En préambule…
Parce que je suis boiteuse et que marcher m’épuise, je partage mon temps entre
l’écrit, la lecture et la télévision ou l’internet… et parce que je me suis offert, pour quelques euros, un peu plus que les chaînes standard du bouquet, je peux, chaque jour, regarder les
remarquables reportages que « Toute l’Histoire » diffuse, au fil des heures. Certains ne sont qu’instructifs, et d’autres bouleversants.
En 1912, une loi fut promulguée parce que les tziganes et autres romanichels avaient été décrétés « plaies des campagnes »,
qui obligeait ces français nomades à porter un carnet anthropométrique ainsi qu’une carte d’identité estampillée « nomade ». Dès qu’ils se déplaçaient, ils avaient l’obligation d’aller faire
signer le carnet à la gendarmerie la plus proche. Peu à peu, l’état avait mis en place un fichage exhaustif de tous les « gitans ».
A la veille de la seconde guerre mondiale, ils sont donc, dans leur immense majorité, connus. Et assignés à proximité d’un
poste de police.
Au début de la seconde guerre mondiale, la France est vivement critiquée, notamment à l’international, pour l’inhumanité de
ses camps d’internement. Le régime de Vichy décide alors de construire un espace d’accueil « exemplaire » pour ses nomades. Ils sont peu nombreux et facilement repérables.
Dès 1942, le masque tombe. Vichy livre ses juifs aux allemands… Le Camp de Saliers, qui devait être la vitrine d’un
internement « à la française », est vite relégué aux oubliettes.
Ce village de petites maisons camarguaises accueillantes se transforme en cauchemar. Avec un quotidien issu des «
Misérables »
Les premières familles arrivent en 42 dans des baraques inachevées. Elles sont entassées, voire séparées, puisqu’un seul
tiers du projet a été réalisé. Elles n’ont pas de meubles, pas de draps, pas de vêtements. Elles ont tout laissé derrière elles. Il leur avait été promis un ersatz de paradis. Le sol est en terre
battue, et les murs aveugles, sans fenêtres.
Ironiquement, chacune des baraques est surmontée d’une croix, rappelant le sacrifice de Jésus. C’est toujours la même
histoire…
Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité, pas d’assainissement, pas d’équipement, pas d’école. Les maisons inchauffables quand
le mistral dispense un hiver humide et glacial. Et des moustiques qui les bouffent dans la chaleur de l’été. Faim et soif : pas d’habillement, pas de nourriture, pas de lait pour les enfants.
Parfois, dans une louche de soupe, un rat mort achève de se décomposer. Vermine et poux sont leurs compagnons, puisqu’il n’y a pas le plus petit morceau de savon pour se laver…
Rats et serpents, l’alimentation de ceux qui ne peuvent pas se débrouiller autrement… Les colis envoyés par les amis
n’arrivent jamais aux destinataires.
Ils ont l’obligation de travailler, cependant, pour un salaire modique dont une partie est prélevée pour « les frais
engendrés par leur internement ». Ceux ou celles qui sont les employés de l’administration du camp reçoivent une ration de pain pour tout salaire.
En 1944, le camp est bombardé, et mitraillé par les anglais qui croient que c’est un camp allemand… ils se sauvent,
s’enfonçant dans les marécages nauséabonds. Ils repartent vers leur lieu d’origine en espérant retrouver leurs roulottes et le peu qu’elles contenaient, avant. Ils n’ont souvent rien retrouvé et
ont tout recommencé à zéro. La plupart d’entre eux n’a reçu aucune indemnisation.
Un mémorial a été construit. Qui témoigne des 700 morts, souvent de faim et de maladie, du camp. On s’en fout, n’est-ce pas
? C’est quoi, la vie de 700 gitans, romanichels ou tziganes ?
Un vieux monsieur, en costume et cravate raconte d’un ton neutre son enfance dans ce camp. Il a l'air détaché, mais à la
fin, un sanglot vient troubler ce calme apparent… « Enfin, c’est du passé ». Quelques larmes, et on tourne la page.
Dix ans plus tard, certaines scènes du film « Le salaire de la peur », seront tournées, dans ce qu’il restait du camp. Et
maintenant, il y a un champ de blé.
L’histoire est ironique… j’ai l’impression que tout recommence.
Vos murmures...