Le Gras, la Raclette et le petit Gratin
Du râpé d’un jeune Gratin
Les gourmands se remplissent et se pètent le foie.
Le goût de l’innocence offre le souvenir des saveurs des premières fois. Il plonge un regard émerveillé sur les êtres et les objets inanimés, comme à la découverte d’un univers encore vierge. Se fondre dans un caillou, une racine, dont la forme évoque au gré des désirs, le sein maternel ou l’épaule d’un amour. Et surgissent ces émotions d’un temps lointain, la chaleur de la peau, la douceur de son grain, l’odeur qui affleure. La candeur, cet état si proche de l’enfance, perdu bien trop vite aux soubresauts des chemins, réclame l’âme, pour la grandir, pour la sauver. Vient un sourire qui s’illumine des vestiges de l’innocence retrouvée. Cherchée et retrouvée. Alors le monde, si plein de mécréants, agacé des lambeaux de douceur, observe, démuni, cette poussière de fraîcheur, de pureté qui lui rappelle qu’un jour, aussi, il a vagit. Que reste-t-il, au final, de nos vanités, de nos errantes complaisances, quand, à la dernière page de la vie, nous transperce la vérité de notre insignifiance. Comme une goutte d’espoir, une cuillère de miel, il reste à retrouver le goût de l’innocence, qui offre le souvenir des saveurs des premières fois.
Un zèbre et un zébu zébré zigzaguent dans le zéphire. Ils zonent au zoo et sèment, avec zèle, la zizanie. Ils
font les zouaves, le zygomatique au zénith. « Des zéros ! » zézaie Zoé la zibeline. La donzelle donne le ton. Elle tombe sur les tontons : Dom Juan le zèbre et Dom Quichotte
le zébu. Elle les dompte, les tond, les torche, les torchonne, les torpille, les torréfie, les tortille, les torture. Total, les deux Dom sont bombardés de torgnoles. Ah ! Leurs
tronches !
Trop, c’est trop ! Ils cavalent, se carapatent, caracolent. Cahin-caha, à force de cabrioles, ils calment la cacochyme cagole, cette canaille qui se croit un caïd. C’est une calamité, une
caricature cabotine qui cafarde, calculatrice et cancanière.
Les deux Dom décident de détruire la débile donzelle. Au début, ils déblatèrent, ils dépotent du défaut, et pas dans la dentelle ! Ils se délectent à la dégrader. Ça suinte de salaces
satires. Le sardonique sarcasme s’essaime à satiété. De sangsue à salope, les saletés sifflent, assiègent la soudain silencieuse scélérate. Les deux Dom gloussent. Ils glapissent et glissent dans
la gloriole. Ils se font gloire de glacer la gloutonne de leur glose glauque. Mais… la femelle est futée. Elle fomente de facétieuses filouteries, elle fourbit une flopée de funestes
fourberies.
Et la farce est fatale aux deux fumeux… Ils finissent, furibonds, fouettés et flagellés, au fond d’une fosse à fioul. Ils font moins les flamboyants, ces foutus fanfarons.
Moralité : c’est pas un avantage d’être un zèbre et un zébu zébré, zonant au zoo, même avec une zigounette. Il y a toujours une donzelle, une zézayante zibeline, une Zoé pour vous
zapper.
Partir un jour d’hiver, alors que le gel malmène les corps, vers un pays de couleurs. Qui peut dire les bonheurs de retrouver une
terre, qui fut sans doute promise, retrouver la terre et les humains de la terre ? Elle sera entre l’ocre et le rouge, l’encre de mots à construire, d’un amour à bâtir. Elle ira sans doute
vadrouiller dans les rues de l’enfance de Lui. Inventer les jeux de ballons des garçons, qui poussent, libres, entre les figuiers de barbarie. Les froidures des pluies salvatrices inciteront à
trouver refuge sous de douillettes couvertures, le rêve caressé de se blottir tout contre une peau chaude, accueillante. Un voyage oriental dessine les contours des images de demain, entre les
confidences et les doutes, entre les secrets choyés ou partagés. Naviguer de route en chemin, de rives en collines, pour rencontrer, et se rencontrer. Ses voyages l’initient à Elle, à la
découverte des désirs, à l’aube des projets. Ils ouvrent un horizon qui décline sa poésie en crépuscules orangés. Ils peignent les bonheurs de demain, quand sa palette murmure qu’il est doux de
partir un jour d’hiver, alors que le gel malmène les corps, vers un pays de couleurs.
