La main d’un homme est un grand oiseau qui courbe l’air au gré d’arabesques amantes. Elle trace le corps contrebasse de la femme et joue des arpèges frissons au chemin des rondeurs offertes. La puissance de la paume évoque tout naturellement la caresse audacieuse sur un sein dénudé, une chaleur qui enveloppe. Parfois, la main, frileuse ose à peine se poser sur la peau, virevolte comme une hirondelle que le printemps n’a pas encore enhardie. Alors, les doigts courent, effleurent, dessinent d’abstraites broderies qui vivent, éphémères, le temps d’un frémissement, des volutes délicieuses. La main regarde. Elle dépouille, elle découvre. Elle effeuille la chair, quand elle part à la recherche de l’intime moiteur, celle qui se cache, pudique, dans les ouies secrètes du corps contrebasse. Elle s’aventure à la rivière de l’autre, à la découverte des sentes et des collines, parfois colibri, vive et taquine, d’autres fois albatros, bien trop attachée à son sol pour s’envoler à nouveau. La main devient océan quand elle lève une tempête ondoyante à la surface de la femme contrebasse, comme une symphonie maritime, déversée, déversante. Et la femme devient vaisseau, et la femme tangue. La main d’un homme est un grand oiseau qui courbe l’air au gré d’arabesques amantes.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Jeudi 22 novembre 2007 4 22 /11 /Nov /2007 07:00

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Poulet confit


Pour faire un poulet confit, pour environ deux gros mangeurs ou quatre pinailleurs, prendre une bête de 1kg250 (+/- 10 grammes). Je tiens à attirer votre attention sur le nécessaire respect des quantités indiquées dans mes recettes, sinon, pour sûr, ça foire. Youps !

Donc, vous zavez un poulet bien dimensionné, faut le plumer si c’est pas déjà fait. Pour plumer un poulet, c’est facile. Vous allumez le gaz, mettez la flamme au maximum et vous grillez le poulet sur la flamme, les plumes elles partent toutes seules après. Attention les doigts. Si vous zavez que des plaques électriques, forcément, c’est moins simple. Youps !

Une fois que vous zavez plumé le bestiau, faut l’enduire. Mais pas d’huile de vidange (j’ai essayé une fois, c’est pas top). Prendre une bonne huile, par exemple de l’huile de coude première pression à froid et pis bien masser, longtemps pour que ça pénètre. En principe les dames elles savent bien faire, faut masser comme avec une crème anti-rides (mais pas la crème sur le poulet hein !).

Après faut rouler la volaille dans des épices, ce que vous voulez, mais pas dans du sucre, ça c’est une autre recette (le poulet confiture).

En attendant, vous zaurez mis chauffé le four à température 80° (thermostat le plus bas possible). Quand le poulet, il est bien massé, vous pouvez le mettre dans le four.

Après il faut aller chercher vot’belle sœur à la gare un jour de grève des trains. Et oui, c’est une recette pour les grands jours et si vous aimez vot’belle-sœur (j’ai une recette pour ceux qui zaiment pas leur belle-sœur, mais ce sera une aut’fois).

Quand vous revenez, quatre ou cinq heures plus tard, le poulet y lait confit, il est laid le poulet. C’est une grosse peau dure sur les os. Mais qu’est que c’est bon ! Youps !

Adessas. Le Farfelu

 

cretin

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Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 10:53

La jalousie s’insinue comme une gale, une gangrène dans le cœur et ne laisse plus de répit. C’est un chancre malsain qui naît de blessures anciennes, mais qu’il ne faut pas laisser s’installer. Car nul n’appartient à l’autre. Aimer, ce n’est pas posséder. Regarder l’autre comme son bien, c’est nier l’altérité, nier le droit qu’il a de choisir, parfois, un autre chemin, même s’il apprécie de parcourir celui qu’il a un jour épousé. Laisser libre le corps de l’autre pour mieux aimer son cœur et son âme, le regarder vivre et s’animer d’un bonheur volé, sans jamais questionner, sans jamais condamner. Qui sait les méandres que prennent les jours quand il faut échapper à soi-même, quand il faut remplir sa besace de jolis sentiments afin de mieux partager sa richesse profonde… L’autre, la jalousie, elle raconte la peur de l’abandon bien plus que l’amour, quand elle ne témoigne pas d’encore plus de noirceur, qui ramène à l’objet le sujet. Aimer, ce n’est pas posséder, c’est accueillir, ouvrir l’espace de son monde, l’espace de son corps, l’espace de ses rêves en laissant l’autre picorer ou se gaver, selon son appétit. Donner ? Et bannir cette jalousie qui n’insinue comme une gale, une gangrène dans le cœur, et qui ne laisse plus de répit.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /Nov /2007 07:00

