Le commissaire

 

Le commissaire est né à Berkane, ville de taille moyenne et, finalement, assez banale. Dans l’Oriental, province de l’extrême est marocain, à la frontière avec l’Algérie. Et personne ne connaît Berkane, à part les marocains. La ville a pris un essor certain sous la domination française. Auparavant, elle était sur la route des Caïd, entre la mer et les Beni Snassen, massif montagneux qu’on aperçoit, au loin, quand on regarde vers le sud. Une petite bourgade calme tout juste ombragée par les orangers. De bourgade en garnisons qui hébergeaient les colonisateurs, la ville a enflé jusqu’à absorber ses faubourgs, jusqu’à s’étendre au pied de la route qui monte à Tafoghalt. Des constructions curieuses, assez typiques de l’architecture du 20ème siècle, comme des hérons aux longues échasses, avec des arches pour les boutiques, semblent être jetées çà et là. La ville est d’un rose soutenu.

Elle embellit, se pare d'avenues où les palmiers dodelinent quand le vent vient de la mer. Ça bruisse des sons qui s'entremêlent, comme une musique, où les notes de la vie s'amuseraient à jouer les symphonies. Aux klaxons des voitures, s'ajoutent les pas des mules qui battent le pavé, les cris des humains qui s'interpellent, qui échangent, qui houspillent, qui s'exclament, qui rouspètent...

 

L’enfance du commissaire a été joyeuse. Il en garde le goût de la clémentine qu’il chapardait, quand elle tombait des camions gavés, au moment des récoltes. Il en chérit le souvenir des parties de cache-cache dans les rues poussiéreuses, et les bruits des souks, les moments festifs des soirs du mois de ramadan. Malgré l’insignifiance de la ville, elle est la racine qui l’a nourri, construit. Et il aime revenir, de temps à autre, quand son travail l’épuise et qu’il faut se ressourcer. Même s’il ne connait presque plus personne, et que ses parents sont désormais réduits à l’état de poussière.

C’est au moment de l’adolescence qu’il commence à éprouver un malaise. Il se sent libre dans un monde où la tradition empêche l’imagination. Il a pris l’habitude de courir les espaces.

Les bords de mer, du côté d’un petit port, Cap de l’Eau, lui donnent à rêver durant des heures. Il contemple le ressac, et l’écume des vagues qui s’écrasent sur les rochers. Il parle avec les pêcheurs, acquérant, au fil du temps la connaissance des eaux, des poissons, et, surtout, la patience. Il parcourt durant des heures les collines, du côté de Rizlane, dans la montagne.

Il est fasciné par la vieille forteresse du Caïd Mansouri, dont les ruines émergent, à peine, d’une terre rouge. Il faut prendre le chemin, à droite du moulin à huile, et marcher parmi les cultures et les oliviers. Au bout d’un moment, un pan de mur effrité, étouffé par les ronces, se dresse sur le chemin. Il contourne les quelques oripeaux encore dressés du bâtiment, qui a dû être beau et majestueux, pour aller s’asseoir à l’ombre d’un arbre, l’arbre qu’il a adopté. C’est un eucalyptus dont la graine a sans doute migré au caprice du vent. Il file vers le ciel et son feuillage bleuté brise les ardeurs du soleil, en été, abrite des pluies d’automne, parfois. C’est à cette époque qu’il a commencé à fumer. Des Marquises, ces cigarettes locales dont la fumée âcre brûle la gorge. Dès qu’il a un peu plus d’argent, il s’achète des blondes américaines, dont la menteuse douceur le rassure. Il sait bien que fumer n’est pas bon pour son corps. Il a creusé un cendrier dans la terre rouge, et chaque mégot rejoint les précédents. Avec les années, des centaines de filtres jaunis s’entassent peu à peu dans leur cachette. Chaque fois qu’il vient dans le coin, il observe ce témoignage de ses rêvasseries. Un jour, il découvre un mégot qui porte une trace de rouge à lèvres, au milieu de ses propres abandons. Il se met à imaginer la créature qui a contribué à cette étrange collection.

