Hier soir, parce que la douleur chevillesque me titillait, je me suis avachie devant la téloche. L’émission : Infra rouge
sur la 2. Une heure vingt d’émotion, d’estomac qui gargouille, de colère aussi. C’est l’histoire d’un flash-back. Celui du réalisateur David André qui retourne voir les protagonistes d’une
exécution capitale dans l’Oklahoma aux Etats-Unis.
Sean Sellers a passé 13 ans dans le couloir de la mort, à attendre, à épuiser tous les recours. En 99, il a 29 ans, il est
à quelques jours de son exécution. L’interview est poignante. Il raconte tranquillement son enfance, ballotée, abandonné par son père. Bref, la misère ordinaire des laissés pour compte. Une mère
qui s’absente trop souvent parce qu’elle est chauffeur routier. Il faut bouffer.
Et puis l’adolescence qui bascule dans les cultes sataniques. Il assassine sa mère, son beau-père, et un épicier lors d’un
braquage. Il prenait des drogues, fumait, buvait. A 16 ans, il devient le plus jeune condamné à mort des Etats-Unis.
Moment sordide, l’audition pour la demande de grâce, prison à vie contre la vie. Chacun parle, l’avocat, la famille des
victimes, et le condamné. Cinq personnes écoutent : cinq « non ». La famille, avec laquelle il a grandi, qui réclame sa mort. Il sait que personne n’a été gracié en Oklahoma. Il demande
pardon. L’avocat raconte qu’il ne faut pas éteindre la lumière d’une bougie, dans le noir du couloir. Cinq personnes écoutent : cinq « non ». Des militants contre la peine de mort, des amis de
Sean sont venus demander qu’on l’épargne. Cinq personnes écoutent : cinq « non ».
Et puis ils ont été à l’exécution, mais le procureur, celui qui a obtenu la peine de mort, n’a jamais été à l’une des
exécutions qu’il a obtenues. Jamais.
Mort par injection létale. Intraveineuse, on attend que le corps soit bleu. C’est sans douleur, il paraît. La fille d'une
des victimes dit : "Il s'est endormi sans douleur, il a été euthanasié, comme on euthanasie un chat ou un chien... ".
Dix ans après, le réalisateur retrouve les « acteurs » de cette histoire. Mais rien n’est consolé. Les enfants des victimes
pleurent encore la perte d’êtres aimés. Ils vacillent entre froideur et culpabilité. Parfois ils se justifient. Quelque part, je crois qu'ils ont honte.
L’avocat qui a essayé de sauver Sean déteste son métier désormais.
Les gardiens, qui pratiquent les exécutions, racontent. Ils doivent être professionnels. Maître mot « Professionnel ». Ils
ont tous dans le regard une tristesse qui les ronge, et qui les rongera peut-être physiquement, un jour.
Mais le pire, le plus insoutenable, c’est le procureur. Ce type de procureur qui se fait une gloire d’être le champion de
la peine de mort, aux Etats-Unis. Vieilli, amaigri, malade, profondément croyant, et qui ne doute pas.
Quand le réalisateur lui pose la question, puisqu’il va mourir et qu’il faudra bien qu’il rende compte de son existence
:
« Croyez-vous que Dieu soit pour la peine de mort ».
Grand silence. Je crois qu’il ne s’était jamais posé la question.
Depuis, la peine de mort est interdite, en Oklahoma, pour les mineurs.
Pour revoir l’émission : Une Peine
infinie
Vos murmures...