B'jour, c’est moi le Crétin. Avant je m’appelais le OuinOuin, et j’avais un aut’blog qu’est tombé en désuétude, qu’a été abandonné. Alors j’ai décidé de déménager ici. Des fois, je suis cuisinier. J'expérimente, je crée, des plats, des pâtisseries, des sauces. J'imagine avec ou sans livre de recettes. Même que des fois, on mange pas. Youps !

Les deux autres morceaux de moi, le Rêveur et le Spirituel, y disent que ma tambouille elle est dégueu. C'est même pas vrai. Z'ont pas le palais exercé à de nouveaux parfums. C'est tout.

Bon, des fois, on va se présenter un peu, parler de nous trois, même si nous trois, c’est moi, histoire de faire connaissance. Faut ça, nous on arrive ici et on sait pas comment ça marche. On voudrait bien avoir plein de copains (et de copines Youps !).

Le Rêveur et le Spirituel, y z'ont dit que j'étais le clown, je suis le Farfelu... oui, mais pas que. C'est vrai, je fais des blagues, je fabrique des tas de choses qui servent à rien, je raconte des tas d'anecdotes qui me sont pas arrivées, et eux, des fois, y se font pipi dessus (pipis d'anges parce qu’on est tout mignons Youps !). C'est vrai. Mais aussi j'écris des histoires, je fais des livres de cuisine, je note toutes mes astuces pour effacer le cambouis ou le jus de tomate sur nos blouses.

J'ai pô un gros nez rouge, je suis un garçon (un vrai, avec tout l'attirail qui fonctionne bien, même que j'aimerais bien arrêter de m'en servir en solo si vous voyez ce que je veux dire Youps !).

Mais des fois, je suis une fille, question d’humeur ou d’envie. Je suis grand, mince, j'ai des yeux très noirs et je ris tout le temps. Aussi, j'ai des jolies mains et des pieds égyptiens. Je cours vite mais je saute pas haut, enfin, ça dépend des jours. Une fois je me suis sauté, c’est à dire que j’ai sauté aussi haut que moi, faut pas penser mauvais ! Quand j'étais petit, j'ai fait de la boxe, mais comme je prenais toujours des coups, j'ai changé de sport, maintenant je fais du tricot et je joue à la belote. J'ai essayé le bridge mais je veux pas faire le mort, ou la morte, alors y paraît que c'est pas possible. Youps !

Sinon je suis fin lettré (dans ma famille y disent que je suis un zintélo, connais pas ce Môssieur). J'ai beaucoup lu : les oeuvres complètes de Pierre Desproges, le grand Devos illustré, les textes philosophiques de Pierre Dac... et j'en oublie sûrement. Mon Dieu à moi, c'est quand même Devos. J'ai été tout triste quand il a pris le chemin du pays d'en haut.

Je sais pas trop quoi dire de plus pour aujourd'hui. Faut que j'aille écrire la recette du poulet confit.


Adessas. Le Farfelu 

cretin
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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 20:53
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Les ruines du château de Ventadour (Meyras) vers 1860.

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Un château domine, du haut de son piton rocheux, une route qui borde la rivière. Il est encore en ruine, mais il accomplit, lentement, sa reconversion, sous la houlette attentive d’un groupe de jeunes bénévoles. Chaque été, ils arrivent, casqués, bottés, équipés, et passent leurs congés à remonter, une à une, les pierres tombées. Ils nivellent, pavent, éclairent, aménagent. Ils n’ont que leur courage et leur foi pour toute richesse, sous le regard, parfois goguenard, des autochtones.

L’hiver, quand l’agitation a déserté le coin, le château sommeille en contemplant le mystère du torrent qui dévale la montagne, et qui, parfois, gagne la berge. Perché, il impose sa masse, comme une menace, dans la lumière rasante.

C’est toujours l’hiver que les femmes disparaissent.

