La preuve.
Ben, tout le monde sait que je suis emballeuse de perles de formation, et que j’ai fini par devenir Chef-Chef emballeuse de perles. A 50 ans bien tassés, c’est pas du luxe. Et c’est pas de tout repos. Il faut négocier les subventions pour créer de nouveaux emballages, former les demandeurs d’emplois en spécialisation : perles blanches, perles roses, perles noires, perles vertes, perles bleues, perles pourpres. Pire que dans un roman de poisson-fiction. Il faut faire des courbettes tout en disant son point de vue. Tenir compte de l’environnement, qu’il soit poissono-institutionnel ou poissono-politique. Mais surtout, il faut nager. Nager dans tous les sens, courir après le temps.
Et donc, l’aut’jour, je courrais après des signatures. Même chef-chef, je ne peux pas tout signer, c’est normal. Comme il n’est pas toujours aisé de faire coller les agendas, j’avais décidé d’aller quérir ces signatures au lieu de travail du signataire.
Me voilà à naviguer. Je pose mon hippocampe dans une case à hippocampe, parking jaune. Et je me casse jusqu’au bureau de mon supérieur-signataire. Quelques échanges, quelques grigris. Je suis pourvue de tous les documents validés dont j’avais besoin.
Au moment du départ, je farfouille dans ma bourse pour trouver la carotte à démarrer l’hippocampe, à savoir les clés. Pas de clés. Je fourrage, je fouine, je remue, je déballe, je remballe. Pas de clés. Je verdis, je jaunis, je rougis, je noircis, je panique, je sue. Je m’essouffle, affolée et je me précipite vers mon véhicule.
J’avais laissé la carotte dans la gueule de l’hippocampe, le marchepied déplié. Je traduis : les clés sur le démarreur et la portière ouverte.
Ya de la chance pour les tanchailles !
La Tanche, le 15 octobre 2009
Quand on s’obstine dans l’erreur, on finit toujours par ne pas avoir tort.
Georges Wolinski




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