Mignardises et macarons

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Ce matin, au jardin, j’ai cueilli les mangues qui étaient mures, et un avocat, pour le guacamole du repas. Désormais, les fruits et les légumes viennent rapidement à maturité, la saison est chaude, plus chaude que les années précédentes, mais probablement moins chaude que celles qui se pointent. J’aime le guacamole, que j’agrémente au fil des cadeaux du jardin : un piment, une tomate, de l’ail rouge ou de petits oignons grelots, la coriandre, le citron vert… Et comme les avocats donnent à plein… Ici, dans ma montagne, dans ce massif central, je constate de drôles de changements. Hier, j’ai découvert une blatte d’une espèce, et d’une taille surtout, que je n’avais jamais encore vues. Chaque jour amène son lot de surprises. Il paraît que l’anophèle a été détecté à Avignon. Le palu remonte et ce foutu parasite devient un fléau. On s’en moquait bien quand il n’agressait que l’Afrique noire. Mais là, les laboratoires s’affolent, les enfants de nos chers élus pourraient être infectés. Je vais installer des moustiquaires aux fenêtres et cultiver de la citronnelle.

Il y a quinze ans, quand le protocole de Kyoto a été abandonné, j’ai planté un flamboyant dans le patio, par jeu. Je croyais bien qu’il mourrait un hiver un peu plus rude. Mais il a grandit. Et je cueille souvent l’une de ses fleurs, de ce rouge si intense, que je porte dans mes cheveux. Il m’offre de l’ombre et je vois mon café du matin à l’abri de sa bienveillante frondaison.

Au printemps dernier, je suis retournée au Maroc, à la ferme. Là où s’épanouissaient les plantations de clémentines, un aride désert brûle les bêtes et les hommes. Le champ d’artichauts est devenu un pierrier et l’oliveraie a flambé un jour plus chaud que les autres. Mon cœur a saigné quand j’ai vu la maison, fendue, béante, parce que le sol a craqué, sec comme un bois centenaire.

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Les gens du sud remontent peu à peu. Ils arrivent par hordes d’affamés, d’assoiffés. Leurs terres ne donnent plus et les puits sont taris. Au début, ils s’installent dans les camps, ils cherchent du travail. Mais du travail, il en manque. Alors ils s’organisent en bandes. Ils pillent la nuit. Ils fouillent les cultures à la recherche d’une pomme de terre ou d’une carotte. Les paysans s’arment. Peu à peu, les parcelles s’entourent de barbelés, des miradors se bâtissent et des milices patrouillent. La voisine a parsemé ses murs de verre pilé pour que ses tomates ne lui soient plus volées. Parfois, la nuit, j’entends un pauvre hère hurler de douleur.

Il y a des légumes dont nous avons oublié le goût, les petits pois, par exemple, parce qu’il en faut de l’eau pour les faire venir, tendres et verts. Le maïs a disparu sous nos latitudes. Désormais, il est cultivé dans les pays scandinaves. Et je donnerais un an de ma vie pour goûter une framboise.

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Hier, j’ai regardé la télévision. L’arrêt de la dernière plate forme pétrolière encore en fonctionnement, était retransmis en direct. L’armée gardait la zone. Lorsque l’ultime goutte est tombée dans les réservoirs, un silence de mort s’est installé, qui a duré plusieurs minutes. C’était solennel, impressionnant. Il reste un peu de charbon ça et là et quelques nappes de gaz. Nos gouvernements rament pour installer des éoliennes et du solaire, mais ça ne suffira pas, ils ont compris trop tard. Les consignes sont drastiques : l’électricité est prioritairement affectée à l’activité économique. A partir de la semaine prochaine, le courant sera coupé dans les foyers plusieurs heures par jour, afin de délester. Il y a dix ans, ils nous racontaient que nous avions des réserves pour cinquante ans. Mais le libéralisme sauvage a fini par gagner l’ensemble de la planète.

Quand nous organisons des soirées, avec les copains, en rigolant, on se raconte que l’électricité produite par les centrales sert… à faire tourner les centrales.

Il paraît que les premières bombes sont tombées sur les grandes capitales. Je m’en fous, je vis dans un trou perdu, quelque part dans une vallée ardéchoise où la piqûre d’un scorpion est devenue mortelle et où les vipères ont des cornes.

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Flamboyant – source wikipédia

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Vous fûtes plusieurs... 13 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Les murs grimpent si haut qu’apercevoir la fin des rayonnages oblige à courber la nuque. La bibliothèque ressemble à un vaisseau cathédrale, immense, habité. Où que l’on tourne la tête, les livres étalent leurs tranches, souvent de cuir et dorées à l’or fin. Ils sont innombrables et posent une présence, tangible, palpable. Parfois, un frisson les parcourt, quand l’un d’eux sort de son rayon ou bien regagne sa place. La nuit ils chuchotent, ils se racontent leurs mots, leurs enluminures, leurs caractères. Ils comparent leurs épaisseurs et leurs papiers. Ils échangent leurs âges et leurs histoires. Ils se parlent d’eux. Il émane du lieu cette indéfinissable odeur de poussière d’écriture, mêlée à celle du cuir tanné. Il flotte dans l’air l’immatérielle existence d’un univers scriptural.

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Des tables, bien vieilles, de ce bois qui se patine avec l’âge, offrent un refuge au lecteur. Elles accueillent de petites loupiottes qui dispensent un faible halo d’une lumière jaunie. Elles sont sagement alignées, pas un angle ne déborde, pas une chaise qui ne soit bien calée. L’ordre et le calme règnent en maîtres.

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Tout serait, somme toute, classique, si, la nuit venue, la bibliothèque ne s’animait d’une curieuse, étrange vibration. Elle palpite, elle pulse. Elle tressaille d’un mystère venu du fond des temps. Des palimpsestes s’effeuillent pour retrouver la mémoire des moines qui sans cessent grattèrent, afin de retrouver le parchemin, et rebaptiser l’histoire. Des romans libèrent les délires de leurs auteurs, qu’ils balancent, troublant le silence nocturne. Le rayon des philosophes murmure et discute des postulats, argumente et confronte des dogmes. La spiritualité tintinnabule de paraboles et de métaphores.

Car cette bibliothèque là, altière, imposante, est vivante. Elle a une âme qui s’éveille quand le monde des hommes la quitte. Et l’âme du lieu, c’est un vieil homme, petit, plié par le poids de l’éternité, fluet. Il est gardien de phrases, soigneur de paragraphes, montreur de mots. Il a dompté l’arène des bouquins qui l’attend, fébrile, dès que la cloche de la fermeture retentit.

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Il apparaît, venu de nulle part. Il traîne sa silhouette fragile entre les étagères. Il caresse d’une main amoureuse les dos alignés sagement. Attentif, il débarrasse l’un de sa poussière, l’autre de la toile vieillie d’une araignée. Parfois, du tombé de sa longue tunique, il nettoie le rayonnage qui suffoque de saleté. Il déblaie la grande collection de tout ce que le temps déploie de petites impuretés.

Lorsqu’il a débarbouillé ses chers ouvrages, il s’en va à la recherche de pages à savourer. Selon son humeur, il traîne chez les philosophe ou les exégètes ; il interroge les romanciers ou les pamphlétaires , il interpelle les polémistes.

