Mignardises et macarons

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Il y a des nuits tendresse où, le corps fourbu mais comblé, je rejoins ma couette , tôt. Dans la chaleur du lit je me prends d’aventure, je navigue, j’explore… Avec, pour seuls compagnons de voyage, deux bouquins, deux gros volumes que j’affectionne plus que tout : le Bescherelle de la conjugaison, l’orthographe et la grammaire ; et le Robert des synonymes, nuances et contraires.

J’ouvre les pages au hasard, et, de mot en mot, de règle en groupe nominal, je découvre un monde foisonnant, généreux, riche, abondant, surabondant. Comme quoi un adjectif peut se pointer avec sa cohorte de copains…

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Encore imprégnée de son odeur, que je me suis bien gardé d’évacuer d’une dévastatrice douche, tant j’aime me renifler imbibée des fragrances de mes ébats, des effluves de lui, j’ouvre ma grammaire au petit bonheur la chance. Et j’ai toujours, lors de mes dérives au pays du langage, une feuille de papier et un stylo prêts à jouer avec moi.

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Je tombe sur : « La morphologie du verbe, forme passive et forme active »

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Mon esprit ne fait qu’un bond, il retentit, il mouline des phrases à ne pas pouvoir les noter.

Active, ma bouche cherche ton sexe que je sens abandonné à ma langue… Passive, je me laisse emmener vers ce plaisir que tu sais si bien me donner, ouvrant tout mon corps à tes mains, à toi, tes caresses, cette intime attention que tu as de me conduire jusqu’à trembler…

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Mais plus simplement, l’exemple donné est : j’aime et je suis aimée.

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Je continue ma ballade au pays de la grammaire, je ne cesse de tourner les pages en laissant l’ange des bibliothèques me concocter des surprises. Je me pointe dans la région des graphies.

Il y a « s » comme saucisse, mais aussi « c » ou « ç » comme vorace ou glaçon… Ah ! le « c » comme vorace!

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D’une atroce audace, ton appendice s’avance, s’enfonce dans cet orifice qui me fait le caprice d’une appétence féroce. Douce Lucrèce, en concupiscence, je balance, d’une vorace effervescence. Dommage qu’ivresse ne s’écrive pas « ivrèce »…

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Mais voilà que, dans mon errance, j’aperçois les rives découpées d’une île où se prélassent les synonymes. Deux mots m’accueillent sur la plage, s’enfuir et ennui, qui peuvent prendre bien des sens, fuir ou s’échapper, abattement ou souci. Cachés derrière les cocotiers, bonheur et euphorie dansent en m’adressant de jolis sourires.

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Je regardais ma vie où je ne percevais que désœuvrement, accablement. J’avais alors un cafard, un dégoût de tout qui m’alourdissait de lassitude, de fatigue, cette insupportable langueur teintant tantôt de mélancolie, tantôt de tristesse un quotidien noir de spleen. Je n’avais plus qu’une envie, fuir, déguerpir, disparaître. Je n’avais embrassé, ces dernières années, que mésaventures, tracas et contrariétés. Je rêvais de détaler, de m’évader, de prendre la poudre d’escampette, d’enfiler la venelle et de tirer mes grègues.

Et puis, un matin, tu étais là, à verser sur cette misère un baume couleur d’allégresse. Elle m’avait désertée, cette misère. Je chantais la joie, l’enchantement. Je dérivais, bercée d’une vague en liesse, dont l’écume, moussue de félicité, de jubilation même, cajolait mon cœur en paix enfin, de calme et de sérénité. Mais les fortunes m’ont si souvent lâchée en route, que d’avanie en vicissitude, j’en ai conçu l’angoisse stupide de l’abandon…

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Contemplant le fil un peu noir de mes pérégrinations, j’ai décidé de retourner à ma grammaire. Ouvrant le bouquin une fois encore au hasard, je me suis endormie avec le son « cière »…

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Il est possible que je sois un peu sorcière, mais je me sens, par dessus tout, nourricière et pâtissière. Je suis presque fière d’avoir, dans ma gibecière, une lampe à frotter qui ressemble plus à une saucière qu’à celle d’Aladin. Je ne serais jamais la tenancière de quelque prison policière. Afin de gommer toutes les ères glaciaires, je peux, romancière, inventer une chaumière où reposer ton cœur de rétiaire. Et tu jouerais de moi, flûte traversière, jusqu’à ce que je tombe en poussière.

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J’ai toujours confondu le rêve et la réalité.


Vous fûtes plusieurs... 14 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Hier, j’ai reçu une enveloppe. Bleue, avec de drôles de petits dessins, et l’adresse était rédigée d’une main inconnue. Lorsque le Préposé des Postes et Télécommunications a frappé à ma porte et m’a tendu la liasse du courrier, il avait un petit sourire entendu, et je n’ai pas réagi, dans l’instant. Comme à mon habitude, j’ai déposé le tas sur le guéridon. Le courrier se résume, de coutume, à des réclamations ou les recommandations des membres ennuyants de la famille.

C’est en revenant de chez mon amie Luciole que j’ai aperçu la missive qui avait chut. Elle faisait une tache claire sur le tapis de sol. Ma curiosité s’en est trouvée derechef titillée. J’ai ouvert la lettre. Elle était à l’entête de la Compagnie des Chemins de Fer du Roy Benoît. Et, en substance, elle racontait ceci :

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-« Chère Mademoiselle Prunelle, nous avons l’honneur de vous faire parvenir ce billet de convoiement qui vous est gracieusement offert par quelque personne dont nous ignorons l’identité. La consigne est cependant formelle, vous devez vous présenter demain, 16 mars 1916, à 16h16, à la gare centrale de la ville. La destination finale de votre train est notre belle capitale. Comptant sur vous, j’ai bien l’honneur, Mademoiselle Prunelle, de vous souhaiter un agréable voyage et un non moins agréable séjour. Le Chef de Gare. »-

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J’en suis restée confite, interloquée, sidérée. J’ai cru, de prime abord, à une plaisanterie. Mais le billet paraissait vrai, valide. Il me fallait en avoir le cœur rassuré. Rapidement, j’ai chaussé mes richelieus, je me suis couverte de ma crinoline, j’ai saisi mon ombrelle et suis partie d’un pas volontaire en direction de la gare. Lorsque je suis arrivée, nous étions moultes badauds, agitant tous l’enveloppe et le billet, l’air interrogatif, à vouloir certifier cette curieuse aubaine. Mais il n’y avait nulle tromperie dans l’offre. Un train avait été effectivement affrété par un, ou des, inconnus et toutes les places avaient été distribuées.

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Je suis rentrée à mon domicile, rêveuse et dubitative. Je m’interrogeai… Ce pouvait être une surprise de mon tendre ami, le Prince Rodomont, désireux de me prendre, enfin, dans ses bras, après ces années de cour échevelée. Un délicieux frisson me parcourait l’échine, à l’idée, certes inconvenante, d’aller perdre enfin ma virginité dans La Belle Ville. Ou ce pouvait être mon oncle, le Duc Archibald, qui m’offrait mon bal de débutante, il en parlait déjà depuis plusieurs années, et je vieillissais. Ce pouvait être aussi quelque vieille pie malveillante, cherchant à me compromettre, à souiller ma réputation ou à faner ma beauté. Que sait-on finalement de ces horribles sorcières ? Je vous le demande…

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Je n’avais qu’une journée, tout au plus, pour me décider. J’ai passé, cette soirée là, par tous les affres de l’incertitude. Je tournais en rond dans le boudoir. J’ai même fumé ma pipe d’opium sans me rendre réellement compte que je sacrifiais à une habitude. Mon esprit voguait le long de la voie, mon cœur courrait vers ce cher Rodomont. Car je pris le parti de croire qu’il était mon hôte mystérieux.

