Ah ! Ville rigolote qui conjugue ses dimanches en de populaires agapes. L'étrange étrangère apprécie son quartier où se fabriquent de petites usines à rêves. Où se bricolent de chaleureuses rencontres qui parlent de peinture et de musique.


Ce jour, sur la place, se tenait une brocante d'artistes, un marché de l'échange de toiles. Il y avait là tous les styles picturaux qui se côtoyaient, une buvette, un orchestre. De quoi éclairer un ciel que la grisaille chagrinait.
Un concours avait été organisé, qui consistait à croquer un détail, un lieu, une ambiance. Un dizaine de barbouilleurs, amateurs ou professionnels, s'étaient frottés à la toile.
Du coup, elle avait transformé sa chambre en atelier, passant une dizaine d'heures le nez dans la couleur, les doigts dans l'acrylique, pour un résultat très moyen. Jamais elle ne saurait mettre les images qui peuplent ses émotions, en coups de pinceaux. Quand les formes lui échappent, les mots s'inscrivent. On ne peut pas vouloir tout maîtriser. Les mots la comblent, ses rêves sont d'amour, ils ne sont pas au format portrait ou paysage.


Même Médor s'est baladé libre sur la place, se faufilant de stand en stand, reluquant sous les jupes des filles, reniflant le jambon ou le beurre. Sympathique, ce foutu canidé, curieux comme un singe et timide comme un paresseux, pataud et dodu.


Les œuvres barbouillées par tous ceux qui avaient eu le courage de se coller au défit, ont fait l'objet d'un classement. Bien sûr, la cathédrale flamboyante ne pouvait pas arriver dans les premières, il y avait tant de talents qui s'étaient alignés. Mais l'important, c'était d'être là, de savourer cette chaleureuse convivialité qui raconte que sa ville pense au nord, et s'assoie aux portes du midi.
Même la buvette se donnait des allures de guinguette, un petit vin blanc et la saucisse bien chaude dans sa moutarde. Ben voui, à peindre sans arrêt parce qu'on ne sait pas, on en oublie de se sustenter.


Du coup, c'est bien stupide de haïr le dimanche, surtout quand on peut guincher sur du musette. Sans doute que l'étrangère rêvait d'entendre et de contempler un beau chanteur marocain qu'elle a croisé, un jour, sur un bateau... une voix et quelques notes de musique... un regard et un sourire. Mais c'est une autre histoire.

 



Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : La gazette des blogs
Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 07:22

L'orage gronde, il couvre d'ombre une terre assoiffée. Et les premiers sanglots d'un ciel bouleversé déversent leurs trombes d'eau. Dans la chambre, ils rêvent, chaudement recouverts par de moelleuses couvertures. Ils rêvent que le monde s'arrête et que cet instant là, paisible, dure une éternité. Des moments, petits jours et jours de pluie, se savourent. Le temps, hors du monde, d'une rencontre, quand l'accord à corps se fait sourd aux tumultes qui rugissent, par delà les fenêtres, ce temps là courbe l'échine à la grandeur d'un infini retrouvé. Rien ne pourra jamais chavirer plus qu'une première nuit. Rien ne peut supplanter l'intense du silence de ce matin, unique. Les nuages s'amoncellent sur un incertain demain, un après qui ne se dit pas. Ils s'arrondissent et cachent l'azur. Mais dans la chambre, les amants ne regardent plus le ciel, ils s'abordent l'un dans l'autre. Ils volent leurs destins, ils croisent leurs chemins. Au firmament de leur lit, ils calligraphient des serments. Bouleversés, parce qu'il faut se séparer, déjà. Et l'orage qui gronde, qui couvre d'ombre une terre assoiffée n' est qu'un murmure.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /Juin /2008 23:39

Une voix venue de cette blogosphère un jour m'a proposé de raconter des préférences, couleur, matière, odeur, gourmandise, ce que j'aime recevoir ou encore le style de ma décoration. La voix est celle de Véro (pour les consignes, cliquez ICI). Je suis bien embêtée, car mes goûts varient en fonction du jour, quand il s'illumine, ou quand il s'embrume. Alors, ma foi, puisqu'un rêve rythme mes moments, je vais rêver ces préférences. L'amour est incurable.

Donc...