Il se pose enfin, une pile de livres devant lui, et savoure l’immense des idées que brassent les mots. Il picore des phrases jusqu’à ce qu’une d’entre elle, petit bijou brasillant, le séduise et arrête son voyage. Alors, il sort de quelque endroit connu de lui seul un plumier, des larges feuilles d’un beau papier, épais, velouté et blanc de vierge, et de minuscules fioles qui abritent des encres colorées. Il ouvre son plumier et regarde ses plumes. Il s’abîme dans une méditation douce. Il se berce de l’élue, de celle qui se verra calligraphiée, mise en gestes et incarnée de fleurs et d’ors. Il prépare la teinte qui s’accorde aux mots. Il inspire largement avant d’inventer le dessin qui conte le dessein des mots. Il rêve l’abstraction, il imagine la pensée. Il s’absorbe dans sa tâche, il s’irise de couleurs, il se noie dans la page. Peu à peu, l’idéale vision s’incarne dans l’œuvre. Peu à peu, les arabesques donnent un corps à la phrase. Lorsque la dernière larme est posée, il lève son regard sombre de sa création. Il ferme les yeux. Il soupire.

Il attrape une allumette, l’enflamme et brûle la page, qui se consume dans la fragrance fruitée des encres, qui souffle sa volute d’une fumée blanche. La bibliothèque hume les images de ses mots et s’assoupit, sereine, comblée, jusqu’au matin. Elle a respiré l’essence de son âme.

Le petit homme, le calligraphe peut s’en retourner dans son néant. Il regagne ses limbes. Demain, il sera là, à reprendre sa quête, comme hier. Comme il le fait depuis le début des temps de l’Histoire.

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« L’amour ne donne rien que de lui-même et ne prend rien que de lui-même »

Khalil Gibran 

Calligraphie de S.AL. Moussawy

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Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Je suis né dans une petite bicoque accolée à des dizaines d’autres identiques. Ce doit être un foyer pour mères célibataires, parce que nous ne sommes que des familles avec des Môman et des Titous. Je ne suis pas le plus costaud de ma fratrie, mais, dès mon plus jeune âge, j’ai présenté d’indéniables dispositions au travail intellectuel, à la théorisation, à la curiosité. Ça agace bien mes frères et sœurs et, du coup, j’en rajoute.

La rue est joyeuse quand nos mères nous lâchent tous et que nous allons jouer ensemble dans les champs. Ça piaille, ça rie, ça pleure aussi parfois. La résidence est située à la campagne, il y a de l’espace à perte de vue. Au loin, on aperçoit les cheminées d’autres résidences, mais je n’ai jamais porté mes pas jusque là, ça me parait bien loin pour mes gambettes de gamin. Je découvre le monde, mais le monde est hostile, alors môman elle nous dit toujours qu’il faut se garder de s’éloigner de notre toit.

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Dans mon univers, il y a aussi Grand-Pô et Grand-Mô. Ce sont ceux qui gèrent le lotissement, les patrons, quoi ! Ils viennent régulièrement inspecter les logements et, souvent, ils nous tâtent le ventre pour vérifier si Môman s’occupe bien de nous. Ben oui ! Elle n’a pas de mari pour l’aider, alors il faut bien que des personnes responsables jettent un œil. Surtout que nous sommes douze gosses… Et c’est du taf, douze gosses ! Ils nous amènent la pitance aussi, à heure fixe, il paraît que c’est bon pour nous de manger régulièrement, que ça favorise la croissance. Je sais pas trop ce qu’ils mettent dedans, mais des fois, le goût est bizarre, des fois il y a des fruits et d’autres fois que la peau. Drôle de façon de nourrir les gens ! Il y a des jours où ça pue chez nous, une curieuse odeur. Ils appellent ça le lisier, les vieux. Et puis, l’endroit du bain, ils pourraient le réhabiliter. Quand on est tous passés à la toilette, c’est boueux et on sort presque plus sales qu’en rentrant. Enfin, Môman dit qu’on est hébergés à titre gratuit alors qu’il ne faut pas se plaindre. On est des pauvres.

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Grand-Pô et Grand-Mô, quand ils viennent à ma cabane, ils discutent, de nous je suis sûr, mais je ne comprends pas encore tous les mots, je suis trop petit. Il y a quand même des choses que je pige. Par exemple, je sais que nous, on est la famille Goret. Souvent, le vieux, quand il entre chez nous, sans frapper d’ailleurs, ce qui ne me paraît pas trop poli, il lance à la cantonade : « Alors les Gorets, ça engraisse ??? ». Je pense qu’il s’inquiète de notre moral. C’est ces jours là qu’il nous tripote pour nous vérifier.

Quand je serai adulte, je connaîtrai le parler des patrons. Et même que je pourrai leur répondre. Je lirai des tas de livres, et j’irai me promener jusqu’aux autres endroits que j’aperçois au loin, jusqu’au bout du bout. J’irai rencontrer les autres vallées et j’irais voir si tous les patrons ils ressemblent aux miens.

Je commence à m’éveiller au monde et à sa beauté. Il faut dire que la vie est un ravissement, mais ma jeunesse, sans doute, me permet de savourer ce que je découvre avec enthousiasme, voire naïveté. Depuis quelques temps, je suis préoccupé par mon avenir. Je vois bien qu’il va falloir que je me trouve une vocation. Tous mes frères et sœurs se sont déjà décidés pour une carrière, il n’y a que moi qui pinaille. Rien de ce qui ne m’est proposé ne m’emballe vraiment. Le plus grand veut devenir « reproducteur », je ne sais même pas ce que ça veut dire. Et j’ai une sœur qui sera « mère célibataire », comme Môman. Mais moi, je n’ai pas d’idées. Alors j’ouvre grand les yeux.

Dans le pré du voisin, j’ai repéré un type maigrichon et long, qui ressemble aux deux vieux, qui fait des tas de décorations avec des vieux pneus, des draps, des pots de peinture, il appelle ça du « Land’Lard », ou un truc qui ressemble. C’est un lard’tiste.

Je me poste à la barrière, et je l’observe. Il passe des heures avachi dans l’herbe, à rêver. Et puis, par moment, il se lève, il bouge un torchon ou il trempe un pinceau dans du bleu, du rouge, du jaune, et il l’agite pour que la peinture elle éclabousse. Et il se repose. Quand il a l’air satisfait, il sourit bêtement, il sort un appareil photo et mitraille son « land’lard ». Certains soirs, il y a plein de gens dans le champ, qui parlent fort, qui boivent, qui rient, qui mangent. Le lard’tiste, il est sapé comme un notaire, il a un nœud papillon et il fait de grands gestes. Il a l’air vraiment heureux.

C’est dit, quand je serais grand, je ferai de lard.


Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Il y avait un jardin qui dormait sous un ciel. Niché dans un vallon, il croissait au soleil…

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La Fine a revêtu sa longue robe blanche, qui embrasse ses hanches, épouse ses seins, et s’ouvre vers le sol, comme un lys. L’ourlet virevolte, caressant ses chevilles. Sous ses pieds nus, elle sent l’herbe juste séchée de la rosée du matin. Elle aime venir, au levé du jour, humer l’air frais alors que s’épanouissent tranquillement les corolles des fleurs. La Fine se pose, sur un petit banc de bois, et son regard embrasse le foisonnement végétal.