-o0o-

La sentinelle entendit le grondement annonciateur d’un nouvel arrivage. Il était temps, la précédente était déjà bien épuisée, elle n’en avait plus pour très longtemps avant d’être bonne pour la réforme, voire à jeter dans la fosse.

Elles arrivaient, nul ne savait d’où, ni comment, elles surgissaient d’un coup, au pied de la muraille, toujours au même endroit. Il suffisait de les attraper. Elles avaient toutes un air ahuri suivi d’une expression d’intense panique. La plupart du temps, elles se mettaient à hurler dans un langage inconnu. Il fallait les rosser comme une ânesse pour les faire taire.

La sentinelle fit sonner le cor afin de réunir le village, c’était l’histoire de quelques dizaines de minutes.

Peu à peu la populace se regroupait à l’endroit où elle devait apparaître. Tous plus contrefaits les uns que les autres, les badauds affichaient une mine de galerie des horreurs, d’antre de l’enfer. Il y avait le grand Pierre, sale comme une fosse à purin, qui traînait ses haillons déchirés couvrant à peine son corps difforme et contrefait. Il était immense et gras, avec une main atrophiée et un nez camus. Il lui manquait un œil, perdu un soir aviné dans une rixe. Il y avait l’Etienne, rouge comme une betterave et mauvais comme la peste. Il avait le regard en dessous, chafouin, torve, mesquin. Il bavait et un filet de salive dégoulinait en permanence du coin de sa bouche, filant sur un menton fuyant. Il y avait le Jeannot, couvert de pelade et qui sentait la pourriture, le pied moisi, le vieux fromage. Celui là était cruel, il aimait à torturer les petites bêtes, il aimait à battre et à lacérer, il aimait le sang. Il y avait le Paul, idiot congénital, priape et dont la main ne quittait pas la culotte. Il parlait seul, il maugréait du matin au soir, en se tripotant.

-o0o-

La fille a posé sa bagnole au pied du chemin qui mène au château. Elle s’apprête à gravir l’allée pavée, elle aperçoit les tours en friche. Chaque fois qu’elle le peut, elle va se promener sur ce site grandiose, quand il est déserté. C’est l’hiver qu’elle aime le mieux l’endroit. Les arbres se sont dépouillés des feuillages et seuls les résineux marquent de verts le paysage. Les troncs noirs ou argentés des feuillus balancent dans le ciel leurs silhouettes décharnées, le graphisme de leurs branches dénudées. L’herbe s’est faite rare et la terre ocre, gorgée d’eau, sent le champignon et l’humus. Elle sait, parce qu’on lui a souvent répété, qu’elle n’est pas en sécurité dans les allées de la forteresse. La légende dit que, de loin en loin, une femme disparaît et que jamais on ne la retrouve. Elle est comme évanouie, rayée de la carte du monde.

Mais la fille aime marcher doucement, en rasant les grands murs, en imaginant la vie d’autrefois, en caressant les pierres. Elle se recueille et médite en s’abritant dans quelque recoin, pour se protéger de la pluie ou de la burle.

Ses pas la mènent jusqu’à ce qui fut autrefois l’entrée des cuisines et où les fumées ont à jamais tatoué le foyer d’une suie sombre, l’ombre des paysans d’autrefois.

-o0o-

Les femmes étaient venues aussi, curieuses d’apercevoir la nouvelle. Les femmes ne valaient pas mieux que leurs hommes, hideuses et sales, mauvaises et bêtes. Elles étaient ratatinées, fourbes et haïssaient les nouvelles, des gueuses, tout justes utiles à amuser les mâles, incapables de survivre dans leur monde. Pas une ne savait allumer un feu, mener les chèvres, battre le blé, cuire le pain. Ah ! ça ! elles étaient délicates, avaient les mains blanches et de jolies dents. Mais elles étaient bien empotées.

Souvent, quand la gueuse n’en pouvait plus des assauts des hommes, que son corps avait fini par s’avachir et se rider, que les grossesses l’avaient tordue, elle devenait une souillon, prostrée. Elle se laissait mourir.

-o0o-

La fille s’enfonce dans la noirceur du château. Elle a toujours eu envie de descendre et visiter les entrailles de la bâtisse. Ça sent le froid, l’humide et la lumière du jour éclaire bien peu, à travers les minuscules ouvertures, les couloirs inquiétants. Par endroit, un effondrement, un tas de cailloux ralentit sa progression. Un frisson la parcourt. Elle a peur, elle tremble. Alors qu’elle va faire demi tour, vaincue par l’étrangeté, consciente de la panique qui l’envahit peu à peu, une énorme main, velue, crasseuse, la saisit et la tire. La voilà qui se retrouve en pleine lumière, face à une horde de gens dont la mine hostile la terrifie. Elle se met à hurler.