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Ce matin, je me suis levée excitée comme trois sauterelles. Tout en faisant ma toilette, j’ai chantonne, j’ai gigoté, au point que ma servante n’a pas pu me rincer la chevelure correctement. Ma malle a été longue à remplir, il me fallait ma robe de brocard de soie, de ce mauve chatoyant qui enflamme mon teint d’espagnole. Je ne voulais pas oublier mes dessous en dentelle de calais, si fins, qu’Arachné elle-même serait blême de jalousie, à les contempler. J’ai pris mes bottines, celles aux innombrables laçages, qu’un homme amoureux se devrait de dénouer patiemment  avant que de découvrir mon pied mignon. Falbalas et fanfreluches, boas et bas se sont entassés joyeusement ; quelques ombrelles, ma trousse contenant mon maquillage et mes onguents, mes huiles et mes parfums sont venus compléter ma panoplie de virginale séductrice. Et je n’ai pas omis ces quelques bijoux qui parent la femme d’un incomparable éclat, émeraudes, saphirs et rubis.

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En début d’après midi, lorsque le coche s’est présenté, je trépignais déjà de l’impatience d’une jeune épousée. Je sentais sourdre la légère angoisse d’arriver bien trop tard… Que le trajet m’a paru long, entre l’étroitesse des rues, la lenteur des badauds, et le croisement d’autres coches ! Et périlleux ! Les rombières jetant leurs ordures par les fenêtres, directement dans le caniveau, les manants se jetant sous les pas des chevaux, toutes ces incartades menaçaient mon déplacement.

J’ai peiné à trouver quelque gaillard porteur qui voudrait bien se charger de ma malle. Ils étaient déjà tous bien occupés à convoyer le bagage de chacun des invités du train de 16h16. J’ai piaffé, inquiète de rater le départ, ou de devoir me séparer de mes atours.

Ainsi, je suis désormais confortablement installée dans un wagon, dont les sièges, hauts, confortables, m’enveloppent. D’un rouge sang de pigeon, ils sont ornés d’armoiries brodées, d’un bleu canard, dont je ne connais pas, du reste, l’altesse qu’elles représentent, ou le parvenu… Qui peut dire. Ce monde est devenu si versatile que l’on voit chaque jour Prince déchoir et Gueux s’enrichir. Nous sommes quatre, je ne connais aucun de mes compagnons de route. Ils me paraissent, les uns et les autres, ma foi bien empruntés, légèrement vulgaires. J’ignore par quelle ironie notre hôte, au demeurant si délicat, a pu imaginer que je bavarderais avec ces personnes.

Lorsque le voiturier m’a installée, place 16, voiture 16 –ironie du sort ou malice démesurée, je l’ignore- j’ai trouvé une boîte de ces délicieux chocolats que j’affectionne, accompagnée d’un mot subtile me souhaitant le bon jour. Une coupette d’un excellent champagne pétillait, n’attendant que mes lèvres.

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J’ai sorti de mon sac, ma plume et mon carnet de molesquine, je vais noter mes rêves et mes remarques durant cette cohabitation forcée. Je gage que ces personnes n’oseront pas, de fait, m’adresser la parole. Et je dégusterai paisiblement ce divin breuvage ambré, qui chatouille la gorge et qui éclate en bulles joyeuses sous mon crâne brassé d’émotions.

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Soudain, j’entends le sifflet strident du chef de gare, le ronflement des chaudières qui donnent à plein régime, les portes qui se bloquent. Un fracas assourdissant accompagne les premiers tours de roues du train qui s’ébranle, ça cahote. Nous sommes secoués et le maigre échalas assis à ma droite laisse échapper quelques gouttes de sa Veuve Cliquette qui gerbent de sa coupe, quel gâchis ! Je l’observe, il est boutonneux bien que déjà dans sa trentaine. Ses dents jaunes n’engagent pas au baiser et sa tenue laisse à désirer, son col est parsemé de pellicules, ses revers sont mal cassés, son haut de forme est fatigué. Face à moi, une  matrone, qui sent le suint et le graillon, se tripote un nez qu’elle a éclos et rougeaud, un de ces nez qui reniflent sans arrêt, comme celui d’un porc truffier. Sa tenue est rapiécée, noire. Elle m’évoque un corbeau des villes, trop bien nourri de déchets, et je glousse dans mon dedans en notant ces quelques mots. Notre quatrième compagnon est un vieillard, racorni, à l’air malingre, souffreteux. Il a l’air de somnoler, mais je sens son œil chafouin me détailler, tenter de percer le secret de mes dentelles, la transparence de ma peau si soignée. Lorsque nous serons enfin rendus à l’arrivée, je me plaindrais à mon cher Rodomont du mauvais choix de mon wagon.

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Je suis subitement submergée d’une vague de chaleur, je suffoque, assaillie de l’odeur des corps négligés de ces personnes. Il me serait agréable de me dégourdir les jambes, de visiter ce train, de localiser le restaurant où j’irais volontiers me sustenter un brin. Mon estomac, d’un disgracieux gargouillis, me rappelle brutalement que je n’ai rien avalé depuis la collation d’hier au soir.

Je navigue, agrippant d’une main ferme le garde corps haut placé, le long des fenêtres. Et je me permets un regard dans les autres cabines. Au bout d’un moment, je m’aperçois d’une curieuse configuration. Chacune de ces sortes de boudoirs, intimes, décorés tous à l’identique, accueillent un vieil homme courbé, une grosse femme en noire et un homme jeune et bourgeonnant. Et chaque fois, ces humains de peu entourent une superbe créature, soignée, jeune, élégante et dont la culture et la noblesse marquent l’allure et les traits. En vérité, je sens comme l’ombre d’une inquiétude sourdre en moi. De plus, et j’en suis restée coite, moi d’habitude si prolixe, si rompue aux arcanes de la conversation de salon, toutes les voitures portent le numéro 16, et nous sommes toutes assises, nous, les dames, à la place 16.

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J’atteints le wagon restaurant et je commande une collation frugale : concombre,  saumon, un toast chaud et délicat, sorbet citron arrosé d’une lichette de vodka. Peu à peu, les demoiselles me rejoignent. Je perçois l’odeur acide de la peur qui nous enveloppe, je nous pense envahies de malaise et d’étonnement à la fois. Nous portons la même robe, nous pavanons du même port, avons la même épingle en ivoire retenant nos cheveux. Je perçois, à l’infini, mon regard dans le regard des autres. Et la panique me transperce. Avant que nous nous évanouissions, toutes, je me souviens n’avoir pas reconnu mon Préposé habituel, hier au courrier…

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Les deux vieilles se regardent en fumant tranquillement la dernière cigarette avant le coucher. La première a demandé à l’autre : « Tu crois qu’elle a compris ? ». Et l’autre a répondu : « Nan ! ce genre d’arrogante met une éternité à sentir l’essence de la vie, des êtres et des pierres. Le train peut rouler des années avant qu’elle ne se repente. Si elle aime le concombre, le saumon, le champagne, elle sera morte avant de se souvenir du visage éploré de l’enfant, effondré sur le cadavre d’une mère. Elle aurait du la faire piquer, cette jument vicieuse agressant ceux qui ont le malheur de passer à portée de sabot. Mais la jument va si bien à son teint d’espagnole ! ».

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C'était un atelier d'écriture à thème... sur une idée d'Enriqueta. Merci à toi...


Vous fûtes plusieurs... 12 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Il m’arrivait de repenser à ces lointains instants où ma vie est devenue une tragédie. Trop souvent.

