Les rêves ouvrent les portes cachées d’un château idéal. Les bruyères bouleversent de roses et de pourpres les jardins d’utopies qui bordent les douves. Dans les eaux noires nagent des poissons lunes, chacun d’eux promène un songe noyé. Une forteresse fragile, dédale de chimères, abrite les méandres de l’imagination qui fantasme. Que serait la vie si le rêve n’allait pas, de couleurs et de cailloux, lui cultiver un champ ? Rêver, rêvasser d’ailleurs, ressource l’âme. S’alanguir dans de moelleux coussins, dans une chambre du château, et laisser dériver les envies jusqu’à ce qu’elles forgent des illusions dont on ne sait si elles seront perdues un jour. Et si le rêve était la genèse du désir ? Et si le désir était le ferment du projet ? Tirer un conte du néant, échafauder une extravagance, façonner une fantasmagorie… Bâtir. En semant l’improbable, en plantant l’impossible, en déblayant les doutes, en évacuant les hésitations comme de vulgaires gravas. Il faut croire absolument, pour qu’ils existent un jour, que les rêves ouvrent les portes cachées d’un château idéal.

 


Vous fûtes plusieurs... 6 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

Monsieur Croquepois était un petit bonhomme, tout rond, chauve et jovial. Il allait sa vie avec flegme. Employé modèle aux Galeries Laparfaite, il s’occupait avec zèle du rayon des cravates. Il savait tout des cravates, leur mode de fabrication, les matières qui frisent sous les doigts, les couleurs lumineuses. Il connaissait l’accord parfait avec la chemise. Il pensait le mélange des fleurs et des rayures, des motifs et des pieds de poule. Si le titre de docteur es cravates avait existé, il en aurait été le premier décoré. Si la Sorbonne avait élevé cette discipline au rang de science, pour sûr, il aurait été le premier titulaire de la chaire de cravatologie. Mais Monsieur Croquepois était modeste, se contentant du strapontin au cinéma, et de la table près des toilettes ou de la porte, au restaurant. D’ailleurs, son prénom, c’était Modeste. Modeste Croquepois. Cet homme là  n’était pas une lanterne, ni une lumière, du reste. C’était juste quelqu’un.

L’histoire commença un dimanche à la nuit tombée. Son week-end s’était déroulé, comme d’habitude, de façon bien morne. Il avait été chercher le journal, bu son petit noir au café des Ava’tards, en bas de chez lui. Il avait croisé la bande de joyeux fêtards qui rentraient de bringue en jouant au foot avec une canette de soda vide. Il avait acheté sa baguette viennoise, le dimanche, c’était baguette viennoise. Il s’apprêtait à remonter chez lui quand un bout de papier froissé attira son attention. Il le ramassa. Il avait entre les mains un billet de train à demi effacé qui, bien qu’ayant l’air d’avoir traîné, indiquait une date de voyage pour le jour même. La destination était une ville distante d’une centaine de kilomètres. Il avait grandit dans cette ville.


Jamais il ne saurait ce qui le poussa à utiliser ce billet de train offert par la providence. Mais il se retrouva, ce dimanche, à la nuit tombée, à errer sur les lieux de son enfance. Il y avait une fête foraine, une vogue, comme on disait dans le coin. C’était la vogue des noix. Il flottait une odeur de barbe à papa, dans l’air. Et puis les gosses se baladaient en croquant des pommes d’amour, rouges, brillantes.

Il marchait, renouant avec ses souvenirs, regardant de droite puis de gauche. C’était sa ville, mais plus vraiment. Les immeubles découpaient l’horizon comme avant, mais plus rien n’était vraiment à sa place. Comme si la ville avait pivoté sur un axe. Ça et là, des magasins s’étaient ouverts, d’autres avaient fermés. Il y avait longtemps qu’il n’était pas revenu.