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Mardi 20 novembre 2007 2 20 /11 /Nov /2007 07:00

Au pays du temps qui passe, les moments de vie s’entrecroisent. Qu’ils ramènent le temps passé, qu’ils relisent le temps présent ou qu’ils rêvent le temps qui vient. La dimension prégnante des jours bâtit les bonheurs, ou les chagrins. Au pays du temps passé, les fleurs s’ouvrent et puis meurent, éphémères. Les bouquets d’autrefois sèchent entre les pages des livres. Et quand on feuillette une histoire, un pétale s’envole, transparent d’avoir perdu son eau. Souvent, il s’effrite, comme la cendre froide qui vient après la braise d’un amour. Au pays du temps présent, un arbre, tout de rousseur habillé, se courbe sous la bise et blanchit des gelures nocturnes. Un automne doré auréole les tendresses d’une douce lumière. Des tendresses à bercer et réchauffer au coin d’un feu de bois, en savourant le vin chaud odorant de cannelle. Au pays du temps qui vient, une couverture moelleuse recouvre les corps abandonnés l’un à l’autre, émerveillés de se trouver, avides de se rencontrer, assoiffés de se goûter, affamés de se connaître. Et les histoires s’entremêlent tant, qu’au pays du temps qui passe, les moments de vie s’entrecroisent.

 

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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /Nov /2007 17:49

La sérénité balade un air tranquille au fil des jours. C’est un état d’une douceur incroyable que de ne plus se faire mal aux angles de la vie. Bien sûr, il y a des matins chagrins qui bousculent l’envie de lâcher la bride à la bile. Les incidents du jour malmènent parfois la volonté farouche de ne plus nourrir l’angoisse. Et la sérénité devient un souffle pesé, posé, pensée qui aère l’étouffante odeur de peur, une petite musique dont le rythme compte les heures paisibles. La sérénité, c’est l’offrande d’un quotidien juste construit pour qu’un autre ressource ses notes, ses mots, et trempe sa plume dans une encre claire. C’est un don, celui de décorer, en touches légères, une vie de moments de respiration. Parce que créer, inventer, rêver, composer, chanter, écrire, danser, et même aimer, puisent leur vivance, alimentent leur vivace énergie au calme de matins câlins, d’une sérénité qui balade un air tranquille au fil des jours.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Dimanche 18 novembre 2007 7 18 /11 /Nov /2007 20:57

La mémoire est un leurre qui emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan. Inévitablement réécrite, revisitée, elle embrouille, elle s’embrouille. Elle raconte des souvenirs qui ne sont tangibles que pour le conteur, mais qui se sont désincarnés au fil dans ans. Comme s’il fallait, sans cesse, rééditer sa légende personnelle. Car la mémoire est légende où s’entremêlent l’enfance et les premières amours, où s’enlacent les infinis bonheurs et les tristesses. Il y a toujours une poupée à qui il manque un bras ou dont l’œil pend, lamentablement. Il y a toujours un visage penché et qui regarde, qui fouille, qui cherche. Il y a toujours un chagrin qui traîne, une joie qui déborde, une chanson qui se fredonne. Mais ce que la mémoire fabrique de plus remarquable, c’est un pull tricoté dont les mailles sont les minutes qui comptent, celles qui, d’un coup de foudre, d’un coup de blues, d’un coup de soleil, d’un coup de lune, d’un coup d’un seul, font que le rang se serre ou se détend, s’effiloche, s’effrite. Construction de l’âme, la vie redite bafouille souvent, ramenant, encore et toujours, les mêmes amours, les mêmes larmes, les mêmes erreurs, comme si ce qui compte devait se tatouer sur l’écran de la mémoire. Mémoire qui n’est qu’un leurre et qui emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 06:55
Une solitude rampe et se faufile, grignote les jours, petite souris malicieuse et moqueuse. Choisie ou pas, cette absence là, cette absence au monde, peut devenir l’espace privilégié de se rencontrer, et de se choyer. Les petites choses qui balisent le quotidien prennent une saveur inconnue lorsqu’il faut les déguster en solitude. Du lever au coucher, bien des moments peuvent se vivre avec délectation et sensualité, de la douche à la soupe du soir. Mais la solitude est aussi le terreau des pensées qui s’envolent et qui glanent des morceaux de rêveries. Imaginer être précieuse dans le cœur d’un autre ou encore partir à la rencontre de ses souvenirs… Inventer l’amour comme un cadeau qui viendra un jour… Alanguie sur le lit, les yeux qui caressent le plafond, des mirages comme des peluches sautillent et s’incarnent en de multiples possibles, vestiges des nounours de l’enfance. Parfois, une larme vient troubler la quiétude, comme si des regrets ou des douleurs anciennes s’invitaient à la fête. Ce sont les mauvaises fées des contes. Les chasser, et puis s’endormir, tranquille… Une solitude rampe et se faufile, grignote les jours, petite souris malicieuse et moqueuse.

