J'AI ENVIE DE CRIER !!!


Et là, les points d'exclamation s'imposent. Simplement parce que l'amalgame qui est fait entre mes écrits et mon humble (mais pas tant que ça) personne m'indispose, me gave, me gonfle, m'emmerde, m'empoisonne, me fait chier, me dérange, me fatigue, m'importune, me gêne, me trouble, m'incommode, me ballonne, m'intoxique, me souille, m'épuise, m'agace, m'accable, m'éreinte... Je vais arrêter là, la liste pourrait faire toute la note si je n'y prends garde.

Comme ce texte là ressemble plus à un billet d'humeur qu'à une de mes histoires, les précautions d'usage s'imposent...

Je ne m'adresse à personne en particulier mais je réagis à plusieurs remarques qui m'ont été faites, de vive voix, et ça ne concerne pas les personnes qui me laissent des commentaires ici, et surtout pas toi, ma Mona adorée, dont j'apprécie la présence à mes côtés (Mona, c'est une de mes deux sœurs pour tout avouer).


J'AI ENVIE DE CRIER : JE NE SUIS PAS MES ECRITS !!!


Un peu d'histoire... J'ai toujours, d'aussi loin qu'il m'en souvienne, griffonné des phrases, des mots, des états d'âme, des rires, sur un bout de papier. A 8 ans, j'écrivais des poèmes que ma gentille maîtresse envoyait dans des concours enfantins. J'ai tenu un journal de l'âge de 15 ans jusqu'à l'âge de 25 ans, qui a fini, paix à son âme, au fond d'une sordide poubelle. Au collège et au lycée, je n'ai jamais eu une note inférieure à 15 en rédaction, dissertation. Au bac, j'ai eu 16 à chacune des épreuves faisant intervenir l'écrit. Heureusement d'ailleurs, parce que je me suis vautrée partout ailleurs. Lors de mes études supérieures, j'ai toujours obtenu d'élogieuses appréciations sur mes différents rapports ou mémoires. Heureusement d'ailleurs, parce que, pour le reste, c'était déjà moins brillant. Bref, j'écris comme d'autres parlent, mangent, boivent, pissent. Je suis boulimique de mots, je suis déversoir de mots. J'écris comme d'autres font du vélo, du tennis, du footing, pour moi c'est un sport. Je m'entraîne chaque jour.

Tellement, que ma chambre croule sous les dictionnaires et autres encyclopédies et qu'une étagère entière est consacrée à stocker mes bouts de papiers, dans des cartons, dans des chemises, dans des classeurs.

Tellement que tous mes sacs à mains sont remplis de carnets, de cahiers où je m'étale à n'importe quel moment et n'importe où.


J'AI ENVIE DE CRIER : ARRETEZ DE ME PRENDRE POUR MES ECRITS !!!

Un peu de statistiques... Sur ce blog, j'ai publié 139 textes en 318 jours, ce qui représente un texte tous les 2 jours un quart. Sur ces 139 textes, il y a 33 poésies et fables, 37 histoires, 9 textes d'anecdotes, les 5 notes qui composent le dico de mots-valises, 4 contes de la Princesse Lotus, 21 textes qui racontent quelques souvenirs ou partagent mon monde, 18 textes qui sont des coups de méninges, 9 textes de jeux avec les mots et 3 critiques littéraires. Lorsque j'extrais, entre mes coups de gueule et mes souvenirs les écrits réellement tristes, j'en trouve pour ma part une quinzaine. Ce qui veut dire que j'ai un coup de blues tous les 21 jours en moyenne. Faut-il voir dans cette périodicité un quelconque cycle biologique ? Je l'ignore, en tout cas, ça ne me parait pas refléter un état mental délétère, un désespoir abyssal ou une déprime chronique.

30 poésies ont été écrites entre 1982 et 1995, les 3 autres sur la période du blog, dont « Trou de balle et testicules » fable qui n'est pas, à mon avis, particulièrement larmoyante. Les 37 histoires ont été écrites soit parce qu'elles traînaient dans mes cartons depuis longtemps, soit parce qu'elle correspondent à des jeux qui tournent dans les différentes rue des blogs, soient parce que, parfois, je sollicite mon entourage, que je lui demande de me fournir une phrase, un titre, dix mots, et que je m'amuse à contourner le chemin que je sens m'être proposé. Enfin, il y a quelques textes dont le sujet préexistait depuis fort longtemps et qu'un évènement, un coup de cœur, un coup de soleil, un coup d'amour, un coup de foudre, un coup de calgon, un coup de siroco, un coup de chagrin, un coup de poisse, un coup de pute m'ont permis d'aboutir.


J'AI ENVIE DE CRIER : JE NE SUIS PAS L'HEROINE DE MES HISTOIRES !!!

Tout d'abord parce que je serais androgyne, puisque parfois c'est un homme qui parle, d'autres fois le sujet est une femme. Et surtout, je voudrais rassurer mes lecteurs. Non, je n'ai jamais poussé un homme du haut d'une falaise pour m'en débarrasser, comme dans « Une si jolie petite crique », et je n'en ai même jamais eu envie. Non, je ne torture pas les messieurs en pratiquant d'ahurissants déshabillages pornographiques comme dans « Tania ». Non, je ne rêve pas de m'avaler un godemiché en chocolat comme dans « Le Chocolatier ». Non, je n'ai pas mon dessus de cheminée garni d'hommes transformés en pendules, comme dans « Fraises Tagada et Ford modèle T ». Non je n'ai pas le désir de me faire attacher avec des cravates à une rampe d'escalier pour vivre des émois sexuels particuliers, comme dans « Les cravates ». Non, je ne passe pas mon temps à dialoguer avec des morceaux de moi, je ne suis pas schizophrène, ou alors je n'ai pas encore déclenché la maladie, comme dans « Mon corps et moi ». Je n'ai jamais rencontré « Blogomas ». Je ne suis pas une dame blanche comme dans « La marcheuse ». Je ne suis pas un petit cochon en quête d'une « Vocation ». Je n'ai pas inventé de fleurs de mémoires comme dans « Le Jardin de la Fine ». Je n'ai jamais eu l'occasion de démolir le portrait de James Bond, comme dans « Tenue de soirée ». Je ne connais pas personnellement de calligraphe qui hanterait une « Bibliothèque ». Je ne lis pas sur les pierres tombales comme dans « A livre ouvert ». A ma connaissance Socrate n'a pas inventé le godemiché (je sais, thème récurent). Et enfin, je ne suis pas une pimbêche comme dans « L'invitation », et je déteste les hidalgos. Non, je n'ai pas le fantasme de parties de jambes en l'air explosives comme dans « Je suis un homme », si ça m'arrive, tant mieux, et pas plus.

