Ben voilà, j’ai été à mon jeu, que j’en rêvais depuis longtemps. Et je me suis vautrée comme une méduse sur un banc de sable. Il faut dire qu’aucune condition n’était réunie pour que ça marche. J’étais stressée à mort. Je devais prendre deux jours de congés, avant. Et bien je n’ai pas pu. Trop de taf. Il faut dire que j’aurais préféré prendre le train, mais la poissonne panée, qui m’accompagnait, déteste les transports en commun. Il faut dire que j’aurais bien aimé avoir un planning cool, pouvoir m’isoler, ne voir personne, respirer, quoi. Et bien je n’ai jamais pu me mettre dans un petit trou.

Bref. Comme à mon habitude, je n’ai rien laissé voir. Je fanfaronnais, je papotais, je souriais, je riais. Mais, à l’intérieur, c’étais dévasté comme un champ de bataille.

Total, quand mon tour est venu, le haut, au-dessus du pupitre, était avenant, détendu. C’est normal, j’ai l’habitude de parler en public, pour mon job d’emballeuse. Mais le bas jouait des castagnettes. J’aurais pu faire une démonstration de charleston tip-top ! J’ai été saisie d’un tremblement incontrôlable que je n’ai jamais pu calmer. Alors… le buzzer, autant dire que j’ai été incapable de l’écraser rageusement et agressivement, comme il aurait été nécessaire. Je connaissais les réponses, mais j’avais toujours un temps de retard. Ça doit arriver aux timides dans mon genre, qui donnent le change, mais qui, à l’instant important, ne savent plus gérer leurs émotions.

Et le soir, ça été l’horreur, j’avais envie de regarder la fin de l’enregistrement, mais il fallait faire ceci et cela, passe que le planning avait été rempli à l’avance. Parler, alors que je rêvais de silence. Ça fait trois mois que je n’ai plus un seul moment de silence.

En soi, ça n’a aucune espèce d’importance, de perdre ou de gagner à un jeu télévisé. Par contre, ça m’a renvoyé mes doutes, mes angoisses, mon manque de confiance en moi en pleine tronche. J’en ai la vessie natatoire liquéfiée. Ça m’a fait toucher du doigt que je me sens ballotée comme un paquet dont on dispose, et que je ne sais pas dire non. J’en ai le cerveau en bouillie. Je pense que je vais aller me chercher une oreille compatissante et professionnelle pour m’aider à résoudre ce problème d’estime de moi qui me grignote, et qui me tue, peu à peu.

Bon, ben voilà pour les états d’âme. Ça arrive qu’une tanche ait des états d’âmes. Ben voui !!! Pas souvent, mais ça arrive.

En ce qui concerne l’ambiance, l’enregistrement… C’est génial. L’équipe est d’une incroyable gentillesse, elle fait tout ce qu’elle peut pour vous mettre en confiance. Quant à Julien Lepers… je suis tombée sous son charme. C’est vraiment un Monsieur gentil, drôle et sympathique. Et il encore plus beau en vrai que dans l’aquarium.

La Tanche, le 26 mars 2010


La petite phrase du jour

Ce qu’on nomme cafard n’est souvent qu’une éclipse de nos illusions et un éclair de notre lucidité.

Fernand Vandérem

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Deuxième tour pour les électrons. En direct live.

Je croyais qu’ils allaient annoncer un fléchissement de l’appauvrissement organisé du menu fretin…

Flûte ! J’ai parlé trop vite. Ben z’ont admis avoir perdu, mais du coup, vont se la jouer encore plus à dextre qu’à dextre. Z’ont pas comprite qu’on a, nous, poissons du fond, rotangles malmenés par les tempêtes boursières, envie de faire mieux que subsister, ou survivre. Vivre un peu, avec juste le niveau au dessus du minimum. Pas forcément envie de pouvoir s’offrir une belle auto jaune à hippocampe cabré. Nan !

Un Grand Triton à l’ego aussi vaste qu’un océan, ça n’écoute jamais les tanches qui barbotent entre les algues. Il a tord, le Grand Triton ! Nous, on sait pourquoi on a envie qu’il aille se faire sécher aux Seychelles et qu’il lâche l’affaire. Nous, on ne veut plus avoir à se battre pour payer les factures, pendant que d’autres se gavent de « la crise ». Elle a bon dos, la crise, comme purge pour nous vider les intestins, et la bourse. Les banques font des bénefs record. On a la septième fortune du monde entre nos murs, et c’est nous qui devons faire l’effort. Se fout de notre rostre, le Grand Triton.

