépens, leur arrachèrent les entrailles, les vidèrent et se tendirent au vent comme d’arrogants étendards dont elles n’eussent été que la hampe décharnée. Défaites, elles regardèrent leurs seins triomphants, les seins qui leur avaient volé leurs poumons, les leur avaient séchés, et elles pressentirent leur fin. Leur mort s’ensuivit rapidement, car il n’y a pas qu’une balle de revolver pour contrarier la vie : une absurde abstinence le fait tout aussi bien.


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