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Elle a barbouillé ce jardin comme un tableau impressionniste. Ici et là des touches de couleurs animent les verts des feuillages. C’est un univers d’eau, de terre et de feu. Il change au fil des heures, il avale la lumière, il éclate de senteurs. Il frissonne sous les vents, vivant. Les rondeurs des bosquets répondent aux lianes des vignes vierges. Le marronnier, rose, ombrage la barrière où s’accroche le liseron. Dans un coin, le potager foisonne. Les tomates s’arrondissent et mûrissent. Des poivrons pigmentent de leurs ors, de leurs rouges, la tendreté du ramage où s’épanouissent encore quelques fleurs blanches, petites, qui seront un jour des fruits. Sur d’incroyables piquets, torsadés, tressés comme des sculptures gothiques, les haricots, grimpants, balancent leurs gousses, des noires, des violettes et des vertes. Un peu plus loin, les fraises, pulpeuses, s’offrent d’une chair si foncée qu’elles racontent leur jus. Un pommier accueille les oiseaux, et laisse ses reinettes, ridées, ratatinées, nourrir les insectes et les piafs. L’abricot, la prune et la pêche attendent leur maturité qui les fera tartes ou confitures.

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La Fine s’est munie de son grand panier afin de glaner, au jardin des légumes et des fruits, ceux qui viendront garnir sa table. Elle est seule depuis longtemps déjà, et elle a organisé sa vie autour de son jardin, de sa cuisine. Elle mitonne d’incroyables petits plats, qu’elle peaufine inlassablement. Elle assemble les saveurs, l’amer piqué de l’acide. Elle compose les textures, le croquant associé au fondant. Elle décore des assiettes dentelées, où elle picore, elle mange si peu, la Fine.

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Son pas, nonchalant, l’amène au jardin d’aromatiques, qu’elle contemple de son œil sombre avec une lueur jubilatoire. Elle collectionne les herbes et elle a, durant des années, parcouru la planète à la quête des plus savoureux des poivres, le vert de Sichuan à l’arrière goût de citron, ou le blanc de Penja qui conte l’Afrique. Elle a glané sans cesse les graines de dizaines d’espèces venues des coins les plus reculés. Le carré de zéodaire, à l’odeur de mangue, mais au parfum de gingembre, dresse ses tiges aériennes aux inflorescences rouges et vertes. La marjolaine et la verveine se chuchotent leurs secrets quand la mélisse et le serpolet embrassent leurs racines. Au jardin d’aromatiques, un rocher, lisse, d’une brun léger, qu’adoucit la mousse, fait office de siège. Elle se pose, la Fine, et, grisée par les fragrances, s’abîme dans une douce méditation. Elle caresse du bout des doigts la mousse moelleuse et veloutée. Elle admire sa pièce d’eau, qu’elle a voulue au cœur de ce jardin. Les carpes Koï clapotent. Les nénuphars dérivent. Les joncs et les papyrus s’entremêlent et se courbent sous la brise.

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Chaque jour, à l’aube, elle répète ce rite là, d’aller saluer son île plantée, quelque part sur un morceau de terre. Et chaque matin, elle visite le potager, les aromates et la fruitière, puis s’achemine, parcourue par un délicieux frisson, vers le jardin de l’improbable, un jardin de fleurs qui n'existent nulle part ailleurs.

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L’hiver, quand les frimas assoupissent la vie, la Fine se réfugie dans sa serre, où elle cultive les semis du prochain printemps. Elle cherche la Fine, avec ténacité, les plus curieux croisements, elle assemble les pollens, elle fabrique des hybrides. Parfois, elle obtient un drôle de bébé. Souvent, la plante meure avant même d’avoir grandi. Mais quelques curieuses réussites viennent, d’année en année, enrichir sa table ou ses vases. C’est au jardin des fleurs que se montre en majesté la plupart de ses réussites. Il y a des lys croisés d’iris, des roses qui sentent le lilas et des lilas dont les bouquets ressemblent à une orchidée, à l’odeur de vanille ou de safran. Il y a la marguerite multicolore, dont les pétales racontent l’arc-en-ciel. Et il y l’arbre à crocus, le buisson à jonquilles, l’edelweiss grimpante et le chèvrefeuille rampant. Elle est un peu magicienne, la Fine.

Et la plus étrange de ses créations est la fleur de souvenances. C’est ainsi qu’elle l’a baptisée, parce que ce mot là, souvenances, il sonne beau, plus beau que mémoire ou souvenir. Il rime avec tous les langages de l’amour, qu’il soit espérance ou désespérance, qu’il soit errance, romance ou attirance.

C’est une bien curieuse fleur. Son feuillage ressemble à celui de la tulipe, mais il est jaune d’or, duveteux, succulent et s’achève par une épine acérée, qui la rend difficile à cueillir. La floraison est changeante, mais toujours noire, d’un noir si sombre qu’il prend des reflets violines à la lumière du soir. Quand elle est arrive à maturité, elle devient translucide, et son cœur vibre comme un feu follet. Pour qu’elle s’ouvre, il faut la couper et lorsqu’elle éclot, elle libère une image ramenée d’un lointain passé. Elle rejoue des scènes enfouies et nul ne sait à l’avance, s’il n’est pas initié, si ce sera la joie ou les larmes qui viendront se donner en spectacle. Mais c’est toujours au coucher du soleil qu’elle raconte ses histoires. C’est une plante carnivore, quand elle a dévoré un souvenir, il meurt, il s’enfuit à jamais, il se perd. Et la Fine, au fil du temps, oublie. Elle regarde sa vie fleurir et s’allège de ses rires autant que de ses peines. Avec l’expérience, elle a appris, en observant le cœur de la fleur, à deviner ce qui sera chanté.

Elle a cueillie son enfance glacée et les coups de ceinture, la poupée borgne et le pain sec. Elle a balayé son adolescence violée, le corps de cet homme qui s’imposa sans tendresse, brutalement, et sans une parole, dans la peur. Elle a, un à un, effacé ces compagnons qui l’ont laissée blessée, fatiguée et mélancolique.

Mais, parmi toutes celles qui sont prêtes à se donner, à se donner et à prendre, il en est une, plus grande encore, plus ronde. Un souvenir palpite, qu’elle ne veut pas égarer. C’est l’histoire d’un amour inachevé pour un grand jeune homme fragile et perdu. Pourtant, revoir encore une fois ce corps qu’elle n’a pas assez caressé la tente certains soirs, parce qu’il lui manque.

Où est-il ce jardin qui s’endort sous un ciel ? Niché dans un vallon, il s’étiole au soleil.

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-Zéodaire, source Wikipédia-


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Le bar est glauque, aménagé de bric et de broc dans un taudis en planches. Il est coincé entre un bordel où de vieilles putes attendent le client, furtif et pressé, et un sombre hangar. C’est une ville d’Amérique du Sud.

A l’intérieur du bouge, ça pue le tabac, tous les tabacs, le blond et le cigare, l’herbe. Une brume bleuâtre flotte, collée au plafond noirci par les années. Le comptoir est pris d’assaut d’hommes presque ivres qui s’égosillent, pour se faire entendre, dans un espagnol guttural et animé. Parfois un éclat de voix alerte le serveur qui interrompt sa partie de dés et tance le gêneur d’un regard courroucé. Ces hommes là sont des gringos, des costauds, des lourdauds, qui racontent leurs exploits amoureux ou crapuleux. Ils se vantent, s’enorgueillissent autant de leurs conquêtes que de leurs meurtres. Ces voyous à la petite semaine, ces hommes de mains de la pègre locale, apaisent leurs brutalités dans le fond d’un verre de tequila.

Quelques tables accueillent des couples qui dansent déjà les parades du sexe. Les femmes sont trop maquillées, de trop de rouge, de trop de bleu. Elles ont toutes ce rire de gorge un peu vulgaire, le cou allongé et la tête en arrière, mais qui excite le mâle quand il se fend d’une boutade douteuse. Elles ont toutes de sombres chevelures, lâchées sur leurs épaules dénudées, et qui ondoient sous une lumière blafarde.