La tôle d’aujourd’hui, c’est bien fait. Il a fait campagne sur le « Mouchoir d’Ava », il s’est planté. Le Mouchoir d’Ava, c’est du cinéma. Pas un fifrelin de plus dans nos escarcelles, la pauvreté qui gagne, le travail qui se fait de plus en plus pénible. Melle Exomile a de beaux jours devant elle. Ce sera la prochaine vedette du feuilleton. Les laboratoires pharmaceutiques peuvent lancer des recherches cliniques, ils les rentabiliseront, même si elles durent dix ans. Pour sûr ! On n’en a pas finite avec les pilules du bonheur. Ça va faire l’occasion d’accroître le gouffre de la sécurité sociale. Et nos impôts et charges.

Le Vieux Néléphant a fait son couplet sur sa victoire sans avoir rien gagné, même s’il faut constater qu’il nous a fait une jolie poussée d’acné sénile. Heureusement qu’il va canner ! Il se fait rance.

La jolie Rama devrait aller plus souvent à la pêche. Parole de Tanche. Quand elle dit que le PariSoce fait le brochet qui attend l’asticot, elle se goure. Un brochet, ça mange pas d’asticot, ça préfère un petit vif blanc, genre vairon, ablette ou gardon, si possible pas trop abîmé.

Total, pendant les jours qui viennent, pour calmer la ire populaire, je vous fiche mon billet que la loi sur la Zourka va passer dare-dare.

Bande de Thons !

La Tanche, le 21 mars 2010


La petite phrase du jour

Quand le Grand Triton prend un jeton, il envoie Anchois Mignon au pilon.

Pénélope Ortuniste

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Et je sous-estime mon état d’anxiété. En effet, mardi, je prends la direction de Parisilure, capitale du Marais. Et pourquoi, me direz-vous, curieux et intrigués. Où alors vous vous en foutez, mais je vais avouer tout de même. Et bien, en janvier dernier, par jeu, avec une pointe d’ego à brosser, je me suis présentée aux sélections de : « Questions pour un Champiomble Chevalier ». La poissonne panée avait, traitreusement, envoyé mes coordonnées pour convocation, sans me le dire…

160 à 180 ablettes. Les cinquante questions, restent 60 aficionados. Re cinquante questions, restent une trentaine de poissons lauréats. Et pis la photo, l’entretien. Huit jours plus tard, j’avais oublié, zappé, passé cette soirée là par Berthe et Roti. Ben voui, le gentil sélectionneur avait évoqué la possibilité d’avoir un an d’attente avant de recevoir le coup de bigornophone annonciateur d’enregistrement. Faut pas avoir des rêves au dessus de ses moyens.

Seulement voilà, il y a un mois, Gentil Sélectionneur m’a appelée, MOA !!! La tête de la Tanche !!! Donc : papotage, questionnaire, échange, consignes, recommandations, etc. La date étant hypothétiquement dans plusieurs semaines, j’ai re-oublié, re-zappée, re-passé l’appel par Verte et Sophie.

Sauf que maintenant, c’est dans trois jours. Et se pose à moi une question fondamentale, existentielle, essentielle, urgente, pointue, ardue, dramatique, tragique, effroyable, effrayante, terrifiante, horripilante (au sens premier : j’ai l’écaille dressée), affolante, qui me met en panique : comment vais-je me fringuer ? Ah !

Consignes : prévoir cinq tenues, des couleurs, des accessoires. Je n’ai, presque, que du noir dans ma garde-robe. Fouilla !!! Je viens de faire de tour de mes placards, j’embarque : cinq bas, huit haut, 3 kilos de bijoux, 250 écharpes, 3 paires de chaussettes, 3 paires de collants, mon sèche-cheveux, une ceinture (ma ceinture fétiche) et une seule paire de chaussures. Je ne crois pas que les caméras suivent les pieds des candidats, de mémoire.

Et je vais prévoir un container pour mon déplacement.

