Mille et un jours. Combien de temps a-t-il fallu pour que sorte de terre ce palais, palais comme un bijou. Aux reflets des luminaires colorés se raconte l’histoire d’un conte. C’était le palais du jeudi où les odalisques attendaient leur seigneur. Gynécée, harem, havre des femmes. Dans la basse casbah.

Cette belle demeure, aux richesses colorées, est devenu un musée. Il propose des expositions. Ce jour-là, c’était autour de l’écriture, enluminure et calligraphie. Des arabesques légères pour des mots saints. Des artistes dans un écrin.

 

Palais Mustapha Pacha2

Mille et un jours. Sans doute le temps qu’il faudrait pour découvrir tous les recoins du palais. En saisir la beauté qui se niche dans une céramique ou au fil d’un garde-corps. Je m’imagine errer sans penser le long des arcades richement décorées. Le stuc déroule ses volutes. Errer sans penser… Retrouver le goût de se laisser bercer par le ricanement des mouettes et les odeurs de la vie. Un silence incroyable apaise le lieu. Dehors, la vie grouille. Et, encore plus bas, les échoppes étalent d’innombrables chinoiseries. Ici, l’histoire d’un empire s’écrit. Dehors, l’avenir s’essaie.

 

Palais Mustapha Pacha1

Mille et un jours. Le temps qu’il faudra pour que le souvenir se dilue. Je garderai la sensation de mettre mes pas dans les pas d’un autre temps. Ce palais, il est le futur de la casbah. Quand enfin Alger se relèvera de ses blessures. Alors elle ira par les montées et les ruelles rafraîchir les façades, ouvrir les jardins. Elle s’épanouira.

 

Palais Mustapha Pacha27

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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 20:43

J’ai un monde à moi, qui vadrouille entre coups de becs et coups de blues. Et dans ce monde-là, fort heureusement j’ai un refuge. Mais ce refuge n’a de sens que parce qu’il contient les symboles qui m’accompagnent. L’être humain est tout habité d’allégories, qui mettent en images les émois. La carcasse qui m’accueille, ainsi que son décor, importent peu. Je peux les quitter demain, je les quitterai. Viendront, dans mes bagages, les habitants de ce petit monde, dont j’ai commencé l’histoire au fil de ma nostalgie. Angélo l’ange joufflu ou Boubou le bouddha dodu ne me contrediront pas.

 

majali

Un matin de Noël, Majali la rose guerrière était là. Tenant son bâton et son amphore. Comme chacun de ces personnages que je collectionne, elle murmure dans mes nuits. Elle m’accompagne dans mes doutes. Elle est celle qui lutte, et qui me sauve, du coup. Quand, après avoir courbé l’échine et encaissé, enfin je peux relever le nez, c’est elle qui me sourit. Et quand, bien qu'ayant peur du conflit, ou de briser des liens, je me secoue enfin, souvent avec maladresse, je l’entends me souffler, doucement, à l’oreille…

« Cesse d’être lâche. Tu n’es pas un chiffon que chacun peut frotter sur son sol. Ceux qui te reprochent de trop encaisser sont aussi qui en usent et en abusent. Et quand tu secoues enfin ta léthargie, que tu as des velléités de révoltes, alors tu es punie. On t’écrabouille un peu plus en s’attaquant à tes rêves. Tu es prisonnière ? Libère toi de tes chaines. Moi, Majali la rose guerrière, je suis à tes côtés ».

Attentive à ses murmures, j’ai compris qu’il était venu le temps de tourner des pages. Et je les tournerai.

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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 19:51

