Et quand je pense, je prends un air de morue salée. Mon regard est aussi vide que celui d'un hareng saur. On me
dirait entrain de me laisser sécher dans une caque. Les tanches, ça pense, pas forcément à des choses utiles, mais ça pense. Les pensées de la tanche de ville voyagent en pays inconnu. J'amoncèle
des bribes de considérations qui ne servent à rien, des réflexions dénuées de sens et des remarques creuses. Mais ça me détend. Parce que parfois, la vie est difficile, le vent contraire et le
courant bien turbulent. Alors panser sans y penser, c'est comme une cure de repos. Les neurones cessent d'émettre des signaux agités. Les bobos se taisent. Pendant ces séances, je me laisse
dériver dans un état vasouillard. Comme un algue. Ça dure un certain temps, et quand je cesse de penser, c'est pire. J'ai la cervelle si vide qu'on dirait qu'un alevin est passé par là avec une
paille et qu'il a aspiré bruyamment le peu qu'il restait de réflexion. Le neurone de tanche est une boisson énergisante bien connue du marais. Le plus difficile, c'est d'en trouver en
conditionnement stérile, dans les grandes surfaces. Et, en ce moment, j'aurais bien besoin d'en faire une cure... de neurones.
La Tanche, le 27 avril 2009
La petite phrase du jour Se rendre compte qu'on est un imbécile est un signe
d'intelligence. Philippe Geluck
... mes illusions. Il serait temps ! Je suis déjà une vieille chose, faudrait que j'apprenne à ne plus rêver
comme un jeune morue fraîche. Zigouiller mes rêves. C'est pas facile. A croire que la capacité à décoller lorsque le sort se fait contraire est inscrit génétiquement dans la chair de la tanche
que je suis. Je n'ai jamais pu me résoudre à la raison. Il faut bien avouer qu'avoir les nageoires dans la mer, c'est chiant comme la mort. Ça aide pas à barbouiller le cœur de couleurs. Tout au
plus, ça évite de se perdre. Mais je me raconte que si je n'avais pas été la plus grande rêveuse du marais, jamais je ne l'aurait rencontré, mon ex-Poisson d'Amour. Et jamais je n'aurais eu le
courage d'aller à sa rencontre. Je se dis encore que j'aurais, alors, raté de beaux moments de bonheur, de ceux qui barbouille une existence de tanche. Je me dis que, si je n'avais pas été la
plus témérairement naïve tanche du marais, je ne me serais pas lancée dans des tas de projets, qu'ils soient d'emballage de perles ou de lustrage de nacre. A force de réfléchir, la Tanche que je
suis, elle finit par conclure que, s'il faut qu'elle zigouille quelque chose, alors il faut qu'elle zigouille ses tentatives stupides de vouloir ressembler à une tanche classique. Je suis née
avec un grain de folie coincé dans une ouie, et c'est bien comme ça.
La Tanche, le 26 avril 2009
La petite phrase du jour Au travail, le plus difficile, c'est d'allumer la petite lampe du cerveau.
Après, ça brûle tout seul. Jules Renard
... ma petite tambouille personnelle avec concentration, amour également. Il y a des gestes dans lesquels je
m'abîme, parce qu'ils portent en eux le germe de la réflexion. Etre dans ce que l'on fait me semble un exercice de méditation qui apaise et lave les morsures de l'existence. La Tanche que je suis
se trempe dans la sauce délicate aux arômes subtilement épicés. Je détaille des lasagnes de courgettes les plus fines possibles, et ça prend bien du temps. Je coupe les carottes en de minuscules
dés, que je mélange à d'autres aliments, d'autres couleurs, histoire que l'œil s'enchante et participe à la fête.
Lorsque la tanche que je suis se met en cuisine, c'est autant pour régaler ses convives, que pour se ménager un moment de silence intérieur. Parce qu'il est bien difficile, dans l'agitation
trépidante d'une civilisation absurde et mercantile, de faire taire tous les dialogues intérieurs qui polluent la sérénité.
La Tanche, le 25 avril 2009
La petite phrase du jour La sérénité dans le désordre est un signe de
perfection. Proverbe chinois.
Dès qu'un frimas, quelle que soit la saison, se pointe, la tanche que je suis se recroqueville sous sa couette.