Un trio de musiciens joue la sérénade dans un coin. Ils sont fatigués, leurs doigts blessent des cordes durcies de l’instrument. Leurs voix égratignent leurs chants. Ils se foutent bien de ce public grossier qui n’écoute pas, ils sont là pour grappiller ces pièces qui achèteront le sucre pour le café.

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Il rentre, poussant négligemment la porte, avec la rare élégance d’un chat. Il n’est plus très jeune, déjà l’argent marque ses cheveux de jais. Déjà quelques rides abîment la vivacité de ce regard qui semble aux aguets. Il se déplace lentement, mais l’impression de puissance qu’il dégage dissuade le pékin de venir entraver son chemin. Il traverse la pièce, jusqu’au bar et commande une vodka-martini, secouée au shaker, pas à la main, ça pourrait le contrarier, et le serveur n’a pas envie de contrarier ce monsieur là. Il s’accoude et commence à siroter sa boisson. Ça et là les coups d’oeils s’échangent, interrogatifs. Il intrigue, cet homme so british, perdu dans un endroit pareil.

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Une somptueuse créature s’approche, les hanches qui balancent, et l’œil qui frise. Elle en ferait bien son souper, de cet inconnu distingué. Elle se glisse jusqu’à sentir sa chaleur au travers du costume à l’impeccable tombé. Elle l’agace, sûre de son magnétique pouvoir, sûre de savoir allumer le bas ventre des hommes. Elle lui demande comment il s’appelle. Et lui, tranquillement, répond : « Bond, James Bond ». Les paroles sont tombées comme le couperet d’une guillotine. Un silence de mort vient de s’abattre dans l’endroit qui se tend et pèse soudain d’une ambiance lourde. Les cadors, avinés, se sentent la testostérone qui bouillonne. Ils en rêvaient de se frotter à un grand, un plus fort que le menu fretin dont ils font leur quotidien. Un petit teigneux se plante devant l’anglais et lui souffle la fumée d’un cigare en plein dans le visage. James se met à tousser, à suffoquer. Les yeux lui piquent et l’odeur l’indispose. Il va pour ôter sa veste, d’un geste tranquille, quand il prend la première chaise sur le dos. Il se retourne, il veut riposter, mais le petit teigneux l’a saisi par la cravate et lui allonge un uppercut qui lui fracasse la mâchoire.

Le pugilat devient général, il se distribue des gnons, des pêches, des taloches un peu au hasard. Bien malin celui qui échappe à la tarte qui lui dévisse la tête. Des nez éclatent, des yeux se pochent, des dents valsent, des arcades se fendent, des lèvres enflent.

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James ne sait plus comment se sortir de ce foutoir. Il se faufile jusqu’à la porte, laissant les bouseux achever l’explication entre eux. Il est bien amoché, son complet ressemble à une serpillière, sa chemise est en lambeaux. Il passe une main dans ses cheveux, pour se recoiffer, la regarde et constate que ses ongles, d’habitude manucurés, sont arrachés et sanguinolents. En découvrant l’état de ses chaussures, de somptueuses créations italiennes en croco, il s’assoie et met à pleurnicher.

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« Putain de chiotte de vie, je peux même plus boire un coup peinard… ».

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Et oui, même les héros vieillissent…

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Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Je suis un homme. Et tout a commencé par une rencontre inopinée, un hasard total, ce qui aurait pu être un cadeau de la vie. Très vite, nous avons échangé nos coordonnées, et, technique aidant, nous avons pris l’habitude de nous retrouver pour d’interminables conversations virtuelles Je crois que l’un de mes premiers mots pour la séduire fut « tu as un regard splendide ». Et je le pensais. Comme je savais que j’allais toucher juste. J’ai très vite saisi à quel point elle pouvait être fragile, cette femme là. Fragile et généreuse. Tout ce qu’il me fallait.

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Je suis un homme. Et je l’ai entraînée dans de jolies promesses de plaisirs inconnus, tout en tenant des discours dépourvus de sentiments, des phrases décharnées. Elle était si ouverte, si douce, qu’il devint aisé de l’attirer dans ma misère quotidienne. Lui confier ma détresse affective, partager mes doutes et mes désirs, lui parler de ma vie, de moi. Elles sont ainsi faites, celles qui lui ressemblent, que de s’en remettre à elles, que d’aller se frotter à leurs propres blessures, ouvre immanquablement le livre de leur intimité. Humblement, imperceptiblement, j’ai agrippé le fil de ses pensées. Tout ce que je voulais.

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Je suis un homme. Et je me suis installé dans ses jours. J’ai senti qu’elle m’attendait, un peu plus, qu’elle m’accueillait, heureuse, quand je daignais venir à sa rencontre. Ma vie s’est mise à rouler : mon boulot, ma famille, et elle, elle juste pour l’imagination, juste pour le jeu, juste parce qu’il faut bien que je me sente vivant. Mais je n’ai pas voulu lui mentir. Je me souviens m’être ouvert de ce que j’appelle « ma médiocrité ». De toutes façons, je savais que je pouvais tout dire de moi sans danger, c’est le genre de femme qui pose un beau regard sur vous, qui vous rend beau, qui refuse de regarder le laid dans l’être, qui ne s’attache qu’au meilleur, que le sordide effleure sans jamais marquer. Tout ce que j’aimais.

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Je suis un homme. Et j’ai trouvé normal qu’elle se mette à m’écrire, à aligner ses mots sur le papier, des mots qui chantaient un langage des sens, un langage des émotions, un langage de l’amour. En partance pour de sombres dérives, mon égo se gargarisait de la découvrir à genoux, tremblante et dépendante. Du fond de mon puits, ce puits que je lui avais vendu, elle était la main tendue. Dans la noirceur que je lui avais dépeinte, elle venait poser des touches de couleurs, elle venait parsemer mes ombres de lumières.