 

 

ange


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La Déchéance de l'Ange

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Publié dans : La déchéance de l'ange - Communauté : Les chroniques de la meute
Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 07:30

Au pays des bêtes à cornes, la salers est salement salée par le grain de sel qui coince. La preuve…

Ce matin, pimpante, fraichement décrassée, revêtue d’une tenue sobre et confortable, la mamelle proprette et le museau astiqué, je pars affronter une journée de labeur au champ. J’attrape mon petit paletot, mon petit ballot, et je ferme la porte derrière moi.

Je loge au cinquième étage, et j’ai la flemme d’emprunter l’escalier, donc, j’appelle l’ascenseur. « Ascenseur ! » « Ascenseur ! » « Ascenseur ! ». Il arrive enfin, et m’ouvre sa porte. L’est un peu vieillot l’engin, il date de la construction de l’étable, disons au début des années 60. Il n’inspire pas une confiance démesurée : bruits bizarres, ampoules d’éclairage qui pendouillent au bout de la douille. J’appuie sur le bouton « 0 » et voilà que j’entame la descente…

CRAC ! SCROGNEUGNEU ! Arrêt brutal, soubresaut, grincement, craquement… Me voilà prisonnière. Si j’ai fait 80 centimètres, c’est déjà un périple.

Grand moment de solitude. Timidement, pas convaincue pour un pot de crème, j’appuie sur un bouton d’étage, histoire de voir. Rien. Je respire à pleins poumons. Je commence à trembler, j’aime pas ça. Yen a qui feraient de l’huile, moi, je fais du beurre, et de la sueur.

Sauvée ! Ya une alarme. Pas sauvée, elle fait le bruit du râle d’un asthmatique qu’on étrangle : tuuut, tuut, tut. Elle est à bout de voix l’alarme. Si quelqu’un l’entend, je veux bien me faire charolaise. Reste l’interrupteur avec le téléphone gravé dessus… y fonctionne pas. Tout va bien.

Je sens les prémices de la panique qui me titillent l’échine. Mon téléphone, oussequ’il est ? Je retourne ma besace à même le sol. Ouinnnnnnnn !!! je le trouve pas. Je sais : je l’ai oublié chez moi. À 80 cm de distance. Nan, je finis par le retrouver, dans une poche cachée, où je le mets d’habitude. On perd vite son cerveau, quand on est une salers en état de stress…

Il me reste les pompiers. Le 18. Et ben ça marche. Ya quelque chose de bien dans ce foutu pays. Mais pour combien de temps encore ? Bref.

Au bout d’une vingtaine de minutes, la porte s’ouvre. J’ai mal évalué mon voyage, j’avais fait un mètre. Dans ma grande naïveté, je veux escalader, pour me sauver le plus vite possible. Ben nan, l’est pas sécurisé l’ascenseur, c’est rassurant. Je reste collée au fond de la cabine jusqu’à ce que le joli pompier, brun et frisoté, m’autorise à dégager.

J’ai pas aimé ce début de journée. De quoi en faire du beurre, je l’ai déjà dit, mais du beurre rance, ça, je l’ai pas dit.

 

ascenceur

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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 18:38

-« Chef ! Regarde ! Là, au fond. On dirait des bouts de fringues »

-« Vous allez me dégager l’endroit soigneusement. Je veux des photos à mesure que vous avancez. C’est compris ? Vous numérotez tout ce que vous sortez, et vous emballez dans les sacs. Mettez des gants. »

-« Na’am, Sidi »

Le trou creusé dans le sable est peu profond. On aperçoit un bout de tissu gris, un lambeau décoloré. Abdou siffle, le son strident bouscule les quelques hommes qui se sont posés pour souffler…

L’équipe s’active fébrilement. Le squelette blanchi est presque dégagé. D’un coup d’œil, le commissaire embrasse les détails, tout ce qui peut confirmer qu’il a retrouvé le chanteur : la montre, les restes de vêtements, la paire de lunettes de soleil. Quelques os, un crâne, la trace d’une blessure au niveau du sternum et des hardes trouées. Il faut faire les photos, repérer les pièces, empaqueter et expédier le tout au labo, à Rabat. L’opération prend le reste de la journée.

Des files de chameaux, qui emportent des touristes sur leurs dos, tentent de s’approcher. Et tout ce que compte le village de désœuvrés vient grappiller une information. Un policer, armé, écarte les curieux, sans un regard, sans un sourire. Dans le petit village d’Hassi Labiad, la nouvelle qu’une équipe de la criminelle cherche quelque chose, a mis de l’effervescence dans les conversations. C’est à qui colporte le dernier potin.