La versatilité des âmes humaines bouleverse sans cesse le filigrane des devenirs. Comme une vague, les jours fluent et refluent. Une larme accouche d’un sourire. Un sourire sombre dans les larmes. Ainsi que la barque échouée sur une côte trouée, les amitiés prennent l’eau, ébréchées quand un galet s’en vient frotter la coque. Les causes jolies s’enlaidissent à force d’être réformées. Pourquoi faut-il que les orgueils écrabouillent ? À force d’escarmouches, on se prend à rêver d’une absolue solitude. Et, à force, on la désire. Que survienne l’intolérable, la terrible certitude d’être utilisé, manipulé, avec souvent, son propre consentement, sa complicité, voire un indéniable intérêt dont on ne mesure ni la nature ni le prix, alors, dans un éclair lucide, on choisit. Et on assume le choix, entraînant dans sa chute toutes celles, tous ceux qui ont, au fil des jours, parce qu’ils vous aimaient trop ou pas assez, parce qu’ils vous aiment d’un amour qu’on ne pas peut rendre, brassé et malmené vos jours. Il en a fallu du temps, pour qu’enfin, l’on se réveille et qu’éveillé, la réalité devienne un cauchemar. Et puis, un matin, alors qu’un soleil voilé disperse une lumière douce, on découvre qu’on s’en fout. Et que tout est destiné à une mort certaine. Le filigrane des devenirs bouleverse sans cesse la versatilité des âmes humaines.

 

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Samedi 9 juillet 2011 6 09 /07 /Juil /2011 11:49

Des fois, le moral baisse et les mots râlent… D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai rêvé que d’une vie tranquille, d’un toit modeste, d’avoir le goût du travail et suffisamment pour manger. Mes deux seuls luxes ? De quoi écrire et une moto pour aller vadrouiller sur les routes de campagne. Et même l’engin, il ne m’est pas indispensable.

La richesse n’est pas l’allégresse, je n’ai pas envie d’être riche, j’ai juste envie d’être heureuse.

Qu’est-ce que le bonheur, finalement ? Plus on avance dans la vie, plus la réponse à cette question échappe. Pour moi, il est tout petit et caché. C’est juste avoir l’esprit libre des liens qui enchaînent. C’est regarder le matin en remerciant parce qu’il fait beau, ou qu’il pleut, ou qu’il neige. C’est savourer un plat de riz blanc, ou une tomate. C’est finir le mois sans argent, mais sans en devoir. C’est pouvoir rêver le soir, dans mon lit, sans qu’aucune pensée ne vienne perturber ma rêvasserie, dormir paisiblement. C’est chanter sous la douche. Respirer.

Je suis à la croisée des chemins. Aujourd’hui, je vais devoir choisir mon énigmatique avenir…

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Vendredi 8 juillet 2011 5 08 /07 /Juil /2011 18:18

Citadelle accrochée à une colline. Blanche comme Alger. Et, comme elle, défraîchie, éventrée. Inscrite au patrimoine de l’Unesco.

Qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que cette distinction la sauve, cette Casbah ?

Belle la Casbah. Faite, comme les vieilles villes que j’ai pu visiter au Maroc, de bâtisses aux façades discrètes. Et qui abritent sans doute des merveilles de délicatesse et d’art de vivre.

Je respire l’architecture. Je n’aime que les vieux pays, saturés d’histoire. Il est possible que je me trompe, mais l’âge, hommes comme civilisations, polit la bêtise, fabrique l’acceptation et la tolérance. En tout cas, ça devrait.

Ici, je hume l’histoire.

 

balade casbah1


Au fil des ruelles, des montées en escalier, que je descends d’ailleurs, il me revient tout l’imaginaire véhiculé par le partage d’années communes. Algérie et France, sœurs de passage, mais sœurs tout de même.

Et, surtout, ce film, romantique en diable, qui a imprimé dans mon enfance l’envie d’aller voir : Pépé le Moko. Exaltée à souhait cette casbah. J’ai envie de croiser des mauvais garçons et des femmes fatales, futiles et inconscientes. Un univers à la Duvivier.

Les années communes… Même sensation qu’au Maroc : je suis d’ici.

 

balade casbah7

Au loin, la mer. Et le cri des mouettes. Imagination qui s’envole, comme les oiseaux. Qu’elle est belle cette casbah qu’il faudra bien, un jour, farder de neuf. Le sens de l’humanité, être humain, c’est aussi se préoccuper d’autrui.

Il n’est pas de religion qui n’ait, sous une forme ou une autre, une parabole du bon samaritain… Prendre soin de l’étranger. Et, dans ces pays, je parle des pays du Maghreb musulmans, cette vertu est présente dans chaque mot, dans chaque geste. Même si les dégâts de la consommation à l’occidentale font, peu à peu, leur lit. Consommer, c’est nous enrichir, nous… Pensez à cela amis Algériens. Consommez, mais raisonné.