Oh ! rien de grandiloquent, pas de ces drames qui occupent les pensées des tribuns, les discours des élites, non ! Juste l’ordinaire tragédie du temps qui passe, celle d’un quotidien qui s’affaisse, des jours qui filent et qui vident des rêves et des espoirs. Ma vie, celle qui s’achève, je crois que, dans mon grand livre personnel, elle n’occupera que quelques pages, tant elle aura été une profusion stérile. Elle ne vaudra que par l’encre jaillie du stylo pour l’écrire. Et je ne penserai plus…

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Je suis né, j’ai grandi dans un monde bouillonnant, riche des idées qui se créent et qui se confrontent. J’aurais pu me contenter de dériver sur cette vague, issu d’une famille aisée, et récolter le savoir comme l’oison à qui l’on donne la becquée. Mais, avide de mots, assoiffé de concepts, je cherchai durant ma jeunesse, à recueillir la sagesse de bien des maîtres, acceptant même que ces enseignants soient parfois des maîtresses. Seul avant tous, je trouvais la femme pleine d’une altérité qu’il me ravissait d’aller boire, me désaltérant à cette jouvence. J’aimais les femmes au cœur d’une civilisation qui n’avait d’yeux que pour son élément mâle.

Avant de trouver ma voie, j’exerçai bien des métiers, je fus tour à tour sculpteur ou banquier. Ce temps là était le temps de toutes les audaces où l’on pouvait le soir endosser la toque du magistrat quand au matin l’on avait perdu son procès. J’étais laid et ce fut là mon erreur, ma civilisation considérant que la laideur était le témoignage physiologique de l’intempérance et du vice. Je n’étais pourtant responsable en rien de ma calvitie, de mon teint rougeaud, pas plus que de ce nez camard qui mangeait la moitié de mon visage. Je me nourrissais frugalement et j’étais cependant petit, presque aussi large que haut. Je n’avais de grâce que ma nudité virile lorsque, le genou déjà posé sur le lit, je brandissais fièrement ce membre proéminent, qui ferait les délices d’une.

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Lire l’inscription gravée au fronton du temple d’Apollon, à Delphes, changea mon destin. Connais-toi toi-même. Les lacunes d’une telle affirmation me laissèrent des jours durant pensif et sceptique : j’étais hideux, je serai philosophe et ma disgrâce me serait pardonnée. L’écran fumeux de ce poncif se déchira, j’adoptai désormais une autre conviction : je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien. Et j’épousai la pauvreté comme compagne ordinaire.

Je me suis dépouillé, de tout. Mes beaux vêtements se raidirent de l’usure, je devins le gueux. Mes chaussures se décomposèrent, il n‘en resta que quelques lambeaux, je devins le va-nu-pieds. Bien trop occupé à réfléchir, je ne travaillai plus, je devins le mendiant. Il me fut assigné la tache de parcourir les rues de la ville, enseignant le manant, me scrutant moi-même, et les autres. Je fus roué de coups, battu, par les passants qui n’aimaient pas que je les traîne de discussion en polémique. C’était mon heure de gloire, ma grandeur, ma royauté là où mon royaume n’était qu’un pâté de maisons et mon palais, un porche sale.

Bien avant quiconque, je discourais sur la méthode, en tant que finalité éthique. Je cherchais l’essence des êtres, du vivant et du minéral. Je regardais en moi, fasciné de me découvrir aveugle et ignorant. A force de plonger mon regard au dedans, je m’accouchais, expert en l’art d’acheminer les esprits et les consciences à examiner les pensées qu’ils renferment déjà. Un jour, cet art là porterait un nom, la maïeutique.

J’ai arpenté les chaussées, harangué et prêché, enseigné et accouché. Un soir je pressentis mon corps vieilli, usé, résigné. Et ce fut ma tragédie personnelle que de découvrir mon membre soudain flasque, avachi, inerte alors qu’une belle odalisque m’ouvrait ses ravines musquées. J’avais l’envie qui me tordait le bas ventre, je n’avais plus l’outil. J’aurais pu noyer ma honte et mon chagrin dans quelques verres d’un vin résiné. J’aurais pu m’anéantir de larmes ou de colère. Je fis ce que je savais faire : réfléchir. J’étais là, posé sur le bord d’un chemin, alourdi du chagrin de cette terrible perte, la tête abandonnée entre mes mains. Je suis resté ainsi prostré presque une décennie. J’ai déroulé tous les lieux qui m’accueillirent un jour, épluchant une à une les connaissances glanées. Il me revint ces objets rituels, en pierre, que l’on avait retrouvé sur une côte d’Afrique et qui singeaient mon inutile attribut. Il me revint ce cuir souple et chaud, que l’on importait d’une lointaine province, d’une péninsule située aux confins des colonnes d’Hercule, le cuir de Gadamès. Je trouvais soudain drôle et drolatique d’inventer un substitut à ce bout de chair qui me trahissait ; l’ironie désespérée d’un homme vieillissant, ne se résolvant pas encore à proscrire la chair féminine de ses nuits. Je lui trouvais même un nom, à cet artefact malicieux, Gaude Mihi, « réjouis moi » dans le dialecte d’une peuplade du nord. Je repris mon bâton de pèlerin, troquant le verbe pour l’objet.

Bien mal m’en pris, je fus la risée du peuple, tantôt cruel et moqueur, tantôt hostile. Certains se gaussaient de moi, d’autres m’accusaient de blasphème, de sénilité. Ce phallus là, que j’avais voulu beau, tendre, câlin, que je voulais complice de nuits torrides, ils l’affublèrent de noms ridicules : godemiché, gode, déformant son appellation première. Ce fut ma fin.

Ils diront qu’ils m’ont fait un procès et qu’ils m’ont condamné. Ma revanche est celle là, celle de jouer ma mort comme un chant lyrique. J’ai bu le jus du cytise, cet arbre dont les gousses noires semblent de gros haricots. Ils diront que j’ai avalé la coupe de ciguë, qu’ils m’ont contraint au suicide. Ils inventeront ma légende pour camoufler ma forfaiture. Et nul ne connaîtra jamais les dix dernières années de mon existence, mais mon œuvre me survivra.

J'allais mourir bientôt, il était temps.


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Regarde la, elle a presque entamé la dernière course de sa vie, celle qui fut cette petite fille, cette ronde gamine, joufflue, affamée, riante. Parfois, dans sa vie, l’amour s’est penché, parfois. Souvent, les larmes l’ont inondée, souvent. Ses lendemains n’ont plus beaucoup de promesses, elle a déjà tourné le dos à sa jeunesse. Mais si ces instants qui lui restent sont comptés, alors qu’ils comptent le double.

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Si tu la rencontres, quelque part au coin d’une rue, sapée comme une gamine, c’est qu’elle brûle ses dernières cartouches. Elle s’accroche aux lambeaux de ses vingt ans avant qu’ils ne se diluent dans les années. Elle marche avec, dans chaque main, ses souvenirs qui la rassurent. Elle porte ses joies comme une écharpe à son cou, légère et virevoltant dans l’air des printemps précoces. Elle sème ses peines, des petits cailloux sur une déjà longue route, qui l’allègent et vident ses poches. Elle a marqué de mots ses tendres égarements, marqué de peaux ses tendres émois. Il ne reste presque rien des avants des amants, quelques prénoms cachés dans un coin de mémoire.

Si tu la rencontres, sans doute perchée sur un lit de refuge, close dans un regard qui s’ouvre, balayant le paysage du haut de sa montagne, prends lui le cœur qu’elle tendra. Son cœur n’est pas geôle, il ne broie pas, il est tendu vers un ciel. C’est un cœur à voler, emprunter, puis à rendre. Elle se résigne à devoir le garder, puisque jamais personne n’en a vraiment voulu. Mais c’est cadeau que de le recueillir quelques jours, quelques mois, pour qu’elle repose et qu’un autre se charge de lui. Ce n’est pas un cœur tout neuf, ce n’est pas une première main, il est parfois usé là où il fut touché, mais il sait encore aimer.

