Je hais la grande distribution !
Ce matin, je regardais, aux infos, un reportage sur notre pouvoir d’achat. Maurice-Ernest Léclair,
penseur philosophico-humaniste et gardien-moralisateur, soi-disant, de cette branche d’activité, passe pourtant beaucoup de temps et d’énergie à nous faire accroire que, pauv’ de nous, sans la
bataille altruiste de son enseigne, et de la profession en général, nous serions réduits à ne manger de la viande qu’une fois par semaine et à nous passer de tomates l’hiver. Oui ? Et
alors ? Qui a dit qu’il fallait à tout prix ingurgiter son kilo de barbaque quotidien, sa salade niçoise par -20 degrés ?
Vive le poireau de paysan, la bidoche nourrit en plein champ, les œufs des poules qui courent !!!
D’ailleurs, même si je n’achète pas bio systématiquement, je passe du temps au marché, chez le boucher et dans de petites supérettes. Mais, hélas, en centre ville, les seuls magasins sont des
résidus d’enseignes, des « sous grandes surfaces ». Où est passé l’arabe du coin qui me vendait du citron le soir de Noël pour les huîtres ? Je l’aimais bien celui là, nous avions
un vrai contact, humain le contact. Pas de ces dialogues de sourd avec un chariot dont la roue droite se coince tout le temps. D’ailleurs si quelqu’un le connaît, qu’il lui passe mon bonjour, il
était face à un petit immeuble, au 33 de la rue Stendhal à Paris 20ème.
Je hais la grande distribution !
Pour être totalement honnête, cette ire tenace est liée au fait que j’ai eu, dans mon jeune temps, à
travailler dans ce secteur d’activité. J’en ai conçu un dégoût irréversible. Je n’étais pas en magasin, j’intervenais en tant que formatrice. J’ai donc pu assister, pendant ma période
d’initiation aux coutumes locales, d’endoctrinement je devrais plutôt dire, à la manière honteuse dont les individus étaient traités en général. Que dire des réunions de référencement, pratique
qui consiste à maltraiter jusqu’à l’humiliation le représentant d’une entreprise d’agro-alimentaire, afin de lui faire tirer les prix ? Un jour, à cause de ça, nos biscuits ne seront plus
que de la farine, de l’eau et des adjuvants chimiques. C’est peut-être déjà le cas. Il n’y a bien que Coca-cola qui résistait. Personne ne peut se passer de toutes façons d’avoir cette boisson en
rayon.
Je hais la grande distribution !
Que dire du personnel des magasins que j’accueillais en stage, mort de trouille de ne pas comprendre…
« On » leur avait bien signifié que cet apprentissage là était leur passeport, non pas pour un avenir radieux, mais pour la conservation de leur emploi, tout simplement. Que dire des
employés qui arrivaient après avoir déjà travaillé, s’étant levés à 3 heures du mat’ pour faire la mise en rayon, avant d’aller en cours ? La plupart du temps, ils s’endormaient, le nez sur
le clavier, après le repas de midi. Genre Gaston Lagaffe avec le « Z » imprimé sur le tarbouif.
Je hais la grande distribution !
Pour être encore plus honnête, cette aversion vient d’être étayée, renforcée par la mésaventure
arrivée à une de mes nièces. Elle avait entrepris un BTS en alternance afin de devenir « Manager des unités commerciales, option boulangerie ». Et elle était heureuse. Ça s’est
malheureusement gâté quand elle a fini par comprendre que sa période en entreprise la confinerait à emballer du pain, pour cause de pénurie endémique de personnel dans ce rayon. Ah ! C’est
du joli ! Utiliser des étudiants comme main-d’œuvre pas chère ! Et personne n’ose rien dire de ces pratiques. En tout cas, pour apprendre à passer les commandes, calculer une marge,
gérer la démarque inconnue et tutti quanti, emballer du pain, ce n’est pas le plus efficace ! Même son professeur tuteur, à l’école, a copieusement fermé son clapet.
Je hais la grande distribution !
Même si je pense que nous sommes responsables, du moins en partie, de la maltraitance consumériste
dont nous sommes victimes. Nous avons sans doute à repenser nos façons de manger, acheter. Est-il vraiment nécessaire de s’enfiler trois camemberts allemands et pasteurisés plutôt qu’un seul de
bonne qualité, produit en Normandie ? Est-il réellement vital d’avoir de la viande à chaque repas ? Et des questions du même genre, on doit pouvoir en poser des quantités industrielles,
de quoi remplir un rayon.
Je hais la grande distribution !
Mais c’est quand même plus facile de prendre cette position là si on n’a pas une grande famille à
nourrir, si on se fout du paraître, c'est-à-dire qu’on n’a plus, à charge, d’ado surcontaminé par la frénésie des marques et autres signes ostentatoires d’appartenance, et qu’on gagne à peu près
bien sa vie. Il n’empêche qu’en ne faisant quasiment plus mes achats en grande distribution depuis presque deux ans, j’ai remarqué que mon budget « nourriture » avait baissé, que je
mangeais plutôt mieux, et que je ne jetais presque plus rien. Soit dit en passant, j’ai moins besoin de place pour ranger, je n’achète plus de lot de petits pois par trois boîtes alors que je
n’en mange pas plus d’une ou deux fois par an. Et mon congélo est vide, je l’ai arrêté.
Je hais la grande distribution !
Vos murmures...