Et le reste de l’argent, il doit servir à embellir votre vie : musique et art. Architecture et partage.

Je vous aime.


balade casbah3

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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 22:46

C’est la mode, l’initiale, allons z’y ! Moi c’est SDLL : Salers de La Loire… ou PT, pour Pénélope Timiste, mais ce n’est pas très élégant.

Monsieur Copé, dit JFC, à ne pas confondre avec JFK, Kahn bien sûr, à ne pas confondre d’ailleurs avec Kahn Strauss, à ne pas confondre avec Johann… Euh !

Donc, JFC s’amuse, depuis un temps certain, à parler, pour ne pas dire meugler… En fait, c’est quand même un peu son métier, à ce brave Monsieur. Il rappelle, à tour de télé, que la droite est respectueuse et silencieuse, et qu’elle éprouve une considération quasi religieuse en ce qui concerne la présomption d’innocence. Ça reste à voir. Les mots de l’éminent M. JFC se ressemblent en général. Seul le ton change, du véhément au larmoyant, du doctoral à la leçon de morale. Admettons.

Je ne discuterai certes pas de la forme, déplorable, que les affaires EW –Éric pour les intime- et MAM –Michèle pour sa famille, à ne pas confondre avec le Musée d’Art Moderne- ont prises, forme qu’il serait outrecuidant d’imputer à la seule gauche. J’aurais tendance à penser que l’outrance et l’indécence sont devenues les deux errances de la France. Et j’aurais également envie de penser que le Présidents-qui-frétillent n’est pas pour rien dans ce triste destin. À force de s’afficher, il a peint de ses petites mains les panneaux publicitaires. Il a permis à tout ce que le pays compte comme fouille-mélasse et cherche-crottes, de s’en donner à cœur-bonheur.

Malgré tout, du fond de mon pré provincial, il me vient comme une régurgitation. Normal pour un ruminant. Un truc qui m’explose à la figure comme un rôt de bébé. C’est que ces affaires ne sont pas du même ordre… Et ça, ça fait quand même une sacrée différence.

On a reproché à EW et à MAM quelque chose qui ressemble à du conflit d’intérêt ou à des privilèges obtenus dans le cadre de leurs fonctions électives. Il me semble que l’affaire DSK est d’un autre ordre. Alors, quand la gauche demande des explications à EW et MAM, elle est dans son rôle, forme mise à part, et encore. Et quand la droite la ferme dans l’affaire DSK, elle est également dans son rôle. Ya donc pas de quoi pavoiser.

C’est dit, ça faisait un moment que ça me chatouillait.

 

ramasse-crottes

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Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 19:01

 

 

Vu à la télé, ce soir… Et pris sur le vif, parce qu’il ne faut pas oublier. Que, pour savoir où l'on va, encore faut-il savoir d'où l'on vient, avant de se demander comment on y va...

 

fp

C’est l’histoire de ces hommes, de ces femmes, sans qui, aujourd’hui, nous trimerions comme des esclaves, pour trois sous de l’heure, tout en baisant la savate salie d’un patron méprisant…

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

1936 : La France est-elle en révolution ? La grande grève. Contre la misère et l’exploitation. La fin du couchage à la paille, comme la fin, autrefois, du servage et de la corvée… On s’en fout, des paysans.

Visages de patrons anéantis parce qu’ils devront partager la richesse…

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

La Peur, avec un grand P, des Soviets, cette horreur dont nous connaissons, rétrospectivement, l’ignominie. Et les femmes n’ont toujours pas le droit de vote.

Pétain, viscéralement hostile au front populaire, est là, aux aguets, campé dans le nid douillet d’une droite extrême.

Mais… La France a-t-elle vraiment changé ?

Et si la Elle basculait dans une dictature militaire ? Alors Salengro saisit son bâton de pèlerin, afin de convaincre les ouvriers de reprendre le travail. Ouvriers, dans un été de fête, qui ne demandent que des conventions collectives, un salaire décent, et… du respect. Ni casse, ni sabotage, juste des bals musettes, du saucisson et du pain. Les machines sont astiquées, pour être pimpantes au moment de la reprise.

Thorez : « Il faut savoir arrêter une grève ». Après des semaines de kermesse, le travail reprend.