Si tu la rencontres, les jupon relevés, ne la juge pas à la mesure d’une injuste morale. Ses jupons ne se relèvent jamais plus d’ennui. Ils ne soulèvent désormais qu’à la lueur d’un œil vert, qu’à la douceur d’un sourire timide, qu’à l’impérieux d’un désir ardent. Ses jupons là ne sont pas cruels, ils virevoltent sur sa terre, ils inventent des arcs-en-ciel. Ils font ses ondées et ses rayons d’un soleil déjà blanc. Ils se déchirent, ils se raccommodent au gré de ses orages. Ils cachent aussi les chagrins en errance, ils consolent les douleurs à vider, les souffrances à déverser.

Si tu la rencontres, changeante, insaisissable, et qu’elle glisse entre tes doigts, serre là fort pour la retenir. Le velouté de sa peau frissonne déjà. Elle se courbera, jouant tes jeux, les yeux écarquillés de se découvrir jouissance. Et si elle a perdu la fraîcheur de sa jeunesse, elle a écrit tant de candeur entre ses rides. Cueilles ses dernières fleurs, elle sera fontaine…


Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Je suis une nymphe. Je peuple la nature dès qu’elle offre un lieu d’une rare beauté, une grotte où s’épanche un ruisseau, une clairière baignée de soleil. Et je danse, nue dans la lumière, et je sautille au chant des oiseaux. Je peuple tous les contes du monde, que je sois princesse ou fée, sorcière ou reine, j’occupe l’imaginaire. Mais je ne suis pas n’importe quelle nymphe…

Au commencement, nous étions doubles, deux jumelles, ou la même dans un seul corps, quelle importance ! Nous étions deux, l’autre Pénélope et Moi. Il y avait Pénélope la Blonde et Pénélope la Brune, Pénélope la Sage et Pénélope la Folle. Nous jouions en ce temps insouciant à nous prendre l’une pour l’autre jusqu’à ce que nos premiers sangs jettent ce Père trop puissant dans les affres des alliances.

La Sage était tant convoitée qu’il fallut organiser des jeux, des jeux du cirque où des hommes se sont affrontés, couverts de boue afin de se rouler dans la couche d’une Blonde. Un va-nu-pieds, un presque berger enleva la partie, Ulysse le Belliqueux s’empara de mon adelphique amie. Et ce fut grand bien, pour moi. Cet époux absent pendant trop longtemps, aimé des fées, amant des magiciennes, délaissa son épouse dans une île perdue durant tant d’années qu’elle en tissa la tapisserie de Bayeux. Ces décennies firent d’elle la matrone adulée des épouses fidèles, un modèle de vertu. Parfois, quand un grand voile noir l’enveloppait, elle me télépathait. Elle me racontait la douleur d’être belle sans jouir de cette beauté. Elle me racontait son corps qui, de ridule en rondeur, perdait sa fraîcheur pour gagner en tendresse. Elle me soufflait tous ses désirs tourmentés pour ces jeunes prétendants, assidus à la séduire. Un sanglot dans la voix, elle m’avouait l’horreur de cette fidélité qu’elle rêvait chaque nuit d’oublier dans les bras de quelque éphèbe vigoureux.

Un matin, la mer ramena ce mari, déjà vieux. Il avait pris sa retraite, il n’irait plus porter sa sagesse aux champs de batailles, pour satisfaire l’égo de Dieux mégalomanes. Il s’était frotté au monde, il venait en ses pénates reposer son âme fatiguée. Pauvre Pénélope qui dut se livrer à de grands transports d’amour et de joie pour un homme qui n’aspirait plus qu’à se coucher et se lever avec les poules. Alors qu’elle voulait vivre encore, rire et danser, boire et aimer…

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J’eus plus de chance, moi, Pénélope la Brune, Pénélope la Folle. Je n’ai été aimée que par épisodes, j’ai connu des amants magnifiques qui venaient d’avoir 18 ans. J’ai été Juliette pour un Roméo, Eloïse pour un Abélard… Une nuit, Apollon le Magnifique, me croisant dans une fête de village, s’empara de mon lit. J’ai couru nue sous la voie lactée, j’ai parlé aux étoiles, j’ai chanté sur les nuages. J’ai été Reine et Gitane, Margot et Esméralda. Union éphémère dont naquit un enfant, un garçon. Comme il était le fruit d’une seule nuit, venu d’un seul coup, je l’ai prénommé Pan. Bien sûr, né hors mariage, il se vit affublé des tares de la famille. L’ancestral sang de chèvrepied le para de cet incroyable physique qui le rendait à mes yeux, unique. Son père étant un Dieu, il fallut bien qu’une parcelle de pouvoir lui échut. Il fut chargé, après un entretien de clarification de projet ardu, auquel j’assistais angoissée, de gérer les bergers, les troupeaux et la foule. Mon fils adorait ses bergers mais la foule l’indisposait. Il prit parfois un malin plaisir à lui faire perdre contenance, à la pousser à l’hystérie. Il réussissait même à ce qu’elle oublie son humanité. Ces jours là, quelque supplice raffiné voyait le jour sur un coin de terre. C’est ainsi que Ravaillac termina écartelé, déchiré, démembré, éparpillé. C’est la raison pour laquelle de grands mouvements créent la panique, la Colère du Dieu Pan.

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Ce fils là, atypique, musicien mais fourbe à ses heures, uniquement préoccupé de ses moutons et de ses gardiens, s’éleva seul, courant à flanc de coteau, toujours accompagné de sa flûte sur laquelle il inventait de drôles d’airs aigrelets.

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Et moi, Pénélope la Brune, Pénélope la Folle, j’ai pu vivre, vivre et savourer chaque heure à mon horloge. Et je savoure encore… ma liberté, mon rire inviolé par la lente usure des jours trop semblables.

Mais il arrive, certains soirs solitudes, que j'envie Pénélope la Blonde et sa tranquille certitude de garder la main d'Ulysse à travers les siècles.


Vous fûtes plusieurs... 6 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

Bien avant ma naissance, je vagissais, embusqué dans l'imagination fantasque de ma propriétaire. Elle m'esquissait à chacun de ses amants, elle me gommait à chacune de leur fuite. Elle traînait, dans les boutiques, me contemplant, les yeux tournés vers un ailleurs, ne sachant trop si elle devait m’adopter ou non… Un jour, enfin, elle m’emmena, me tira de cette étagère où je dormais depuis trop longtemps, pour son seul plaisir, pour vivre ses envies. Je rutilais, soyeux et neuf. Je brillais même à la lueur discrète de la pièce où elle me logea.

 

Ce que fût mon quotidien ? Mes bonnes dames ! Je n'ose vous le confier ! J'épiloguais au fil du temps, le pli rigoureux, dans un petit coffre en bois peint. Parfois, elle m'exhumait, me froissait, me caressait, riait, un peu folle. Puis, elle m'ensevelissait à nouveau, bruitant ses gestes pressés de gros soupirs... et m'oubliait à nouveau. J’ai connu toutes ces années de timides sorties, quand elle enveloppait son corps nu entre mes bras. Elle dansait. Je me suis souvent demandé si, ces soirs là, elle n’avait un peu abusé de la dive bouteille, un peu alcoolisé sa solitude. Elle sentait toujours la fleur, et ses pas de danse fleuraient bon l’anis ou la gentiane.