OUF !!! J'ai juste de l'imagination, que j'alimente, que je travaille, parce qu'il en est de l'écriture comme de toutes les activités humaines, c'est aussi une question de labeur.


J'AI ENVIE DE CRIER : J'AIME RIRE, J'AIME LA VIE, J'AIME L'AMOUR !!!

Bizarrement, chaque fois que je publie un texte drôle, personne ne m'appelle ou ne vient me voir le matin pour me dire : « Tain', t'es une joyeuse toi, tu dois être un vrai clown dans la vie ». Comme c'est bizarre !

Par contre, si je raconte une histoire de chagrin d'amour, si je décris des affections bien trop excessives, si je parle de sauter au guidon d'une moto dans un ravin, si mes histoires rapportent des amours impossibles ou des difficultés de communication... alors là, et ben, j'ai le droit à tout : je deviens suicidaire, j'aime mal, j'aime trop, je suis déprimée, je suis triste, je suis sinistre, je suis morose, je suis nostalgique, je suis mélancolique... et que sais-je encore ? En tout cas, je suis jugée. Il se trouve qu'étant émotive, dès que je suis confrontée à ce regard sur moi, et bien je suis blessée, je m'énerve et je deviens, effectivement, tous ces qualitatifs là. Mais en cela, je ne dois pas être différente de beaucoup d'êtres humains qui finissent par se conformer à ce qu'on attend d'eux. Bien évidemment, je travaille avec gentille psy à ne plus être à ce point influençable.

Donc, désormais, ma seule réponse sera : JE T'EMMERDE ! Et je précise à nouveau, ce coup de gueule n'est pas lié aux commentaires, je m'en voudrais vraiment de blesser quelqu'un ici où je trouve, au final, bien plus de compréhension, de tolérance et d'amour que dans la vraie vie. Au point que j'envisage d'immigrer définitivement rue des blogs et de ne plus rencontrer personne hors la toile.


J'AI ENVIE DE CRIER : ET BEN JE VAIS FAIRE PAREIL !!! NA !!!

Le prochain motard complètement passionné de sa bécane que je croise, je vais lui renvoyer une image de lui avec une zigounette en pot d'échappement, un cerveau à explosion, et des phares en trou de pine. Le prochain peintre ne peignant que des nus qui me montre ses oeuvres, je vais lui bâtir une théorie fumeuse sur ses appétences sexuelles, ses frustrations, et, pour un peu qu'il se consacre, en plus, à des portraits enfantins, sur ses désirs inavoués. Le prochain artisan boucher me parlant des bêtes qu'il sélectionne et de la tendreté de sa viande, je vais l'envoyer se faire soigner pour zoophilie ou cannibalisme. La prochaine personne qui me parle de ses bestioles avec amour, je vais lui causer anthropomorphisme. Le prochain chef de service informatique qui m'apostrophe, je vais le soupçonner de préférer les machines aux hommes. Le prochain croque-mort qui me parle, je vais le traiter de nécrophage, de nécromancien, de nécrophile, de prêtre vaudou et de fournisseur de zombies. C'est pareil, parce que nous mettons tous de nous dans nos choix, dans notre travail, dans nos passions, sans être à proprement parler entièrement contenus dans ce que nous faisons, sans forcément ressembler à nos créations.


J'AI ENVIE DE CRIER : ET SI J'AIME LES HISTOIRES TRISTES !!! HEIN !!!

Ben oui, j'aime écrire des histoires tristes. Et alors ? En général, on aime faire ce qu'on fait bien. Il se trouve que ma façon d'écrire, construite, étoffée de mots, avec des phrases à rallonge, des renvois, des retours, des métaphores, se prête volontiers à l'expression du chagrin. Est-ce pour autant que je pleure tout le jour ? Il se trouve que ma façon de vider une tristesse temporaire, de crever un abcès tourmenté, d'éliminer un soudain désespoir, de balayer une contrariété, c'est de l'affronter, de le porter à son paroxysme intellectuel, d'imaginer une histoire bâtie sur ce paroxysme, de le verbaliser... et de l'oublier. C'est mon lexomil à moi, mon prozac, ma bibine, ma drogue. Il n'empêche que, chaque fois, quand je lève le regard vers le ciel, je vois du bleu, quand je regarde à l'horizon, j'entraperçois de nombreux rêves et projets, et quand je me lève le matin, chaque matin, je suis d'humeur joyeuse, heureuse qu'une nouvelle journée me soit donnée. Il se trouve que, comme tout un chacun, j'ai des soucis professionnels, des histoires d'amour qui foirent, des connards qui me cassent le rétroviseur de ma twingo, des impôts à payer en même temps que la note d'électricité et de gaz, des dégâts des eaux, des voisines qui hurlent après leurs gosses, des découverts bancaires. Il n'empêche que je dors comme un bébé, je n'avale aucun médicament, je n'ai pas de psoriasis, d'eczéma, je n'ai pas mal au dos, je n'ai pas d'ulcère à l'estomac, ni maux de tête, ni asthme, ni déplacement des cervicales, ni crises d'angoisses insupportables, ni allergies, sauf au nickel de ma montre, ni aucune sorte de somatisation ou trouble obsessionnel compulsif, à part, peut être, me grattouiller une oreille de temps en temps. Ma somatisation, c'est d'écrire des histoires. Il y a pire pour le trou de la sécurité sociale.