Les premiers congés payés. L’émerveillement de ceux qui n’ont jamais vu la mer. Les enfants apprennent le sens du mot « vacances ». Il a le goût de l’eau salée.

L’été 36, c’est le premier où le temps de vivre rachète les chagrins de toute une vie. Merci, Monsieur Blum. Grâce à vous, j’ai vu la mer…


guernica

 

Et puis, de l’autre côté des Pyrénées, un jeune général. Il a le soutien de l’église, catholique évidemment, on en connaît les méfaits quand il s’agit d’opprimer. Et puis celui de la bourgeoisie. Évidemment, on en connaît la duplicité quand il faut préserver quelques sordides privilèges. Quand Blum se ressent comme un salaud, parce qu’il ne pourra pas bouger. La politique, c’est sale, finalement. Plus que la vie humaine, le poids des forces et la force des partis…

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?


mariane36

 

En France, après une hausse subite des prix, les augmentations de salaires, arrachées quelques mois plus tôt, fondent comme peau de chagrin. Le patronat ne réduira pas ses marges. Qu’ils crèvent ! Leur salaire financera leur gratification. Des fois qu’ils devraient se passer de danseuses. La bourse prend sa revanche. Grève des capitaux, fuite de l’épargne. Décidément, on n’aime pas partager dans ce monde-là. Dévaluation du franc de 30 %.

Blum comptait sur le civisme de la finance française. Dans le baba ! Étonné ?

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ?


paysans36

 

Pour les paysans, rien n’a évolué, sinon que la vie est plus chère. Les paysans … La terre, monsieur, ça ne se partage pas. Et, déjà, le problème des charges… Rien de nouveau. Le grand emprunt. Rien. Caisses vides. Plus d’investissement. Économie en berne. Le mur de l’argent. Pause dans les réformes…

Mais… Le monde a-t-il vraiment changé ? Je me souviens… 1981.


croixdefeu

 

Les croix-de-feu… Bizarre… ça vous rappelle quoi ? Ils se disent socialistes et populistes, et haïssent le juif Blum. Viscéralement catholiques. On n’exprime plus la foi en un projet politique, juste le rejet de l’autre. Naissance d’un parti fasciste, xénophobe, antisémite… Mais aux yeux de l’électeur modéré, loin du pouvoir, donc moins dangereux que les communistes.

Des fois, il ne faudrait pas penser…


dalladier

 

Dalladier, flirtant avec l’extrême droite, attend son heure… Offrir la peau de Blum au monde des affaires. À l’été 37, les congés payés reviennent. Les enfants d’ouvriers vont en colonie. Les petits réfugiés espagnols aussi. Le plein air est à la mode. Le camping et les auberges de jeunesse. Et puis le cinéma. Franco écrase les républicains. Hitler réarme l’Allemagne, ses ouvriers travaillent 60 heures par semaine… Quand Hitler annexe l’Autriche en mars 38, la France n’a plus de gouvernement. La valse des petits arrangements entre amis a commencé. La Droite ricane. Le Front Populaire bat de l’aile. La guerre menace. Vers qui se tourner ? Le gouvernement d’union nationale ne verra pas le jour. La droite modérée refuse… Dalladier arrive au pouvoir, avec la bénédiction du communiste Thorez. La parenthèse enchantée se referme, retour aux 48 heures. Plus de semaine des deux dimanches. Encore une grève… L’aubaine pour Dalladier, qui voulait se débarrasser des bolcheviques. La police se déchaine. Licenciements de grévistes, exclusion des responsables syndicaux, poursuites et peines de prison. Le 30 novembre 1938, le front populaire est enterré dans les rues où il est né. Le patronat respire, il a conservé son pouvoir, l’ouvrier retourne à son esclavage. On connaît la suite.

Le monde a-t-il vraiment changé ?


mobilisation

 

Une partie de la droite et du patronat se jette dans les bras de Vichy. Ils n’ont jamais pardonné le Front Populaire. L’heure de la revanche est venue. Il faudra attendre 1944, De Gaulle, pour que les ouvriers retrouvent une place dans la société. Le Général s’allie aux socialistes et aux communistes. Le pays était à reconstruire. Les ouvriers l’ont fait.


reconstruc

 


 

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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 22:29

La vie d’au-delà de la mer rattrape parfois. À l’aune d’un texto ou d’un écueil. Le ciel bleu léger d’Alger sombre dans l’orage d’un ratage. Assaillie d’angoisse. Je me suis coupée, l’espace d’un instant, du monde chaleureux qui m’entourait… Retrouver un peu de calme.