 

Quelques fois, elle me préparait, tirait amoureusement mes largeurs et mes longueurs et je devinais alors que, cette nuit là, je réchaufferai ma trame à la chaleur de deux corps emmêlés. Et puis vint celui qu’elle appelait « Jeune Amant ». Je ne connais pas tout de cette histoire là, mais je crois qu’elle fut belle. Il était grand, fin, d’une finesse qui enchevêtre la fragile harmonie de la minceur et la solide assise d’un corps masculin. Jamais il ne resta une nuit entière avec elle, j’ignore pourquoi, j’étais doux pourtant, et chaud… Mais je les sentais rire, je la sentais s’ouvrir. Je savais toujours qu’il arrivait. Elle me lissait soigneusement du plat de la main, me parfumait, mais très légèrement, juste un nuage d’un voile sucré. J’entendais, au loin, couler le café et j’en humais les effluves. Je recueillais leurs murmures, des confidences poudrées d’étoiles, entrecoupées de gémissements et de souffles écourtés. Je couvais le tango de leurs jambes accrochées, entrelacées, embrassées. Je la devinais se tendre dans un cri, le regard vaste et perdu. Elle s’endormait, tranquille, son corps déjà marqué de l’âge abandonné contre moi. Elle devait ressembler, à ces moments là, à la petite fille qu’elle avait été, autrefois.

 

Et puis « Jeune amant » ne revint plus. Je l’entendais parfois pleurer, doucement, en racontant que c’était bien, qu’il devait en être ainsi. Que ces amours là sont destinées à l’éphémère, à ne laisser que quelques souvenirs, qui se dilueraient dans son histoire. Qu’un jour viendrait celui qu’elle attendait et qu’elle attendrait. J’abritai quelques flammes encore, mais elle n’essaya jamais d’en retenir aucune. Une lassitude douce lui prenait l’âme, elle sombrait doucement dans un monde tout de rêves enrubanné. Seuls les mots pouvaient encore l’atteindre. Sa vie se remplit de mots.

 

Le temps filait doucement. Si je paraissais moins neuf, moins pimpant, j'avais tissé ses souvenirs. Je me déroulais pour elle, certains soirs solitaires, égrainant à ses regards avides, les plaisirs volés à ses silences. Je lui racontais les peaux qui échangent la goutte de sueur, les mains qui s'étreignent, les tendresses susurrées, soufflées au creux tendre de l'oreille, le balancement chaviré de deux ventres qui s'accouplent. Ma toile évoquait le tableau mouvant de ses ébats anciens. Elle me respirait aussi, cherchant à voler l’infime trace laissée, malgré les lessives et les adoucissants, par les chaleurs moites de ses nuits câlines.

 

J'étais fait d'une belle matière, douce et solide, résistante. C'est pourquoi elle tailla dans mes largeurs et mes longueurs, ces ornements coquins qui vous flattent, mes bonnes dames. Depuis, je caresse votre peau satinée et j'épouse vos rondeurs. Je m'imprègne de votre fragrance légèrement saline, comme un rivage que mouille une vague. Je frissonne de vos déraisons, de vos palpitations, de vos désirs. Et je tremble de peur, après coup, du sort dégradant qu'elle eût pu me réserver : finir ma vie dans une chaudière, ou, pire encore, transformé en chiffon à poussière. Brrrrrr !!!!!!

 

Car lorsque l’on fut drap de satin noir, terminer sa vie petite culotte… le paradis.


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C'était dans la chaleur d'une sombre nuit, de ces nuits qui se traînent dans le fond d'un verre d'alcool. Il faut bien tuer sa misère. J'errais rue des blogs et je guettais les lumières aux façades. Je soulevais parfois un rideau occultant une fenêtre ouverte, et observais l'un ou l'autre, à son clavier, décrire son univers, parler des émotions tourbillonnantes de sa salle de bains. Ces balades nocturnes, quand je passe en silence, quand j'effleure les mots des maisons, sont la source d'un bonheur pour moi, mais alimentent aussi mon imagination, et mes réflexions.
Cette nuit là, l'atmosphère était lourde, chargée d'orages, et l'activité de la rue s'en ressentait, il régnait une fébrile agitation. Les mots volaient, s'agressaient, se répondaient, certains s'alliaient pour se sentir plus forts. Les photos s'en mêlaient et s'entremêlaient. La musique s'incrustait douce, chantonnait, ou d'un rythme endiablé réveillait le chaland... la vie grouillante d'une rue des blogs perdue dans l'infinie mégalopole d'un monde tissé.
C'est alors que je le vis. Il portait une grande cape noire, doublée d'un rouge flamboyant, d'un rouge d'enfer. Mais qu'il était beau ! A damner un Saint, une Sainte plutôt. De cette sauvage beauté qui vous prend les reins, ne vous lâche pas, mais que vous êtes incapable de décrire. Je sais qu'il était beau, mais je ne sais pas comment. Il glissait tranquillement entre les habitations de la rue, il observait les habitants.
J'ai retenu mon souffle, je ne voulais pas qu'il m'aperçoive, je voulais pouvoir continuer à jouir de lui sans qu'il ne le sache. La vue, l'odorat sont jouissance lorsqu'ils s'accrochent à cet être là. Je sentais les effluves poudrés de son grand corps viril, l'odeur légèrement musquée de sa sueur. Je contemplais la féline grâce de ses gestes et de ses pas. Il naviguait, comme un vaisseau fantôme, laissant, à peine, derrière lui, une trace brumeuse. J'allais le perdre... J'ai posé mes chemins dans le sien, je l'ai suivi, charmée, ne prêtant plus attention à rien. Je me suis faite petite, je me suis faite silence, je me suis faite insignifiante. Et puis... et puis, fascinée, absorbée, je n'ai pas vu sortir Wallycat de la maison qui veille et l'animal, se cognant dans mes mollets, a craché. Lui s'est retourné, il m'a vue, il a rit.
Ma cervelle a explosé, mes émotions se sont mises à bouillonner, comme un chaudron de sorcière. Je suis devenue incendie. Il s'approchait, et ma conscience, affolée, me criait : « Fuis ! Prends tes jambes à ton cou Pénélope ! Fuis, il est danger ». Mon corps, lui, se détendait, il se mis à vibrer, plus fort à chacun de ses pas, plus fort à chaque mètre avalé à grandes enjambées.
Il s'est planté devant moi, et, d'une caresse d'une infinie tendresse, il a plongé sa main dans mon cœur. Mille frissons m'ont secouée, des plaisirs m'ont courbée, des orgasmes m'ont parsemée, des ivresses m'ont chavirée, des parfums m'ont enivrée. Je suis devenue fontaine, jaillissante. Je suis devenue sirène, ondulante. Je suis devenue chanson, gémissante.
Lorsqu'il retira sa main de mon cœur, il avait ce regard vainqueur des hommes qui savent. Il tenait, entre deux doigts un petit morceau de moi, déjà brillant comme un rubis. Qu'il accrocha, à sa chaîne. C'est alors que je vis toutes les breloques qu'il baladait avec lui, des milliers de bouts de cœur pendus à son cou.
J'avais compris, je venais de croiser Blogomas, le voleur d'amour, homme pour les femmes, femme pour les hommes. Et depuis je le cherche, je hante la rue des blogs, désespérée. Mais la légende dit qu'il ne vous aime qu'une fois et qu'il vous laisse à jamais le souvenir de cet amour là. Nous devons être beaucoup à errer, la nuit, à espérer, sans espoir.

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-« Ici Melon Kitrône en direct de Longchamp pour le Grand Prix Du Président de la République. C'est LA course de l'année, elle présente tout ce que l'élevage national fait de mieux en matière de purs sangs. Les bêtes sont déjà là, piaffantes dans leur box, le naseau fumant d'en découdre enfin. C'est une course à handicap, qui se déroule sur deux tours d'hippodrome. Le terrain est sec ce qui devrait avantager les petits gabarits.