Le nez en l’air, la tête ailleurs, il butta sur une chaussure orpheline, un vieux godillot troué, et s’étala de tout son long, au pied d’une demoiselle. On aurait dit une montagne, la demoiselle. Elle était grande, costaude, avec des épaules de catcheuse. Elle n’aurait sans doute pas laissé sa place dans une mêlée. Gentiment, elle tendit la main pour aider Modeste Croquepois à se remettre debout. Le petit homme, même redressé, bien que tirant le cou pour se grandir, arrivait à peine au menton de la demoiselle. Il bafouilla un remerciement gêné. Elle parti d’un grand rire et se présenta : « Mangetout, Rosalinde Mangetout. Vous ne vous êtes pas fait mal au moins ? ».
-« Rosalinde, vous êtes Rosalinde… Je suis Modeste, Modeste Croquepois »-.
Un silence s’installa. La fille cherchait manifestement un souvenir. Le bonhomme l’observait et attendait une lueur de compréhension.
-« Nous nous connaissons ? »- finit-elle par demander.

-« Nous nous sommes connus quand nous étions des gosses, pendant une vogue des Noix, nous devions avoir une douzaine d’années. »- précisa Modeste Croquepois.

-« Vous êtes sur, je ne me souviens absolument pas… »-.

Monsieur Croquepois poussa un soupir, haussa les épaules, il aurait tellement aimé qu'elle se rappelle de lui, que ce ne soit pas comme d'habitude... Mais personne ne se souvenait jamais de lui. Il aurait été transparent, cela aurait été la même chose. Et depuis son enfance, il passait inaperçu. Au point que même son chef de service oubliait régulièrement de lui donner sa paie ou de le compter parmi les effectifs travaillant durant les fêtes de fin d’année. Au point que le boulanger, depuis vingt ans qu’il était client, n’avait toujours pas intégré qu’il mangeait une baguette viennoise le dimanche. Au point que le buraliste ne savait toujours pas le titre de son journal préféré. Monsieur Croquepois était absolument invisible. Les gens mémorisaient en général parfaitement les cravates qu’ils lui achetaient, pouvaient situer le moment de l’achat, mais ne reconnaissaient jamais le vendeur. L’homme avait le pire destin qui soit : être à ce point insignifiant que les autres êtres humains l’oubliaient dans la minute qui suivait la rencontre.
Il sortit une cigarette de sa poche, se tourna vers la demoiselle et lui demanda si elle n’avait pas du feu. Rosalinde Mangetout chercha son briquet, et, sans penser plus, alluma la cigarette de Modeste, avec un sourire convenu. Elle avait déjà zappé le bonhomme, oublié la rencontre et l’échange de quelques paroles. Elle repris son chemin tranquillement après un petit geste d’excuse. Oh ! ça, les gens n’étaient pas méchants avec lui, souvent polis, jamais agressifs. Ils se comportaient même de façon cordiale et amicale. La nature douce et tranquille de Modeste n’était pas de celles qui alimentent les mauvais penchants.

Alors il fit ce qu’il faisait d’habitude, il suivit la demoiselle. Dès que l’obscurité les enveloppa suffisamment pour qu’ils ne soient pas trop exposés aux regards des badauds, il ôta sa ceinture et étrangla proprement Rosalinde, en la regardant s’effondrer avec un frisson de plaisir. Elle s'était bien débattue un peu, mais ils ne résistaient jamais très longtemps, c'était une bonne ceinture qu'il avait achetée aux Galeries, à son collègue Fildefer, le vendeur du rayon maroquinerie. Puis, il avait ouvert une minuscule boîte en carton, et avait déposé une boucle de cheveux qu’il avait coupée sur le corps mort de Rosalinde. La boîte était presque pleine.

Il ne prit même pas la peine de se cacher et repartit d’un pas tranquille se perdre dans la foule. Il s’amusa vraiment ce jour là, à monter dans les manèges, comme au temps de son enfance, à tirer sur des ballons. De toutes façons, personne ne pourrait certifier l’avoir croisé.

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Sur un jeu proposé par Bénédicte sur son blog "Jeux d'écriture du Chabidouille".
La version de Bénédicte est à lire ici.

Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs

Je hais la grande distribution !