Absente… Le monde « moderne » se fout que vous ayez besoin d’autre chose par moments. Il vous embarque dans son mouvement écrasant. Comme si vous étiez à son entière disposition. Ce monde vous invente des besoins que vous n’avez pas. La moindre seconde se doit d’être rentabilisée, monnayée, optimisée. Ah ! Le mot « optimiser » ! Rien à voir avec « optimisme ».

 

mausolee2


Un mausolée. Le Saint-Patron de… je ne sais plus. Un espace hors du temps. Quitter ses chaussures et se poser sur les tapis. Des femmes, des hommes. Des hommes qui prient, récitent le Coran. Et des femmes qui se recueillent. Le tombeau, couvert de tentures chatoyantes, trône sous la coupole.

 

mausolee3


Je voudrais être seule. D’ailleurs, je me sens seule dans une vie qui ne me ressemble pas. Ma vie à moi, elle est au milieu des « comme moi », les gens du peuple. Elle regarde vers l’entraide et la solidarité. Elle est loin du « tout pour ma gueule ». Et le monde dans lequel j’évolue, chez moi, n’est marqué que de ces sceaux-là : pognon et pouvoir. Pouvoir sur l’autre, par le fric ou le chantage affectif. Ma vie ne m’appartient plus.

Je me suis assise au milieu de ces femmes que j’ai regardées. Certaines pleuraient, d’un chagrin inconsolable. De cette détresse dont on sait qu’elle laissera des rides et des cicatrices. J’avais envie de sourire tristement, mais ma gorge se serrait. C’était, ici, dans ce lieu de dévotion, toute la misère humaine qui, furtivement, marquait les visages.

Au bout d’un moment, à force d’oublier et de m’oublier, une paix relative m’a envahie. Les lieux de cultes sont lieux d’allègement, quels qu’ils soient. Dieu est là. Sans juger ni préjuger. Juste une lumière qu’il appartient à chacun d’apercevoir. Dieu ne punit pas, jamais, il console, c'est son unique mission.

 

concert

 

Et puis ce concert. Une pianiste dont je ne me souviens plus le nom. Dans la salle de l’Institut Supérieur de Musique. Un lieu intime, un cocon. Et Liszt. Brio du piano qui gémit sous les mains expertes. Juste respirer la mélodie.

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Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 20:04

Je suis une française très moyenne. Et parfois sympathique. Mais là ! Je bouille ! J’écrabouille ! Je m’embrouille ! Je gribouille ! Je douille ! Je niquedouille ! Je fouille ! Je vadrouille ! Je farfouille ! Je patouille ! Je m’débrouille ! J’en bafouille ! Je zigouille ! Je verrouille et je carabistouille ! Je tripatouille et je touille ! Ça m’chatouille et ça m’gratouille! Ouille ! Ouille ! Ouille !

Foutoir et boudoir sont les deux saloirs de la politique française. Comment dire ? L’électrice que je suis sait (à peu près) ce qu’elle veut et ce qu’elle ne supporte plus.

 

Ce que je veux…

  • Qu’on me parle de moi (enfin, au sens citoyen), de mes soucis, de mon pouvoir d’achat, de ma retraite, de mon avenir…
  • Qu’on me raconte une Europe unie, solidaire et protectrice, qui ne sombre pas dans la bataille du commerce extérieur, au profit de quelques-uns…
  • Qu’on s’occupe enfin de ceux qu’on a abandonné depuis des lustres : les noirs, les verts, les jaunes, les roses, les rouges, les blancs, les marrons, les gentils, les méchants, les courageux, les faignants, les bavards, les muets, les voyants, les aveugles, les doux, les mous, les fous…
  • Qu’on oublie le Sarkonain et La Blonde à Jean-Marie…

 