« L'interphone bourdonne, je sais que c'est toi, je libère le portier et j'entrouvre la porte, je suis fébrile. J'ai enfilé mon pyjama, le gris, que j'aime bien, tout fluide, tout doux. Voilà, c'est toi. J'aime ce moment presque sans paroles où je me retrouve dans tes bras, j'avais une telle envie de te sentir, ton corps, ta bouche ; j'avais une telle envie de te voir, tes yeux, ton sourire... Nous voilà sur ce lit que j'ai retapé en vitesse quand j'ai su que tu venais. La chambre est froide, je l'ouvre chaque matin, en grand, comme ça se sera encore meilleur de me blottir dans tes bras. J'ai envie d'avidité, j'ai envie de laisser exploser tous ces mots, tous ces désirs qui tourbillonnent dans mon esprit. Je sais bien qu'ils vont résister, se retenir, mais je sais aussi qu'ils s'apprivoisent, petit à petit. Je suis dans tes bras. Aussitôt mes sens se mettent en alerte. Pour tout dire, le seul qui dysfonctionne chez moi, c'est la vue... Le reste, l'odorat, le goût et l'ouie sont performants. J'aime sentir ta salive, je te bois. Je te respire aussi. Ces deux sens là sont l'essence de mon désir sans doute, tant je suis capable d'identifier une odeur ou un goût sans , presque jamais, me tromper. Je suis à moitié nue et tu m'explores, je devine ton regard attentif à mon visage, à tous les tumultes qui me traversent. Je te sens envahir mes recoins et j'aime tes doigts qui cherchent et qui trouvent... Un endroit, là à l'entrée de mon vagin, enfin pas tout à fait, où ? je ne saurais pas le retrouver. Je n'avais jamais pensé que cet endroit là pouvait exister, ainsi, c'est comme une caresse de l'intérieur... Mon Dieu, que de plaisir ! Jusque là, cet endroit là, je le fuyais, je le refusais, il était douleur... Je suis nue, toi aussi. Je retrouve ta peau, je cherche ton sexe. J'ai envie de lui, de le caresser, de l'avaler, de le lécher, de le sucer, de le retrouver. J'ai toujours les narines qui palpitent, elles se servent, elles savourent... Ta caresse se fait encore plus profonde. Je m'ouvre, je sens ta langue qui joue avec mon sexe, avec mon clitoris. Encore, lèche le doucement, du bout de la langue, pénètre moi de tous tes doigts, pénètre moi de toi. Te voilà aux deux endroits, à la fois, puis l'un, puis l'autre et puis... et puis... la danse de tes doigts continue, encore et encore. Et je sens mon plaisir sourdre, il va et il vient, il monte, s'assagit, redémarre. Et mon plaisir me surprend, il est multiple à chacun des endroits, il est différent. Je tremble, mon corps m'échappe, il tremble. Je jouis et puis, tout de suite, mon plaisir repart, il monte et monte encore. J'ai peur ! ça n'arrive jamais ces choses là, pas à moi ! Et je tremble encore, j'ai l'impression que je n'en finis pas de trembler. Ma main s'en va me caresser. Que fait-elle ? Je fais ce geste là, spontanément. Avant, il aurait fallu que tu insistes, vraiment beaucoup, et j'aurais été empruntée. Là, ça avait l'air si naturel. J'ai envie, encore, que tu me caresses. Je ne veux pas que ça s'arrête... Et puis, j'ai envie de toi, de ton plaisir aussi. Alors je vais le chercher, et j'aime, à mon tour, prendre ton corps, me glisser d'un doigt, dans toi. Je te sens palpiter, j'aime sentir ton sexe dans ma bouche. Je me sens maladroite, je ne sais pas si ma caresse te plait, je ne sais pas encore tes chemins du plaisir. Je t'entends, je perçois, j'ai envie de m'enfoncer encore plus profondément en toi, mais je n'ose pas, j'ai peur de te faire mal. Et d'un coup, tu déverses ton plaisir dans ma bouche. Bonheur immense pour moi, je voudrais te caresser encore, rester douce et présente dans ce moment où la détente arrive... Mais tu as besoin d'air. Alors j'ose quelques gestes tendres, timidement. Je te parle et nous ne nous connaissons pas, ou si peu, mais c'est bon. Je me sens ouverte à toi, ouverte à tout et capable, enfin, de découvrir d'autres balades dans ce grand festin de toi, de moi

Fatiguée, le corps encore plein de souvenirs et les jambes en coton... Je vais dormir. Je t'embrasse »

 

Je suis un homme. Et, amoureuse, elle me voulait, un peu, à elle. C’est toujours quand elles se mettent à réclamer un peu de temps, que le temps déraille, que les histoires s’effilochent. Tout était bien pour moi, pourquoi a-t-il fallu que je lui manque ? Etait-ce si important qu’elle se trouve des moments que jamais je n’accaparais ? Etait-ce si grave qu’elle perde quelques heures à m’attendre, moi, si pris, si occupé, si préoccupé ? Ne pouvait-elle pas se contenter des miettes que je lui balançais, comme on balance un os à un chien ? Tout aurait pu continuer.


Je suis un homme. Et sa souffrance m’indisposait. Elle troublait cette belle topographie que j’avais dessinée. Mais mon orgueil vivait mal de la sentir partir, partir par amour, partir parce qu’elle avait mal et qu’elle ne voulait plus avoir mal. J’usais de cet étrange pouvoir sur elle. Je lui arrachais la promesse d’une rencontre, d’un moment d’échange, d’un moment où nous pourrions regarder … regarder quoi, d’ailleurs ? Pour moi, il n’était pas très important qu’elle souffre, il était fondamental que j’en sorte grandi, à mes yeux. Tout était parfait.


Je suis un homme. Et ce jour là, j’ai failli ne pas pouvoir la rejoindre, comme d’habitude. Elle était poussière dans ma vie, que l’on balaye négligemment d’un geste de la main, sur le revers d’un veston. Nous avons déjeuné. Nous n’avons parlé de rien, si ce n’est de l’actualité, de moi, de moi et de l’actualité. Est venue l’heure de repartir, chacun, dans son monde. A l’angle d’une rue, figés sur un trottoir, nous avons évoqué, sans plus de profondeur, ce qui fut nous. Je la regardais. Je ne voulais pas voir ses larmes au bord des cils. Pour me donner bonne conscience, j’ai raconté encore une fois ce que je pense être des non choix, ce que je crois être ma croix de vie. Alors, elle m’a tourné le dos, avec un sourire triste, elle est retournée vers sa vie. Sans doute qu’à ce moment là, un geste, un mot, l'auraient retenue.

Mais je suis un homme.


Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Je me suis assise, confortablement, et adossée au mur. Je vais griller ma dernière cibiche, et j'ai bien l'intention de la savourer, celle là. J'arrête de fumer, c'est dit. J'enflamme l'allumette. Je chauffe doucement le bout de ma cigarette jusqu'à ce qu'il rougeoie. Et j'aspire un peu, pour lancer la combustion. Première bouffée, la fumée envahit mes poumons. Mon oxygène, c'est la nicotine qui vagabonde dans mon corps, jusqu'à ce centre du plaisir situé quelque part sous mon crâne.


Je vais voyager au pays nostalgique de mon tabagisme, tout en la grillant, cette dernière là. Je vais visiter ces clopes qui ont marqué ma vie, qui ont imprimé le tracé indélébile de quelque souvenir, qu'il soit triste, coquin ou dramatique, qu'il soit tendre, heureux ou douloureux. Une vie peut-elle, en fin de compte, se résumer à quelques cigarettes... je me le demande.

Je rêvasse, et je contemple les volutes qui tournoient dans la pièce, une blancheur laiteuse, odorante, dans la grisaille de l'endroit.


La première fois, ce fut infiniment mieux que mon premier homme. La sensation physique était déconcertante et je me souviens avoir eu l'idée que j'entrais dans le monde des grands, des adultes. Nous étions un troupe d'adolescents, largués par nos familles, dérivant de squatte en squatte, éveillant nos sens et nos révoltes à toutes les expériences. Du moins, nous racontions nous nos brèches... Mon milieu familial, trop rigide certes, mais peu attentif, n'avait rien de tellement anormal. A quinze ans, qu'il est doux de s'inventer des malheurs...


Il y eut la cigarette du premier orgasme, jouissive, partagée. Nous l'avons savourée, nos deux ventres emmêlés et nos souffles embués. Les ronds de fumée ondulaient au dessus de la crasse de la couche, un vieux matelas oublié dans un hangar vétuste. Les fringues éparpillées racontaient la fureur qui nous avait jetée l'un dans l'autre. Ce n'étaient que des amours juvéniles, de celles que l'on croit éternelles et qui ne durent que le temps d'une saison. Mais qu'elles étaient belles ces amours là, vraies, de celles que l'on n'oublie jamais et que l'on cherche, dans tous les yeux, sur toutes les peaux. Je ne sais même plus comment il s'appelait, mais je me souviens de ces serments murmurés, de ces serments éphémères.


Et puis, il y eut toutes ces clopes festives, les soirs arrosés, les virées dans la ville, les bagnoles que le Jojo ou le Loulou piquaient... Et c'est la vie qui dérive.