Les mots sont pour les notes ces cascades d'émois qui cognent les rythmes. Ils l'attendent, pressés du ruban noué des lettres des amants. Ils battent la chamade, heureux de savoir l'existence de Lui. Il possède les mots d'Elle... Les sons des mots d'amour chantent bien mieux que le rossignol à l'aube. Ils s'entrechoquent d'une danse suggestive, un tango argentin, argenté. Ils s'entrelacent, chorégraphie lascive, et se balancent, quadrille ou pavane. Les mots décortiquent les harmonies essaimées aux lignes de la portée. Qu'ils donnent la noire, dramatique, la blanche, angélique, la ronde, érotique. Ils suivent les lignes et caracolent, joyeux d'épouser la trille et les accords. Parfois ils se savourent silence et souffle. Tantôt ils explosent et tonitruent, grosse caisse et cor de chasse. Souvent ils gémissent, violon et épinette, une musique aigrelette, acidulée, comme le jaillissement chaud du corps dans l'amour. Et les mots sont, pour l'amour, les notes, ces cascades d'émois qui cognent les rythmes.
Les fantômes des amours mortes flottent et claquent comme drapeaux dans un vent de tempête. Ces spectres se déchirent ainsi qu'une soie trop fine et s’effilochent en charpie. Ils sont là, qui regardent, attentifs à surgir à chaque rebuffade, à chaque silence. Ils sont là, à l’affût d’un doute ou d’une anxiété. Au pays des affections affligées, quand traînent les écharpes trop nouées de nœuds à l’estomac, le ciel, en pèlerinage, s’offre un orage, des sanglots qui inondent les jours. Qu’un arc-en-ciel vienne iriser l’horizon d’un foulard coloré, et le cœur oublie qu’il a déjà tant souffert, tant cru, qu’il a tant offert, tant vécu. Il regarde vers demain, gonflé de l’espoir que les fantômes regagnent leurs pénates, cessent de hanter les matins. Tourner le dos aux souvenirs qui noircissent l’espoir d’un nouvel élan. Mais parfois, ces esprits des chagrins d’autrefois s’accrochent, il ne veulent pas qu’on les enfouisse au tombeau des joies martyrisées, des rêves sacrifiés. Ils guettent. Ils veillent. Attentifs à surgir comme autant de pantins désarticulés, ils viennent salir ces sourires qui renaissent, ces rires qui s’aventurent. Ils sont la voix qui susurre, perfide, qu’être aimée n’est pas son destin... ces fantômes des amours mortes qui flottent et claquent comme drapeaux dans un vent de tempête.
On prend les même et on recommence...
Lili la Divine vibre pour Guy le vigile. Le type est le guide de la guilde des Grigris gris. Il est viril, un physique de missile. Il vit à Clichy. La fille est une chipie chic, une biche aux
mille chichis. Elle est mimi. Elle vit dans un cirque, en ville. Il est riche, elle, une quiche. Elle distille un simili whisky qui griffe les tripes. Il livre des frites aux titis. Un lit les
lie, qui brille, qui tisse un rite qui les grise.
Et puis… Un vide les brise, les scie. Il se tire la nuit, elle
crie. Il est triste, elle le piste, elle le crispe. Ils se divisent, ils se titillent. Ça vire au rififi. Il la brime, il la prive de kif. Elle le mine, elle le gifle. Le triste sire lui lime le
bide, lui vrille la tirelire, lui siffle son whisky. La fille, ivre et livide, lui grille le vit, lui pisse à la lippe, lui pique ses frites. La mixte rixe se hisse au sinistre. Il lui dit
qu’elle pique, qu’elle est une bique, une hydre, un kyste, une chiffe, une bille. Elle le pile, elle lui dit qu’il est une bitte, une mite, un hybride, un pitre, un slip. Il la livre au fisc,
elle le cite aux flics.
La bisbille les mine, ils se pillent, ils sont vils, ils se visent. Il lui vide sa bibine.
Guy le vigile gicle de bile, il lui crie qu’elle est frigide, elle rit. Dixit Lili la Divine, le Guy, il a une petite pine, une bite en tige, un zizi riquiqui. Ils se quittent, pour fuir le pire…
hi ! hi ! hi !
Une bonne femme, un peu fripée, mal guenillée, marche dans la rue. C’est Léontine. Son allure est discrète,
légèrement courbée, elle vérifie soigneusement la chaussée, avant chaque pas. Il faut dire que les trottoirs de la ville sont sales, de papiers gras, de déjections canines ou de crachas. Les gens
deviennent peu respectueux de l’espace public. Elle marmonne entre ses dents, elle peste, elle est pressée, Léontine.
