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Je suis un homme. Et tout a commencé par une rencontre inopinée, un hasard total, ce qui aurait pu être un
cadeau de la vie. Très vite, nous avons échangé nos coordonnées, et, technique aidant, nous avons pris l’habitude de nous retrouver pour d’interminables conversations virtuelles Je crois que l’un
de mes premiers mots pour la séduire fut « tu as un regard splendide ». Et je le pensais. Comme je savais que j’allais toucher juste. J’ai très vite saisi à quel point elle pouvait être
fragile, cette femme là. Fragile et généreuse. Tout ce qu’il me fallait.
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Je suis un homme. Et je l’ai entraînée dans de jolies promesses de plaisirs inconnus, tout en tenant des
discours dépourvus de sentiments, des phrases décharnées. Elle était si ouverte, si douce, qu’il devint aisé de l’attirer dans ma misère quotidienne. Lui confier ma détresse affective, partager
mes doutes et mes désirs, lui parler de ma vie, de moi. Elles sont ainsi faites, celles qui lui ressemblent, que de s’en remettre à elles, que d’aller se frotter à leurs propres blessures, ouvre
immanquablement le livre de leur intimité. Humblement, imperceptiblement, j’ai agrippé le fil de ses pensées. Tout ce que je voulais.
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Je suis un homme. Et je me suis installé dans ses jours. J’ai senti qu’elle m’attendait, un peu plus, qu’elle
m’accueillait, heureuse, quand je daignais venir à sa rencontre. Ma vie s’est mise à rouler : mon boulot, ma famille, et elle, elle juste pour l’imagination, juste pour le jeu, juste parce
qu’il faut bien que je me sente vivant. Mais je n’ai pas voulu lui mentir. Je me souviens m’être ouvert de ce que j’appelle « ma médiocrité ». De toutes façons, je savais que je pouvais
tout dire de moi sans danger, c’est le genre de femme qui pose un beau regard sur vous, qui vous rend beau, qui refuse de regarder le laid dans l’être, qui ne s’attache qu’au meilleur, que le
sordide effleure sans jamais marquer. Tout ce que j’aimais.
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Je suis un homme. Et j’ai trouvé normal qu’elle se mette à m’écrire, à aligner ses mots sur le papier, des
mots qui chantaient un langage des sens, un langage des émotions, un langage de l’amour. En partance pour de sombres dérives, mon égo se gargarisait de la découvrir à genoux, tremblante et
dépendante. Du fond de mon puits, ce puits que je lui avais vendu, elle était la main tendue. Dans la noirceur que je lui avais dépeinte, elle venait poser des touches de couleurs, elle venait
parsemer mes ombres de lumières.
« L'interphone bourdonne, je sais que c'est toi, je libère le portier et
j'entrouvre la porte, je suis fébrile. J'ai enfilé mon pyjama, le gris, que j'aime bien, tout fluide, tout doux. Voilà, c'est toi. J'aime ce moment presque sans paroles où je me retrouve dans tes
bras, j'avais une telle envie de te sentir, ton corps, ta bouche ; j'avais une telle envie de te voir, tes yeux, ton sourire... Nous voilà sur ce lit que j'ai retapé en vitesse quand j'ai su que
tu venais. La chambre est froide, je l'ouvre chaque matin, en grand, comme ça se sera encore meilleur de me blottir dans tes bras. J'ai envie d'avidité, j'ai envie de laisser exploser tous ces
mots, tous ces désirs qui tourbillonnent dans mon esprit. Je sais bien qu'ils vont résister, se retenir, mais je sais aussi qu'ils s'apprivoisent, petit à petit. Je suis dans tes bras. Aussitôt
mes sens se mettent en alerte. Pour tout dire, le seul qui dysfonctionne chez moi, c'est la vue... Le reste, l'odorat, le goût et l'ouie sont performants. J'aime sentir ta salive, je te bois. Je
te respire aussi. Ces deux sens là sont l'essence de mon désir sans doute, tant je suis capable d'identifier une odeur ou un goût sans , presque jamais, me tromper. Je suis à moitié nue et tu
m'explores, je devine ton regard attentif à mon visage, à tous les tumultes qui me traversent. Je te sens envahir mes recoins et j'aime tes doigts qui cherchent et qui trouvent... Un endroit, là
à l'entrée de mon vagin, enfin pas tout à fait, où ? je ne saurais pas le retrouver. Je n'avais jamais pensé que cet endroit là pouvait exister, ainsi, c'est comme une caresse de l'intérieur...
