Le mardi en Andalousie…
Je me suis levée, le mardi, tranquille, avec le corps reposé, tout juste rappelée à l’ordre, parfois, par
quelques courbatures. J’ai visité le village à pied, le pueblo, l’église, les chemins qui grimpent la colline. Et j’ai, accessoirement, complété ma panoplie de baroudeuse d’un short. Je suis
partie sans. Grave erreur dans ce pays où le soleil ravage les herbages et sème la poussière.
Ce jour là, j’ai dégusté une paella à se rouler sous la table d’allégresse, que m’avait cuisinée Maria,
petite femme affable, brune et joyeuse, maîtresse du piano, épouse de José, le gentil tenancier. Avec des rires et beaucoup de gestes, j’ai fini par comprendre que je pouvais aller visiter
Mojacar, que c’était « biello »… et j’ai sorti la moto.
…
Mojacar, blanche ville arabo-andalouse, campée sur un piton rocheux, enroule ses ruelles à la pente du
relief. Elle se pare de fleurs qui colorent les façades, les balcons et les places, les arcades où se nichent des boutiques. Des terrasses qui surplombent le vide, on aperçoit la mer, et cet
horizon au-delà duquel bouillonne le Maroc.
-Une rue à Mojacar-
-Et mon habituelle collection de tites fleurs-
…
J’ai promené tout l’après-midi, me suis offerte le luxe d’une baignade en méditerranée. Je devais avoir un
look d’enfer, sur ma moto, gantée, basket, short et veste de chasseur couverte de poches où cacher mes papiers. Ben oui ! C’est dangereux la moto en petite tenue, mais j’avais vraiment trop
chaud, dans le cuir.
Retour à El pago, douche pour décoller le sel et le sable. Et je suis redescendue pour mon « demi »
du soir. J’étais en jupe et talons hauts. Oui, mais… je n’avais pas rentré la moto au garage, et je n’avais pas pensé à ce détail. Qu’à cela ne tienne, j’ai retroussé mes jupons jusqu’en haut des
cuisses, enfourché titine, et fait demi tour sous le regard ahuri d’un anglais qui venait se désaltérer au bar, après sa journée de boulot. Olé !!! Et tout naturellement, nous avons engagé
la conversation, Ted-Beaux-Yeux (Ted, c’est le prénom de l’anglais) et moi. Steve et Harry nous ont rejoint, ils étaient là la veille, lors de mon arrivée. Nous avons papoté comme de vieux potes,
ils travaillaient dans le coin et repartaient le lendemain. Ce fut, ma foi, une bien agréable soirée, qui se termina, pour moi, somnolente devant Waterword, dans la langue de Cervantès…
Ah !!! Kevin Kostner doublé en espagnol ! Quant aux trois anglais, si j’ai tout compris, ils partaient en virée, après avoir mangé chinois. Je crois les avoir entendu rentrer,
puisqu’ils logeaient aussi dans l’hôtel, en parlant très fort, sans doute l’effet du saké…
…
Le mercredi en Andalousie…
Je me suis levée tard, j’ai dormi, et bien, en plus. Et j’ai décollé, en fin de matinée, prévenant mes hôtes
que je dînerai au resto, le soir. Je suis partie en direction d’Almeria. J’avais entendu parler d’un endroit où avaient été tournés des westerns spaghettis, et quelques autres films. Grenade
étant trop loin, j’ai décidé d’aller rencontrer ce lieu dont, apparemment, les gens du coin parlent avec fierté.
En fait, c’est un parc d’attraction, pompeusement surnommé « Mini Hollywood ». Grand moment pour
moi, où mon imaginaire a pu prendre son envol. J’ai contemplé d’un sourire béat le gibet où se balançait un pendu, je suis rentrée dans la petite église, toute de bois fabriquée… Je me suis
trouvée prise dans une fusillade entre shérif et bandit, j’ai été prier dans le cimetière, et j’ai même retrouvé la photo d’une ancêtre inconnue, de 1852, la photo.
-Mon ancêtre-
-Il était drôlement mignon, le
bandit-
-Une tite pensée pour eux ?-
Je suis retournée à l’hôtel en fin d’après midi et me suis plongée dans un bain froid, j’avais l’air d’une
crevette. J’ai calmé ma peau rougie à l’eau, presque, glacée. J’ai dégusté mon dernier repas andalou, du lapin comme là-bas, accompagné d’un boc de sangria offert par José.
J’aime les gens du sud. Ils travaillent, vivent, mangent, dorment, à leur rythme. Ils n’oublient pas que les
autres existent. Ils cultivent leurs relations, même éphémères, comme d’autres leurs orchidées, avec soin.
-Juste pour vous faire envie hi ! hi !
hi !-
.
Le jeudi, jour du bateau...
-Titine attend son bateau-
Voilà, je quitte l’Andalousie, en soliloquant, réfugiée à l’ombre, pendant que le port frétille. Je regarde
arriver un à un toutes ces voitures qui embarqueront aussi, tous ces vacanciers qui retournent dans leur pays d’origine.
J’aime les terres harassées de soleil où s’épanouissent les sourires, les mamas, les voix fortes et les
langages qui roulent en bouche. J’aime tous ces gens qui ont des gestes pour marquer leurs mots, et qui chantent quand ils parlent.
J’aime le piment et les lauriers roses.
C’est sur le bateau que j’ai pris le temps de composer la deuxième page de mon carnet de route.
-Ce que je retiens de Foix-
A
suivre…
Vos murmures...