La cigarette fumée nerveusement ce soir là... Nous avons percuté notre premier passant. Il me semble avoir entraperçu le regard de stupeur, teinté de terreur, juste avant que son corps ne vole, gracieusement, dans les airs, avant d'aller s'écraser dans le fossé. Nos rires étaient grinçants et nous avons abandonné la caisse dans un terrain vague, avant de nous disperser à pied, chacun de notre coté. Mais ce frisson, jamais plus je n'ai pu m'en passer. Chacune des tiges grillées devint escalade, s'abîma dans cette recherche terrible qui me fit rencontrer la mort. La cavale venait de commencer, ponctuée des manchettes des journaux.


Alors j'ai volé, pour fumer. J'ai braqué pour manger. En partance pour un monde violent, j'ai tourné le dos aux années de mon enfance. Un errance sans fin venait de me prendre. J'ai laissé, sur mon chemin, des paquets vides, des allumettes et des filtres jaunis. Mais je n'ai pas rencontré de main salvatrice, je n'ai pas connu la rédemption. Ma voix s'est cassée, ma peau s'est ridée, grise, fatiguée. Mes doigts étaient tachés, et je puais le cendrier froid. J'ai tracé, semant sur ma route, comme de petits cailloux blancs, des mégots.


Aujourd'hui, je suis rattrapée par toutes ces cibiches consommées, consumées. Et voilà, je viens de l'écraser. C'était ma dernière cigarette. Au moins, je ne mourrais pas d'un cancer. Le bourreau et la chaise électrique m'attendent.


Vous fûtes plusieurs... 22 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Je vis dans un immeuble vétuste au cœur d'une ville perdue. Quand je dis que la ville est perdue, c'est que, réellement, plus personne ne se souvient d'elle. Elle ne figure plus sur les cartes, nul panneau n'indique sa direction. Mêmes les routes ont oublié son existence.

Nous sommes quelques quidams à la parcourir, sans cesse, à chercher une issue. Mais elle nous a piégés, elle nous retient, nos sommes ses hôtes autant que ses otages.

Je ne sais pas comment j'ai atterri ici. Je vadrouille dans les rues, je croise mes voisins, parfois des inconnus, et tout me semble étrange. Tout.

Chaque matin, lorsque je me réveille, j'ouvre mes fenêtres, et chaque matin, un immuable ciel, d'un bleu profond, accueille le jour. L'air sens le frais et j'entends le boulanger qui ouvre sa boutique. Le rideau de fer grince quand il se relève, il râle. Je descends chercher un croissant. L'odeur du beurre frais me flatte les narines. Je savoure la viennoiserie en avalant mon café, brûlant le café, sucré.

Je me lave, avec soin, et je m'endimanche. Et puis, je vais me balader. Je vais, inlassablement, arpenter ces trottoirs que je crois connaître. Oui, mais...


¯²¯

La vieille somnole dans sa chaise à bascule, sous l'abri de son porche. Il y a bien longtemps qu'elle s'assoupit, après le repas, au même endroit, un châle jeté sur ses épaules. Elle est sans âge, la vieille. Les enfants l'ont toujours connue ainsi, ridée, ratatinée, rudoyée par les années. Elle marmonne d'inaudibles imprécations dans son sommeil d'hiver. Les enfants s'approchent parfois, pour tenter de saisir ses propos, mais ils ont peur. Ils pensent que c'est une sorcière. Il faut dire qu'elle est édentée, plissée comme une pomme reinette et que de rares mèches d'un blanc jauni s'échappent d'un fichu noué sous son cou. Elle a, abandonné sur les genoux, un ouvrage de tricot qui n'avance guère.

Sa bicoque lui ressemble, toute de guingois. Le bois a blanchi sous le soleil et les volets ne ferment plus. Les rideaux sont si sales qu'ils se raidissent et ne flottent plus, ils se soulèvent comme des planches au moindre coup de vent. La porte de l'entrée bat de l'aile, se tient de travers, se troue de misère.


¯²¯

Parfois, au détour d'un chemin, j'aperçois quelque lieu inconnu. L'architecture de cette ville est ahurissante, qui va du chalet de montagne à l'hacienda colorée. Et je croise toutes les bâtisses du monde au fil de mes pérégrinations. J'ai plaisir à découvrir les détails des façades, les gargouilles ou les frontons, les hublots ou les avancées vitrées. J'ai tant de temps à perdre que, chaque fois, je savoure la contemplation des intérieurs. Je me délecte des intimités. Je me repais des habitants.

J'aime la vie tranquille et réglée des gens d'ici. Ils sont, pour la plupart d'entre eux, de ces vieillards chenus, de ces êtres que les ans ont rapetissé, dont le squelette s'allège et qui s'auréolent de neige. Ils vont à petit pas, de pièce en pièce, la canne à la main et le souffle manquant. Ils picorent parfois mais leur appétit s'est amenuisé. Ils se contentent d'une cerise ou d'un olive, d'un petit gâteau sec ou d'un bonbon. C'est drôle comme les vieilles personnes aiment les sucreries. Oui, mais...


¯²¯

Derrière sa façade crasseuse, la vieille, elle bricole des gâteaux. D'ailleurs, c'est tout ce qu'elle cuisine, désormais. Elle se lance dans la confection de délicieux macarons, et elle joue des couleurs, des colorants, des parfums, des saveurs. A la saison des framboises, les gourmandises se déclinent du rose le plus tendre au violine appétissant, selon qu'elle rajoute de la vanille ou de la liqueur de cassis.

Lorsque le beurre est frais, tout juste puisé à la baratte, elle se délecte à fabriquer ceux qu'elle préfère, des Maranuelas. Ce sont des biscuits ronds, moelleux, dorés, qui sont encore meilleurs lorsqu'ils sortent du four. Elle les saupoudre de sucre cristallisé. La recette provient d'Avila et ils sont traditionnellement servis pour la Pâques. Mais elle s'en fout la vieille, elle en concocte toute l'année. Ils peuvent être aromatisés à l'anis, au cognac, au citron. La vieille, c'est l'anis. Il y a tellement de beurre, dans ces gâteaux là, qu'ils fondent en bouche et qu'ils fleurent bon la tambouille de grand-mère, que l'anis explose et caresse les papilles, après la première becquée.

Sur la balustrade de son porche, il y a toujours une assiette pleine de ces desserts, à la tentation du passant. Les enfants en chipent lorsqu'elle somnole. Le plus souvent, ce sont les chiens et les chats du quartiers qui s'en repaissent.


¯²¯

Ce sont les enfants qui me troublent le plus. Lorsqu'ils m'aperçoivent, ils ont un regard étonné, je crois qu'ils me trouvent belle dans ma robe immaculée. A leurs yeux, je dois ressembler à une mariée ou à quelque princesse tirée de leurs contes. Certains ont l'air apeurés, incrédules. Ils éclatent de rire ou se renfrognent et partent en courant, le plus souvent. Mais chaque fois, mon cœur se serre, je voudrais tant qu'un petit vienne un jour se blottir dans mes bras.

Ce matin, j'ai croisé une vieille. Elle avait, à la main, une assiette remplie de gâteaux. Elle m'a vue et j'ai cru reconnaître une lueur de soulagement dans son regard fatigué. Elle m'a sourit d'un air doux. Elle m'a tendu son assiette, m'invitant à me servir. Oui mais...


¯²¯

La vieille sort de chez elle et l'aperçoit. Qu'elle est belle dans son long fourreau blanc, aérienne et tranquille. Elle flotte quand elle marche. Elle a la grâce d'une madone, l'expression d'une tendre compassion.


