Mignardises et macarons

Lorsqu’on regarde, au fil de l’histoire, l’immense production artistique humaine, deux parties de la femme au moins sont le symbole sa féminité : la chevelure et le ventre, fécond, fécondé. Dans les deux cas, que ces symboles soient montrés, affichés, revendiqués ou encore voilés, cachés, niés, ils parsèment le temps et les civilisations, ils sont discours ou polémiques, ils sont poèmes, ils sont transculturels.

Métamorphoser un improbable lieu en écrin pour une femme lumière…

Ses cheveux envahissent le ciel, comme un ciel de lit, ils sont libres, ils éclaboussent de couleur. Parce qu’une notion de provocation sensuelle est souvent liée à la chevelure féminine, dans toutes les grandes traditions monothéistes, je veux qu’elle se déploie en grand, en rassurant, en témoignage de l’abandon des servitudes, de toutes les servitudes.

Métamorphoser cet improbable lieu en femme-ventre ...

Une bulle qui s’arrondit tout en bas, au pied de la femme-cheveu, de la femme lumière, qui rappelle l’habitacle des origines, chaud, protecteur, doux. La bulle regarde en transparence la lumière alentour, écoute les bruits et musiques de la vie qui grouillent autour. L’enfant peut venir (revenir ?) se blottir, s’isoler ou encore, à deux ou trois, se rencontrer dans cette bulle qui abrite leurs secrets d’enfants.

La femme devient trinité : au nom du cheveu, de la lumière et du ventre… toutes parties qui bougent toujours, grandissent ou s’amenuisent au fil du temps.

La femme devient parole, elle raconte la liberté du cheveu libéré, la liberté du ventre qui couve ou non, selon son désir, elle raconte la lumière qui éclaire l’enfance et qui brille comme l’espoir d’un monde en devenir, si possible, juste un petit peu meilleur.

Et, qui sait, parce que les égyptiennes sacrifiaient autrefois leur chevelure aux dieux-fleuves, et que ce sacrifice raconte les aliénations, cette femme-trinité là deviendra source de réflexion, de débat, d’interrogation, d’approche philosophique dans la relation : féminité-soumission. L’enfant est porteur de rêve, amoureux souvent du verbe poétique et capable d’une incroyable lucidité sur notre monde. Donnons lui à réfléchir, donnons lui à voir, à entendre.

Parce que dans un monde qui s’agite, qui se contorsionne malade de toutes les intolérances, de toutes les exclusions, mais aussi dans un monde capable de grands moments de générosité, d’altruisme, voire d’abnégation, parler de la femme, c’est aussi parler de liberté. 


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Elle

J’ai retrouvé la Chaussée des Géants aux marches étirées. Le chemin court à flanc de basalte, pavé de roches noires et brisées, et caracole entre d’anciennes vignes et la falaise, jusqu’à la rivière.

J’ai retrouvé la Chaussée de Géants aux marches étirées, et j’ai murmuré : « Ramène moi ». Mais la sente séculaire ignora ma prière. Ce chemin qui trace mes désir se dérobe aujourd’hui sous la ciguë et les genêts.

J’ai forcé les ronces, déchiré ma peau à leurs épines, tendue l’oreille, guetté le son cristallin de nos rires mélangés.

Dans la clairière, adossée à la courbe déchirée de la falaise, prisonnière d’une forêt de châtaigniers, la ruine, immuable regarde le temps : son mur affaissé, ses pierres ébréchées, ses poutres calcinées. Les mûriers étouffent la vieille abandonnée.

Et j’entends, venu de nulle part, le chant aigrelet d’un pipeau.

.

Lui

Elle était brune, elle était ronde. Elle a surgi du néant, alors que je jouais une ritournelle, soufflant dans mon pipeau. Interdite, elle a sondé les alentours, puis elle m’a vu et elle a ri, en allongeant le cou, pour boire l’air.

Elle s’est approchée, la démarche légère, et le drôle de voile blanc qui la vêtait flottait à chacun de ses pas. Elle m’a parlé et je ne compris pas. Nous n’avions pas de mots, il nous restait les gestes.

J’ai froissé le tissu de son voile de vierge, alors que ma main s’aventurait entre ses cuisses. J’ai cueilli la rosée, perle à ses lèvres. J’ai tressé ses cheveux, noyant mon visage dans la masse parfumée. Là, dans la paille, nos deux corps ont soupiré, l’un contre l’autre, l’un pour l’autre.