J'AI ENVIE DE CRIER : JE VEUX ETRE LUE SANS ETRE PESEE AU POIDS DE MES MOTS !!!

Du coup, j'en arrive à la réflexion qui a l'air d'aller de soi. A savoir qu'il serait plus simple, pour me protéger, de cacher cette activité et l'existence de ce blog. Et pourquoi ? C'est honteux d'écrire des histoires ? Mais alors, si j'ai le bonheur, comme je le souhaite, de reconstruire ma vie et de bâtir un compagnonnage heureux avec un monsieur, il faudra que j'arrête d'écrire. Définitivement. Parce que sur le long terme, passer deux à trois heures par jour sur mon ordi, à massacrer rageusement mon clavier, je vais le justifier comment, encore que je n'ai pas à me justifier effectivement ? Mais dans une relation amoureuse, se partager est sans doute une excellente idée. Et puis, viendrait il l'idée à un peintre, même amateur, de camoufler ses croûtes jusqu'à sa mort ? Viendrait-il l'idée à une couturière de brûler ses ouvrages ? Viendrait-il l'idée à un adepte de la maquette de bateaux, de la piétiner afin que nul ne voit la construction achevée ? Viendrait-il l'idée à un musicien de ne jamais jouer en public ? à un chanteur de ne chanter que sous sa douche ? Et bien, j'éprouve une passion pour l'écriture, que j'ai envie de partager, sans avoir à subir d'interminables questionnaires sur mes états d'âmes, sans avoir à m'entendre jugée ou plainte. C'est simple finalement.


ET LA LE RIDEAU PEUT TOMBER...

Cette note est un peu théâtrale tout de même et à la hauteur de la hargne que je ressens, il faut le dire. Ce n'est sans doute pas terminé du reste, parce que j'ai, en chantier, peu ou prou avancées, 23 histoires de la princesse Lotus et 9 histoires pour « Mignardises et Macarons ». Enfin, traînent dans un répertoire deux embryons de romans. J'ai de beaux jours devant moi.


Confidence pour confidence, l'héroïne dans laquelle je me reconnais, c'est Lotus et son monde déjanté, sa poésie rigolote, sa Babouine et sa Demoiselle du Bruck De la Mitonnière. Sans compter que, comme elle, je n'aime pas les yaourts et j'adore la moutarde, je préfère les cornichons aux boudoirs. Et comme elle, j'ai de superbes plantes vertes qui envahissent tout mon appartement. Quant aux mots...



Vous fûtes plusieurs... 36 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour

Lotus n’est pas née sur la terre des hommes. Mais elle est née grosse boule noire, chevelue et hurlant sans cesse tant elle était affamée…

Ses premiers mois d’existence furent rythmés par les tétés puis par les biberons de phosphatine, par les premières purées et les premières aversions. Petite, déjà, c’était un bébé hors normes, elle détestait le yaourt mais trempait ses doigts mignons et dodus dans les pots de moutarde forte, suçant avec délectation le condiment qui aurait du lui brûler la langue. Elle mâchouillait des cornichons que sa maman lui donnait, à la place des boudoirs, qu’elle refusait obstinément. C’était un enfançon ballon, à la bouille rebondie, babillant ou braillant dans son berceau.

L’entrée dans la vie de la fillette fut une longue suite de jours sans couleurs. La planète alors était lisse comme le crâne d’un chauve. Chaque matin, Lotus venait saluer ses parents, immuablement vautrés chacun sur son trône. Rigides, empesés autant que leurs atours, ils regardaient d’un œil de pigeon, rond, vide, ahuri, parfois légèrement intrigué, cette petite qui passait avec aisance de l’exubérance joyeuse au mutisme le plus sombre. Ils s’étaient résolus, sur le tard à pondre une descendance, Dieu Taquin insistant pour que la planète ne restât pas sans maître après leurs trépas respectifs. Il insista lourdement, secouant le Bilboquet avec une constance à donner la nausée, jusqu’à ce que l’heureux évènement soit enfin sonné par les hérauts du palais.

Les parents, débordés et parfaitement inaptes aux fonctions éducatives, peu intéressés, du reste, avaient délégué cette tâche à la Chevalière Du Bruck De la Mitonnière. C’était une curieuse personne, longue et osseuse, peu encline au sourire, sans doute parce que ce sourire découvrait une ahurissante dentition, et dont l’expression était proche de celle d’un équidé. D’ailleurs, quand elle riait, elle hennissait. Elle présentait une forme particulière de mysticisme. Dévote, elle appartenait à la confrérie des adorateurs du Taquin Rigolard, un des avatars du Dieu. Plusieurs fois par jour, elle s’absentait afin de sacrifier au rituel : se chatouiller sous les aisselles et s’esclaffer en remerciant son Dieu. C’était pour elle un véritable enfer, car la joie était bien la dernière chose qui lui serait venue à l’esprit, quelle que soit l’occasion. Cette Chevalière là était drôle et joyeuse comme un croque-mort face à un immortel.

Elle adorait sa protégée, ne lui laissant, du coup, que très peu d'espace. Elle s’était donnée la mission d’en faire une parfaite honnête princesse, avec rigueur et détermination, ce qui agaçait prodigieusement la gamine, qui, du coup, s’employait à construire d’invraisemblables stratégies afin de lui échapper.