Au royaume de la couleur, celles que je préfère, et qui me bercent, sont celles de la peau d'un amour, celles des yeux d'un amour... Chaque fois que mon regard se pose sur l'infinie grâce des nuances épidermiques, des flammes de l'iris, quand changent au fil des heures ou des humeurs, les camaïeux, alors s'en viennent battre à la porte de mes émotions, les souvenirs tendres que racontent ces couleurs. Le noir-douceur, l'ambre-chaleur, l'homme-nuit...

Dans le lait de la matière, celles que je préfère sont ces textures vibrantes que la chair d'un amour offre à la pulpe des doigts. La chair et la peau. Quant l'une palpite d'une caresse, l'autre frissonne à sa fleur, laissant courir les traces des émois, comme une houle sensuelle. La peau-velours, la chair-plénitude, l'homme-fruit...

Au pays des fragrances, la goutte de sueur, qui perle à la tempe, dans l'embrasement d'épousailles charnelles, exhale l'odeur reine. Mieux qu'un parfum inventé par quelque nez de génie, elle embaume l'air qui respire au rythme chaloupé des corps complices. Elle oublie dans la fibre du drap, quelques traces qu'au matin je pourrai savourer, dans le silence retrouvé. L'odeur-moiteur, la goutte-essence, l'homme-esprit...

Dans l'antre gourmand d'un palais curieux, où la langue se fait espiègle, c'est l'épice du plaisir abandonné qui tapisse les papilles. Boire l'amour jusqu'à aimer tout ce qui sourd du corps, c'est à la fois rare et précieux. Rare parce que le caprice n'est pas à chaque amour. Précieux parce que le partage est immense. Le baptême-nectar, le miel-chaleur, l'homme-écrit...

La tanière de mon ventre est orpheline et le plus beau des cadeaux est d'accueillir un amour. Quand il se fait tendre. Alors s'ouvre béante cette blessure chaude. Etre couverte d'or ou de fleurs jamais ne remplace la présence, et la sensuelle bataille qui se livre sous un ciel de lit. Entre tous les dons, celui qui remplit, en chair comme en âme, transcende. L'offrande-plantée, le présent-caresse, l'homme-inscrit...

Et c'est la maison-couche qui accueillera cet homme-incarné. Le seul décor que je veux est de satin et de lumière. Le satin pour que moussent les délires. La lumière pour que brillent les plaisirs. Le satin peut s'iriser aux couleurs de l'Orient ou de la Provence, il tisse un frôlement à la texture de la peau d'une pêche. La lumière peut rougeoyer ou bleuir, elle éclaire le regard bouleversé des amants. Le havre-entremêlé, la demeure-éclaboussée, l'homme-appris.

Je passe le relais au six «volontaires » qui suivent :

  • Numéro 6 - personnage d'une série télé bien connue de quelques anciens
  • Au sixième sens, la perception extrasensorielle
  • Aux Alpes-Maritimes
  • A l'autoroute Paris-Lyon
  • Aux noces de cuivre
  • Et à l'Harmonie.

Qui se reconnaît se colle à l'ouvrage...

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Délires et souvenirs - Communauté : La gazette des blogs
Vendredi 6 juin 2008 5 06 /06 /Juin /2008 16:23

Lorsque les premiers émois de l'adolescence rosissent les joues des jeunes filles, il y a des images, volées au détour d'une rue, ou encore rêvées sur le sentier des lignes d'un roman, qui marquent à jamais l'âme... de ces images qui racontent comment l'on va se construire les premières nuits câlines, comment l'on va graver le désir dans sa chair.
J'ai rencontré mon premier soleil en regardant un film, un vieux film, en cinémascope, par forcément un chef-d'œuvre, d'ailleurs. C'était la rocambolesque histoire d'une jeune femme, mariée contre son gré à un homme bien plus âgé, un philosophe un peu sorcier. Et ça se passait sous Louis XIV...

Vous avez trouvé ?

Il était beau cet homme là, boiteux, balafré, mais beau. Avec ce regard enfiévré qu'ont ceux que le courage jette sur les routes. Je me souviens d'épiques combats à l'épée, de chevauchées débridées à travers les bois, d'une voix grave et posée, de ces voix qu'on souhaite entendre dans la pénombre, les yeux clos... Un murmure au creux de l'oreille.

Vous avez trouvé ?