Ce matin, je regardais, aux infos, un reportage sur notre pouvoir d’achat. Maurice-Ernest Léclair, penseur philosophico-humaniste et gardien-moralisateur, soi-disant, de cette branche d’activité, passe pourtant beaucoup de temps et d’énergie à nous faire accroire que, pauv’ de nous, sans la bataille altruiste de son enseigne, et de la profession en général, nous serions réduits à ne manger de la viande qu’une fois par semaine et à nous passer de tomates l’hiver. Oui ? Et alors ? Qui a dit qu’il fallait à tout prix ingurgiter son kilo de barbaque quotidien, sa salade niçoise par -20 degrés ?
Vive le poireau de paysan, la bidoche nourrit en plein champ, les œufs des poules qui courent !!! D’ailleurs, même si je n’achète pas bio systématiquement, je passe du temps au marché, chez le boucher et dans de petites supérettes. Mais, hélas, en centre ville, les seuls magasins sont des résidus d’enseignes, des « sous grandes surfaces ». Où est passé l’arabe du coin qui me vendait du citron le soir de Noël pour les huîtres ? Je l’aimais bien celui là, nous avions un vrai contact, humain le contact. Pas de ces dialogues de sourd avec un chariot dont la roue droite se coince tout le temps. D’ailleurs si quelqu’un le connaît, qu’il lui passe mon bonjour, il était face à un petit immeuble, au 33 de la rue Stendhal à Paris 20ème.

Je hais la grande distribution !

Pour être totalement honnête, cette ire tenace est liée au fait que j’ai eu, dans mon jeune temps, à travailler dans ce secteur d’activité. J’en ai conçu un dégoût irréversible. Je n’étais pas en magasin, j’intervenais en tant que formatrice. J’ai donc pu assister, pendant ma période d’initiation aux coutumes locales, d’endoctrinement je devrais plutôt dire, à la manière honteuse dont les individus étaient traités en général. Que dire des réunions de référencement, pratique qui consiste à maltraiter jusqu’à l’humiliation le représentant d’une entreprise d’agro-alimentaire, afin de lui faire tirer les prix ? Un jour, à cause de ça, nos biscuits ne seront plus que de la farine, de l’eau et des adjuvants chimiques. C’est peut-être déjà le cas. Il n’y a bien que Coca-cola qui résistait. Personne ne peut se passer de toutes façons d’avoir cette boisson en rayon.

Je hais la grande distribution !

Que dire du personnel des magasins que j’accueillais en stage, mort de trouille de ne pas comprendre… « On » leur avait bien signifié que cet apprentissage là était leur passeport, non pas pour un avenir radieux, mais pour la conservation de leur emploi, tout simplement. Que dire des employés qui arrivaient après avoir déjà travaillé, s’étant levés à 3 heures du mat’ pour faire la mise en rayon, avant d’aller en cours ? La plupart du temps, ils s’endormaient, le nez sur le clavier, après le repas de midi. Genre Gaston Lagaffe avec le « Z » imprimé sur le tarbouif.

Je hais la grande distribution !

Pour être encore plus honnête, cette aversion vient d’être étayée, renforcée par la mésaventure arrivée à une de mes nièces. Elle avait entrepris un BTS en alternance afin de devenir « Manager des unités commerciales, option boulangerie ». Et elle était heureuse. Ça s’est malheureusement gâté quand elle a fini par comprendre que sa période en entreprise la confinerait à emballer du pain, pour cause de pénurie endémique de personnel dans ce rayon. Ah ! C’est du joli ! Utiliser des étudiants comme main-d’œuvre pas chère ! Et personne n’ose rien dire de ces pratiques. En tout cas, pour apprendre à passer les commandes, calculer une marge, gérer la démarque inconnue et tutti quanti, emballer du pain, ce n’est pas le plus efficace ! Même son professeur tuteur, à l’école, a copieusement fermé son clapet.

Je hais la grande distribution !

Même si je pense que nous sommes responsables, du moins en partie, de la maltraitance consumériste dont nous sommes victimes. Nous avons sans doute à repenser nos façons de manger, acheter. Est-il vraiment nécessaire de s’enfiler trois camemberts allemands et pasteurisés plutôt qu’un seul de bonne qualité, produit en Normandie ? Est-il réellement vital d’avoir de la viande à chaque repas ? Et des questions du même genre, on doit pouvoir en poser des quantités industrielles, de quoi remplir un rayon.

Je hais la grande distribution !