Une année, pour la fête de l’Etagère Céleste, Lotus reçut en cadeau une boîte contenant une chose étrange. C’était un gros ouvrage, relié, absolument rempli de signes, et éclairci, ça et là, par une belle image. : Grand Dictionnaire. Dès lors, elle se réfugia dans sa chambre et ne quitta plus son livre. Elle ne connaissait pas encore son alphabet, elle ignorait ce qu’était une syllabe quand elle s’agence de lettres. Elle disait les Mots, mais ne connaissait rien de leur orthographe. La syntaxe, la grammaire, toutes ces règles qui organisent le langage, lui échappaient. Mais elle occupait ses heures, ouvrant Grand Dictionnaire au hasard, puis caressant la page, les yeux à demi fermés, elle imaginait les volumes que lui inspirait l’encre sous le bout de ses doigts. Frustrée cependant par son incapacité à déchiffrer les pages, Lotus harcela la Chevalière jusqu’à ce qu’elle consentit à lui enseigner cette science si convoitée. Laquelle Du Bruck De la Mitonnière ne comprenait vraiment pas pourquoi une demoiselle se piquait d’écriture, puisque son destin serait, sans aucun doute, de s’asseoir sur un trône au côté d’un prince.

-oOo-

Tout est arrivé un matin, alors que l’automne dorait de son soleil mourant la surface si lisse de la planète…

Lotus, comme à son habitude, ouvre, en fermant les yeux, Grand Dictionnaire. C’est le mot « Nez » qui lui saute à la figure, le premier qu’elle a pu lire seule. Il est court, bref et la prononciation interpelle la petite. Faut-il dire « nè », « né » ou « nèze ». Elle a identifié ce dont il s’agit, mais les éléments anatomiques décrits dans la définition, ainsi que les photos illustrant le mot, la laissent perplexe. Il y a donc toutes sortes de nez, et sans le « s » du pluriel ? Elle s’abîme longuement dans la contemplation du mot, elle le dit, le crie, le chante, le susurre, le murmure tant et plus.

Et le mot, à force d’être dit, crié, chanté, susurré, murmuré, d’un seul coup, d’un seul s’incarne. La petite est interloquée, elle regarde ce Mot, son premier, sa création, avec un sentiment de fierté mêlée de crainte. Elle se sent vidée, éreintée, fatiguée d’avoir donné une vie. Mais elle contemple, heureuse, son œuvre, avec, déjà, l’envie d’en mettre d’autres au monde.

Le Nez, lui, s’ébroue, se secoue, se palpe et s’apeure d’avoir été ainsi expulsé à l’air libre. Encore heureux qu’il soit arrivé débouché et sans rhume ! Il ne sait pas s’il doit se réjouir de sa soudaine liberté. Et puis la petite ne cesse de le transformer, à mesure qu’elle perçoit des nuances, il se modifie. Il lui pousse une touffe de poils gris à droite, pendant qu’un poireau germe douloureusement sur l’autre narine. Il s’allonge ou s’épate. Il se pince ou se plisse. Il se casse aussi, et ça, ma foi, ce n’est pas très agréable. Mais le pire est à venir. Soudain, une attaque d’acné le bouleverse. Le voilà qui se couvre de points noirs, qui bourgeonne. Le voilà qui donne un feu d’artifice de comédons. Il se serait bien passé de faire le spectacle, ce pauvre Nez !

-oOo-

Lotus découvre qu’elle peut faire vivre les Mots. Désormais elle se lance dans le peuplement de sa planète, au grand dam de ses parents, et de la Chevalière. Mais elle n’en a cure, les années qui suivront ce jour d’automne, elle va s’employer à modifier son univers, à l’agrémenter, à le modeler au fil de ses envies, de ses lubies.

Quant au Nez, équipé d’un anneau, tenu en laisse, il accompagnera souvent la fillette dans ses virées d’inspection, jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’il ne faut pas enchaîner les Mots, parce qu’ils souffrent emprisonnés, et qu’ils s’épanouissent et donnent leur pleine mesure si on ouvre leur cage. 

 

lotus


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Princesse Lotus et l'indomptable Pépette

 

Comme la plupart de mes congénères un peu âgés et célibataires, je me suis résolue, en fin d’année dernière, à déposer un profil sur un célèbre site de rencontre. Profil effectivement assez élaboré, très écrit et très précis. Donc, il me semble plutôt correct de relever régulièrement mon courrier et de répondre, même en déclinant dans l’immense majorité des cas, aux messages qui me sont adressés. Encore que je prends de moins en moins ce temps là, tant le mode d’approche me sidère parfois, les mails contenant très souvent une numéro de téléphone sans autre forme de procès… Très régulièrement, je me fais insulter parce que j’ai posé des critères de choix, me faisant accuser de trier les hommes comme du bétail. C’est possible. Il n’empêche que lorsque je n’avais pas de photo, personne ne me contactait ; que lorsque j’avais choisi des réponses du type « ne se prononce » sur mes caractéristiques physiques, j’étais ignorée. Depuis que j’ai accepté de mettre mon minois en vignette, à la limite de donner mes mensurations, je suis assez sollicitée. Le tri se fait de toutes manières, il serait illusoire de penser que non. Il n’empêche que je ne contacte pas les messieurs la première et qu’en tout état de cause, je ne me permettrais de contacter un monsieur que si je corresponds réellement aux attentes qu’il a spécifiées. C’est la moindre des choses.

J’ai reçu hier soir un message dont voici le contenu, édulcoré et raccourci. Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer, je n’ai pas réussi à me décider. Mais j’ai répondu… Et donc, comme mon ami Funny Valentine, j’ai décidé de partager cet inénarrable échange. Après tout, mettre ses expériences en commun permet sans doute d’apprendre.


Lui

 

Objet : Bonjour de moi  (ceci est l'objet véridique, pas modifié... déjà j'ai haussé un sourcil)

 

Bonjour,

Si vous recherchez désespérément l’âme sœur ou l’homme de votre vie, inutile de continuer à lire…Vous pouvez zapper à la personne suivante !!!