Le commissaire s’en retourne, soulagé, jusqu’à la maison d’Ali. Il s’offre une bonne douche afin de décoller la poussière mélangée à sa sueur. Il reste de longues minutes sous le jet tiède. Les douleurs de crispation qui lui cisaillent les muscles des épaules s’estompent peu à peu. Quelques minutes d’une eau très froide ravivent son énergie. Il s’ébroue, comme un jeune chien, et s’enroule dans l’immense serviette de hammam qu’Ali met à disposition de ses hôtes.

Se sentant propre et délassé, il prend le temps de s’allonger un moment, tout en notant dans son carnet ses observations du jour. Il ferme les yeux pour apaiser le tumulte que cette affaire provoque en lui.

Quand il se réveille, le muezzin appelle à la prière. Abdou a faim. Il se rend dans le patio, au bord de la piscine. Sa table est dressée. Ali le rejoint pour sacrifier au rituel du thé. Ils discutent un moment. Abdou avertit son ami qu’il lui faudra regagner Rabat dès le lendemain. Il partira en fin de matinée, afin de profiter, encore quelques heures, du désert.

-« Alors, ton enquête est finie ? Tu nous quittes ? Tu as trouvé ? Reste au moins jusqu’à la rupture du jeûne. Les gnaouas viennent chanter pour les touristes »

-« J’ai trouvé… j’ai trouvé quelques os et des objets. J’ai encore du boulot. Et non, il faut que je rentre. Mais je te remercie Khoja. La prochaine fois in cha Allah »

Il savoure son tagine au poulet, lentement, en trempant son pain dans le jus incomparable, aux saveurs de coriandre et de cumin. Ce qu’Abdou aime par-dessus tout, dans la cuisine d’Ali, c’est le mélange subtil des épices et des agrumes. Et les odeurs, qui chatouillent ses narines.

 

Ce soir-là, il passe de longues heures sur la terrasse. Il contemple la rondeur noire de la grande dune, qui se découpe, dans la nuit étoilée, comme la mamelle pleine d’une femme allongée. Il respire l’air chaud. Il fume tranquillement. Il réfléchit. Il se refait l’histoire de cette enquête. Une quête, plus qu’une enquête. Il se remémore l’appel des sœurs du chanteur, qui s’inquiétaient de sa disparition. Il entend encore l’indifférence de son supérieur qui, lui, pensait à une fugue passagère. Il se souvient des premières anomalies qu’il a relevées au fil des jours. Jusqu’à ce qu’il trouve.


ange


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La Déchéance de l'Ange

 

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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 07:05

Et ben ! Qu’est-ce que tous ces pauvres viennent faire dans nos médias ! Je rêve ! Et pis, ça a pas dû baisser depuis la date de l’étude. Le pauvre, c’est comme l’inflation, on n’en parle jamais, mais ça augmente en douce. C’est vicieux l’augmentation du pauvre. Comme l’augmentation du prix du pain ou des patates. Remarque, ya sans doute une relation de cause à effet.

L’été se termine, l’information tourne en rond, alors on sort le pauvre du placard. Juste pour faire pleurer dans les chaumières… Parce que les ceusses qui pourraient faire quelque chose, y regardent pas la télé, y vont au théâtre ou voir le dernier championnat du monde de boxe au Caesar Palace à Las Vegas. Quand ils ne déplorent pas, autour d’un thé, d’être obligés de subir tous ces gens qui font la manche dans la rue. Tas de faignants !

Le « pauvre » est un sujet qui se traite en famille… Euh ! « Sujet » ? « Objet » plutôt, d’observation, de réflexion, d’apitoiement parfois, du désir, jamais. Étonnant. Ya bien des solutions efficaces, mais personne veut s’y coller…

On pourrait les stériliser, pour éviter qu’ils se reproduisent. Surtout que c’est eux qui se multiplient le plus, vu qu’en France, ya les allocs.

On pourrait les envoyer chez nos voisins, dans les pays émergeants par exemple, eux, ils connaissent bien le problème.