Et puis, il y eut ce moment. Une statue, dégagée de sa gangue de terre, se dressait au milieu de fouilles. Elle avait l'air grecque, ou romaine, je ne sais plus. Elle ressemblait à celles que l'on peut admirer au Louvre. De marbre ? Toujours est-il que cette homme là a dégagé, avec une infinie douceur, le sein de la belle, d'une caresse lente, à peine appuyée, comme s'il ne voulait pas gâter un fruit juste mûr. J'ai souvent rêvé qu'un amoureux me touche de cette façon là. Il y avait quelque chose de la ferveur, à la fois dans l'œil de l'homme et dans sa parole, qui chuchotait, presque. Ce fût l'instant où je compris ce qu'est l'érotisme.

Vous avez trouvé ?

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Publié dans : Délires et souvenirs - Communauté : La gazette des blogs
Mardi 20 mai 2008 2 20 /05 /Mai /2008 17:51

Des sauts de puce comme un instant de rêve. L'étrangère flâne dans les rues de Paray Le Monial. C'est une bien jolie ville, habitée de sa basilique dont la flèche caresse le ciel et que l'on voit loin, où que l'on soit.


Marcher comme ça, c'est un moment de l'existence où l'âme se promène sur le chemin des émotions. Des mots d'amour bafouillent leur grammaire. Des sourires flottent. Elle sourit aux iris des marais qui mettent du jaune quand le temps boude et que l'eau ne renvoie que du gris.


Quand elle lève le nez, des détails décoratifs rendent chaleureuses les rues. S'arrêter à la vue d'une lanterne et s'inventer un baiser volé à un beau chanteur du bout du monde. Se raconter qu'il serait doux de partager la découverte de cette Bourgogne du sud, romane et spirituelle, couverte de cloîtres et de petites églises nichées entre des collines proprettes.


Voyager, c'est aussi marcher, sans but, sans hâte, au fil de pavés soignés et découvrir l'entrée d'un théâtre, là où l'on ne l'attendait pas. C'est s'émerveiller sur un bout de mur qu'un sculpteur a, un jour, fleurit de son poétique burin.


L'étrange étrangère, au jardin, a goûté la tranquillité recueillie sous les arcades blondes. Elle avait le cœur qui battait, tout doucement. Elle s'est souvenue de ces tumultes qui ont bouleversé son paisible train-train, depuis qu'elle a pris un bateau. Et elle s'est dit que, décidément, la vie réservait bien des surprises, et qu'il faut rêver son destin, quelquefois.

 


Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : La gazette des blogs
Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /Mai /2008 20:43
Les équipières, toujours aussi imaginatives, ont proposé un jeu consistant à écrire une lettre remplie de haine... j'ai beaucoup cherché, et puis j'ai trouvé. La lettre est ICI, voici la réponse.

 

Mademoiselle Penny,

Je ne vais pas me morfondre dans ma faisselle de ta méchante lettre. Je vais me laisser sécher, comme d'habitude. Mais la motte sera salée, parce que je te trouve de mauvaise foi. Tout d'abord, tu devrais t'adresser à tes parents, qui ont, dès ton plus jeune âge, rien trouvé de mieux, pour te faire taire, que de te fourrer des bâtonnets de gruyère dans la bouche. Forcément, tu n'aimais pas les yaourts et tu étais une goulue. C'est là qu'est née ton addiction.
Ensuite, moi je suis plutôt délicat et je préfère qu'on me déguste plutôt qu'on me dévore. Mais toi, tu me baffres. Tu mérites des baffes. En plus, parmi toutes les subtilités que j'offre, tu fais une fixette sur le camembert, plâtreux le camembert. Je rêve ! Je vais t'éduquer, je vais te faire baver d'envie devant un grand Roquefort, je vais te faire jouir d'un vieux Cantal. Je ne te lâcherai pas. Tu es ma chose, un de mes estomacs de prédilection. Et puis, je te connais, de la gueule, tu en as, des résolutions, tu en prends, mais ta volonté cède à chaque chagrin, et elle cède dans un Saint-Félicien arrosé du petit gorgeon qui va bien.
Ce n'est pas une donzelle un peu allumée qui me fera faillir dans ma mission. Car j'ai une mission qui dépasse le cadre d'une mauvaise humeur passagère.
Je suis ton péché. C'est moi qui doit t'accompagner jusqu'à ton destin, et je mettrais tout en œuvre pour être à la hauteur. Je lâcherai de délicieux effluves qui titilleront tes narines dilatées, je parfumerai tes pas du fumet d'un plateau généreux. A ton dernier soupir, tu te souviendras du Livarot ou de la Boulette d'Avesne, plus que de tes amours. N'oublie pas que ton ultime plaisir, au crépuscule de ta vie, sera de suçoter une lamelle de Beaufort. Tu n'auras plus de dents. Et je gagnerai. J'envahirai tes potages, je me cacherai dans tes bouillies ou tes purées.
Tu ne peux pas m'échapper, je vais t'enduire de gras, boucher tes artères, m'installer sur ton bedon. Pervers ? sans doute, mais je me délecte déjà de ton prochain accès de fromagite aiguë.
Toute ta vie est bordée de Pont-l'évêque et de Reblochon. Et si tu tentes de me résister, alors je t'enverrai mon arme fatale : l'apéricube au curry. Tu peux te passer de viande, tu ne peux pas te passer de moi.
N'essaie surtout pas de te contenter de quelque fromage blanc gorgé d'eau, tu ne tiendras pas. La seule solution qu'il te reste, c'est d'apprendre la sagesse. Devenir capable de te contenter d'un morceau raisonnable d'emmenthal plutôt que d'avaler toute la meule sur un coup de tête.
Mais la sagesse... ça n'a jamais été un trait qui te caractérise.
Sur ce, j'ai d'autres panses à persécuter.