Je ne recherche pas dans l’immédiat une relation de ce style mais dans un premier temps une femme qui aime s’amuser et rire et qui comme moi a envie de tendresse et de câlins. Physiquement, je suis châtain clair, les yeux bleus 1m73 92kg. Comme vous pouvez le constater, je ne suis pas mince mais un peu enveloppé avec un beau petit ventre. Vous êtes toujours là !!!

Je vous intéresse donc un peu…Je suis en instance de divorce et pour l’instant je vis seul avec mon enfant de 7 ans, de ce fait, je ne peux pas souvent me libérer car c’est assez récent et je ne suis pas encore bien organisé !!! D’un point de vue géographique, j’habite …

Qu’est ce qui m’intéresse chez une femme…c’est une bonne question !!!

J’aime mieux :

- J’aime les femmes qui s’habille un peu sexy et que se mettent en valeur sans pour cela être vulgaire. Donc les adeptes du survêtement et des sacs à patates, vous perdez un point !!!

- Je n’aime pas les femmes bourrées de complexes soit parce qu’elles sont trop grosses, très maigre, etc… !!!

- J’aime les femmes qui savent ce que le mot dialogue veut dire !!!

- Je n’aime pas les femmes pour lesquelles faire l’amour consiste uniquement à écarter les jambes dans un lit et dans le noir !!!

- J’aime les femmes qui comme moi aiment bien manger et qui ne sont pas contre boire un petit verre de temps en temps. !!!

etc… etc… etc…

(liste non exhaustive)

- J’aime et je n’aime pas…plein d’autres choses chez les femmes !!!

Pour se connaître un peu plus, on peut dialoguer ici, mais je trouve que ce n’est pas pratique et je ne sais pas quand se termine mon abonnement !!!

Sinon on peut dialoguer par mail … !!!

Et peut être je vous inviterai afin de faire connaissance, en tout bien tout honneur, bien entendu !!! Dépêchez vous de me répondre, mon carnet de rendez-vous est bientôt plein et je risque de ne pas vous trouver une place disponible. J’oubliais, mon prénom est Timothée et vous ?

 

Moi

 

Objet : Réponse de moi

Bonjour Timothée,

J’ai relu à plusieurs reprises votre mail me demandant si vous étiez sérieux ou si vous faisiez assaut d’humour. J’avoue que je n’ai pas tranché. Disons que je vais donc opter pour l’humour et vous répondre avec ironie, mais sans intention de vous blesser, en vous faisant part des réflexions que votre texte m’a inspirées, et de mon positionnement personnel.

Sachez de suite que je suis à la recherche, effectivement, d’un monsieur avec qui construire une vraie relation, et pas d’aventures, même si le réalité n’est pas aussi prometteuse que cela. Mais j’ai besoin de quelqu’un de disponible et je ne veux plus être le bol d’air d’un homme, j’entends par là une agréable distraction.

Alors, vous en aimez des choses ! Et vous n’en aimez pas, à part égale. Et bien, pour être honnête je pense que, l’âge étant venu, je suis largement aussi assertive que vous et que ce que j’apprécie ou non aura, évidemment, une part dans mon choix.

- J’aime les hommes qui aiment leur compagne même le matin alors que les outrages du temps marquent le visage et le corps.

- J’aime les hommes capables de chausser des baskets, de porter un survêtement et d’aller flâner dans la campagne, sans exiger que madame ne s’abîme la colonne vertébrale, perchée sur d’ahurissantes grolles, sous le prétexte qu’une femme ne doit pas porter de « sac à patates ».

- J’aime les hommes qui savent me rassurer quand un cheveu blanc me saute au regard ou qu’une ride marque un peu plus à cause de la fatigue.

- J’aime les hommes qui m’aident à rester mince et désirable et qui ne considèrent pas que se vautrer dans la victuaille est signe de gaîté. J’en connais de ces gens qui mangent par désoeuvrement, ennui et non par plaisir. Pour moi, le plaisir n’est sans doute pas dans le trop plein, mais plutôt dans la mesure.

- J’aime les hommes qui prennent soin d’eux, qui ne considèrent pas qu’ils ont le droit de s’enrober, tout en attendant que madame se préserve de la graisse et de la cellulite. J’ai besoin, a minima, d’éprouver du désir, sexuel, s’entend, pour me déshabiller. Et comme vous, Messieurs, je préfère une belle plastique et de la coquetterie, une hygiène parfaite et des dents régulièrement entretenues.

- Je n’aime pas les hommes qui considèrent que la dame, au plus intime du lit, doit se taper tout le boulot, parce que leur surpoids et leur petit ventre les gênent. Je sais de quoi je parle, j’en ai fait l’expérience. Soyez cependant rassuré sur un point, j’aime la lumière et j’aime l’amour l’après-midi. Mais j’ai besoin d’un merveilleux tremblement pour m’ouvrir.

Finalement, quand je résume votre message, vous attendez de moi que je sois absolument féminine, sans complexe, capable de me passer de compliments, avec de plus d’indéniables aptitudes aux jeux sensuels, un coup de fourchette et une descente dignes de Gargantua, mais probablement sans les dégâts collatéraux, à savoir ces jolis kilos qui vont de paire. Vous parlez de dialogue, vos préférences ne laissent, hélas, pas vraiment de part aux mots, à l’échange. Savez vous qu’il existe des femmes qui ne correspondent pas à vos attentes, mais qui sont passionnantes. De la même façon, en ayant, également, des critères rédhibitoires, je me coupe sans doute de personnes tout à fait intéressantes. C’est un choix, et, malheureusement, vous n’entrez pas dans ces critères. Avec, au niveau formel, une mode d’écriture qui me trouble, vous mettez des « !!! » au bout de toutes vos phrases. Je perçois cette ponctuation comme étant véhémente, caractéristique me laissant augurer des dialogues difficiles, car, comme vous pouvez le constater, je ne suis pas manchote avec l’écrit et avec le langage en général. Je n’ai plus envie de vivre de joutes oratoires où chacun sort blessé de l’envoi.