Il y a 24 inscrits, mais le nombre exact de partants ne sera connu qu'au tout dernier instant. Les favoris sont dores et déjà annoncés certains.

Allo Cognaq Jay ! ALLO ! Nom d'une pipe ! Vous répondez ? Ah ! Oui ! On me dit que j'ai le temps de présenter les principaux concurrents, ceux qui sont attendus à l'arrivée.

Mon favori est présenté par le Prince Poniatowki. Un grand professionnel de l'élevage qui n'hésite pas à trimbaler son poulain dans les bonnes écoles de dressage. Son cheval, Sarkoléoptère, casaque bleue, toque noire, est un petit cheval râblé, puissant, un tantinet indocile. Il est doué d'une forte personnalité et n'hésite pas à tirer au renard ou à jouer de la cabriole pour écarter ses concurrents. On le dit vicieux, mais les chevaux vicieux sont intelligents en général. Il a donc de bonnes chances de figurer à l'arrivée.

L'écurie de la Rose présente une pouliche vieillissante mais qui cache bien son jeu, Royaltimètre, casaque lilas et toque verte. Elle se donne des airs doux et tranquilles, mais il faut la regarder mater en coin les autres chevaux. Elle est connu pour ses galipettes à contre emploi. Son jockey, un crack, entend bien la pousser jusqu'au bout, à grand coups de cravache si nécessaire. Un sérieuse cliente à la victoire. Sarkolépotère devra s'en méfier, elle est tout à fait capable de lui couper la route au dernier saut d'obstacle ou au passage de la rivière.

Voilà des deux principaux favoris... Les deux outsiders eux, ne devraient prendre que les accessits, ils sont, cependant, tout à fait capables de jouer les trouble-fête. Je citerai Bayrouspète, casaque jaune et toque jaune, qui monte en puissance. Sa cote ne cesse de grimper. Et puis l'incontournable Lepénible, le cheval borgne, casaque noire, toque noire, vieux briscard des champs de course, toujours placé, jamais gagnant. D'ici qu'il nous réitère le coup de précédent Grand Prix où il a tout de même pris la deuxième place, je vous le rappelle.

Pour mémoire, je citerai encore quelques montures qui, traditionnellement, se présentent au départ, mais n'obtiennent même pas les place d'honneurs, je veux parler de Laguillerette, Besancesnoretour, Voynémotive et la désormais indéboulonnable Buffètavalise. A remarquer l'arrivée d'une petite nouvelle qui devrait continuer à courir dans les années qui viennent, Lepagitée.

Ah ! On me prévient que les chevaux sont aux ordres du starter...


Et voilà, c'est parti ! Sarkoléoptère a pris le meilleur sur Royaltimètre. Il cavale en tête et son avance atteint même une encolure. Le terrain léger lui va bien à ce bougre de bourrin. Voilà qu'il accélère encore à l'entrée du virage de La Vacherie. Il fume. Il fulmine. Heureusement que le terrain a été nettoyé au karcher pas plus tard qu'hier, sinon la caillasse voudrait voler... Mais voilà qu'à l'approche de la rivière, Sarkoléoptère ralentit... Il a peur ? et Royaltimètre, remarquablement drivée par Hollandilandilandibidibidère, qui n'hésite à donner de grands coups de cravaches sur la croupe un peu plate de la jument, revient à grandes foulées. Elle emmène dans son sillage et dans cet ordre, Lepénible et Bayrouspète qui n'ont pas dit leur dernier mot. Mais voilà que Lepénible vient de se tromper de rivière, son œil l'aura trahi pour cette fois, il est désormais disqualifié, il serait temps qu'il prenne sa retraite. S'il veut encore rendre quelques services à son écurie, il ne lui reste plus qu'à couvrir des poulinières... Il se fait âgé, Lepénible.

Et c'est l'entame du dernier tour, seuls peuvent maintenant prétendre à la victoire les trois chevaux qui ont pris le meilleur, Sarkoléoptère, Royaltimètre et Bayrouspète. C'est une vraie surprise, la présence de Bayrouspète. Dans son entourage, le bruit courait qu'il était en pleine forme, voilà qui est confirmé.

...

Et j'aperçois les chevaux à l'entrée de la ligne droite des tribunes, ils ne sont plus qu'à quelques mètres. Sarkoléoptère et Royaltimètre se sont détachés de Bayrouspète, ils sont encolure contre encolure. Ils se balancent de grands coups de queues, de sabots, ils se crachent dessus, ils se donnent des coups de flanc. Ils ne lâchent rien, c'est à qui fera tomber l'autre. Toutes les bassesses sont permises. Les jockeys s'agressent à la cravache et à l'éperon. Messieurs, c'est lamentable !!! Vous pourrissez la plus belle course de l'année. Honte sur vous !!!

...

Phooooooooooootooooooooooooooooo !!! Ils sont arrivés collés, il est impossible de les départager... Il faut attendre la décision des juges.

...

C'était Melon Kitrône en direct de Longchamp. A vous Cognaq Jay »-.


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Il était une fois une jolie jeune femme, brune, fine, piquante...

Elle vagabonde sa vie tranquillement, les cheveux dénoués sur ses épaules dénudées. C'est l'été. Comme chaque année en cette saison, la jeune femme prépare l'anniversaire de son papa. Elle l'aime infiniment, son papa. Et elle cherche à réaliser un de ses rêves, de ces rêves que l'on traîne depuis l'enfance. Petit garçon, il avait éprouvé un violent désir pour... une Ford Modèle T verte, verte surtout.

A force de fouiner, elle a déniché l'auto tant convoitée dans le fin fond d'une campagne perdue. Ce matin là, elle roule tranquillement à la rencontre de la belle antiquité. De méandres en vallons, elle a fini par repérer ce petit village, minuscule, blotti dans un trou rocheux au bord d'un lac. Elle sort alors de son sac un papier griffonné, les indications données par le propriétaire de la Ford pour le localiser, dans le dédale des rues étroites. Elle gare son auto sur la place de l'église, et continue à pied. Mais auparavant, et comme à son habitude, elle jette un coup d'œil dans la glace de courtoisie, se passe la main dans les cheveux et se parfume, légèrement, de ce parfum boisé, frais, qui accompagne si bien chacun de ses mouvements. Elle grignote une ou deux fraises tagada, histoire de masquer l'odeur de la cigarette dans son haleine. Elle est venue conclure une affaire, elle se sait jolie et veut mettre tous les atouts de son côté. Les messieurs sont souvent sensibles à l'odeur de la fraise tagada...

Les ruelles sont pavées. Entre les pierres, parfois, une herbe pousse, timide. La rive est caniveau, les murs si rapprochés qu'il doit être possible de se serrer la main, d'une façade à l'autre. Il flotte un air de Moyen-Âge sur la flèche de l'église. Salomé, c'est ainsi qu'elle se prénomme, glisse, émerveillée, vaporeuse, dans cet étrange décor. Alentour, les collines et les tourments rocheux accidentent le cirque et les rives du lac, enferment le petit village. Son reflet frissonne à la surface de l'eau. Elle va, Salomé, le pas léger, jusqu'à une barrière de bois dont la peinture s'écaille, gardée, de part et d'autre, par une envolée de roses trémières. La sonnette est une cloche, une grosse cloche taurine, désuète, décorée du dessin d'un alpage quelconque. Elle secoue vigoureusement la cloche et un tintinnabulant vacarme réveille le silence feutré.