Lorsque le jour se fit crépuscule, elle s’est envolée, après avoir secoué sa chevelure. Le foin tombait, de petites étoiles, des brins dorés. Je n’ai jamais rien su d’elle, pas même son prénom. Elle n’est jamais revenue, me laissant juste ce souvenir : l’odeur fleurie de sa peau et sa couleur de vanille.

Mais, depuis, chaque été, les murs de la bergerie pleurent, et ces sanglots résonnent un peu comme son rire.


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Le papy, rabougri, est posé là sur le talus, en bordure de route. Il regarde passer l’effilochée de coureurs, qui en paquet, qui isolé. C’est une immense ribambelle, une chenille colorée.

Il rêvasse, le petit vieux. Il se rappelle les mythiques figures, les étapes épiques des tours passés. Il se souvient de son père évoquant ces héros de l’effort, pourvus d’un lourd vélo et réparant eux-mêmes les crevaisons, sans assistance technique d’aucune sorte. C’était une autre époque ! Oui Madame ! Il marmonne dans ce qu’il lui reste de menton, la nostalgie bien agrippée à l’estomac.

Mais quand même, elles sont bien belles ces machines qui renvoient le soleil d’été en éclats argentés ! Elles ont bonne mine, colorées, estampillées de logos, mues par de solides et jeunes mollets qui s’activent sans répit : un kaléidoscope de jaunes et de rouges, qui fabriquent de l’orange à chaque emballage du peloton.

Le papy s’assoupit, le soleil frappe fort, le repas se digère doucement. A son âge, prendre un coup de bambou, en milieu d’après-midi, c’est normal. 

La caravane passe, les casquettes sont distribuées, les animations commerciales, musicales bercent doucement la somnolence du papy. Les coureurs, eux, vont bientôt déboucher, à toute allure, sur l’avenue du dernier kilomètre. Ils vont à la pêche à la place, ils cherchent à grappiller la seconde qui fera la différence. C’est déjà l’empoignade finale, que le papy ne verra pas, ne verra plus. Il vient d’entreprendre son dernier rêve, un voyage sans retour…

Bonjour Louison ! Anquetil ! Nom de Dieu ! Au paradis des cyclistes, le papy tape la main des anciens, boit le canon de blanc en grignotant une friture de rivière, sur des musiques d’accordéons…

Sur la plaque de sa pierre tombale, ses petits enfants ont inscrit « Ci-gît notre papy, qui aimait tant le Tour de France ».


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Un carré de blés s’effarouche des assauts du vent. Les épis, mûrs, courbés, effleurent le chiendent poussé à leurs racines dans ce champ délaissé. C’est une campagne déchirée que vient trouer un tonnerre lointain. Une haie séchée par le soleil d’été borde le champ. Au travers brillent des reflets métalliques, d’acier qui renvoient la lumière comme autant d’éclairs.


Une jeune femme court dans ce champ, mais sa course est lente, heurtée, elle se cogne à d’invisibles obstacles. De la droite à la gauche, elle semble ballottée par quelque rude force qui se joue de son corps frêle. Elle porte une robe bleue dont les blessures s’éparpillent en mille lambeaux. La robe est usée, vieille, maintes fois rapiécée. La jeune femme, brune comme une prune, éclabousse de bleu les blonds des blés, de bleu et de rouge. Son ventre abrite une vie à naître, il se fait saillant et tend les coutures qui résistent encore à l’usure. Elle court, le ventre en avant, les mains et les bras noués sur cette unique rondeur vivante.

Ce corps maigre et fragile, percé de part en part, suinte d’un sang qui rappelle le jus des cerises, lorsqu’elles sont mûres, justes à point pour la cueillette. Après un dernier vol, il s’effondre, les pieds dans les blés, le visage qui vient mordre le chiendent. Une invisible force anime d’un dernier spasme le corps désarticulé. Il bascule, offrant à la morsure du soleil au zénith le ventre qui s’agite.


Le regard de la jeune femme se trouble une ultime fois et sa bouche s’ouvre grand pour avaler la dernière goulée d’un air aux relents de poudre. Ses deux prunelles, sombres et terrorisées fixent un hypothétique point, figées.


C’est dimanche. Ailleurs les cloches de l’église carillonnent la fin de messe. Ailleurs les famille se réunissent. Ailleurs des enfant jouent au ballon et rient de toute leur énergique jeunesse…


Ici, c’est quelque part sur la terre, juste un instant des hommes, qui s’exercent à la guerre.


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