Surtout ne bousculez pas votre planning pour moi, je m’en voudrais de vous voler votre précieux temps. Vous me proposez, certes sous une forme édulcorée, ce qu’on appelle vulgairement « la botte », vous comprendrez que je ne sois pas vraiment intéressée. Maintenant, si votre urgence c’est de trouver une dame avant la fin de votre abonnement, vous pouvez aussi décider de prolonger celui-ci. J’espère que vous rencontrerez la perle à la hauteur de vos espérances. Bonne chance à vous sur votre chemin de vie. J’oubliais, mon prénom c’est Cunégonde.


Et pour couronner le tout, j’ai dix ans de plus que l’âge maximum accepté par ce monsieur. Bien évidemment, quelques kilos en trop ne me feraient pas fuir, pas plus que le désir d’un homme que je sois coquette. Mais, en l’occurrence, je me suis légèrement sentie en position de répondre à un questionnaire de recrutement, un comble !!! (et là, je les mets, les points d’exclamation).


Vous fûtes plusieurs... 16 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour

Je viens de me rendre compte que j'avais lâchement négligé mon dictionnaire de mots-valises. Ah ! Inspiration quand tu nous tient ! Bon, ben voilà... c'est réparé.

Colibrius: Oiseau amphibie présentant la particularité d'être agité par un hoquet permanent. De couleur verte, certaines de ses plumes peuvent varier du vert le plus tendre à l'émeraude. Animal joyeux, primesautier et volontiers farceur. La sagesse populaire prétend que voir un colibrius au petit matin annonce une journée particulièrement remplie de bonnes choses, mais ne dit pas lesquelles...

Cruditélépathe : Caractérise la particularité qu’ont certains légumes à communiquer leur angoisse d’être cueillis, le soir à la fraîche. Le cri muet de la carotte est pathétique et met toujours le jardinier, s’il est un tant soit peu médium, dans un état proche de l’apoplexie, voire de la culpabilité destructrice. Laurence d’Arabibine, aux dires de ses biographes, aurait abandonné ses cultures maraîchères, lorsque, sortant d’un saharade, et après un apéro gougandinatoire particulièrement chargé, il aurait voulu aller manger des carottes nouvelles et des petits radis dans son jardin. Il aurait alors été si bouleversé par les suppliques de ces légumes qu’il n’aurait jamais plus touché la binette, mais, tout de même, continué de toucher la fillette.

Frimastodonte : se dit de l’hiver quand il abuse. Les yétis se plaignent souvent que les frimastodontes les empêchent de profiter autant qu’ils le souhaiteraient, de la cueillette des tortulipes, et de soirées tendres sous les yétivolis.

Hannibaloche : Héros mythique qui aurait passé les Alpes à dos d’éléphant au rythme d’une valse particulièrement déstructurée, sans doute jouée sur l’ancêtre du farfeluth. Laurence d’Arabibine s’est souvent inspiré de la légende d’Hannibaloche pour élaborer ses stratégies guerrières. Hannibaloche aurait, la légende le rapporte, signé de nombreux pactes de non agression avec les yétis qui occupaient encore les Alpes, en ce temps là. Tout le monde sait que, depuis, les yétis se sont repliés au Yétibet.

Jargondole : Sorte de patois utilisé par une corporation en voie de disparition : le gondolier. Les quelques traducteurs connus de ce langage affirment qu’il sert surtout à se gausser des amoureux qui se bécotent dans ce type d’embarcation. Plus subtilement, le jargondole serait un moyen de communiquer de l’information entre collègues, information destinée organiser des parties d’amikado.

Jouiscivette : Certains yétis, les femelles plus exactement, seraient parfois, au moment de l’extase sexuelle, débordantes et dégoulinantes d’une substance particulièrement odorante. Les mâles les appellent alors des jouiscivettes. A noter que les parfumeurs paieraient une fortune pour capturer une jouiscivette et que l’empereur Yétibère était friand de ce type de femelles. Il faut croire que cette spectaculaire explosion de plaisir enivre les yétis mâles.

Olivresque : couleur que finissent par avoir les rats de bibliothèques. Ni Hannibaloche, ni Laurence d’Arabibine n’ont jamais vu leur teint prendre un aspect olivresque, forcément, ce n’est quand même pas la culture qui les étouffait ces deux là !

Ossemental(e) : Forme de maladie extrêmement bizarre qui amène la personne atteinte à ne plus percevoir que le squelette de ses interlocuteurs, à ne vouloir jouer qu’aux osselets ; à se damner pour ronger une carcasse de poulet ; à jeter la viande du gigot et à garder l’os ; à claquer des dents. Il n’est pas rare de rencontrer un malade ossemental dans un cimetière, tant ce type de malade présente une addiction obsessionnelle pour les histoires d’os. Il est possible qu’Hamlet ait été atteint d’un syndrome ossemental.

 

mots valises


Le dictionnaire des mots-valises


Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Délires et mots-valises

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Le clocher émerge du brouillard. C’est un soir qui grisaille en Champagne. A peine éclairé de loupiottes au halo orangé, le village frissonne et s’assoupit dans le silence ouaté. Un corbeau, perché sur un fil, attend que la divine providence lui offre son repas. Et les bruits des véhicules sont assourdis par la froidure.