Ce dont je me fous…

  • De l’usage de la sexualité chez les politiques. Qu’un homme soit un cavaleur, ou une femme une couguar… ça ne me concerne pas. Pourvu que ce ne soit pas pendant les heures de travail, ni que ce soit des cochonneries répréhensibles au sens pénal. Ah !
  • Qu’il ou elle aime les Porschie, Les Ferrara, Les Lambormimi plutôt que les Kangooroo, c’est pas moi qui conduit… Pourvu que ce soit lui qui paye la bagnole, l’assurance et le carburant. Ah !
  • Qu’il se fasse construire un cabanon ou un castel… C’est pas moi qui fait le ménage et qui paie les moellons. Faut juste que ce soit avec son salaire pour un emploi non fictif. Ah !
  • Qu’il s’en remette à Yahvé, Vishnou, Bouddha, Allah ou Jésus, plutôt qu’à personne, ne me concerne pas. Pourvu qu’il ne m’oblige pas à croire comme lui, ni que je l’accompagne dans ses ablutions et autres dévotions. Ah !

 

J’ai juste envie que ce pays, celui de Camus et de Rabelais, retrouve un peu de décence et de grandeur. Et qu’on ne confonde pas l’être humain dans son intimité et celui qui œuvre aux manettes. Que l’on nous parle de projets, pas de sujets.

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La révolution des p’tits papiersC’est là.

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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 23:10

Cette jeunesse si vivante… et si vibrante ! Quand sont-ils nés ? Sans doute un peu avant ces années de tant de haine, ou pendant. Comment ont-ils grandi ? Dans un monde où la culture agonisante, tentait de reprendre son souffle. À Bab El Oued, une bande de joyeux drilles se fabrique du bonheur, en jouant de la musique. C’est leur cause. Ils gagnent, d’instrument en concert, le droit de dire et d’exister, autrement que sous la férule de quelque censeur. Ils se ménagent des bulles de grâce.

Ici, dans ces locaux, on répète. En sous-sol. Mélodies en sous-sol. Des choix contemporains, plutôt rocks. Même si la musique chaâbi se faufile de temps en temps.

Ils sont sérieux, et pratiquent sérieusement. Vincent le luthier est venu partager son savoir de luthier. Ali le facteur de cuivres est venu partager son savoir de facteur de cuivres… Les filles et les garçons se sont groupés autour du docteur des guitares, du docteur des saxos, avec enthousiasme. Chacun a appris un geste, a voulu comprendre. En Algérie, réparer, régler son instrument de musique relève de l’exploit, ou des moyens de l’envoyer en Europe…

Ambiance studieuse, émaillée de rires, de questions. Et la grande joie d’avoir gagné, qui de l’autonomie sur les réglages essentiels, qui un son d’une qualité qu’il n’imaginait pas

 

jeunesse2       cuivre

Cette jeunesse si vivante… et si vibrante ! Ils parlent un français remarquable, à faire pâlir d’envie bien des bacheliers. Pas de cette langue amoindrie, dénaturée qui ressemble à un phénomène de mode, et qu’on entend, du supermarché jusqu’à la scène; ici. Ils ont la langue belle, quand nous la méprisons. Vocabulaire foisonnant et grammaire impeccable. Mon nouvel étonnement… Il y a bien des années, une amie algérienne m’avait dit que son pays s’arabisait, et que Molière cédait la place. Pas tant que ça. Et toutes ces librairies, qui ouvrent leurs étals sur les rues, me donnent sans doute le début de l’histoire. Ils lisent.

 

jeunesse3

Encore une fois, ils ont peu, et apprécient du coup, ce qu’offre la vie en matière de loisirs et d’approche culturelle. D’ailleurs, dans les locaux de SOS, il y a de jolies toiles. Et j’aime bien celle-là…

 

toile

Cette jeunesse si vivante… et si vibrante ! Qui a organisé, pour Vincent dont c’était l’anniversaire, un goûter festif. Gros gâteau et boissons gazeuses. Je ne résiste pas à la dédicace en pâte d’amande…

 

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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 18:44

Dans ma famille, les vieilles sont coriaces, pas les vieux. Les vieux sont mous, pas les vieilles. C’est pour ça qu’il ne reste que l’élément femelle, qui atteint souvent un âge avancé, multi canonique, pour tout dire. Jeanne Calment doit faire le ventilateur l’éolienne (c’est plus propre) dans son mausolée… Les vieilles de ma famille sont de la carne imputrescible ! D’ailleurs, il est certain que je me prépare à rejoindre la communauté des rassies. Mais, dans un éclair de clairvoyance, comme une injonction divine, j’ai choisi, moi, de ne pas me reproduire, afin de briser cette malédiction.