Un homme, jeune encore, s'avance pour ouvrir la porte. Sa démarche a quelque chose d'une nonchalance forcée. Cet homme là doit plutôt marcher à grandes enjambées lorsqu'il ne se surveille pas. Il affiche un sourire franc et tend une main ouverte, ferme, chaude. Salomé détaille son hôte, avec un brin d'amusement teinté d'arrogance. Elle ferme légèrement les paupières afin de pouvoir, en toute quiétude, arrêter son regard à chacun des détails de l'homme. L'homme, Pierre, s'attarde aux courbes de la jeune femme, heureux de se retrouver face à une créature délicieuse plutôt qu'un vieux barbon susceptible de pinailler sur un détail invisible de la Ford, juste histoire de gratter quelques euros.

Il est séduisant, Pierre. Une quarantaine d'années marquent son visage de l'expression d'un léger sérieux, mêlé de tendresse et des dernières traces de l'enfance. Grand, plutôt svelte, mais avec déjà les épaules qui s'arrondissent et quelques cheveux argentés, il traîne un sourire un tantinet moqueur que vient contredire une étincelle câline, qui anime ses pupilles... Regard frangé de cils d'un noir d'ébène qui soupèse la fille, jusque dans ses intimes replis avec un plaisir non dissimulé et, presque, une bouche gourmande. Regard bleu, bleu des mers du sud.

-« Salomé », dit-elle d'un ton sec, prise d'une légère rougeur, et furieuse de se sentir à ce point nue, désarmée et fouillée par le tranquille désir de Pierre. Il se présente et l'invite à rentrer, en lui prenant le coude d'un geste naturel. La voilà tremblante et docile, incapable de résister à la ferme possession de cette main d'homme sur son bras nu. La cuisine sent le thym et la méditerranée, elle éclabousse de couleurs, olive, tournesol et lavande. Des paniers s'accrochent ça et là et des terres cuites racontent l'ocre rouge des terres d'ici. Jusque là, Salomé n'avait pas remarqué l'accent chantant de Pierre, mais elle l'entend soudain qui donne l'aubade aux mots. Un délicieux frisson lui parcourt la colonne vertébrale. Pierre, lui, se trouble de l'odeur de fraises et de sous-bois qui enveloppe la jeune femme. Ils sont là, tous les deux, pétris d'émotions, pétrifiés d'émois.

Il sort une bouteille et deux verres, tous petits, tous roses, les verres, des verres où les grand-mères servaient le guignolet, autrefois, et verse dans chacun d'eux une lichette d'un alcool ambré. « Goûtez, dit-il, c'est de la liqueur de noisette, fabriquée ici ». Elle trempe le bout de ses lèvres dans la boisson, surprise, en savoure une gorgée, surprise par l'agréable texture du liquide, ni sirupeux ni âpre, juste sucré et fortement parfumé. Lui reviennent les odeurs de l'automne et les moments passés à écraser les noisettes ramassées entre deux cailloux. Il sourit, avale sa rasade puis, d'un ton presque brutal l'entraîne à nouveau : « Venez, nous allons la voir, cette foutue bagnole ».

Elle est splendide, d'un vert presque kaki et les jantes sont peintes aux couleurs du printemps. Pas une rayure, pas un chrome qui ne brille, pas un accroc dans la capote. Même le marche-pied a l'air de sortir de l'usine. Elle est pourtant vieille, la Ford Modèle T. « Vous voulez l'essayez ? Nous pouvons faire le tour du lac... ». Il lui tend la main pour l'aider à grimper dans l'auto, pimpante, ravie de reprendre la route et d'aller cahoter sur des routes sinueuses et ombragées. Il démarre l'antique voiture qui, sans tousser, se secoue un peu, puis ronronne de tous ses cylindres. Elle tourne à merveille laissant vrombir son moteur doucement. Ils empruntent la route du cap de l'eau, coincée entre des plages, des pontons où s'amarrent des barques, et des reliefs boisés. De grands arbres caressent le ciel et dodelinent langoureusement d'une brise agacés. Ils roulent, sans se parler, mais leurs souffles se suspendent parfois lorsque la main de Pierre effleure le genou de Salomé. C'est un silence qui chauffe de la promesse des sueurs partagées. Et les arbres se font denses, ils balancent, ils dansent et dépensent de l'ombre à couvrir les clairières. Le lac s'enfonce dans la roche et de sombres grottes déjà, trouent la forêt. L'air s'est fait frais, résiné dans la chaleur de l'été.

Il quitte la route et s'engage sur un chemin de cailloux, sous les frondaisons d'eucalyptus odorants. Il stoppe l'automobile qui hoquète avant de se taire, puis se retourne vers elle, le visage éclairé d'un soudain sourire de prédateur. Elle se sent petite, démunie, fragile et bien perdue tout d'un coup. Elle était venue conquérante, la voici déjà conquise et vaincue. « Viens, jolie fraise, je vais te montrer, t'emmener sur mes chemins secrets... ». Il l'attrape, ainsi que la couverture qui traîne sur la banquette de l'arrière. Elle voudrait s'enfuir, courir, mais elle est figée, tétanisée et ses jambes la portent à peine lorsqu'il la tire de son siège, d'une poigne solide, pour l'entraîner à sa suite. Il est presque brutal, maintenant, et elle découvre avec un certain effroi une lueur dure et avide, dans le regard bleu, bleu devenu d'acier, de l'homme. Elle entend le rire moqueur.

Toujours la maintenant d'une main, il balance la couverture au sol et, avec un douceur surprenante, la bascule contre lui, sur le sol. Il la sent tressaillir, elle ferme les yeux. « Tu as peur, n'est-ce pas petite fraise ? Tu sais, cette Ford, c'est la plus fidèle complice de mes amours.». Elle sait qu'il ne faut pas, qu'elle n'a pas choisi, alors elle durcit son corps à devenir marmoréenne. Mais lui la regarde, amusé, se débattre d'un désir qu'elle entend gronder, bien malgré elle, et qu'il lit dans ses iris noires et agrandies. Le cœur de Pierre bat, puissant, comme le tic-tac régulier d'une horloge. Et ce battement envahit tout l'espace affolé de la jeune femme. Alors, doucement, il entreprend d'explorer l'entrecuisse fermé, de l'ouvrir, d'une main audacieuse, impérieuse. « Il ne faut pas », murmure-t-elle. « Il ne faut pas... ». Ce sont les seuls mots qu'elle dira à Pierre, les seuls. La fin de sa phrase se perd dans son premier râle, alors que les doigts de l'homme forcent déjà l'entrée humide de son sexe. Il joue, la pénétrant parfois, la caressant, et reprenant sa lente exploration, sans lui laisser de répit, jusqu'à sentir palpiter ce vagin chaud, mouillé, maintenant impatient de le sentir lui, envahir ce chemin de son ventre. Lorsqu'il s'enfonce, enfin, elle est déjà tendue vers lui et accompagne la valse chaloupée de leurs corps qui se parlent. Elle a écarquillé les yeux, au moment où il s'est planté dans son sexe consentant. Parce que ce moment là, celui de la première étreinte, est toujours un étonnement, pour elle, une parcelle infime d'un paradis lointain, elle se sent, enfin, complète.

Elle va jouir. Non ! il ne faut pas. Elle tente dans un ultime coup de rein, de se dégager de l'emprise de Pierre, elle se tend, de toutes ses forces. Non ! Si ! Oui ! Une immense vague d'un intense plaisir la submerge, l'emmène, et son visage se pare de l'incomparable quiétude d'une madone.

C'est la dernière chose qu'aura vue Pierre. Il disparaît, instantanément, transformé en... superbe pendule dont le tic-tac régulier taquine le chant des oiseaux, le bruissement du vent dans les arbres et le clapotis de l'eau sur la berge.