Mais c’est quand même plus facile de prendre cette position là si on n’a pas une grande famille à nourrir, si on se fout du paraître, c'est-à-dire qu’on n’a plus, à charge, d’ado surcontaminé par la frénésie des marques et autres signes ostentatoires d’appartenance, et qu’on gagne à peu près bien sa vie. Il n’empêche qu’en ne faisant quasiment plus mes achats en grande distribution depuis presque deux ans, j’ai remarqué que mon budget « nourriture » avait baissé, que je mangeais plutôt mieux, et que je ne jetais presque plus rien. Soit dit en passant, j’ai moins besoin de place pour ranger, je n’achète plus de lot de petits pois par trois boîtes alors que je n’en mange pas plus d’une ou deux fois par an. Et mon congélo est vide, je l’ai arrêté.

Je hais la grande distribution !

Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour - Communauté : La gazette des blogs

Qu’une seule larme dégouline le long de la joue, silencieuse et menue, et le regard s’embue de toutes les émotions qui débordent. Est-ce qu’une larme raconte forcément un chagrin ? Les larmes sont des morceaux d’océan qui dérivent au pays des tumultes. Elles annoncent l’ondée ou la tempête, la rosée ou l’ouragan. Que le cœur s’enflamme pour un regard, et la larme inonde d’une joie profonde un visage aimant. Elle roule tout au long d’une joue attendrie pour se perdre à la commissure des lèvres, qui frémit, imperceptiblement. Que la main lâche le lien, qu’elle le coupe, dans un moment d’ennui ou de colère, et les larmes se font pleurs, sanglots. Elles dévastent et barbouillent en rouge et noir. Qui sait lire le langage de ces eaux jaillissantes, s’ouvrir aux nuances subtiles qu’elles peignent en ravinant la peau, sait saisir l’essence de l’autre. Qui sait recueillir l’une seule d’entre elles dans un geste doux et sourire, sait apaiser les chagrins, tous les chagrins. Quand une seule larme dégouline le long de la joue, silencieuse et menue, le regard s’embrume de toutes les émotions qui débordent.

 


Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

Une attente comme un lent réveil, un matin d’hiver, vibre entre les draps. Découvrir que le temps reprend son souffle et qu’il vient battre à la porte des émois. Une vie est présente toute d’attente habillée, qui vadrouille au pays des rêves et qui chemine sur une route fantasque. Qu’il est doux de sentir l’attente construire un sourire à donner, écrire les mots rassurants d’une éternité. Là où parfois ce temps incertain s’exaspère de ne pas trouver de réponses, il faut tresser un moment d’espérance. Là où les heures se traînent et qu’on les maudit d’ainsi lambiner, peut-être est-il bonheur d’apprendre à remplir de désirs ces pauses imposées. Sans doute que le pays des jours vides, des semaines dépeuplées, des mois inoccupés, offre l’espace de gestation des espoirs, des inspirations. Assembler les lettres afin d’écrire l’histoire qui viendra remplir les ailleurs, les demains, les toujours. Couvrir le lit d’une dentelle infiniment crochetée, point après point, pour qu’un matin d’hiver, il soit vaisseau et qu’il accueille une attente comme un lent réveil, qui vibrera entre les draps.



Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

Je consulte régulièrement mes statistiques, notamment celles qui concernent les textes les plus lus. Et, depuis quelques mois déjà, c’est celui qui tient le haut du pavé. J’avoue que cela m’agace un peu.
Bien que je revendique absolument cette fantaisie, je suis quand même triste. Dans mon désarroi, il y a une lueur de prétention qui me fait penser que ce n’est pas mon texte le plus remarquable, ni le plus réussi. Il n’en demeure pas moins qu’il est le plus lu, et avec un stade d’avance encore.

Quand je regarde comment le promeneur est arrivé sur ce « fion et sa couille » (ben voui, pour éviter les redites, je fais dans le grossier), et bien il a emprunté le chemin « trou de balle » dans les moteurs de recherche. La requête est banale, puisque chaque jour, entre 10 et 20 personnes se pointent ici ainsi. Du coup, cette note, à force d’être lue, arrive en première page de google.