¯²¯

Oui, mais... Je suis une Dame Blanche. Me voilà condamnée, pour l'éternité, à ne visiter que ceux qui subiront la colère de ma patronne, la Dame Noire, qui viendra les faucher. Et je vis dans un immeuble vétuste au cœur d'une ville perdue. Nous sommes de nombreuses Dames Blanches à la parcourir, sans cesse, à chercher une issue. Elle nous a piégées, elle nous retient, nos sommes ses hôtes autant que ses otages


¯²¯


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Photo trouvée sur Internet « dame blanche + photo »



Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Un jeu d’écriture proposé par Cassandrali, alors, je me colle à la photo, celle là, pour commencer. J’invente une histoire triste à partir de brides de souvenirs lointains, je fantasme et je mélange une ou plusieurs histoires. Mais pourquoi je ne peux inventer que des histoires douloureuses ?

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Je me suis mis à fredonner, en marchant dans la rue. J’ai du mal à reconnaître cette chanson de Barbara tant je massacre l’air de ma voix rocailleuse. Lorsque j’arrive à la porte de Mme Irma, j’entends ces paroles là… Il me vient un étrange frisson qui me parcourt l’échine.

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C’est parce que ton épaule mon épaule

Ta bouche à mes cheveux ta main sur mon cou

C’est parce que dans mes reins quand ton souffle me frôle

C’est parce que tes mains, c’est parce que tes joues…

C’est parce que je t’aime, que je préfère m’en aller…

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Mme Irma me regarde d’un air tranquille. Elle penche légèrement la tête sur un côté, puis l’autre, avec la régularité d’un métronome. Elle s’empare d’une boule de cristal. L’objet est d’une émouvante simplicité. Elle me la tend et m’invite à l’envelopper, de mes deux mains. C’est doux, c’est chaud, j’ai comme la sensation d’une peau satinée qui frémit légèrement. Je suis surpris, je m’attendais au contact glacial du verre.

Une image occupe subitement la transparence qui se trouble : une lampe, à l’aspect très design, noire et blanche, qui brasille faiblement, qui semble pulser au rythme d’un cœur qui bat. Elle agite ses ailes comme… un mot s’impose à ma pensée qui navigue : « pipistrello ». La pipistrelle est une chauve-souris, bizarre que je pense à cet animal.

« Je vous entends cheminer » me dit-elle. « Vous voyagez au pays de vos souvenirs, vous cherchez les mots et les émois d’autrefois, vous plongez dans la mare trouble de vos amours d’antan. Mais vous semblez ne pas avoir conscience de cet état nostalgique… Attendez… Il y a comme un bruit de fond. Ce n’est pas vous qui fouillez les débris de vos jours. Vous êtes réceptacle ».

Je la contemple et l’étonnement doit déformer mon visage. Je ne comprends rien de qu’elle raconte. « Elle ne vous a jamais quitté, n’est-ce pas ? Elle est resté notée sur quelques unes de vos lignes, comme une partition inachevée. Vous l’avez croisée et vous l’avez aimée ».

Je reste silencieux et j’ouvre mon esprit à son œil, qui me fouille et qui farfouille. Et je me mets à parler, sans connaître d’avance où m’emmèneront mes paroles. Je bafouille.

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¯±¯

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« C’est une femme que l’âge marque bien trop déjà. Quelque chose déborde d’elle, comme un mélange de désespoir, de résignation et d’une amertume douloureuse. Et puis, au fond de son regard vert, une flamme vacille, c’est celle de l’envie d’exister. Elle reprend vigueur ou s’amenuise, elle danse et change à chaque minute. C’est une femme, jeune encore, mais qui semble porter une éternité de misère dans sa besace. Parfois, elle regarde au loin, par dessus un horizon et nul ne sait ce qu’elle aperçoit. Mais elle a l’air si triste dans ces moments là. Elle n’est pas libre d’elle, c’est un femme sous influence. Son corps raconte le poids du quotidien. Sa peau se tache de ses angoisses. Ses grimaces agitent sans cesse son visage dévoré. Sa chevelure coupée court, ébouriffée, déjà parsemée d’argent, lui confère un charme indéfinissable, entre l’extrême jeunesse et une maturité trop précoce. »

Elle a débarqué dans ma vie comme un albatros à la dérive, blessée, à terre. Du moins c’est ce que j’ai cru, ou ce qu’elle m’a laissé croire… J’avais le cœur en friche alors, il lui fut facile de se faufiler dans ce désert tourmenté.

« Je traîne dans une librairie. Je feuillète des revues. Je tourne des pages sans trop savoir ce que je fous là. Je suis là, simplement. Un corps s’abat contre moi. C’est elle. Elle bafouille une excuse lamentable et soudain son regard s’embue, il part en eau, il jaillit. Je l’entraîne, doucement, vers ce petit café qui deviendra notre port d’attache. C’est un univers intime peuplé de couleurs et qui s’enfume d’encens. Les tableaux, aux murs, répondent aux feuillages des plantes qui pullulent. Elle me parle, un peu, d’elle et de ses jours qui défilent. Elle évoque, à mots choisis, ce compagnon qui ne l’accueille plus jamais contre lui. Elle hurle sa douleur de ne plus se sentir désirée, de ne plus vivre la tendresse des corps. Et puis soudain elle me demande si je veux bien être son amant. »

Ce fut le début d’une intense négociation. Il fallait que nous élucidions nos mondes, que chacun pose sur la table ce qu’il voudrait bien servir au repas. Je ne voulais que quelques heures, une soirée parfois, et surtout un peu de confiance. Elle voulait que j’allume des lumières dans sa nuit, que je sois son jardin secret, que je l’accompagne Elle voulait que je l’aide à faire flamboyer son lit conjugal, à nouveau, après de nombreuses années de glaciation. Je croyais pouvoir lui faire ce cadeau.

« Elle m’ouvre son corps et m’offre son regard. Elle me sourit, et ce sourire là, il me prend l’âme. Il mélange une infinie douceur à la timidité d’une adolescente. Il s’esquisse comme une arabesque. Il se voile d’interrogations. Il se reprend parfois dans un rictus coupable, gêné de se sentir heureux. C’est un sourire qui s’excuse de dire qu’il faut l’aimer. Fort. Parce qu’elle va mourir, sinon. »

Alors, je l’ai aimée. Je l’ai retrouvée chaque jour dans ce petit café improbable, hors du temps, et j’ai peu à peu entendu son désarroi. J’ai peu à peu découvert, à travers ses mots, l’infinie dureté de son quotidien, sans même qu’elle en ait conscience. Il lui semblait normal de se regarder comme médiocre et incapable d’offrir autre chose que lâcheté, infantilisme et couardise. Il lui semblait normal d’avoir à entendre, distillés comme un cognac, ces propos qui la sanglaient dans l’immaturité, qui la berçaient de l’insatisfaction chronique de l’autre. Il lui semblait normal de se sentir responsable du dédain de l’autre.

Alors je l’ai aimée. Et j’ai cousu mes jours comme des costumes à sa mesure. J’ai bouleversé sans cesse ma vie pour lui faire de la place, pour qu’elle puisse voler deux heures, ça et là, l’après midi, et qu’elle vienne se blottir contre moi.

Mais le costume n’allait jamais. Son labeur ne lui laissait aucun répit. Et quand enfin une éclaircie embellissait son ciel, et bien la maladie la prenait au ventre le matin, la clouant dans ce lit froid qu’elle me demandait de réchauffer, pour un autre que moi.