La Tanche, le 21 mars 2010


La petite phrase du jour

Quand la Tanche part vers la Manche, le wagon de fait profond.

Pénélope Primée

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Depuis ce matin, je suis mal. Levée avec une grosse boule noire au ceux de l’estomac. J’ai comme l’angoisse d’une catastrophe imminente. Et je n’arrête pas de me réciter quelque mantra incantatoire, destiné à me rassurer. Irrationnel. Logiquement, nous ne risquons rien, là-dedans.

L’ambiance alourdie devait être contagieuse puisque le petit déjeuner a commencé par l’altercation infantile d’un nouveau couple. Nouveau… je crois. La fille me fait penser à une noisette. Brun clair : les yeux, la peau, les cheveux, l’habillement. Avec une note verte, comme ces petites feuilles qui enveloppent la coque : le bandeau qui retient sa tignasse. Noisette. Elle se frittait avec un type à l’allure insignifiante, boutonneux, bancal. Je dis « bancal », mais c’est de l’ordre du ressenti, comme un disfonctionnement entre l’apparence plastique et la gestuelle. Non congruence ? C’est cela ? Je les renifle, ceux là, qui ne sont pas en accord entre intérieur et façade. Comme un fox terrier, les sangliers.

Leur différent n’était qu’une sordide, mais si banale, scène de jalousie. J’ai cru comprendre que Noisette avait affiché une attirance évidente pour l’ami JR. La Noisette et Poil de Carotte, je trouve que ça fonctionne, esthétiquement. Le petit ami en titre en a fait une jaunisse. Ça ne m’a pas empêchée de déguster ma banane.

Soizic ne me lâche plus. Elle me harcèle. Elle tente de me séduire, de devenir mon amie. Je la traite avec une ironie douce, ce qu’elle ne semble pas capter. Elle prend la forme, arrondie, pour le fond, plus féroce. C’est un jeu. Je crois que ce qui l’intrigue, c’est ma capacité à me passer de tout le monde, à me réfugier au fond du bunker, dans les salles de jeux. A moins qu’elle ne surveille ce secret dont je suis dépositaire : l’usurpation de l’identité d’une autre.

Parce que je m’ennuie, je l’explore, le bunker. J’ai trouvé la pharmacie. Il y a de quoi achever un mammouth. Je me demande ce qu’ils ont pensé. Qu’il fallait que nous puissions en finir en cas de désespoir insurmontable ? Qu’il nous faudrait gérer les inévitables conflits à coup d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques ? De ce que j’en sais, aucun de nous n’est médecin, nous sommes trop jeunes. Donc nous sommes livrés à l’automédication. Au moment où j’ouvrais les armoires, soigneusement étiquetées, qui offrent les opiacés à côté du paracétamol, qui affiche les modes d’emplois de ces jolis bonbons, je me suis sentie comme un rat de laboratoire. Et j’ai piqué une boîte de décontractants.

Du coup, ce soir, plus rien n’aurait pu me troubler, j’avais ce sourire béat d’un gosse qui découvre un sapin de Noël pour la première fois. Alors, quand Milly Grande Gourdasse s’est publiquement excusée de nous avoir soupçonnées de vol, parce qu’elle venait de retrouver, en petit tas sous ses dessous, le collier de saphirs, j’ai piqué un fou-rire. Surtout en raison de l’expression ahurie de Lila-Soizic.

J’ai trouvé le temps, entre deux furetages, de remettre le bijou à sa place.

bunker


A suivre... peut-être
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Je suis retournée à la salle de travaux manuels. J’ai barbouillé des miniatures colorées, pas plus grandes que des timbres postes. Ce travail de précision m’évite de ruminer la situation. Imperceptiblement, l’enfermement modifie nos comportements. Nous nous dépouillons des apparences. Déjà, certaines filles ont cessé de se maquiller. Les garçons sont moins bien rasés. Et ce n’est que le huitième jour du bunker. Dans quelque temps, certains d’entre nous ne prendrons même plus la peine de s’habiller correctement. Je ne sais pas comment ils ont conçus le système de ventilation, mais une odeur animale flotte, celle de corps humains qui ne respirent plus sous le ciel, celle de la peau qui ne prend plus le soleil.