Cela m’interpelle. D’une part, prendre le risque de dériver et de faire dans le vulgaire, même rigolo, expose, sur le net, à voir débarquer des faunes lubriques. Ils doivent être bien déçus quand il réalisent que mon histoire n’a rien de vraiment pornographique. D’autre part, mais je le savais, la chose occupe vraiment l’esprit de nos contemporains.


J’espère que, parmi ces voyageurs, certains tapent leur requête pour de nobles causes, telles que les hémorroïdes ou la constipation chronique. J'avoue que cela me ferait ch...., enfin caguer, que seuls les adeptes de recherches à caractère sexuel ne se délectent du plaisir de cette gâterie. Bien que, je tiens à le préciser, je n'ai aucun a priori, ni n'émets de jugement de valeur sur ce profil de navigateurs...

C'est juste le manque de poésie de la situation qui me chagrine.


Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour - Communauté : La gazette des blogs

Le thé est au chaud sur un coin de la cuisinière, exhalant son parfum de menthe fraîche. Il attend, depuis le début des temps, que l’un, que l’une, dont le destin est de le partager, se rejoignent, peut-être. Il y a des thés, dans une vie, qui comptent infiniment plus que tous les cafés noyés de rires. Ce rite là, deux cuillères de feuilles dans une théière déjà culottée, se vit les yeux fermés, dans le recueillement. Il faut laver la mouture, et jeter la première eau. C’est comme laver son cœur des précédentes amours. Elles se lessivent, et elles ôtent l’amertume de la boisson. Et puis, lorsque la menthe prend le chaud, qu’elle se mélange au thé, alors l’alchimie accouple les arômes que le sucre vient secouer. Les verres sont dressés sur la table basse. Ils attendent le thé. Ils attendent les buveurs. Le thé fume dans le jour qui tombe. L’heure est passée. Il va tiédir, doucement, refroidir, évidemment. Comme tiédissent, doucement, les amours qu’on ignore. Comme refroidissent, évidemment, les passions qu’on ne nourrit pas. Quand vient le soir, il faut vider la théière. Mais, demain, le thé sera au chaud sur un coin de la cuisinière, exhalant son parfum de menthe fraîche.

 


Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières

Parfois, la rime m’abandonne, car le sort s’acharne à me plier sous le poids, bien peu lyrique, de malheurs stupides et ridicules. Ah que n’ai-je la chance insolente de quelque trublion qui, bien que téméraire, évite tous les écueils ! Yep ! Jugez plutôt de cet anniversaire. C’était il y a quelques années, j’avais convié mes amis à fêter, de concert avec moi, ma trentième année. Je nous voulais un festin digne de Pantagruel, car changer de dizaine est un moment troublant dans une vie, la page qui jaunit, le cheveu qui blanchit, la ride qui se plisse, la fesse qui s’affaisse…
Je me suis décidé pour une fondue, bourguignonne, celle qui vous laisse en bouche le goût marqué du charolais, à peine saisi, et trempé dans de petites sauces délicates et raffinées. Je fais mes sauces moi-même, aidé en cela, souvent, par Le Farfelu. Je me laisse aller à toutes mes fantaisies, ou les siennes… Mais là n’est pas mon propos que de m’étaler sur mes recettes. Yep !

Donc, tout était prêt, ou presque. Ne restait que le copieux morceau de viande à détailler en cubes. Mes convives sont arrivés, joyeux, et alléchés par ma tambouille. Tout en savourant l’apéro, les mises en bouches, je me suis mis à couper la barbaque. Un instant, un seul, d’inattention... un couteau qui dérape, une entaille béante qui pisse le sang. J’ai crié, je déteste mon sang. Et j’ai tourné de l’œil. Le temps que je reprenne mes esprits, le toubib était là qui me recousait la blessure. Ah ! j’ai piaillé, en vérité, je vous le dis.

Mes amis avaient débarrassé, jeté la première huile qui commençait à brûler, achevé les préparations du repas, remis à chauffer de l’huile toute propre. Il m’a fallu un peu de temps pour reprendre mes esprits. Et j’ai eu l’envie soudaine de me rendre là où… enfin, vous savez, là où même le roi est seul. Cet intime local, petit, où je laisse traîner des bouquins, des recueils de poésies, quelques cahier et mes crayons, est l’un de ceux où l’inspiration me vient. Comme si ce lieu d’aisance me comblait d’une abondance de mots. Yep !