Et les batailles d’ancêtres, dans ma famille, prennent les proportions de celle dites « les champs catalauniques ». Entre Empire Romain, Huns et Vandales, Il y a toujours une aïeule qui reste aplatie sur le terrain ! Comme un steak sous la selle d’Attila.

C’est juste pour esquisser l’ambiance…

Depuis quelques jours, ma grand-mère avait déclenché une algarade contre ma tante Tamalou. « Tamalou », c’est le diminutif de « Tamara-Marie-Lou ». Les deux pestes, sœurs au demeurant, se disputaient pour un bout de terrain situé en limite de leur propriété respective. Nul ne se souvenait plus du début de la querelle. En fouillant dans les archives de la famille, il me semble qu’elle date du début du siècle dernier… Mais cela reste à vérifier.

Il faut dire que poussait, sur cette petite parcelle, un superbe mimosa. Quand il fleurissait, à la fin de l’hiver, l’air embaumait de cette odeur sucrée qui raconte la Provence. Sauf que, puisque plus personne ne savait à qui il appartenait, les deux harpies le revendiquaient. Tous les soirs, au moment de la floraison, les deux mégères s’asseyaient, chacune de son côté, sous l’arbre vénérable. Armées jusqu’aux dents, les mémés. Je suis sûre que si l’une d’elle avait tenté de cueillir un bouquet, l’histoire se serait terminée en bain de sang. Du genre Pat Garrett et Billy The Kid.

Elles avaient tenté l’impossible pour arracher l’acte de propriété auprès de tous les notaires du pays : corruption, séduction, prostitution, pression, intimidation. Je crois même qu’un de ces pauvres bougres a laissé un pied, en marchant sur une mine, un matin qu’il avait répondu « non » à une requête malhonnête…

Ma grand-mère, sorcière à ses heures, entre midi et deux plus précisément, décida, pourrie d’amertume à force de broger, de marabouter sa sœur Tamalou. Elle s’enferma dans son laboratoire, et je l’entendis marmonner tout le temps que dura son maraboutage.

Ma grand-mère détient des techniques très anciennes. Cependant, comme elle est une fin de dynastie, son pouvoir s’est amoindri. D’une génération à l’autre, les sortilèges sont de moins en moins terribles. D’ailleurs, moi-même, le seul maraboutage que je réussis, et pourtant je m’entraîne, c’est la transformation de la crème chantilly en beurre rance. Ma grand-mère, elle, maîtrise encore quelques tours, mais, souvent, le résultat est inattendu.

Bref, quand elle sortit, enfin, de son antre, elle tenait une petite fiole remplie d’un liquide noirâtre. Elle aboya l’ordre d’aller lui chercher un pulvérisateur dans la cabane du jardin. Évidemment, j’ai obéi à la vitesse de la lumière. C’est que j’en ai peur, de ma grand-mère… Et je revins, encombrée de tout ce que la cabane comptait qui ressemblait à un pulvérisateur. Je n’avais pas envie d’oublier le seul qu’elle aurait voulu. À cette époque, je n’avais presque plus de poils, à cause des divers déboires que j’avais eu à subir, et je n’avais pas envie de me retrouver entre les pattes de la vieille.

La mémé versa le contenu de la fiole dans l’un des ustensiles. Et ajouta un peu d’eau. Je la vis partir en direction du mimosa.

Je suis curieuse… Je montai sur la terrasse de notre demeure, et, l’œil collé à la lunette astronomique, je l’observai. J’avais du mal à régler la focale, ce qui fait qu’au début, je ne voyais que sa bouche, où elle avait fait remplacer sa dernière dent (*). Au bout d’un moment, je pouvais contempler les frasques de la vieille : elle aspergeait l’arbre avec sa mixture, tout en récitant des incantations. Du moins, c’est ce que je me disais, en la voyant faire de grands gestes, et psalmodier des paroles étranges, qui me parvenaient assourdies.