Monsieur Le Fromage.

 

 

fantasmes

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 12 très exactement. - Publié dans : Délires et souvenirs - Communauté : La gazette des blogs
Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /Mai /2008 05:10
Les équipières, toujours aussi imaginatives, ont proposé un jeu consistant à écrire une lettre remplie de haine... j'ai beaucoup cherché, et puis j'ai trouvé. La réponse à cette lettre, de mon interlocuteur courroucé, viendra dans les jours qui viennent.




Monsieur le Fromage, je te hais. Toi et moi avons, depuis longtemps, une liaison passionnelle que je veux mettre à mal, éradiquer, détruire. Et j'utiliserai toute mon énergie à t'oublier, tant le désir que tu m'inspires m'est devenu insupportable. Tu as contrarié mes amours, tu m'as envahie jusqu'au moindre recoin. Et, je te le dis, aujourd'hui, c'est finit.

Dès mon enfance, tu m'as fait les yeux doux. Tu m'as appâtée d'une pâte molle ou persillée, jusqu'à ce que je m'empâte de trop te déguster. A l'âge où mes copines piquaient du maquillage aux nouvelles galeries, moi j'avais décousu ma doublure de manteau, et je stockais des Babybel obtenus frauduleusement. A cause de toi, j'ai failli dévaliser une crémerie. Tu es un démon tentateur. Tentateur et pervers.
Quand on te fout dehors par la porte du frigo, tu reviens étalé sur une pizza ou en raclette. Tu sais fondre autant que résister. Et tu m'as tout fait, toutes les misères que tu pouvais imaginer.
D'un morceau d'Epoisse, tu m'as porté la poisse, car il a fallu que je t'avale le jour d'un rendez-vous important. Te dire que le dialogue fut empesté serait un euphémisme. J'ai contemplée, horrifiée, le nez de mon interlocuteur qui se plissait dans une moue de dégoût. Si ça se trouve, j'ai croisé l'homme de ma vie, que mon haleine chargée de moisissure et de vieux marc a fait fuir.
J'ai eu à faire face à d'interminables scènes de ménage parce que je ne savais pas résister à un morceau de Comté. Mon cher et tendre découvrait que j'avais englouti toute la portion et me passait un savon. Ce fût peut-être la cause de mon divorce. A coup de camemberts je me suis arrondie jusqu'à ressembler à une Mimolette vieille : ronde, orange, et piquée de trous sur le ventre et les cuisses.
Même pour mes anniversaires, plutôt que de m'offrir un gâteau au chocolat, bien moelleux, à la fin du repas, je recevais une roue de brie piquée de bougies. D'année en année, le diamètre de la roue grandissait. Forcément, il en fallait de la place pour les bougies. Et ma gourmandise que tu savais si bien titiller ne résistait pas à ton coulant juste à point qui me torturait d'envie.
Tu as fait de moi ton esclave, capable de me damner pour un petit Gervais, capable de supplier pour un bout de Munster, avec ou sans cumin, capable d'abdiquer ma dignité pour une Rigotte.
Et, dans ta grande malice, jamais tu ne m'as fait rencontrer un fromager, ni un crémier. Avec sadisme, tu m'a toujours alléchée sans jamais me combler de toi. Si au moins j'avais gagné mon poids, surtout à l'époque, en Ossau-Iraty, au moins je serais morte dans une grande débauche de toi, gavée, le foie juste à point pour être gras. Même pas. Tu as été pingre, tu ne t'es pas livré avec générosité, te contentant de ronronner dans le bac à légume, bien sûr qu'à un moment donné, je craquerai.
Mais, mon salaud, tu n'auras pas ma peau d'orange. Je te quitte, je ne passerai plus devant le rayon ou tu t'étales, sans pudeur, attendant que ta victime remplisse son panier. Je n'ai plus qu'une chose à te dire : Casse-toi, tu pues.