Le plus petit bout de nuage qui mange la lumière, la plus petite averse, le plus petit flocon de neige, le premier degré perdu, tous ces signes du temps me renvoient à l'idée que je fus sans
doute Marmotte dans une vie antérieure. Et que je vais passer des jours et des jours emmitouflée par 23°C, parce qu'en dessous il me faut un passe-montagne, comme un nouveau né. C'est quoi une
Tanche qui se pèle le pédoncule caudale ? C'est de la morue congelée. La poisse d'être un poisson d'eaux froides. Des fois, je me raconte que j'aurais vraiment préféré naître sous des cieux plus
cléments. Au moins, je n'aurais pas à me couvrir la vessie natatoire sous des couches de laine. Tiens, être une raie, une jolie petite raie qui flotterait, nonchalante, au milieu de bancs
multicolores, dans un lagon des tropiques... Des eaux turquoises et de biens beaux pêcheurs désireux de taquiner la raie... Bon, le risque, c'est de finir sur un lit de câpres.
La Tanche, le 24 avril 2009
La petite phrase du jour Est-ce que c'est parce que la planète se réchauffe que les politiques font tout
pour finir à l'ombre ? Laurent Ruquier
Je viens de découvrir que cette couleur m'illuminait d'un doux halo doré. Alors j'ai refais ma garde-robe, en
citron, tournesol et autres nuances ambrées. C'est vaniteux, une tanche, ça veut toujours se mettre en valeur. C'est pas que je sois si jolie que ça, mais m'emballer un peu mieux qu'à
l'ordinaire, ça me regonfle le moral, ça me réconcilie avec moi. Faudra quand même que je vive ma nouvelle lubie avec un peu de mesure, sinon on va finir par me confondre avec un lieu, dans les
soirées chics du marais. Et puis je me méfie. La tanche fonctionne au mimétisme, elle pourrait muter en fugu ou autre poisson exotique. Pas que ça me dérange d'un point de vue tribal, mais le
fugu est très prisé, je n'ai pas envie de finir dans une assiette. Je n'ai pas envie d'être bouffée. Il n'y a pas énormément de risque tout de même. Je ne suis pas une tanche de grand luxe, juste
une cabillaude qui tente de se donner des airs de poisson-clown, comme ceux qu'on voit dans les magazines. Ah ! l'image !
La Tanche, le 23 avril 2009
La petite phrase du jour L'image alerte, l'écrit persuade. Nicolas Hulot
Je me fais toujours gruger sur les mêmes erreurs. Je suis une tanche confiante, qui préfère vivre dans un monde
idyllique où les poissons ne sont pas des démons. Ni des anges d'ailleurs. Où ils ont la juste poissonnité. Sauf que, et je le sais, ce n'est pas le cas de tout le monde. Dans mes vies
antérieures, quand j'étais truite, rascasse, sardine, morue, lamproie, raie, etc... il y a eu des saumons, des brochets, des congres, des ... tordus, du genre « qui sourient gentiment et qui sont
pas gentils quand même ». La Tanche que je suis est émotive, elle réagit d'abord, et réfléchit ensuite. Ce qui, face à de pernicieuses attaques, assénées hors témoin, me rend vulnérable.
J'éclate, comme un poisson-ballon, et puis je passe à autre chose. Et les poissons torves s'amusent à me piquer au fil des jours pour que je parte en moule régulièrement. Le marais me regarde
comme une caractérielle. Les vexations quotidiennes, les attaques personnelles, les remises en causes, elles, ne se voient pas. D'ailleurs, comment le marais pourrait-il deviner... les torvus
pratiquent dans l'intimité du toit, de la salle à geyser ou encore à la caisse du supermarché. Ils prennent bien soin de dissimuler leur fourberie sous des airs aimables et éduqués. Du coup,
celle qui a l'air d'être la mauvaise, c'est la Tanche. Je me fais plein de recommandations, j'arrête plein d'attitudes, je pense intensément à la manière de contourner le problème. Mais une
tanche de ville reste une Tanche de ville. A part changer de frayère, je ne sais pas quoi faire. Et changer de frayère, ça fait trop plaisir aux poissons marrons... il n'en est pas question ! Je
vais m'acheter une paire d'yeux.
La Tanche, le 22 avril 2009
La petite phrase du jour La rancune est une dépense improductive. Victor Hugo
Pas régulièrement. Mais cela m'arrive, comme à n'importe quel poiscaille. Il n'y a pas de raison que je sois
toujours aimable, juste et polie. Je m'offre parfois des crises de hargne carabinées, qui clouent mon entourage. Je fonctionne comme une cocotte-minute. La mauvaiseté monte en puissance au fil
des jours, à cause d'un geste malencontreux, d'un regard goguenard, d'une parole malheureuse... de toutes petites choses que je ne comprends pas et qui me blessent. Trop sensible la Tanche ?