On pourrait les enfermer dans des villes construites exeuprès, comme ça on les verrait pas. Et pour en caser le plus possible, leur allouer un quota maxi de dix mètres carrés par personne. Ah ! Ça existe déjà ? Je savais pas.

On pourrait aussi les oublier, c’est le plus simple, y arrivera bien un moment où ils seront tellement pauvres qu’ils mourront. Elimination naturelle. Ah ! C’est ce qu’on fait déjà ? Je savais pas.

Heureusement, aujourd’hui, l’actu a repris ses droits : travail au noir de Nictoplasme Razratis avec enveloppe de main à la main, enfin, ça reste à prouver, pour le moment, c'est un ragot. Pressions diverses et variées, … Ils imaginent pas, les pauvres, à quel point c’est difficile, les responsabilités. Ils ont la part belle, finalement. Eux, quand ils bossent, et c'est pas souvent, sinon ils ne seraient pas pauvres, encore que..., c’est sans risque. Remarque, c’est pas le même tarif horaire et on les gaule plus facilement s’ils ne sont pas déclarés.

En tout cas, parler de tous ces pauvres, ça me gâche la rentrée, pas vous ? Comment qu’y disait Gabin, dans la Traversée de Paris ? Ah oui ! « Salauds de pauvres !!! ».

  tdp

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 19:14

Il arrive tranquillement jusqu’au lieu des investigations. Déjà son équipe s’active avant que l’air torride vienne brûler les corps. En fin de matinée, ils arrêteront leurs recherches jusqu’au milieu de l’après-midi, afin d’échapper aux heures les plus chaudes.

Le commissaire salue chacun des hommes affairés d’une poignée de main ferme et d’un mot gentil. En demandant des nouvelles de la famille, pour ceux qui en ont une. Cette courtoisie et cet intérêt qu’il porte aux membres de son équipe, lui valent un dévouement sans faille de leur part. Abdou accorde une attention sincère à chaque humain qu’il croise, qu’il soit criminel ou citoyen. Parfois, lorsqu’une personne de son entourage se trouve démunie, il n’hésite pas à payer les médicaments pour la mère, le docteur pour l’enfant. Et cela vaut aussi pour ses subordonnés.

Souvent, ses hommes le chahutent gentiment. Le commissaire est toujours célibataire, et chacun a une jolie sœur à caser… Mais le cœur du commissaire a choisi un autre destin. Mektoub.

 

Il est déjà en sueur. Il sort un grand mouchoir de coton blanc pour éponger l’eau qui dégouline sur son front. Puis Il appelle son adjoint, afin de borner, avec lui, la zone de fouille qu’il a crayonnée la veille au soir. Il n’a que de faibles moyens. Alors, il se concentre sur l’essentiel, laissant aux séries américaines le luxe des gadgets fluorescents, pour baliser un espace. Une solide ficelle et quelques piquets de bois font l’affaire, en général…

Comme hier, et comme les trois jours précédents, Abdou se cale dans la dune, en attendant que son équipe retourne le sol, à la recherche de cet indice qui lui dirait que sa quête est finie.

Et comme hier, et les trois jours précédents, il s’abandonne à une rêverie tranquille en guettant un cri qui le tire de sa torpeur…

 

… Il a été, quelques années auparavant, se reposer en Namibie, là où un désert curieux, né d’un courant froid, plonge dans l’océan. Là où la faune, ignorée, meurt sans faire de bruit. Il a eu la chance d’apercevoir ces éléphants du sable qui déambulent inlassablement, à la recherche d’une goutte d’eau, même quand la température au sol atteint l’ébullition, sous les coups du soleil. Abdou est fasciné par ces pachydermes, les plus grands mammifères terrestres… Leur nonchalance représente, pour lui, la tranquillité douce et l’obstination calme qui conditionnent la survie dans un milieu hostile. Ils marchent sans jamais se décourager. Ils avancent. C’est sa leçon de vie.

 

Alors qu’il songe, et qu’il note, dans un carnet, le fil de sa promenade philosophique, il entend un cri de surprise, mêlé de bonheur. Son adjoint l’appelle, surexcité.