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Mardi 13 novembre 2007 2 13 /11 /Nov /2007 07:13

Le livre me regarde, séducteur, il me fait un clin d’œil. Le livre me fait du charme. Je ne saisis plus le sens des mots, l’idée des phrases, je suis juste fascinée par la course des lettres tout au long des lignes, suggérées les lignes, invisibles.

J’ai fermé les yeux, acceptant de me faire aspirer, avalée par la page.

Quand je regarde à nouveau, je suis assise à la surface blanchie d’une feuille de papier, et j’aperçois, de loin en loin, des masses noires, imposantes, des remparts d’encre. Ce sont les lettres. Je déambule aux allées d’une curieuse forêt, lilliputienne dans un monde alphabétique. Je m’empêtre dans l’histoire, et j’escalade les mots. Me voici acrobate, tentant d’échapper à je ne sais quel piège écrit, plutôt que tendu. J’ai chu dans le Petit Larousse des Symboles. Et choir dans un univers où rien n’est à sa place, où tout est affaire d’images, d’allégories, et bien c’est choir en chahut et charivari.


En plus, j’ai atterri, alivri je devrais dire, entre l’huître et l’hydre. L’huître m’accueille dans sa coquille qui, selon le docte bouquin, rappelle la vulve féminine. Me voici à rouler sur une perle en pleine sexualité. Encore que certains attribuent à l’huître l’obstination dans l’erreur, le coquillage adhérant à son rocher quoiqu’il arrive. Je me reconnais, finalement. Je suis une huître qui m’obstine à aimer qui ne m’aime pas, à regarder qui ne me regarde pas, à attendre qui ne veut pas de moi. Je nage dans la laitance un peu acide et je tente d’échapper aux algues qui me donnent un teint de laitue, de ce vert apprécié des gourmets. Je me sauve, je contourne la huppe et sa crête emplumée, qui me barre le passage jusqu’à l’hydre. J’affronte ce monstre, qui porte le mal sans cesse renaissant, où s’ébattent le vice et les sept péchés capitaux. Je le regarde bien droit dans les yeux, et je sais qu’il ne me vaincra pas. Il me faut échapper à la queue du « y », contourner le renflement du « d », éviter la boucle du « e ». Je me casse, m’enfuis, m’esquive sans demander mon reste. Je zappe soigneusement la hyène, je n’ai pas envie de finir croquée par un charognard nocturne et glouton.

Et je tombe en inter chapitre. C’est un monde absent, une page entièrement vierge, un grand désert où les aspérités ne sont que les accidents du grain du papier. Qu’il est long à traverser, ce désert hostile. Il me vient une idée. Comme j’ai toujours un minuscule couteau dans la poche, je décide de prendre la clé des champs, de creuser afin d’échapper à cette immensité vide. J’espère bien trouver la porte.

Que nenni ! je viens de m’emberlificoter dans du lierre. Tant qu’à me pendre, autant que ce soit à cette plante qui évoque l’amour éternel, la fidélité. Le lierre me va si bien… L’immortalité un peu moins, bien qu’elle appartienne aussi à l’univers de cette grimpante. Ah ! non ! éternellement souffrir d’amours ratées, de silences tristes, d’attentes inutiles. Etre éternellement dominée par mes émotions serait un bien pauvre destin. J’ai très envie de mériter mieux.