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La Pimbêche. Elle marche d’un pas vif, sec et ses talons claquent sur le pavé gelé. Elle a remonté son col roulé jusque sur ses oreilles. Elle porte un chignon si serré, tendu, qu’il lui tire le coin de l’œil, lui donnant un air asiatique. Et de grosses lunettes cachent son regard. Tout est rigide, figé chez cette femme, affublé d’une armure si épaisse qu’une larme paraîtrait incongrue, étrangère. Un homme l’a-t-il jamais touchée, découverte en nudité, renversée de plaisir ? Pas un homme n’a débusqué sa moiteur. Mais elle s’achemine vers une rencontre, elle a un rendez-vous.

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L’Hidalgo. Que fait un hidalgo, ténébreux, dont la sensuelle allure donnerait des frissons à une vierge, dans ces brumes hivernales ? Il va les rues du village, la démarche nonchalante. Ses yeux noirs notent tous les détails des espaces qu’il traverse. Il emmagasine de l’image, du son, de l’odeur. Il se déplace comme un félin, le corps noueux qui balance, qui danse. Ses cheveux, sombres, bouclés, bougent à peine lorsqu’il sautille pour éviter un obstacle, un objet qui traîne, une bouche d’incendie. Ils sont drus, épais, gominés. Il court, presque, il a un rendez-vous.

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La place grelotte sous la morsure de l’hiver. La salle des fêtes clignote d’une guirlande de lumières colorées. Elle dégueule une musique vieillotte qui ramène d’anciennes mélodies, de ces airs à se coller pour tournoyer sur la piste. A l’entrée, des couples se bécotent sous le porche qui offre un refuge discret. D’autres fument, absorbés dans des conversations animées. C’est un samedi soir au village.

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La Pimbêche. Elle rêve d’être basculée dans un lit de satin bleu, bleu comme une nuit d’été, constellé d’étoiles. Il enfouirait son visage dans ses cheveux dénoués. Elle quitterait, enfin, ses lunettes d’écaille, ces énormes binocles qui lui mangent le regard, qui l’abritent des autres. Sa chair crispée retrouverait le velouté et la tiédeur des corps palpitants. Elle se ferait désir. Elle attend un étreinte torride pour lâcher ses retenues, et l’attente la torture. Il serait l’envahisseur de son premier émoi.

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L’Hidalgo. Il rêve d’elle, discrète, jolie sans ostentation. Il l’attend cérébrale, pleine de mots et d’idées. Bavarde, elle babillerait durant les repas, racontant les potins qu’elle aurait glané ça et là, commentant d’un trait d’humour féroce ou d’une saillie attendrie. Un peu poète, elle laisserait traîner des phrases tendres, griffonnées sur des bouts de papier. Elle inventerait des jeux où l’imagination piquerait le quotidien de tentations sensuelles, des cache-cache se terminant sous la couette. Elle serait fureur parfois, désespoir clamé, bramé dans d’époustouflantes tirades et puis fondrait dans un rire surprenant. Elle serait la muse de son âme trop vide.

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Le baloche bat son plein. Le mauvais vin, la bière trop chaude réchauffent les fêtards, leur donnent de l’audace et le courage de laisser traîner une main, de serrer un ventre. Déjà certains s’assoupissent sur leur chaise, trop alcoolisés pour entendre le raffut de l’orchestre. D’autre se terrent dans un coin, murés dans une timidité qui les cloue aux angles, là où ils ne seront pas vus.

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Le Pimbêche. Elle n’en peut plus d’elle, de ses slips en cotons et de ses chemises de nuit en pilou. Le poids de sa stricte éducation envahit ses sous-vêtements. Le poids de sa culture brise ses élans, pervertit ses émotions. Le poids de son savoir opprime son corps, rationalise ses fantasmes . Elle implose. Elle implore le ciel de mettre sur sa route quelque solide gaillard qui la ferait taire d’une étreinte.

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L’Hidalgo. Il ne se supporte plus. Rattrapé par ce rôle d’impitoyable séducteur, la vue d’un string lui lève le cœur. Les bimbos en goguettes qui étalent leurs appâts sous son nez, comme s’il était un saumon, l’ont lassé. Il bave de faire glisser une culotte trop grande pour découvrir un pubis trop poilu. Il attend un soutien-gorge qui ressemble à deux épuisettes cousues. Ses narines voudraient se repaître de l’odeur du savon de Marseille et de la lavande. Il prie que le ciel lui offre une reposante donzelle, trop coincée pour s’apprêter.

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Ces deux là arrivent sous le porche. Ils tendent une invitation, curieusement formulée, et qui promet la rencontre. C’est le bal des célibataires.

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La Pimbêche. Elle jette un coup d’œil distrait à cet homme, bien trop beau. Elle a évalué l’Hidalgo. Elle pense qu’il attend quelque coquette très blonde aux seins siliconés. Il repartira au bras d’une gamine fraîche et délurée, sûre de ses rondeurs.

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L’Hidalgo. Il aperçoit la Pimbêche, bien trop réservée. Il a jaugé la Pimbêche. Il pense qu’elle dissertera, faisant assaut de références classiques, avec quelque thésard boutonneux. Elle s’en ira finir la soirée dans un salon feutré où, entre cultureux, le monde sera reconstruit plusieurs fois.

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Demain matin, ils se réveilleront seuls, et boiront le café face à leur journal.


Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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 source : linternaute.com

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Je regarde la terre combler le trou à grandes pelletés et recouvrir le cercueil. Des roses, jaunes parce que c’est la couleur qu’elle préférait, jonchent le couvercle d’une simplicité monacale. Cette absence totale d’embellissements ne m’étonne pas, elle n’aurait pas aimé se voir couchée dans la soie et le chêne. J’ai attendu que tous ses proches quittent le cimetière pour venir lui dire adieu. Ils ignorent mon existence je crois. Ou ils l’ont oubliée.

Je n’avais plus de ses nouvelles depuis trois ans et j’ai appris sa mort par la rubrique nécrologique, dans le journal. Accidentelle. Elle aura fini par le faire son grand saut au guidon de sa moto. Cette mort me laisse l’amertume d’un gâchis prévisible.