Il dévale sa dune à grands enjambées. Le sable vole. Il sait qu’il a retrouvé le chanteur. Deux ans, deux longues années à renifler l’indice, à fouiller les pistes, qui se terminaient souvent en cul-de-sac. Il a fallu l’opiniâtreté tenace du commissaire pour traquer la vérité. Et un peu de chance.

  ange


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La Déchéance de l'Ange

 

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Mercredi 31 août 2011 3 31 /08 /Août /2011 07:30

dents

 

Des fois, je me demande à quoi ça sert de cliquer sur « virer cette pub ! ». Elle revient de toute façon. En ce moment, celle qui me fait serrer la mâchoire, qui me fait grincer des chaillots, qui me donne envie de mordre, c’est celle-là… Mon "face de bouc" me la propose à chaque visite. J’arrive pas à m’en débarrasser, elle colle comme du caramel mou aux gencives.

Et elle m’agace ! Pire qu’une carie. Moi, pauv’salers qui ne sait que ruminer, j’ai pas les dents blanches, ni le sourire hollywoodien. Et alors ? La maman qui a mis au point l’astuce, m’est avis qu’elle ment, comme un arracheur de dents. Cette histoire, c’est un piège à midinette. Changer la couleur de son émail relève de l’utopie, au moins autant que vouloir déguster de la fleur de trèfle en janvier. Tout juste peut-on gagner un ton, voire deux et encore, au prix d’un effort à faire claquer des dents. C’est ma dentiste qui me l’a dit…

Ça va avec le reste, il faut avoir l’air. Mais pas l’haleine. Avoir les dents longues, ça oui. Qui rayent, même. Et pour ça, faut qu’elles soient blanches. Les dents qui se chevauchent sont reléguées au rang d’anomalie, comme si on choisissait son implantation, ou sa couleur.

C’est comme ça qu’une maman essaie de vendre une astuce sur internet. Pas sûr que ça ait à voir avec la sagesse (l’attitude, pas la dent). Elle a les dents longues, la maman, à croquer la fortune. Elle se fait les dents sur "face de bouc", avant de s’inviter à la tété. Je le parierais. Et ce ne sera pas quand les poules auront des dents. Nan ! Ça nous pend au nez, et à la barbe. Yen a qui dévorent tout ce qui leur tombe sous la dent, pour faire de la thune. Ils sont armés jusqu’aux dents de plans com’.

Ça me met l’humeur en dent de scie.

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 19:30

Il se lève toujours très tôt. Et ce matin, il déguste son café à petites gorgées, avant même que le soleil émerge au-dessus de la grande dune. Une lueur d’un rose sombre arrose le sable, brun dans la lumière naissante.

Abdou savoure ces baghrirs, crêpes aux mille trous, qu’il tartine d’un miel sauvage. Il en a plein les doigts. Cette particularité qu’ont ses compatriotes de plonger la main dans les plats l’écœure un peu. Avoir la peau poissée par le gras ou le sucre des aliments ne lui convient pas. Pourtant, il faut faire avec.

Il est seul sous les arches du patio. Il fait chaud, déjà. L’homme contemple l’eau, si bleue, de la piscine, tout en écoutant la musique des clapotis. Parfois, un oiseau fonce en piquée et prélève, au vol, une gorgée du précieux liquide, si rare dans cette contrée.

Prendre le temps de se réveiller, sans se presser, en inspirant l’air sec du désert. Le commissaire, chaque fois qu’il le peut, vient se réfugier chez son ami Ali. Il aime ce coin de Sahara, orangé et immense, qui s’étend au-delà de la grande dune. Quand on s’enfonce, au bout d’un moment, le silence et le sable imprégnent l’âme d’un souffle solennel. C’est ici qu’il se sent au plus près de Dieu.

Abdou se lèche les doigts, avale son jus d’orange et retourne à sa chambre. La douche, rafraichissante. Ici, à la maison d’hôte, tout est pensé pour le plaisir de l’invité. La pierre d’Erfoud, dans laquelle est taillé le bac à douche, est d’une rare sensualité. Presque pulpeuse, comme la chair d’une femme. Noire, comme le regard des jolies filles. Puis il enfile l’un de ses costumes de lin, se coiffe rapidement, en passant sa main dans ses cheveux, et sort.

 

Dehors, son dromadaire l’attend. Le chamelier est là. Le jeune garçon est natif du village, et connait le désert mieux que personne. Il est immuablement revêtu d’un sarouel et d’un cheich bleu. La teinture, de mauvaise qualité, lui colore le front. Abdou le salue gentiment, en demandant de ses nouvelles.