Nul ne la voit, elle passe,
transparente ou presque. Et elle observe, elle écoute. Léontine est une cueilleuse. Des cueilleuses, il en marche plein le monde, mais personne ne les remarque jamais. Ce sont toujours des
femmes, de vieilles femmes. Certaines sont des cueilleuses blanches, d’autres sont des cueilleuses noires, et ce n’est pas lié à la couleur de leur peau. Non… c’est juste qu’elles ne ramassent
pas les mêmes émotions, qu’elles ne moissonnent pas les mêmes mots, qu’elles ne vendangent pas les mêmes actes.
Quelque part dans le monde, bien cachées, deux coupes se remplissent, inéluctablement. L’une contient tout le bien, tous les projets d’espoir, tous les petits bonheurs, ces geste gratuits et bons
que laissent traîner les humains, parfois. L’autre absorbe le mal, la noirceur, la vilenie, la mesquinerie, la méchanceté, la haine, toutes les scories qu’invente l’humanité pour avilir,
asservir, humilier, utiliser, manipuler.
Et Léontine se hâte, se presse pour que jamais ce ne soit la coupe du mal qui déborde. Elle traque la gentillesse, la caresse de l’enfant qui rassure le chiot, le sourire de l’amant qui contemple
sa promise. Elle entend les rires et remplit sa musette de leurs éclats. Les temps deviennent difficiles, parce que la bonté se perd. Il lui faut parcourir de plus en plus de chemin pour
engranger les gouttes d’amour, de générosité, de foi, qu’elle déversera dans son graal.
Elle se réveille, le matin, plus fatiguée que le jour précédent,
elle se lève plus découragée. Elle aimerait bien prendre des vacances, il y a une éternité qu’elle n’est pas retournée là-bas, dans son pays. Mais la coupe sombre se remplit si vite désormais,
qu’elle ne doit plus perdre la moindre minute. Quand elle regarde l’état des rues, quand elle s’attache aux pas d’un ou d’une qui va son chemin, quand elle lit les journaux, quand elle traîne
dans un bar, elle croise une cueilleuse noire qui sourit, ironique.
Le mécanisme des coupes est curieux.
Celle qui contient la laideur semble stagner, mais c’est une illusion. Son niveau ne se stabilise que lorsque de la gentillesse en abondance alimente l’autre.
La coupe du beau clapote doucement. Elle se met à bouillonner quand l’une des cueilleuse déverse sa récolte, une explosion de joie. Enfin, l’effervescence se calme, et le
cloaque du malheur, celui qui fermente du sale et du terrifiant ramassé, diminue d’autant plus que la coupe immaculée a pétillé.
Ce matin, Léontine pleure, elle s’est assise sur un bout de trottoir, elle a pris sa tête entre ses mains, des mains osseuses et tachées par l’âge. Parce que ce matin, Léontine est revenue
bredouille, elle n’a pas trouvé le moindre petit morceau de bonté à cacher dans sa besace. Là où autrefois les hommes s’engageaient, elle n’a entendu que des trahisons, des mensonges. Le rire des
enfants s’est transformé en de hideuses grimaces, tantôt de satisfaction, tantôt de colère, tantôt parce qu’un caprice a été entendu, tantôt parce qu’une envie ne l’a pas été. L’amour, celui qui
prend à l’estomac, qui bouleverse d’un regard, qui fabrique les ailes des rêves, les airs de l’envol, est devenu consommation. Dès qu’il est dégusté, avalé, pillé, il est oublié. Les lettres ne
chantent plus sous les enveloppes. Elles sont toujours des mots pour blesser, pour réclamer, pour insulter. Plus personne n’écrit jamais de jolies déclarations, n’aligne ces phrases qui égaieront
leur destinataire. Le clochard tend la main sous son porche et la main reste vide, alors il meurt.