La bibliothèque devient mon refuge, je m’accroche aux milliers de pages typographiées, pour trouver une goutte de réconfort. Je picore, au rayon de la philosophie, ou à celui des religions. Je promène en romans. Je traque l’humour. Je braconne un romantisme tragique, cueillant les bruyères autour des Hauts de Hurlevent. Au fil des mots, je dénoue le fil de mes émois, de mes intérieurs défaits.

Et moi, qui voulait me terrer dans ce terrier à rats, je me découvre souriante aux repas, capable de nouer des liens, alors qu’à la surface je ne savais que fuir.

J’ai fait la connaissance de John Rice pendant que je gribouillais mes miniatures. Un british très british. Je l’ai baptisé JR. Il est piqué de taches de son, roux comme un diable. Il parle un français impeccable, désuet. Il a l’air démuni, perdu, comme si cette absence de cadre dans une boîte close le dépouillait de ses repères. Il regrette le rigide protocole qui réglait son existence d’avant le bunker. Je pense qu’il s’ennuie. Et je le comprends. Lorsque la vie quotidienne nous balance à chaque heure une obligation, nous rêvons de temps libre. Et quand vient le temps libéré, nous rêvons de l’occuper. Mais nous ne savons pas comment.

Dans l’après-midi, à l’heure de la digestion, que certains ont fort lourde parce qu’ils se gavent, j’ai été me balader dans le bunker. Je suis descendue jusqu’aux locaux techniques, aux entrailles de la bête. Il y a un énorme incinérateur. Des stocks de bouffe pour tenir un siège. Des stocks de tout. Contempler cette débauche d’objets, de conserves, de fringues m’a estomaquée. J’ai l’impression qu’Ils ont prévus que nous pourrions ne jamais ressortir.

A un moment, j’ai entendu un bruit furtif derrière moi, j’ai sursauté. C’est stupide, que peut-il arriver dans cet endroit ou nul voleur ne peut entrer ?

C’était Soizic. Elle m’avait suivie. Elle est venue vers moi mi-engageante, mi-hostile. Elle voulait me parler de Carl. Je dois avoir une tête de confidente. J’ai l’impression qu’elle a un sacré béguin pour le jeune homme. C’est étrange, elle, on dirait qu’elle le connaît depuis longtemps. Elle évoque tout ce qui les lie comme s’ils étaient un couple déjà très soudé. De deux choses l’une, où elle le connaissait d’avant, et ça explique Lila/Soizic, où elle s’imagine que les nuits partagées l’autorise à se l’approprier. Lorsque j’ai pu échapper à son verbiage creux, j’ai susurré tout doucement : « A plus, Soizic ». J’ai savouré son regard ahuri.

Je sais pourquoi le collier de saphirs est caché dans mon armoire.

bunker


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Soirée électron sur Tifin. C’est tout pareil à avant, et probablement tout pareil à bientôt. C’est de l’ordre du « rêve et son interprétation ». Remarque, quand on analyse en permanence la parole de l’autre, il y a sans doute quelque chose de la pensée magique incantatoire. Reste à savoir si le Tas de veaux de mer croit à ses propres discours. . Langue de soie et discours gouailleurs. Tribuns débordants et mines chafouines ou inspirées. En tout cas, pour moi, le Grand Triton, l’a pris sa claque. Bien fait ! Cela dit, j’éprouve comme un malaise. Comme d’hab’ Ya eu le vilain Néléphant de mer, avec son journal censuré sous son triple menton, qui sortait sa sempiternelle ritournelle haineuse. Ya eu tous les poncifs habituels, les pièces vues et revues. C’est comme « les gendarmes », ça passe tous les étés à la télé. Ensuite, ya eu toutes les vociférations des uns et des autres, tous les triomphalismes habituels, toutes les conjectures sur les poissons qui avaient choisis d’aller au jardin plutôt qu’au scrutin. Bref, rien de nouveau sous le clapotis.