Elle finit par s’éloigner. Monta sur sa vieille moto, et partit faire un tour, l’air satisfait. Son sourire épanoui en témoignait… Vint la fin d’après-midi, j’étais un peu inquiète. La mémé Tamalou avait placé sa chaise à la limite du bout de terre litigieux, et, affalée, respirait avec délectation les effluves du mimosa.

C’est à ce moment-là que tout a basculé. Un bourdonnement étrange trouait le calme plutôt bucolique ces derniers jours. Au loin, un nuage noir assez curieux, se déplaçait en direction de l’arbre de la discorde. C’est à ce moment que je compris… Ce nuage, c’était un gigantesque essaim d’anophèles, autrement dit de moustiques femelles. Ma grand-mère voulait faire bouffer sa sœur. C’était ça, son maraboutage.

Horrifiée, je courus au garage, j’attrapai le DDT et j’aspergeai le nuage. Ce fut un carnage. Les moustiques tombaient comme des mouches. Ils recouvraient le sol, formant peu à peu un tapis noir, gluant, et qui rougissait à mesure que j’écrasai les bestioles. La Tamalou avait déjà pris ses jambes à son cou. Et le mimosa ne s’en relèverait pas…

 

À son retour, en voyant le désartre, ma grand-mère me convoqua, menaça de me fouetter avec sa corde à linge, jusqu’à ce que j’avoue ma bourde. Quand elle comprit, de rage, elle se jeta sur moi, puis m’infligea l’une des punitions les plus perverses de la tradition familiale : elle m’épila les phalanges à la pince-coupante. J’ai beaucoup pleuré.

Ah ! Je m’en souviendrai du jour où ma grand-mère a voulu marabouter ma vieille tante !

 

gm


(*) - Pour savoir comment ma grand-mère a perdu sa dernière dent... c'est là !

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Publié dans : Les histoires de ma Grand-Mère - Communauté : C'est une histoire de filles...;)
Samedi 2 juillet 2011 6 02 /07 /Juil /2011 22:53

En quelques mots, le contexte…

Après l’indépendance (qui résulta d’une guerre, est-il utile de le rappeler ?), l’Algérie s’engage dans une voie socialiste. Direction abandonnée en 1976 sous Boumediene. Et la dernière base sera évacuée par l’armée française en 1978. À la fin des années 1980, le président Chadli engage une démocratisation du régime, sous la pression de la rue, et de la crise économique.

Coup d’arrêt du processus suite à la victoire électorale du FIS, parti visant ouvertement à la création d’un État Islamique. L’Algérie plonge dans un bain de sang qui fait près de 200 000 morts. En 1999, le Président Bouteflika entame une politique de réconciliation nationale.

 

balade casbah16

Je me demande… Si on m’avait posé la question, avant mon voyage, sur ce que j’avais retenu de ces années-là ? Qu’aurais-je répondu ? Les attentats commis par le GIA en France ? L’histoire des moines de Tibérine ? Bien peu de choses, en vérité. Sûrement pas les 200 000 morts. L’avons-nous su, seulement ? J’ai un vague souvenir des télés qui racontaient des histoires de familles égorgées par on ne sait qui… Mais rien de plus. Comment cette horreur a pu à ce point nous échapper ?

 

balade casbah12

Elles sont prégnantes ces années-là. Vivaces et douloureuses. Des récits d’une peur larvée… Chaque famille a perdu, ou presque, un proche, un ami. Qui sous le couteau des islamistes, qui par le feu de l’armée. Il me reste des mots, des bouts de phrases…

 

… Le matin, en partant au travail, on ne savait pas si on rentrerait vivant, le soir…

… Ils ont fait fermer tous les bars, tous les cinémas, toutes les salles de spectacle, ils ont voulu tuer la culture…

… Les jeunes ont grandi dans cette guerre…

… Ils nous obligeaient à porter le hijab…

… Quand un barbu pointait le doigt sur toi, en te traitant de mécréante, tu savais que c’était comme une condamnation à mort…


Chacune de ces phrases m’a effrayée.


3horloges

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Publié dans : Carnet de Voyage - Algérie
Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 20:28

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