« Foutue malédiction ! ». Elle rajuste sa tenue, se passe machinalement une main dans la chevelure. Elle ramasse la pendule, saute dans la Ford Modèle T, et, tranquillement, reprend la route qui la ramène chez elle. « Pourquoi faut-il que les hommes qui débusquent mon plaisir finissent tous sur la cheminée du salon ? » s'interroge-t-elle, un peu triste tout de même.


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Histoire d’un incertain moment d’un temps suspendu dans une pièce blanchie, défraîchie, où quelques statuettes fixent ce lit qu’une femme occupe. La femme lit, écrit, et transforme ce qu’elle lit en écriture, entrelaçant le rêve et la réalité, les faits et les désirs, ce qui a été et ce qui aurait pu être. Elle ignore, dans ce fatras, ce salmigondis onirique, ce que lui réserve la suite des mots...

.

La femme parcourt, sourire songeur au coin des lèvres, un ouvrage qui rassemble ces paroles d’autres de ses sœurs amoureuses, des mots qu’elle aurait pu dire, qu’elle aurait voulu dire. Elle lit « La mécanique des femmes » de Louis Calaferte.

.

Qu’elle aurait pu dire... 

.

Mais la femme ravale les phrases dès qu’elle veut les murmurer ; elle peut bien coucher sur le papier ses impudeurs, tous les tendres aveux, eux, restent bloqués quelque part entre son cœur et sa bouche. Ce soir là, blottie entre ses draps, elle perçoit la dérisoire vanité des discours qui ne font jamais qu’effleurer les sentiments, laissant à l’autre, dont les bras la tiendront, un jour peut-être, circonscrite dans un univers douillet, le soin de deviner l’ampleur de ses délires.

.

Elle a ouvert, au hasard, le livre et son regard s’arrête sur un phrase qui évoque le corps et sa cohorte d’émotions, de perceptions.

Alors lui viennent les odeurs, celle de la sueur après l’effort qu’elle voudrait venir respirer encore plus intensément, en se collant, en se coulant, au corps de l’autre, mouillé, moite. Que sa peau à elle s’imprègne de ce parfum là. Et celle, chaude et sucrée, du moment où l’autre se réveille, l’imperceptible odeur du sommeil qui flotte et qui embaume le cou et les lèvres et le ventre. Descendre et suivre la fragrance, à la trace, s’en étourdir.

.

Au dédale des chapitres, elle se courbe, elle se prosterne, elle revient toujours à l’envie d’être conçue par Lui, Lui qu’elle ne connaît pas. Elle cherche un amant qui lui ferait l’amour comme un déluge. Elle est fragile, comme un albatros qui, courant sur la plage, cherche son vol, moqué des marins. Elle est soudain émue, avec un douloureux sanglot qui l’étouffe, un peu. En regardant les figurines qui l’observent, elle se dit qu’elle a gardé trop de ses illusions de l’enfance, que les filles trop nourries de contes, cherchent éternellement un prince charmant. Et que, d’avoir mal aimé, elle a failli se perdre. Elle pense au silence partagé que seul le souffle de deux respirations vient troubler. Et que le regard des hommes la brûle, la découd. Et qu’entendre battre le cœur d’un amant, c’est déjà de la musique. Et qu’elle découvre le plaisir d’écouter vivre l’amant, attentive à ses soupirs, ses rires, même si parfois elle ne comprend pas. Et que tout en elle est clos, froid, et qu’elle crève de s’ouvrir.

.

Et les mots parlent du plaisir de l’homme jaillissant…Elle rougit. Elle voudrait pouvoir dire merci. Mais dire merci, appelle d’autres mots. Il faudrait expliquer à quel point les blessures du passé se guérissent des dons du présent. Et le langage du sexe lui apparaît si souvent sordide et dévoyé, usé, abusé de blagues salaces qui salissent la beauté de ces caresses. Dire, avouer qu’elle n’a accepté que très peu le plaisir d’un homme dans sa bouche, et que, souvent, elle n’a pas aimé. Dire que les hommes ont peu d’égard en général pour les pudeurs féminines et que la seule dignité qu’elle a jusqu’alors préservée c’est son refus obstiné de sacrifier à des rites sexuels conventionnellement pratiqués. Elle rêve que tout devienne naturel, comme allant de soi. Elle a ENVIE de boire un amour. Savoir si elle aimera, et alors dire merci.

.

Son lit brûle, elle est suspendue au rêve de ces mains, ces doigts, ce sexe fiché comme une arme dans son ventre. Elle voudrait que la nuit lui prenne le ventre accouplé. Elle se souvient des mots des Autres. Et ces mots là lui font mal, parce qu’elle en ignore la signification, ou encore qu’elle veut ne pas savoir les comprendre. Elle se sent parfois à la porte du jardin où ils se promènent et qu’elle ne peut pas visiter. Simplement sentir une main vagabonder sur sa peau. Elle est femme à être apprivoisée. Ils pourraient lui apprendre à exprimer, dans l’amour, ses désirs, elle qui fut toujours muette. Ils pourraient briser ces peurs qui la firent si souvent impénétrable. Ils pourraient l’ouvrir comme un manuscrit. Elle sait, elle sent qu’un homme, quelque part, possède ce don si particulier, le don de la réveiller, elle.

.

Il est une heure du matin, elle vient d’écraser la cigarette dans le cendrier. Elle a laissé tomber le livre au pied du lit. Elle rêvasse tranquillement pour faire naître des émotions, des frissons. Il faut dormir.

.

Fugace pensée avant de sombrer : elle aurait pris ce qu’ils voulaient donner. Elle a offert ce qu’elle était, ou, du moins, a-t-elle, maladroitement, essayé. Mais le don s’est vu refusé. Point.

.

Il faut dormir… et divorcer.


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    J’adore faire caguer… C’est pas nouveau. Je dois être née avec le neurone du « fait chier », ou alors je l’ai reçu en héritage. Mon père déjà… Bref, toujours sur le Huff’ quand une info très pipole apparaît, le jeu, c’est d’aller le plus vite possible commenter avec un « on...
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    Il existe un communautarisme des « de souche », largement aussi dangereux que n’importe quel communautarisme. Il est tapi comme un chat, dans un coin sombre, guettant la prochaine souris à croquer. Dangereux, oui, dangereux. Parce qu’il développe un discours de la haine enrubanné de...
  • Ah Christine, je t’aime !
    Christine L, Directrice, Ex-Ministre, dont le traitement n’est pas soumis à impôt… du moins c’est ce qu’il se dit dans tous les journaux sérieux, Christine défraie la chronique. Forcément, elle oppose la misère du petit nigérian à celle du petit grec. Déjà, opposer deux misères pour...
  • Mars, une nouvelle terre…
    C’est le titre d’un reportage sur lequel je suis tombée, sur France5, par hasard, cet après-midi. J’avais besoin de me changer l’esprit, parce que faire la saisie de 17 interviews… Pfiou ! c’est gavant à force. Je suis resté scotchée… Cinquante minutes de pur bonheur....
  • Je me battrai…
    L’ambiance est à la bataille. Vas-y que je te file un coup de Zemmour contre une lèche à Guillon. Je t’envoie Woerth en plein tronche et tu me réponds « sang contaminé »… ça donne un max sur les réseaux. On est au bord de la guerre civile, je vous le dis. Enfin, la guerre civile, façon...
  • Dialogue édifiant…
    Sur un article du  Huff…qui se trouve ici, je donne mon avis. Ben voui, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis. Et qu'est-ce que je vois... je suis interpellée assez vulgairement, il faut le dire. 鍾運禮 « ferme ta gueule pénélope » Moi : ‎@ 鍾運禮 (Robert), je...
  • Incredible !
    Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
  • L’ombre d’un doute…
    J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
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