Mon Dieu, que de plaisir ! Jusque là, cet endroit là, je le fuyais, je le refusais, il était douleur... Je suis nue, toi aussi. Je retrouve ta peau, je cherche ton sexe. J'ai envie de lui, de le
caresser, de l'avaler, de le lécher, de le sucer, de le retrouver. J'ai toujours les narines qui palpitent, elles se servent, elles savourent... Ta caresse se fait encore plus profonde. Je
m'ouvre, je sens ta langue qui joue avec mon sexe, avec mon clitoris. Encore, lèche le doucement, du bout de la langue, pénètre moi de tous tes doigts, pénètre moi de toi. Te voilà aux deux
endroits, à la fois, puis l'un, puis l'autre et puis... et puis... la danse de tes doigts continue, encore et encore. Et je sens mon plaisir sourdre, il va et il vient, il monte, s'assagit,
redémarre. Et mon plaisir me surprend, il est multiple à chacun des endroits, il est différent. Je tremble, mon corps m'échappe, il tremble. Je jouis et puis, tout de suite, mon plaisir repart,
il monte et monte encore. J'ai peur ! ça n'arrive jamais ces choses là, pas à moi ! Et je tremble encore, j'ai l'impression que je n'en finis pas de trembler. Ma main s'en va me caresser. Que
fait-elle ? Je fais ce geste là, spontanément. Avant, il aurait fallu que tu insistes, vraiment beaucoup, et j'aurais été empruntée. Là, ça avait l'air si naturel. J'ai envie, encore, que tu me
caresses. Je ne veux pas que ça s'arrête... Et puis, j'ai envie de toi, de ton plaisir aussi. Alors je vais le chercher, et j'aime, à mon tour, prendre ton corps, me glisser d'un doigt, dans toi.
Je te sens palpiter, j'aime sentir ton sexe dans ma bouche. Je me sens maladroite, je ne sais pas si ma caresse te plait, je ne sais pas encore tes chemins du plaisir. Je t'entends, je perçois,
j'ai envie de m'enfoncer encore plus profondément en toi, mais je n'ose pas, j'ai peur de te faire mal. Et d'un coup, tu déverses ton plaisir dans ma bouche. Bonheur immense pour moi, je voudrais
te caresser encore, rester douce et présente dans ce moment où la détente arrive... Mais tu as besoin d'air. Alors j'ose quelques gestes tendres, timidement. Je te parle et nous ne nous
connaissons pas, ou si peu, mais c'est bon. Je me sens ouverte à toi, ouverte à tout et capable, enfin, de découvrir d'autres balades dans ce grand festin de toi, de moi
Fatiguée, le corps encore plein de souvenirs et les jambes en coton... Je
vais dormir. Je t'embrasse »
Je suis un homme. Et, amoureuse, elle me voulait, un peu, à elle. C’est toujours quand elles se mettent à
réclamer un peu de temps, que le temps déraille, que les histoires s’effilochent. Tout était bien pour moi, pourquoi a-t-il fallu que je lui manque ? Etait-ce si important qu’elle se trouve
des moments que jamais je n’accaparais ? Etait-ce si grave qu’elle perde quelques heures à m’attendre, moi, si pris, si occupé, si préoccupé ? Ne pouvait-elle pas se contenter des
miettes que je lui balançais, comme on balance un os à un chien ? Tout aurait pu continuer.
Je suis un homme. Et sa souffrance m’indisposait. Elle troublait cette belle topographie que j’avais
dessinée. Mais mon orgueil vivait mal de la sentir partir, partir par amour, partir parce qu’elle avait mal et qu’elle ne voulait plus avoir mal. J’usais de cet étrange pouvoir sur elle. Je lui
arrachais la promesse d’une rencontre, d’un moment d’échange, d’un moment où nous pourrions regarder … regarder quoi, d’ailleurs ? Pour moi, il n’était pas très important qu’elle souffre, il
était fondamental que j’en sorte grandi, à mes yeux. Tout était parfait.
Je suis un homme. Et ce jour là, j’ai failli ne pas pouvoir la rejoindre, comme d’habitude. Elle était
poussière dans ma vie, que l’on balaye négligemment d’un geste de la main, sur le revers d’un veston. Nous avons déjeuné. Nous n’avons parlé de rien, si ce n’est de l’actualité, de moi, de moi et
de l’actualité. Est venue l’heure de repartir, chacun, dans son monde. A l’angle d’une rue, figés sur un trottoir, nous avons évoqué, sans plus de profondeur, ce qui fut nous. Je la regardais. Je
ne voulais pas voir ses larmes au bord des cils. Pour me donner bonne conscience, j’ai raconté encore une fois ce que je pense être des non choix, ce que je crois être ma croix de vie. Alors,
elle m’a tourné le dos, avec un sourire triste, elle est retournée vers sa vie. Sans doute qu’à ce moment là, un geste, un mot, l'auraient retenue.
Mais je suis un homme.
Vos murmures...