Ne pas regarder Méphistophélès, pour qu’il ne me voit pas, ni lui, ni le Diable auquel il renvoie… Picorer un peu de miel, nourriture des Dieux, et qui va me requinquer, m’aider à poursuivre ma quête à la recherche de la porte. Tiens ! un nain ! Je papote trente secondes avec cet habile forgeron, ce gardien de trésors. Il me présente Narcisse, son voisin, victime de l’illusion de sa beauté. Pauvre Narcisse, que j’en connais de tes semblables qui s’aveuglent de leurs grâces et passent, ignorent, celles des autres, inconscients, et, finalement bien solitaires.

Je croise Osiris et je tombe amoureuse. Il a ce regard incroyable, qui me trouble, tant j’ai la sensation qu’il pénètre, ce regard là, qu’il s’enfonce au plus profond de moi, avec une acuité taquine ou grave, je ne sais pas. Mais ce qui me fait fondre, c’est surtout la fossette du menton, et la lèvre inférieure, pulpeuse, sensuelle. Osiris qui est parti, mais qui reviendra. D’Osiris en oursin… de renaissance en résurrection…

Un détour par le papier, sur un sol de papier, l’éphémère et le dérisoire de la chose écrite. D’ailleurs, cette aventure est dérisoire, une fade balade. Rencontrer la parole, le verbe, l’élément créateur. Quel verbe m’a créée, moi, qui aime tant les mots. J’approche de la porte. Un phalène, rêverie de l’amour absolu, m’effleure. Il faut dire que la nuit tombe et que les papillons de nuit commencent à se cogner, tourbillonner, affolés de la lumière. J’évite le phallus, pas la tête à ça… Et puis ses deux « l » me donnent l’envie de m’envoler, plutôt que de m’attarder. Cette aventure au pays d’un livre commence à m’inquiéter, j’ai faim, j’ai soif et j’ai sommeil. Il me semble que ça fait une éternité que je erre entre jambages et boucles, entre points et virgules. Une pomme, j’ai envie de la croquer, mais une pomme en lettres est bien indigeste, tout juste bonne à jeter la discorde. J’atteints le pont, semé d’embûches, alors qu’il devrait être chemin. C’est un pont du diable, construit en une nuit et je ne veux pas être l’âme qui sera captive d’être la première à le franchir. J’en fais le tour, je rampe entre les piles.

La porte… je vais pouvoir m’échapper. Etroite la porte, mais le passage d’un lieu à un autre, de l’obscurité à la lumière, se mérite. Entrebâillée, le passage est difficile. Je quitte ce monde là sans regret, j’aperçois, au loin, la potence et la poussière.

 

 

fantasmes

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Publié dans : Délires et souvenirs - Communauté : La gazette des blogs
Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 21:58

L’amour fou n’a de folie que l’intense émotion qu’il allume. Sans folie, l’amour n’est qu’une tiède mélasse, pas même sucrée, tout juste bonne à faire un cataplasme, de la moutarde dans un torchon. C’est misère que de penser l’amour comme une raisonnable intention, lui qui sait, entre tous les émois, mener sur des chemins improbables. Un jour, parce qu’on l’a croisé, on se dit « C’est Lui ». Il n’y a rien à expliquer, rien à comprendre. Cet amour là est évidence. Il entraîne dans la ronde infernale de l’attente et du bonheur, quand l’attente est comblée, de l’attente et des larmes, quand l’attente s’attarde. Sans lui, demain se rate, puisque lui seul est fondation de cette tendresse à venir. Et qui viendra graver dans la chair le souvenir de ce fol amour. L’amour fou, c’est l’immense dont les jours se parent, qui font d’une seule minute, une éternité baignée de plénitude. C’est la voix qui s’épanche comme source de vie, dans un matin radieux. C’est la caresse qui traîne sur la peau frissonnante, étonnée de ses frissons. C’est le sourire qui se meurt dans un sanglot, trop heureux. L’amour fou n’a de folie que l’intense émotion qu’il allume.

 

Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Publié dans : Confessions particulières
Lundi 12 novembre 2007 1 12 /11 /Nov /2007 15:09

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Le pianiste jouait toujours la même ritournelle sur son clavier, quelques notes acidulées, tristounettes, une musique comme un sanglot étouffé. Du matin au soir, devant sa fenêtre ouverte, il alignait les notes. Dans le quartier, on avait pris l’habitude d’entendre ce chant de larmes. Les enfants inventaient des paroles sur la mélodie et, souvent, un adulte l’emportait jusqu’à son travail, jurant, grand Dieu, qu’il en avait ras le bol de la fredonner. Le pianiste n’en avait cure. Il lui fallait, après son café, coûte que coûte, aller tirer de son piano cette plainte douloureuse, souvenir d’un autre temps, d’une jeunesse.

