Ah ! Ville rigolote qui conjugue ses dimanches en de populaires agapes. L'étrange étrangère apprécie son quartier où se fabriquent de petites usines à rêves. Où se bricolent de chaleureuses rencontres qui parlent de peinture et de musique.
Ce jour, sur la place, se tenait une brocante d'artistes, un marché de l'échange de toiles. Il y avait là
tous les styles picturaux qui se côtoyaient, une buvette, un orchestre. De quoi éclairer un ciel que la grisaille chagrinait.
Un concours avait été organisé, qui consistait à croquer un détail, un lieu, une ambiance. Un dizaine de barbouilleurs, amateurs ou professionnels, s'étaient frottés à la toile.
Du coup, elle avait transformé sa chambre en atelier, passant une dizaine d'heures le nez dans la couleur, les doigts dans l'acrylique, pour un résultat très moyen. Jamais elle ne saurait mettre
les images qui peuplent ses émotions, en coups de pinceaux. Quand les formes lui échappent, les mots s'inscrivent. On ne peut pas vouloir tout maîtriser. Les mots la comblent, ses rêves sont
d'amour, ils ne sont pas au format portrait ou paysage.
Même Médor s'est baladé libre sur la place, se faufilant de stand en stand, reluquant sous les jupes des filles, reniflant le jambon ou le beurre. Sympathique, ce foutu canidé, curieux comme un singe et timide comme un paresseux, pataud et dodu.
Les œuvres barbouillées par tous ceux qui avaient eu le courage de se coller au défit, ont fait l'objet d'un
classement. Bien sûr, la cathédrale flamboyante ne pouvait pas arriver dans les premières, il y avait tant de talents qui s'étaient alignés. Mais l'important, c'était d'être là, de savourer cette
chaleureuse convivialité qui raconte que sa ville pense au nord, et s'assoie aux portes du midi.
Même la buvette se donnait des allures de guinguette, un petit vin blanc et la saucisse bien chaude dans sa moutarde. Ben voui, à peindre sans arrêt parce qu'on ne sait pas, on en oublie de se
sustenter.
Du coup, c'est bien stupide de haïr le dimanche, surtout quand on peut guincher sur du musette. Sans doute que l'étrangère rêvait d'entendre et de contempler un beau chanteur marocain qu'elle a croisé, un jour, sur un bateau... une voix et quelques notes de musique... un regard et un sourire. Mais c'est une autre histoire.











Vos murmures