Tout ce que je sais, c’est pourquoi, moi, tanche moyenne, j’aurais pu choisir d’aller au boudoir plutôt qu’à l’isoloir. Ben parce que j’en ai plein la caudale qu’on nous raconte depuis vingt ans les mêmes fadaises : la crise qui frise, l’austérité qu’il faut bouffer. Passe que plus je bosse, moins je gagne. Passe que faire des études, c’est une course perdue contre l’étude du profit immédiat. Passe que vouloir être citoyen c’est presque une tare, vaudrait mieux être un têtard mal fini, égocentrique et arrogant, genre jeune encadré docteur es stratège en progression personnelle, c’est plus rentable comme profil. Passe qu’il vaut mieux être trader qu’emballeur. Parce qu’il vaut mieux avoir la canine acérée plutôt que la racine anémiée.

En tout cas, comme je suis bien contente de mon Président de Région, ben j’ai voté pour le soutenir. Même si la politique me fait plutôt gerber. Et pis, comme la soirée érection me gonflait, ben je regarde « Mon Oncle Charlie », sur comédie. C’est débile, mais ça repose.

La Tanche, le 14 mars 2010

 


La petite phrase du jour

La politique est l'ensemble des procédés par lesquels des hommes sans prévoyance mènent des hommes sans mémoire.

Jean Mistler

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Alors : 3.600 milliards de fifrelins correspondent à 6% du pognon injustement barboté (ou PIB) produit par l’ensemble de tous les poissons de toutes les mers du monde –environ 6 milliards-. Du coup, le total du PIB doit être de l’ordre de… voyons… règle de trois… 60.000 milliards, soit par tête de hareng environ 10.000 fifrelins. Bon j’ai simplifié. Ça veut dire que la poissonéité crée le smic du marais par poisson, environ. Pitin ! Si les ceusses qui captent tout investissaient dans les pays qui en ont besoin, yen aurait pas pour des siècles pour que les sardines, les ablettes, les soles, les dauphins, les orques, les … et leurs alevins aient de quoi vivre décemment. Déjà plutôt gaucho, la Tanche, et ben ça va pas s’arranger !!! Et après, on monte des jolis plans foireux pour faire de l’assistance, pour mettre des continents sous perfusion, histoire qu’ils ne s’en sortent jamais. Charognards !!! Ya de quoi s’entortiller le neurone dans les filins d’une méduse. Des fois, j’ai envie de prendre une matraque et de tout casser, mais là, je suis triste, juste triste… et un peu révoltée quand même. La preuve :

La MERseillaise

Allons poissons de la gadoue

Le jour de foire est programmé !

Contre nous, rois du boniment,

Les bavards meuglant sont levés.

Entendez-vous dans leurs campagnes

Mugir ces réclames en cabas ?

Ils viennent jusque dans nos soues

Essayer de chouraver nos sous ouh !


Aux armes Cabillauds

Morues et Merluchons

Volons, volons

Qu’un panier gros

Se fasse sur leur dos.


La Tanche, le 12 mars 2010

 


La petite phrase du jour

Quand l’argent sent le hareng, les richards sentent le pinard.

Pénélope Osition

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Ce matin, j’ai été faire un tour à la salle de sports. Bien équipée, d’ailleurs. Sans surprise, j’ai pu constater que les appareils à bouger les bourrelets font fureur parmi les demoiselles, les garçons préférant les haltères. Il y a une petite piscine qui permet, tout de même, de barboter, et nager à contre courant, pour les plus valeureux. Dans le manuel, un chapitre entier chante les bienfaits de l’activité physique : détente, sommeil… et esthétique, évidemment. Nous sommes d’un monde où l’on n’aime pas les disgrâces, même si elles confèrent un charme à l’individu. Parfois, une coquetterie illumine de tendresse un regard.

C’est sans doute pour cela que je me sens étrangère. Une étrange étrangère. Je ne suis pas vraiment jolie, avec une mâchoire légèrement proéminente, une chevelure qui tient plus du crin que de la soie et des formes androgynes. J’ai de jolis yeux d’un bleu très pâle. Et je crois que c’est tout ce qu’il y a à dire sur le sujet.

Aujourd’hui, j’ai rencontré Carl à la bibliothèque. Je méditais sur une phrase de Pascal : « La vraie morale se moque de la morale ». Cette sentence, lapidaire, me ravit. Et m’emmène sur des chemins bien curieux où se mélangent des concepts dont personne ne m’a jamais enseigné le sens. On parle sans cesse de morale, qu’elle soit culturelle, religieuse ou républicaine. Mais les plaideurs, les vertueux, ceux qui se veulent d’un cadre moral, savent si bien transgresser quand il leur en vient le besoin. Et ils réinventent à chaque pas de côté, le ciment pour élargir la route. Ces considérations sont, pour moi, d’inépuisables champs de réflexions. Une dérive de l’âme qui observe. L’enfermement aide la méditation, et creuse les fondations d’une folie.