C’est la coupe noire, celle qui contient tout le mauvais accumulé depuis l’origine, celle qui est restée si longtemps avec juste un peu de lie, pour
tapisser son fond, qui va déborder. Parce qu’elle se remplit à vue d’œil désormais. Et nul ne sait ce qui la fera se répandre, quel geste, quel humain… Et nul ne sait ce qui se
passera…
Croire au delà de la raison, croire à faire de la confiance un breuvage insipide. Lorsque regarder le monde et se retourner sur sa vie raconte que la trahison est la règle, il faut croire qu’un présent viendra racheter les sanglots d’un passé révolu. Si le doute grignote la foi, comme un vent érode la dune, il faut croire qu’un amour aura le désir de calligraphier son visage, sur le parchemin des nuits vides. Si le silence glacé oppose sa froidure aux appels brûlants d’un cœur escamoté, il faut croire que le verbe peuplera une jardin. Quand une misère se joue du courage, qu’un destin contraire salit le rose des rêves, il faut croire qu’un peintre trempera ses pinceaux dans une palette arc-en-ciel, pour illustrer une toile éclaboussée de couleurs vibrantes. C’est quand s’effondrent la cabane construite sur la plage, le château perché sur sa roche, qu’il faut s’accrocher à la chaumière sous l’eucalyptus. C’est quand le matin se réveille d’un sommeil transi de solitude, qu’il faut croire au delà de la raison, croire à faire de la confiance un breuvage insipide.
Assonance : L’assonance est formée par la répétition de sons vocaliques. Les voyelles, diphtongues (au, ou, ai…) ou
syllabes vocaliques (on, an, un), parce qu’elles sont répétées, forment un effet sonore particulier. – (cf Figures de style – Axelle Beth, Elsa Marpeau –
Librio)
Ah ! L’âme de l’oie Anna ! Elle bat la chamade pour le gars Galaad. Bavarde, l’âme narre une saga, appâte la nana. Anna cavale dans la ouate, ramasse la manne dont son âme la gâte. Elle
se gave des images qui se pâment sous son crâne. C’est un cas ! Voilà qu’à son âge, elle s’amourache d’un mâle au hâle d’arabe et au regard de jade… un nabab le Galaad. Elle se hâte, elle
va. Las ! Le gars est un barbare, un jars dont la tare est de se croire un rapace. C’est un rat, une sale carne. Il croit avoir le pas sur la nana. Il la tape, la ramasse, lui casse le bras,
lui taxe sa canne et son cabas, la larde de patates. Anna rage ! Elle est gaga d’un naze, c’est pas le panard. Elle va lui rabattre la grappe. Elle en a marre, elle va le mettre à mal, ce
mâle fat de Galaad. Elle abat ses cartes. Elle lui tale le dard, elle lui râpe le lard, elle le ravage. Ya du jaja dans le gaz ! Ils se battent, se tapent, se caillassent. Quel taf !
Ils s’arment dare-dare de lames. Le gars Galaad rase l’oie Anna. La nana saccage un vase sur le crâne du gars Galaad. C’est la pagaille ! On nage de marasme en panade. Anna brave Galaad.
Galaad vanne Anna… un gala de grâces et de larmes. Ils s’écharpent, se tailladent, ils bavent leurs entrailles dans un rade, un bar à tapas. Quelle classe ! Ils se matent, ils se lassent.
Ils se cassent. L’oie Anna et le jars Galaad, dans les vapes, pâles, partent au Diable, et se crachent à la poire. L’Anna part en car et le Galaad en van. Le Galaad garde le cabas et la canne de
l’Anna. L’Anna cravate les sapes du Galaad. Il est à poil, elle, à quatre pattes. Ah ! Quelle histoire !
Allitération : L’allitération est fondée sur la répétition de consonnes produisant des sons identiques ou proches. Lorsque tous
les mots d’une phrase commencent par la même consonne, on parle de phrase tautogramme. C’est un cas particulier de l’allitération. –
(cf Figures de style – Axelle Beth, Elsa Marpeau – Librio)
Un vieux vicieux véhiculait du vin de Vauvert via la venelle des voisins de Vincent le Vorace. Penny, la pauvre, pestait, perturbée par le parfum
pestilentiel du picrate. Fortinus, le flic fébrile, furetait, fouinait afin de fourrer le filou au fond du fleuve. Mais le malin mettait en marche moultes machinations malsaines, la maréchaussée
en manquait de mourir. Le jour, jouissant de son jaja dans son jardin, le jovial joufflu, à jeun, jubilait. Le soir, saoul et sale, le sagouin saturé sombrait sans sédatif dans un sommeil
sifflant et soufflant. Penny, pantelante de la pagaille et de la puanteur que le pantin pratiquait, pris le porc par le pétard. Elle peaufina une plaisanterie passablement perverse, elle profana
le pinard d’une purge. Pas de pot ! le purulent pantin parvint à passer son picrate à la police…
Les morceaux de musique qui rythment ma vie...
Et la musique classique...
La musique d'ailleurs...
Vos murmures