Mademoiselle Penny

 

 

fantasmes

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 13 très exactement. - Publié dans : Délires et souvenirs - Communauté : La gazette des blogs
Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 20:27

Le fouillis d'une vie s'organise parfois autour de celui, ou celle, qui devient « Toi ». Comme une peinture inachevée, un paysage foisonne, colorant des pans de toiles, là où d'autres sont laissés vierges, à barbouiller un jour prochain. Le fouillis d'une page blanche, dont l'immaculé est turbulent, s'agite, avide de mots, d'impressions. Le cœur dorlote un amour, un sourire, un souvenir. Et l'âme crève de la soif de « Toi », quand le corps rêve de s'oublier contre la peau de « Toi ». Fouillis des sentiments, fouilles de soi, archéologie d'une passion. On gratte la terre de ses ongles, jusqu'à mettre à nu la racine qui suinte du sang du désir. « Toi » bouleverse cette douce organisation qui rassure quand on se raconte, à peine convaincu, que les désordres de l'amour n'envahiront plus l'espace des sentiments. Emprisonné dans ce joyeux capharnaüm qui laisse traîner des dessous chics, on accroche des guirlandes aux fenêtres, on barbouille des poèmes sur les murs, on grave des initiales sur les pieds de chaises. Et le fouillis d'une vie s'organise autour de celui, ou celle, qui est devenu « Toi ».

 

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Mercredi 14 mai 2008 3 14 /05 /Mai /2008 19:03

Au plus profond de soi, s'entrelacent les écharpes des joies et les scories des larmes. Toutes les tristesses accumulées sont de charbon et d'améthyste. Toutes les allégresses remuent la nostalgie autant que les rires. Lorsqu'on visite sa vie, on l'écrit. Quelques fois, on met le doigt sur un souvenir que l'on croyait perdu. Il se met à briller doucement. Il ramène sa cohorte d'émotions. Alors, on le décortique, on l'observe. Un sanglot éclate comme une bulle, ou un gloussement chatouille agréablement le coin des lèvres. On attrape la gomme à sculpter la mémoire. Et l'on tricote. Une autre histoire. Comme le peintre retouche un détail qui jure dans la toile. Bien sûr, rien n'est vraiment voulu. Mais en calligraphiant se légende personnelle, peu à peu on enlumine les pages sombres. En cultivant son jardin des secrets, peu à peu, on défriche, on replante. Un saule pleureur se penche sur les chagrins qui sont devenus nénuphars. Et les bonheurs fleurissent dans une brassée de lilas. Les souvenirs, au plus profond de soi, entrelacent les écharpes des joies et les scories des larmes.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /Mai /2008 06:30

 


Au printemps, des brassées de fleurs colorent la ville. Les jardins s'habillent des corolles dressées qui murmurent que les jours grignotent la nuit, que la chaleur chasse les gelées matinales. Bien sûr, il y aura encore des pluies. Parfois le matin sera frisquet, illuminé de bleu, mais grelottant.
L'étrangère vole le frémissement des jonquilles qui dodelinent. Elle contemple les tulipes en parterre où se mélangent les jaunes et les rouges, qui se piquent de blancs.