- « Assalam-o-aleikoum »

- « Aleikoum-salam »

- « Dis-moi, Said, comment sera le ciel aujourd’hui ? »

- « Il fera soif, Sidi. Mais le vent ne viendra pas bousculer ton travail. In cha Allah ! »

- « Bonne nouvelle… Et Ramadan, pas trop rude ? »

- « Il faut s’habituer. Plusieurs années de jeûne en été. Et des journées si longues que la faim se fait pénible, souvent. La soif encore plus »

Saïd babille gentiment, tout en faisait plier les deux pattes avant de l’animal, qui grogne. Il parle de sa sœur qui va bientôt se marier, et de son rêve d’aller travailler en Europe. Le commissaire le met en garde, pour la nième fois, sur ce mirage qu’exerce l’occident sur les marocains. Et sur la déception que le jeune homme ne manquera pas d’éprouver. Abdou sait bien que rien ne pourra dissuader Saïd, de tenter la harraga. Il en a vu partir des centaines, mourir quelques-uns. Et revenir, beaucoup, battus et cassés, quand ils n’ont pas été refoulés ou expulsés.

Il a un geste agacé, en pensant à ces passeurs, qui font payer une fortune, qui vendent de faux certificats de travail, et qui s’engraissent sur la pauvreté du pays. Chômage et ennui. Des avenirs qui ne s’éclairent pas vraiment pour une jeunesse sans métier. Seules, les miettes du tourisme rapportent quelques dirhams, les bonnes années.

  ange


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La Déchéance de l'Ange

 

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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 07:38

Cette année, au Maroc, le mois de ramadan a commencé le 12 août. Jeûner et ne pas boire durant la saison chaude est difficile à supporter, surtout dans le désert. En quelques minutes, le soleil a plongé derrière le village. Ce sera bientôt la rupture du jeûne. Le commissaire, s’il est croyant, ne pratique pas. Et il est reconnaissant à son ami de ne pas s’offusquer de cette liberté qu’il prend, en s’affranchissant de cette obligation-là. D’avoir cette intelligence, que d’accepter qu’il puisse boire à sa soif, et manger durant la journée. Ali ménage à son ami un endroit où il peut se soustraire aux regards réprobateurs de quelques-uns de ses compatriotes. Et Ramadan est l’un des piliers de l’islam qu’il n’est pas si facile de négliger. Le rapport à Dieu du commissaire Abdou est complexe et très personnel.

Il attend, après sa collation, que toute la famille puisse passer à table. Il a pris l’habitude de se joindre à eux, préférant écouter leurs discussions, plutôt que de manger seul, comme un touriste, sous les arches du patio. BismiLLah… Une datte et un verre de lait. La table est couverte des mets traditionnels de ce temps festif, et chacun plonge la main, picore, discute avec son voisin. Les enfants s’éparpillent, en riant.

Abdou se rassasie d’un bol de harrira, cette soupe consistance, servie traditionnellement à la rupture du jeûne. Il l’assaisonne d’un trait de jus de citron.

Après le repas, le commissaire regagne sa chambre. La pièce est vaste et fraîche. Équipée simplement mais confortablement. Un grand lit recouvert d’un sabra, tissu aux rayures chatoyantes, dans des tons qui varient du rouge sombre au rose pétunia, et un bureau forment l’ensemble du mobilier. La relative austérité du décor, murs en torchis de paille et terre, et sourate du Coran calligraphiée sur un parchemin, convient à l’homme qui n’aime ni le clinquant, ni le doré de l’artisanat traditionnel. Sa chambre donne directement sur la terrasse, où, souvent, le soir, quelques hommes se retrouvent pour boire le thé et partager un narguilé. L’odeur du tabac, naturel ou aromatisé à la pomme selon les jours, vient chatouiller agréablement les narines d’Abdou. Lui préfère griller une blonde, tranquillement, avant de dormir, en regardant les étoiles.