A côté du lutrin il y avait deux photos, chacune dans un cadre, qui se contemplaient. C’étaient celles d’un homme et d’une femme, jeunes. Ils avaient été sans doute beaux. Il était sombre avec un regard si noir qu’on percevait à peine l’iris. Il semblait regarder au-dessus du monde. Un sourire d’une incroyable chaleur adoucissait ce visage là qui aurait été ténébreux sans lui. La femme, elle, ressemblait à un lutin, menue, avec un minois de chat mangé par deux yeux immenses et mélancoliques.

Avec le temps, les mains du pianiste avaient de plus en plus de difficultés à accrocher les touches noires et blanches, et la mélodie se ralentissait, prenait des sons plus amples encore d’être ardus à faire naître. La peau se tachait de ces auréoles brunâtres qui racontent que le temps est passé. Les yeux se délavaient peu à peu, s’éclairant d’une ombre dorée là où, autrefois, un noir profond camouflait les émotions.

Lorsqu’il ne jouait pas, il marchait sur la plage battue par l’océan. Il marchait et parfois s’arrêtait. Il scrutait l’horizon semblant attendre une voile, une mouette.

Personne ne savait l’histoire. Mais c’était une histoire bien banale, et bien ancienne. C’était l’éternelle ritournelle de deux amants qui se croisent, qui auraient pu partager le temps du vécu, qui auraient pu construire une maison sous les arbres, mais qui ne savaient pas ou qui n’avaient pas deviné. Parce que, de toutes les histoires d’amour qui naissent, peu ont vu le voyage s’achever main dans la main, quand celles qui ne sont pas nées portaient tant de promesses.

Le pianiste, autrefois, avait croisé une petite bonne femme, un peu terne dans ce monde brillant qu’il côtoyait. Il était alors absorbé par une vie de concerts, ici là, demain ailleurs. Il portait Mozart ou Brahms jusqu’aux fins fond des campagnes, comme les jésuites portaient, au temps des colonies, la bonne parole. Et, sur ce chemin, il avait tout balayé. Elle avait été là, la petite bonne femme, quelques mois dans son sillage, toujours souriant, et tenant la tasse de café chaude sur un coin de cuisinière. Elle avait été là, sans trop rien dire, présente ou absente au gré du musicien, sans trop rien demander.

Un matin, il avait reçu un mot laconique qui disait « le café est froid ». Le papier gondolait d’avoir été mouillé sans doute. Mais le spectacle devait continuer.

C’est bien des années plus tard que lui revint l’image de la petite bonne femme. Et cette image lui fit mal. Il était seul désormais, seul et âgé. Il avait laissé quelques enfants ici et là à qui il envoyait ses vœux, accompagnés d’une chèque, à chaque Noël. Il avait conquis le monde, mais le monde est bien triste quand on est seul à en jouir.

Alors, il fit une chose insensée. Il écrivit quelques mots sur son plus beau papier à lettre, celui qui donnait son nom en filigrane, et qui s’ornait de portées musicales. Il roula la feuille, l’inséra dans une bouteille. Un jour de tempête, il alla jeter la bouteille au plus loin qu’il pouvait, dans l’océan déchaîné. Et il se mit à attendre, en jouant une mélodie tristounette.

Ce qu’il ne sut jamais, c’est qu’une vieille dame, au bout du monde, trouva la bouteille, l’ouvrit et lut le message. Un sourire mélancolique éclaira son visage de chat et ses yeux, qu’elle avait gardés immenses, malgré les outrages du temps. Bien sûr qu’il y avait toujours une tasse de café chaud sur le coin de la cuisinière. Mais elle n’avait plus le courage de lui dire.

bouteille.jpg
bordure.jpg

C'était ma participation au jeu  "vacances de la toussaint" de l'équipe de choc.
Vous en dites... - Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs
Dimanche 11 novembre 2007 7 11 /11 /Nov /2007 17:42

It's me

Riyad Clarence

Murmures musicaux

 

Les morceaux de musique qui rythment ma vie...


 

 

Et la musique classique...


 

 

La musique d'ailleurs...

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