Le jeune homme est arrivé sans bruit derrière moi, il m’a effleuré la nuque. J’ai sursauté, et me suis crispée. Je ne veux pas qu’il me touche. J’ai peur de m’en sentir bouleversée. Et cet éphèbe somptueux n’est pas dans mes moyens, dans l’immédiat.

Il a senti ma réserve et s’est reculé, juste assez pour que ma zone de proxémie retrouve son intégrité. Je n’aime pas qu’on m’approche de trop près. Nous avons échangé quelques mots anodins, de l’ordre de la politesse intriguée. Je sens qu’il me fouille. Qu’il tente de trouver le petit bout de fil qui lui permettrait de dévider la bobine. Mais je pense que c’est un sport, pour lui. Prédateur ou Bovary ? Je me le demande. Lila-Soizic s’est pointée, minaudant, jouant de l’œillade en experte, ondulant comme une chatte en chaleur. Elle a réussi à s’accaparer le beau Carl. Je crois qu’ils sont partis vers l’une des chambres. Demain, j’irai à la salle des cultes, et chaque jour. Je la regarderai bien fixement ne pas faire sa prière. Elle finira par deviner que je sais. Parce que j’ai eu comme un pincement au cœur.

Bref, du coup, je me suis souvenue que c’était l’anniversaire de mon frère, Ulysse. L’humour de nos parents a toujours été détestable… Et je me suis souvenue que j’ai un amour, dehors. J’avais.

J’ai trouvé le collier de saphirs dans mon armoire.

bunker


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Drôle de jour de Noël. Pas de chaussons sous le sapin de Noël, pas de buche avec des bucherons en plastique plantés dans le crème. Pas d’huitres, pas d’embrassades. Un jour de Noël atypique. Pas de petit jésus dans la crèche.

Ce matin, j’ai été faire un tour dans la salle des cultes. Il n’y avait personne. Trop tôt. Il y a juste Lila qui est descendue, qui s’est tournée vers La Mecque, et qui est restée là, sans bouger, sans prier, à regarder. Je l’ai laissée plantée, et j’ai été me griller la première cigarette de la journée. Je sais pourquoi elle se comporte ainsi. En vrai, elle s’appelle Soizic, et ses foulards, ce n’est que pour cacher sa tignasse rousse. Mais alors, la vraie Lila, qu’est-elle devenue ?

Je fume moins depuis que je suis coincée dans ce cercueil à nantis. J’ai écrasé mon mégot et j’ai été prendre le petit déjeuner avec les premiers qui émergeaient. Surtout des garçons. Les filles trainent au lit, elles ménagent leur peau, leurs cernes et leur teint. Je rigole, nous avons tous une vingtaine d’années. A trente ans ce sera le silicone, à quarante le Botox, à cinquante le lifting. Enfin, si nous sortons de là. Sinon, nous allons être condamnées à vieillir naturellement, sans artifice. Le temps qu’il y aura à manger.

J’ai discuté un moment avec un jeune homme bien comme il faut, soigné, rasé de frais. Il m’a dit qu’il me croisait souvent à la bibliothèque, mais que je n’avais jamais l’air d’être présente. Et qu’il n’a pas osé m’aborder jusque là. Il m’a dit aussi qu’il aimerait bien qu’on prenne un peu de temps pour confronter nos lectures. Il s’appelle Carl. Il arrive de Bruxelles.