J
e me sentais assez faible, et, plutôt que de pisser debout, comme un homme, je me laissais aller à m’asseoir, rêver, retomber en enfance. Car qui n’a pas, durant son enfance, tiré la chasse d’eau tout en restant sur le trône, histoire d’avoir les fesses arrosées des délicates éclaboussures d’une eau qui jaillit, joyeuse… Sauf que, je ne sais pas qui avait eu cette idée folle, l’huile bouillante avait été jetée dans la cuvette. La tête de mes fesses. Mon hurlement… En quelques minutes j’avais un arrière train qui ressemblait à un champ dévasté par les taupes, un champ de mines. Bien sûr, les amis étaient là, qui ont appelé une ambulance.
Mais c’est sur le brancard que l’aventure s’est terminée en apothéose, si je puis dire. J’ai eu la mauvaise idée de raconter mon histoire aux brancardiers, qui, saisis d’un inextinguibles fou rire, me lâchèrent. C’est comme ça que je me suis cassé le bras… Yep !
Quand je vous dis que le sort s’acharne sur les poètes…


Adessas, Le Rêveur.

 

cretin


Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Journal d'un crétin - Communauté : La gazette des blogs
Une soupe mijote, qui sent le jardin et le cumin et qui témoigne d’un monde. Dès le matin, il faut penser aux légumes, imaginer d’autres goûts que la sempiternelle association des poireaux et des pommes de terre, même si l’imagination rajoute parfois quelques oignons ou de la ciboulette ciselée. Sortir du potager battu. Aller sur les sentiers des saveurs. Surprendre par des mariages inattendus. Car la soupe est un long cheminement qui commence au marché. Choisir est un acte impliquant. Pourquoi plus de poivrons que de carottes ? Pourquoi cet amour là plutôt qu’un autre. Pourquoi les senteurs de la méditerranée, l’huile d’olive plutôt que le beurre ? Pourquoi un regard noir plutôt qu’une prunelle claire et délavée. Qu’est-ce qui fait qu’un jour, une appétence, une dilection bascule, change, se transforme ? La dilection… au sens étymologique : amour tendre et purement spirituel porté à quelqu'un ; préférence parfois secrète pour quelqu'un, ou quelque chose… Après le choix, lorsque les ingrédients s’entassent sur la table, il faut les laver, les couper, les soigner jusqu’à ce qu’ils rejoignent leur cocotte. Ne pas oublier la coriandre qui raconte ces pays de là-bas, le paprika, les pois chiches, le cumin, pour que la soupe qui mijote sente le jardin et témoigne d’un monde.


Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Confessions particulières
L’un invente, l’autre étudie, l’un chante, l’autre écrit, l’un plaisante, l’autre psalmodie. L’alliance brode des rencontres comme des napperons. La délicatesse des entrelacs camoufle la solidité des fils entrecroisés. D’amour et d’amitié, l’être ensemble voudrait s’éterniser pour que l’alliance de dentelle couvre le lit. Couvre-lit de dentelles qui tisse l’accord des corps lorsqu’à cor et cri se dit l’amour. L’alliance comme une danse, l’alliance est transcendance. Toi et moi, dans la même foi, que le chant et que l’écrit se rejoignent. L’alliance est un souhait que l’un porte et que l’autre adopte. Ou, parfois, que les deux appellent. Les fuseaux, sans arrêt, mêlent le lin jusqu’à ce que les nœuds dessinent des roses. L’alliance se nourrit de l’image harmonieuse du point parfait. Lorsque enfin la trame épouse le droit fil, la soie tissée raconte la complicité. Le velours, sabré, décline les nuances moirées d’amours imbriquées qui se disent d’une alliance. Les amours sont ces métrages tombés du métier, que seule la patience peut improviser. Parce qu’il faut raccommoder, renouer les fils chaque fois qu’ils cassent. Une alliance à imaginer. L’un invente, l’autre étudie, l’un chante, l’autre écrit, l’un plaisante, l’autre psalmodie.


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