 

 

 


Mais ce sont les pensées qui l'émeuvent le plus, discrètes, qu'il faut traquer entre deux buissons. Ces pensées, qu'elle sème en marchant et qui vivent, le temps d'une larme ou d'un sourire.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : La gazette des blogs
Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 09:44

Une flamme intérieure brûle, parfois brasier, parfois veilleuse. Elle brûle en chaque être si l'on a pris soin de la choyer. Elle vacille, souvent, quand elle se frotte à quelque mécréant qui voudrait bien l'étouffer. Parce qu'il est de ces méchants qui ont épuisé leur oxygène et qui ne supportent pas que brasille, chez l'autre, un feu follet. Alors, ils arrosent de leurs malaises, de leurs angoisses, cette lumière que l'autre protège encore. Ils piétinent leurs rêves, ils les enferment dans une cage. Jusqu'à ce que leur proie s'éteigne. Mais, et la vie est bien surprenante, un jour elle ouvre une page où le maître des feux de joie vient ranimer la braise qui s'amenuisait doucement. A petits mots, à tendre gestes, il souffle sur le brandon, jusqu'à ce qu'une étincelle annonce un flamboiement. Quand un funeste destin vous a jeté dans les griffes d'un sorcier, et que le temps est passé suffisamment, l'on reconnaît son magicien, au premier regard, au premier sourire. Il possible que le magicien ne soit qu'étoile filante, il peut aussi s'installer au coin de l'âtre. La leçon, en tout cas, est apprise : la flamme intérieure qui brûle, parfois brasier, parfois veilleuse, il ne faut pas laisser un autre, un qui passe, la noyer. Il faut la confier au magicien des feux de joie.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Lundi 12 mai 2008 1 12 /05 /Mai /2008 05:10


 

Saint-Etienne de Furan était un petit village de métallurges, posé au fin fond d'une vallée froide, adossé à la colline du Mont-d'Or, en bordure d'une rivière aujourd'hui enterrée, le Furan.
Les gagats, les habitants du lieu ramassaient le charbon, à même le sol, bien avant que les gueules noires n'occupent les cités construites par les Houillères. C'est ainsi que se sont développées, très tôt, des activités liées à la forge, la coutellerie, à l'arme.
Eclipsée par Lyon la grande bourgeoise, Sainté est devenue la ruche, l'humble où se sous-traitaient les petits métiers. Elle a gardé, de cette époque modeste, un goût pour la discrétion, préférant grandir tranquille à l'ombre de ses puits de mine et de ses frimas. La ville est perchée, entre cinq cents et six cents mètres. Avant même de la quitter, en partant sur la vallée de l'Ondaine, il y a une pancarte qui indique un col, à 641 mètres d'altitude.
Sainté est une laborieuse, sérieuse, où l'arme et le cycle ont eu leurs heures de gloire. C'est aussi là que, quand les grands soyeux lyonnais tombaient un mètre de brocard, les gagats tissaient deux mètres de rubans dans leur cuisine. Ce passé de passementerie a légué de hautes demeures, puisque les métiers, à mécanique Jacquard, étaient installés à domicile, la mère passant indifféremment de la tambouille à la quenouille.
L'étrange étrangère se dit qu'elle pourrait raconter bien des choses sur cette ville, où elle n'est pas née. Mais, arrivée à l'aube de l'adolescence, entre ces rues qui étaient encore charbonneuses, elle est tombée en amour. Parce que, entre le noir de la poussière et le vert de l'ambiance, une humanité gentille accueillait le rapporté. Jamais elle n'a trouvé, sur son sol, autant de joie et de générosité qu'ici. Ici, si vous vous perdez, il y aura toujours un stéphanois pour vous aider. Ici, dans le tram, on vous parle, on vous sourit. Sainté la douce, à taille humaine, embellit de jour en jour, elle tourne le dos, peu à peu, à son passé douloureux, douloureux d'avoir été longtemps oubliée, aux marches du Massif Central.
Pourtant, qui se souvient qu'à Sainté est née la première ligne de chemin de fer française, qu'ici la machine à coudre à vu le jour, que l'inventeur de la turbine était stéphanois ? Qui sait que le Musée d'Art Moderne abrite la seconde collection de France, après Paris ?


Peu à peu, les façades se couvrent de jaune, lui donnant un air de provence. Un jour, on parlera de Sainté la lumineuse, c'est sûr. Sainté la joyeuse où il se passe toujours quelque chose, si forte d'un tissu associatif dense et surprenant... il existe encore des clubs de sarbacane. Sainté, petit à petit, apprend à s'aimer.




Quelques liens :

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - France - Communauté : La gazette des blogs
Dimanche 11 mai 2008 7 11 /05 /Mai /2008 10:04

It's me

Riyad Clarence

Murmures musicaux

 

Les morceaux de musique qui rythment ma vie...


 

 

Et la musique classique...


 

 

La musique d'ailleurs...

Passer...

 

Hier soir, à minuit,
vous aviez été

235 252
 à visiter mon univers...

00041548  

 
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