Je l’ai regardé beurrer ses tartines, avec un soin presque maniaque. Il les trempouille dans son café, petit bout par petit bout, et grignote les morceaux ramollis. Il y a quelque chose de féminin et de précieux chez ce garçon. Il croise les jambes et s’assoit légèrement de côté sur sa chaise. Il est blond, avec des yeux d’un bleu couleur des mers du sud. Il n’est pas vraiment fin, mais il se dégage, de chacune de ses mimiques maniérées, un charme indéfinissable. Entre la passion pour la femme, et la femme elle-même. Oui, je crois qu’il aime beaucoup les demoiselles. De la convoitise passe dans ses prunelles claires quand il aperçoit une dentelle…

Ce soir, Milly Grande Gourdasse a piqué une crise. A cause d’une histoire de collier qui a disparu. Des saphirs. Elle s’est mise à hurler. Et elle a commencé à ouvrir toutes les armoires. Les filles de la chambrée se sont révoltées, et se sont interposées. Les vociférations étaient si fortes, aigües, que nos voisines ont rappliqué. Il y en a qui ont rigolé et d’autres qui ont commenté. Milly Grande Gourdasse, rouge de colère, hurlant comme un goret qu’on égorge, échevelée, à cause d’un bijou qu’elle ne portera sans doute plus jamais, c’était assez risible. D’autant que, sous le coup de l’émotion, elle postillonnait abondamment à chacune de ses phrases. Je me suis réfugiée dans mon lit, pour échapper à l’orage, au propre, et au figuré.

Je sais où se trouve le collier, entre deux foulards de Lila-Soizic. Et je n’ai pas appris de mot nouveau.

bunker


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Je fulmine plutôt. Faut dire que, coincée sur un salon tout le week-end, où je présentais un lot de perles remarquables dans des emballages de toute beauté, j’ai comme un souci avec le public des anchois dominicaux. Vendredi et samedi, les rencontres étaient agréables, les sardines intéressées. Mais aujourd’hui ! C’était le jour du thon de base, de la morue sablée, du marlin quotidien. Ça déambulait dans les allées en laissant l’alevin vivre sa vie d’alevin, sans se préoccuper des dégâts que ces chers petits, gavés de plancton mais surement pas dressés, pourraient commettre. Et pis les réflexions !!! Du nanan, du pur jus d’idiotie, de l’extrait d’arrogance, du parfum de bêtise.

Bref, si une perle grand luxe, travaillée pendant des semaines, emballée dans une boite signée par Pobla Pakisso coûte plus que 10 fifrelins, c’est déjà trop cher. Du Thon ! Donne un pinceau à ta sole, puisque c’est ce que tu penses, et laisse là barbouiller ton antre. On verra si le résultat est du même ordre.

Le pire : deux incidents croquignolesques…

… Monsieur et Madame Morue, accompagnés d’un adolescent boutonneux, passent sans jeter un œil. Ils ont l’air d’être des harengs-professaurs. Ya des museaux comme ça. Morussot commence à tripoter le montant de mon stand. Je précise, quand on tripote, on fait tout basculer, c’est du stand de foire, pas de la cabane au Canada. Je fronce un sourcil parce que Maman Morue ne dit rien. Le gamin s’arrête, mais il me lance un regard qui a l’air de dire « Salope, tu m’empêches de faire mes expériences de Morussot, je te pète la vessie à la première occase ! ».

… Artiste emballeuse qui donne des cours, pour arrondir ses fins de mois. Madame Sardine, intéressée, se renseigne. Artiste donne les prix et les conditions des stages. Pas vraiment onéreux : dix fifrelins de l’heure, fournitures comprises. A peine le salaire méditerranéen d’ingestion garanti. Madame Sardine s’offusque : « Comment ! Vous faites payer la formation !!! ». Mais non ! La Thonne, je vis d’eau et de compliments ! Pas de soucis !

J’en pouvais plus quand le salon a fermé ses portes : nageoires en compote, cerveau en vrac. Le pire, c’est qu’il avait neigé au marais, et verglacé, accessoirement. Je devais ramener une partie de l’expo au bureau. N’écoutant que mon courage, j’ai même fait une pointe de vitesse à 22 km/h. Ben voui, faut vivre dangereusement.

La Tanche, le 7 mars 2010


La petite phrase du jour

Quand on est Thon, c’est pour la vie entière, faut s’faire une raison.

Jean Belin

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Les vdm...

Celle du jour...


Aujourd'hui, vacances au Maroc en amoureux et balade dans un souk. Mon copain essaye en plaisantant de me troquer contre un narguilé. Réponse du marchand : "Écoute, cousin, sérieusement, regarde-la, ta gazelle. Elle ne vaut même pas un briquet made in China."

 VDM

 

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