Peut-être. En tout cas, je rumine, bouillonne jusqu'à explosion. Genre bombe à citron. Alors on m'entend maugréer jusqu'au bout du marais. Il m'arrive même d'élever la voix, mais jamais la
première. Je réponds aux piques à coup de grenades, ces jours là. Mais, pour le repos de mon entourage, et ma propre sérénité, je choisis plutôt fois d'aller m'enfermer dans mon antre en
attendant que la hargne tombe. J'en ressors calmée. Bien lisse, toute souriante, avec la joie et l'optimisme qui remontent au sommet du piquet. Je me mets au piquet pour piqueter de la bonne
humeur. C'est-y-pas une solution comme une autre ? J'ai quand même dans l'idée que si j'étais un tout petit peu plus agressive, mes histoires d'amour ne partiraient pas en eau d'oursin. A croire
que les saumons apprécient, entre tout, la moue désapprobatrice des tanches en colère. Mais je sais pas faire. J'arrive juste à être antipathique, sur un malentendu.
La Tanche, le 21 avril 2009
La petite phrase du jour L'excuse d'un sot est pire que sa faute. Proverbe persan
... du chocolat noir avec de grosses noisettes bien charnues. Je le laisse fondre doucement entre le palais et
la langue, et ça me procure la douce sensation de retrouver un bonheur extirpé de l'enfance. C'est le chocolat de base que je préfère. Le tout simple. J'en a essayé des chocolats, des mous, des
durs, des à la nougatine, au miel, à la truffe, à l'orange, à la menthe, à... Des tas. Mais je reviens toujours au bon vieux Poulain, avec ou sans noisettes. Celui que j'achète par trois
tablettes sous la même cellophane. Parfois, je fourre un pain au lait avec une barre, c'est mon petit déjeuner de luxe. Le bonheur, c'est simple comme du chocolat noir, ça tient à quelques
souvenirs, au fait de retrouver des parfums d'autrefois, à un moment de dégustation qu'on s'offre dans le noir, après une journée bien remplie, où le record de perles emballées a été
pulvérisé.
La Tanche, le 20 avril 2009
La petite phrase du jour Il n'y a pas de bonheur intelligent. Jean Rostand
... Ma vie, avec des tas de projets à réaliser. Il en est des grands, il en est de petits. C'est ma façon à moi
de décorer mon intérieur... de rêves. Je me fabrique des listes entières, où chaque ligne porte l'espoir d'un plaisir. Sur certaines lignes s'inscrivent les promesses d'un amour passionné, que
j'ai à vivre, à déguster jusqu'à la dernière lichette, parce que j'aimerais qu'il soit l'amour grand, celui qui va jusqu'au bout. D'autres projets sont bien plus modestes, ils ressemblent à des
envies... Envie de reprendre les pinceaux, de retrouver les alexandrins. Envie de retourner à l'école, d'apprendre encore. Envie de renouer le fil d'amitiés que j'ai laissées filer, avec le
temps. Le soir, sur mon lit d'algues, avant qu'un sommeil me prenne, je me joue mes rêves quand ils seront devenus des souvenirs. Et ma vie prend de bien jolies couleurs.
Enfin... j'enjolivais. Parce que l'énergie de la fabrique à rêve commence à manquer. Comme si le réel rattrapait l'imaginaire. Comme si l'imagination se posait enfin. Et la tanche que je suis
sourit doucement sur le départ muet des envies un peu arrogantes. Je hume l'air qui sent le printemps, je tourne la page d'un printemps d'avant. Et je m'en vais dormir sous ma couette d'algues en
respirant un grand coup. La vie passe, et, avec elle, les élucubrations stériles.