Et je restais, des heures durant, à regarder le téléphone, et à prier pour qu’il sonne.

« Elle ne veut pas me donner une photo d’elle, une seule, une petite, ses yeux, son sourire. Juste pour que je puisse la contempler les soirs froidures, quand je m’endors dans mon lit vide. Elle ne veut pas me donner son numéro de téléphone, empêtrée dans sa terreur que je ne vienne bouleverser sa vie, écharper un couple qu’elle croit encore pouvoir sauver. Qu’elle me demande de sauver. Elle me parle des étoiles qui scintillent depuis moi, et je tais celles qui meurent depuis elle. Elle me pousse dans le bras d’autres femmes, moi qui ne pense qu’à elle. Elle m’assourdit de discours qui la disqualifient alors qu’à mes yeux elle est la plus belle. »

J’ai fondu, je me suis liquéfié. Je me suis abîmé de frustrations, de rancœurs. Je l’aurais voulu jalouse, un peu, amoureuse, parfois, confiante, toujours. Je voulais juste lui offrir l’espace d’une autre vie, et le temps nécessaire pour qu’elle se rencontre. Elle crevait de la trouille de perdre ce foyer qui la laissait tachée d’angoisse le lundi, au retour du repos dominical, alors que le vendredi, après une semaine de frénésie professionnelle, sa peau retrouvait sa transparence. Elle mourrait de se croire infidèle.

« C’est parce que je t’aime, que je préfère m’en aller… »

Et j’ai commencé d’attendre, auprès du téléphone. Des mois durant j’ai espéré. Mais je n’aurais pas du. Elle avait peur.

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¯±¯

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Dans la boule de cristal, la lampe a explosé. Ça fait dix ans que je n’avais plus pensé à elle, enfin, je crois. J’espère qu’elle a retrouvé le corps de son homme, qu’elle a renoué les fils de son histoire. Mais je suis inquiet. Elle restera ma pipistrelle.

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Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Je t’ai cherché, longtemps. Je t’ai retrouvé, enfin. Je me suis assise auprès de toi, et je t’ai parlé, beaucoup… Je voulais te raconter à quel point tu avais compté pour moi, première passion de petite fille, premier émoi. Les mots se coinçaient au fond de ma gorge, accumulés depuis plus de trente cinq ans. J’ai laissé ce flot bouillonnant cascader. Te dire ceci…

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« Tu tournes et tournes encore dans ton rond de béton, géant blond, torse nu, dont la peau, ambrée par le soleil, exsude une sueur, que j’imagine fraîche et odorante. J’ai treize, quatorze ans, et je te regarde, fascinée. L’ample arabesque de tes gestes confère à ton corps sculptural la grâce d’un éphèbe. J’aperçois tes muscles dessinés et bandés par l’effort. Je vois l’engin quitter ta main, et ton regard vert, si vert, qui suit sa courbe balistique dans les airs. Tu franchis l’aire de lancer, en riant. Je perçois alors l’immense plaisir que tu éprouves à cet exercice difficile et précis. Je viens de tomber en amour, d’éprouver un violent soubresaut jusqu’au plus profond de mon ventre. J’ai le cœur qui chavire et qui bat la chamade, qui chancèle et qui chuchote des appétits charnels, les premiers.

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Durant ce peu d’années où nous nous sommes croisés, j’ai engrangé de précieux souvenirs, des petits cailloux posés qui balisent le chemin de ma vie. J’ai quelques moments forts que je dorlote.

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… les séances au gymnase à parfaire la puissance des muscles qui m’évoquent les odeurs de la fonte et des tapis, des vestiaires où se mêlent les effluves des corps.

… ta mobylette, grise, ou bleue, sur laquelle tu m’as trimbalée quelques fois. Et je te tenais serré de mes deux bras, n’osant pas coller ma jeune poitrine dans ton dos, intimidée de tes discours de grand frère…

… cette incroyable rire haut perché. Il ressemblait à celui du Mozart de Forman et, chaque fois que je revoie ce film, il me ramène le tien.

… les balades dans Paris, lors de championnats, où je me sentais en sécurité, en sentant ton œil attentif sur moi.

… ce soir là, à l’hôtel, où, gentiment, tu es venu me border et me souhaiter la bonne nuit. J’aurais voulu te garder contre moi, mais je n’ai pas osé le dire. »

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Souvent, dans ma jeunesse, ma vingtaine d’années, je suis retournée au stade, quand j’étais de passage dans le coin, afin qu’un merveilleux hasard me mette sur tes pas. Jamais cela ne se produisit. J’ai cherché ton nom dans l’annuaire, suivi tes exploits dans les journaux. Je n’ai pas eu le cran de renouer un contact, et, d’ailleurs, tu m’avais sans doute oubliée.

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Je t’ai retrouvé, je me suis assise auprès de toi… Mais il est bien trop tard aujourd’hui. Alors, j’ai posé un bouquet de violettes sur ta tombe et j’ai quitté le cimetière. Je ne reviendrai pas, mais je continuerai à penser à toi, parfois.

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-oOo-


Voilà, c'était ma contribution à un jeu proposé par une Belle Etoile... Merci à toi..


Vous fûtes plusieurs... 14 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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    C’est le clip de l’UMP qui m’intéresse… Ah ben voui ! Pour alimenter mon envie d’être désagréable, voire pénible, j’essaie, encore et toujours, de troubler le passant. Qu’il doute de son envie de soutenir une UMP moribonde. En coulisses, déjà les machettes et autres colts sont astiqués,...
  • Le « on s’en fout »
    J’adore faire caguer… C’est pas nouveau. Je dois être née avec le neurone du « fait chier », ou alors je l’ai reçu en héritage. Mon père déjà… Bref, toujours sur le Huff’ quand une info très pipole apparaît, le jeu, c’est d’aller le plus vite possible commenter avec un « on...
  • Quand on parle de communautarismes
    Il existe un communautarisme des « de souche », largement aussi dangereux que n’importe quel communautarisme. Il est tapi comme un chat, dans un coin sombre, guettant la prochaine souris à croquer. Dangereux, oui, dangereux. Parce qu’il développe un discours de la haine enrubanné de...
  • Ah Christine, je t’aime !
    Christine L, Directrice, Ex-Ministre, dont le traitement n’est pas soumis à impôt… du moins c’est ce qu’il se dit dans tous les journaux sérieux, Christine défraie la chronique. Forcément, elle oppose la misère du petit nigérian à celle du petit grec. Déjà, opposer deux misères pour...
  • Mars, une nouvelle terre…
    C’est le titre d’un reportage sur lequel je suis tombée, sur France5, par hasard, cet après-midi. J’avais besoin de me changer l’esprit, parce que faire la saisie de 17 interviews… Pfiou ! c’est gavant à force. Je suis resté scotchée… Cinquante minutes de pur bonheur....
  • Je me battrai…
    L’ambiance est à la bataille. Vas-y que je te file un coup de Zemmour contre une lèche à Guillon. Je t’envoie Woerth en plein tronche et tu me réponds « sang contaminé »… ça donne un max sur les réseaux. On est au bord de la guerre civile, je vous le dis. Enfin, la guerre civile, façon...
  • Dialogue édifiant…
    Sur un article du  Huff…qui se trouve ici, je donne mon avis. Ben voui, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis. Et qu'est-ce que je vois... je suis interpellée assez vulgairement, il faut le dire. 鍾運禮 « ferme ta gueule pénélope » Moi : ‎@ 鍾運禮 (Robert), je...
  • Incredible !
    Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
  • L’ombre d’un doute…
    J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
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