Une dernière bouffée, savourée de tous ses poumons intoxiqués, et il regagne sa chambre, se pose un instant pour griffonner quelques notes dans son carnet. Il sort le plan qu’il a dessiné et qui délimite les zones de recherche, crayonne consciencieusement un carré. Celui qu’il fera fouiller à ses hommes demain. Il s’endort avec sa question : « Mais où est-il ce foutu chanteur ? ».

 ange


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La Déchéance de l'Ange

 

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 07:33

 

Fin août 2010

 

Le commissaire Youssef Ben Abdallah est assis, les fesses bien calées dans le mou de la dune. Il contemple l’horizon. Le sable à perte de vue, orangé alors que décline la lumière du soleil, restitue une touffeur poussiéreuse. Au loin, on aperçoit la ligne feuillue de l’oasis, en lisière du village. Elle est sombre et découpe une dentelle ciselée. Il faudrait se hâter de rentrer, avant que la nuit efface les repères. Le costume en lin crème du commissaire a perdu l’impeccable tombé d’une coupe parfaite, à force de marche et d’attente. Il a pris ce côté chiffonné qui donne sa noblesse à la matière.

En contrebas de la dune, une petite équipe s’active. Armés de pelles, soufflant dans la chaleur de cette fin d’été, des hommes creusent sous l’œil attentif d’un groupe de touristes italiens, volubiles et piaillant. Quelques mètres plus loin, imperturbables, des dromadaires couchés attendent de reprendre le chemin du village. Ils ont l’air de mastiquer. Parfois, l’un d’eux blatère, pour une raison connue de lui seul.

Abdou, le commissaire, aboie une phrase en direction de ses hommes. Puis il se lève, s’époussète du plat de la main, et, plantant les talons dans la pente, à grandes enjambées, les rejoint.

 Ils ne l’ont pas trouvé, mais Abdou sait qu’il est dans le coin, à quelques dizaines de centimètres sous le sable. Sans doute réduit à l’état de squelette. La sécheresse et l’implacable fournaise du désert, alliées aux petits prédateurs, n’ont pas dû laisser plus qu’un tas d’os. Il est là, il le sait. Le commissaire scrute le sol, à l’affût du moindre signe, du plus petit indice. Mais il faudra revenir demain, et fouiller encore, comme hier, et comme les jours précédents.

Il fait baliser la zone, désigne deux des policiers présents afin qu’ils montent la garde, durant la nuit. Il remonte sur l’un des dromadaires et reprend le chemin du village.

Durant l’enquête, il séjourne chez son ami Ali, qui tient une maison d’hôte accueillante et, surtout, climatisée.

Le village, Hassi Labiad, se trouve à environ six kilomètres de Merzouga, au pied de la grande dune de l’erg Chebbi. Abdou aime cet endroit, calme. Chaque soir, il s’absorbe dans la contemplation d’un ciel étoilé, tout en s’enivrant de l’odeur sucrée exhalant de la palmeraie. Les dattes sont mûres.

Lorsqu’il arrive à la maison, son ami l’attend avec un thé bien chaud, et quelques pâtisseries gluantes de miel. Il n’ose pas dire qu’il a envie d’une bière fraiche, et blonde. En fin de journée, le commissaire apprécie une petite Flag, cette mousse dont la finesse vient, dit-on, de la qualité des eaux de Fès. Ah ! Fès ! D’un coup, il ressent, brutal, le besoin d’aller se réfugier chez lui, dans ce dar qu’il a acquis il y a quelques années, au cœur même de la médina, et qu’il restaure à son rythme. Attendre, il faut attendre… Le travail envahit son quotidien.

Ali l’accueille avec un sourire bienveillant : « Salut, Khoya… Comment a été ta journée ? Du nouveau ? ».

-« Pas vraiment. À force de retourner le désert, on va finir par aplanir l’Erg. Ou alors, on va lui faire un fils ». Abdou a l’œil qui rigole en répondant, mais, au fond, l’exaspération le gagne.


 

ange

 


J'ai profité de l'été pour réécrire complètement le début de cette histoire, et pour la continuer...

 


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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 17:54

Il me restait les rushs, qui dormaient, attendaient. Quand j'ai enfin pris le temps de regarder toute cette matière foisonnante... et bien j'avais de quoi en raconter deux histoires. D'autant que deux ambiances se sont vite dessinées.

La première, empreinte de nostalgie, comme une petite musique de nuit. Sur la superbe chanson d'Idir, Pourquoi cette pluie.