La Tanche, le 19 avril 2009
La petite phrase du jour Le rêve, c'est le luxe de la pensée. Jules Renard
Je me suis levée d'humeur maussade. Enfin, levée... retournée plutôt. La Tanche roupille d'un côté, aplatie sur
un banc de sable et planquée sous une algue, tout au fond de la grotte. J'ai appris à faire profil plat grâce à une sole de mon entourage. Ce matin, mon retournement, d'habitude gracieux et vif,
s'est mué en ébrouement frénétique... à croire qu'une puce de mer m'avait piquée. Du coup, à cause de mon âge qui fait qui fait de moi une tanche rance, je me retrouve avec la dorsale ratatinée,
et l'arête rhumatisante. J'ai fait bonne figure à la réunion annuelle de la Tanche Enragée, mais je souffre le martyre. Je me suis calée la queue entre deux étoiles de mer, et je bougonne. Il
faut dire que ces réunions de tanches revendicatrices me donnent le tournis. Je me revois, jeune poissonne, à vitupérer contre la hausse du prix du homard ou contre l'impôt sur le banc organisé.
Je me remémore les sittings devant l'île aux requins, qui ne servaient pas à grand-chose. Après toutes ces années de gesticulations, le résultat équivaut à peau de maigre, autant dire rien. Il y
a un grand homme de lettres, qui fut ministre de la culture du concombre qui aurait dit quelque chose du genre : « si à 20 ans une tanche n'est pas communiminimaliste, c'est qu'elle n'a pas de
cœur, mais si à 60 ans, si elle l'est encore, c'est qu'elle n'a pas de cervelle ». Allez militer !
La Tanche, le 18 avril 2009
La petite phrase du jour L'Homme n'est qu'un amas de grimaces. Xavier Forneret
A l’info, je suis droguée à l’info. Pendant que je rédige les différents documents liés à mon Master, j’ai l’oreille qui
traîne sur les chaines d’information. Et la Marine est de partout. Elle me fout les chocottes, cette bonne femme. Elle a rendu acceptable ses discours de la haine et...
C’est le clip de l’UMP qui m’intéresse… Ah ben voui ! Pour alimenter mon envie d’être désagréable, voire pénible, j’essaie,
encore et toujours, de troubler le passant. Qu’il doute de son envie de soutenir une UMP moribonde. En coulisses, déjà les machettes et autres colts sont astiqués,...
J’adore faire caguer… C’est pas nouveau. Je dois être née avec le neurone du « fait chier », ou alors je l’ai reçu en
héritage. Mon père déjà…
Bref, toujours sur le Huff’ quand une info très pipole apparaît, le jeu, c’est d’aller le plus vite possible commenter avec
un « on...
Il existe un communautarisme des « de souche », largement aussi dangereux que n’importe quel communautarisme. Il est tapi
comme un chat, dans un coin sombre, guettant la prochaine souris à croquer. Dangereux, oui, dangereux. Parce qu’il développe un discours de la haine enrubanné de...
Christine L, Directrice, Ex-Ministre, dont le traitement n’est pas soumis à impôt… du moins c’est ce qu’il se dit dans tous
les journaux sérieux, Christine défraie la chronique. Forcément, elle oppose la misère du petit nigérian à celle du petit grec. Déjà, opposer deux misères pour...
C’est le titre d’un reportage sur lequel je suis tombée, sur France5, par hasard, cet après-midi. J’avais besoin
de me changer l’esprit, parce que faire la saisie de 17 interviews… Pfiou ! c’est gavant à force.
Je suis resté scotchée… Cinquante minutes de pur bonheur....
L’ambiance est à la bataille. Vas-y que je te file un coup de Zemmour contre une lèche à Guillon. Je t’envoie Woerth en
plein tronche et tu me réponds « sang contaminé »… ça donne un max sur les réseaux. On est au bord de la guerre civile, je vous le dis. Enfin, la guerre civile, façon...
Sur un article du Huff…qui se trouve ici, je donne mon
avis. Ben voui, je ne peux pas m’empêcher de donner mon avis. Et qu'est-ce que je vois... je suis interpellée assez vulgairement, il faut le dire.
鍾運禮 « ferme ta gueule pénélope »
Moi : @ 鍾運禮 (Robert), je...
Une accalmie se présente, improbable. Pendant et depuis quelques jours, la France emprunte à un taux moindre. Oh ! Je ne me
fais pas d’illusion. L’impact de l’élection de François Hollande n’est pas forcément prépondérante. Ça tient aussi à la dégradation, triste, de l’économie de nos...
J’adore l’idée de passer un master… mais parfois, je souffre le martyre. Tant je doute. Pour l’anecdote, j’ai rédigé la
première note obligatoire avec un soin incroyable et j’ai eu 13. Euh ! Je n’étais pas vraiment heureuse car si je veux continuer, il faut monter de niveau. Et j’ai fait...
Vos murmures...