 

 

Et puis, tous ces moments de répètes, volés dans la cave ou dans la grande salle, et  je retrouve l'énergie joyeuse que j'ai rencontrée, là-bas. Des souvenirs, déjà.

 

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - Algérie
Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 20:15

thueyts2

 

Petit village des Cévennes ardéchoises… Son champs de mars, son château, son pont du diable. Un petit village gaulois avec ses chèvres et son fromage de chèvre, avec son marché et ses légumes, avec son soleil et ses fruits du soleil, avec son saucisson, aussi.

Thueyts, c’est une histoire de famille, une maison de poupée qui nous accueille aux beaux jours. Ah ! La Chaussée des Géants, que mes gambettes, du temps de mon enfance, ont inlassablement descendue, puis gravie, tout ça pour aller piquer une tête dans la rivière.

Et, depuis quelques années, son Bouïrado, cette fête qui maquille les rues, en tableaux vivants, à l’aube du 20ème siècle. Durant le week-end du 15 août.

On y mange, on y boit, et l’on s’y balade.

 

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : Les chroniques de la meute
Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 00:05

Bambouseraie6

 

Du côté d’Alès… Il y a ce merveilleux endroit, un havre de paix caché au milieu des Cévennes. Le parc existe depuis plus de 150 ans. À cause d’un rêveur qui avait envie de cultiver des bambous. Parce qu’en 1856, il fallait être un poète pour se lancer dans une telle entreprise. Et il est ouvert au public depuis une cinquantaine d’années… Il a eu un siècle pour grandir, dormir, embellir…

 

Bambouseraie2

…Jusqu’à devenir une cathédrale de verdure. Des bambous, il y en a plusieurs espèces, des verts comme les herbes…

 

bambouseraie34

… des jaunes…

 

bambouseraie35

… J’ai une préférence pour ces noirauds qui se courbent sous la brise.

 

bambouseraie12

Au village Laotien, il y a (au moins) trois petits cochons. Des tous gras, qui iraient formidablement bien avec du chou, du chou chinois. Trois petits cochons gras qui se grattent le gras. Trois petits cochons gris qui se grisent de gâteries. Oh ! Les cochons !

 

bambouseraie24

En flemmardant dans les allées ombragées, on arrive au jardin zen. Espace d’harmonie et de rondeur. L’eau est sans doute l’élément qui structure ce paysage d’ailleurs. Ailleurs et ici. J’avais envie de me poser sur un coin de pelouse, et de rester là, à regarder. Ici, le monde n’a pas l’air d’avoir de prise. Il faut méditer. En tout cas essayer.

 

bambouseraie69

Du land ’art. De loin en loin, des artistes se sont approprié, qui un arbre, qui un point d’eau, qui une touffe de bambous. J’aime particulièrement cette installation-là.

 

bambouseraie46

Ginkgo Biloba. L’arbre aux quarante écus. Dont la feuille bilobée est caractéristique. C’est une vieille bête arrivée de l’ère primaire. En compagnie du séquoia. D’ailleurs, il y a quelques séquoias dans la bambouseraie. J’ai un faible pour le ginkgo. D’une part parce qu’il résiste à la pollution. D’autre part parce que je le trouve beau, surtout en automne, quand il prend son feuillage doré, avant de se déplumer.

 

bambouseraie51

Au détour d’un nénuphar, ou d’un lotus, la grenouille bronze. Elle s’en fout de nous autres qui nous agitons dans les allées.

 

En sortant de la bambouseraie, nous (je dis « nous » parce que nous étions un petit groupe de deux) avons tenté l’aventure du petit train des Cévennes. Mal nous en a pris. S’il y a deux cents places assises, ils en vendent huit cents. Autant dire que le voyage fut désagréable. J’avais l’impression d’être dans un wagon à bestiau. Rien vu. Piège à cons.

 


 

 Le site de la Bambouseraie d'Anduze

Plus de photos dans l'album, cliquer sur la photo


bambouseraie53

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : C'est une histoire de filles...;)
Jeudi 25 août 2011 4 25 /08 /Août /2011 17:33

It's me

Riyad Clarence

Murmures musicaux

 

Les morceaux de musique qui rythment ma vie...


 

 

Et la musique classique...


 

 

La musique d'ailleurs...

Passer...

 

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