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Et le souvenir de cette année là m’envahit.

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Janvier couvrait la ville d’un peu de neige. Ma vie conjugale ressemblait à un désert, tant ma compagne s’absentait de notre couple, tant je fuyais mon foyer pour me noyer dans mon métier. Le soir, après le boulot, j’avais pris l’habitude de siroter un verre de Viognier avant de rentrer. Personne ne m’attendait de toutes manières. Les filles étaient déjà couchées et Fabienne avait la tête plongée dans ses bouquins. Je travaillais trop, sans doute, afin de ne pas affronter le vide de mes jours.

Le bistrot était situé à mi-chemin entre le bureau où je sévissais et mon domicile. Je dis « sévissais » parce qu’à l’époque, empêtré dans ma morosité, je ne parlais plus. Je bougonnais, je marmonnais, parfois j’aboyais.

Vers 20 heures, je m’accoudais au bout du comptoir et le patron posait devant moi un ballon de ce délicieux vin blanc, dont j’avais fait mon apéro quotidien.

Je ne l’ai pas remarquée les premières fois, toujours assise à la même table, et écrivant dans un grand cahier. Elle avait l’air de déguster le même breuvage que moi. Elle avait l’air de vider sa vie au fil des pages.

A force, quand je rentrais dans le troquet, je jetais un coup d’œil pour vérifier qu’elle était là. Elle prit l’habitude de me saluer en levant son verre.

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Et nous avons fini par trinquer ensemble.

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Je la rejoignais de plus en plus tôt, nous échangions des banalités. Elle était plutôt jolie Perrette. Quelques rides marquaient son regard et lui donnaient une tendre expression. Elle souriait d’un air mélancolique, mais elle ne quittait jamais ce sourire là. Il émanait une grande douceur d’elle, mais cette douceur là n’était qu’apparente. C’était une femme forte, lucide, complexe, qui posait sur moi un œil d’une acuité dérangeante. Je découvris, à mesure que je l’apprenais, des espaces de fragilités touchants, de grandes balafres encore sanguinolentes, des morceaux de mémoire blessée où il était bien aisé de venir remuer.

Nous construisions une intimité amoureuse, une élective complicité.

Il me fut facile de me glisser dans son lit, il me fut impossible de me glisser dans son corps, empêtré d’une culpabilité douloureuse. Je croyais encore que je pouvais sauver ma famille, alors que je marchais déjà sur ses cendres. Je n’arrivais pas à me résoudre ni à l’aimer ni à la perdre. Je la tenais froidement à distance, cassant, brutal, mais je rampais dès qu’elle faisait mine de m’échapper. Je la manipulais pour l’enchaîner et je n’en voulais pas, de ce lien. Je l’attendais des heures durant, juste pour rester de marbre face à ses maladroites déclarations. Dès qu’elle osait parler de nous, je brisais toutes ses illusions, en prenant soin de garder, par d’insignifiantes allusions, les portes entrouvertes. Je ne me suis pas rendu compte, à l’époque, que je tenais à elle, plus que je ne l’imaginais. Quand je songe à ce que je lui ai fait vivre, j’ai honte. Parce qu’aujourd’hui, une que j’aime me traite avec la même légèreté, une cruelle désinvolture qui me noue les entrailles.

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Et notre belle aventure n’a jamais vraiment été consommée.

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Ce jour là, le dernier, est resté imprimé en moi, marqué plus sûrement qu’une estampille brûlée sur le cuir d’un taureau. La veille, attablés à notre coin de café, nous devisions de choses et d’autres. C’était un soir de mai, il faisait doux. Le pollen papillonnait dans l’air et les soirées s’attardaient, dérivant doucement vers l’été. D’un coup elle me demanda si je pouvais me libérer quelques heures, le lendemain. Elle eut ce rire rauque, un peu désabusé, qui la rendait cynique. Devant mon expression probablement méfiante, elle précisa qu’elle n’avait nullement l’intention de m’attirer dans sa couche, elle avait parfaitement compris que je ne voulais plus poser le moindre genou sur le bord de ses draps. Son air mystérieux emporta mes dernières réserves.

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Et elle m’a donné rendez-vous, en tout début d’après-midi, dans un endroit de la ville où je me rendais peu : à l’entrée du cimetière, de ce même cimetière où je me berce de songes aujourd’hui.

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Elle arriva, comme à l’accoutumée, pile à l’heure, enveloppée dans ce grand manteau qui battait ses chevilles. Une lueur curieuse dansait dans son œil noir. Son sourire était plus nostalgique encore que la veille. Doucement, elle me pris la main et je la suivis docilement dans ce lieu de repos, écrasé d’un silence juste troublé par le chant des oiseaux et le chuchotement du vent dans les feuillus.

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Et je l’entends encore parler, à voix basse, à peine audible.

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« Je veux partager un secret avec toi, c’est un peu mon testament. Je te livre cette confidence, j’espère que tu ne riras pas, ton rire est ce qui me blesse le plus. Il est impitoyable, ton rire. Viens, je vais te montrer…

Il y a quelques années, j’ai lu une histoire qui racontait comment un monsieur apprend à lire les pierres tombales. Il espère ainsi découvrir pourquoi son épouse est morte dans une voiture, avec un homme inconnu de lui, et dans une tenue légère, elle qui était si prude et si rigide. Mais quand enfin il maîtrise le langage, il tourne les talons, préférant respecter les ombres de sa femme…

Cette histoire là m’a tellement bouleversée, que j’ai voulu, moi aussi, apprendre à déchiffrer, dans le recueillement, les mots qui s’inscrivent, avec le temps, dans les petits bouleversements de la sépulture.

Si tu savais le nombre de semaines que j’ai passées à observer, ici, une à une, toutes ces tombes. J’ai consigné dans un cahier mes impressions et mes découvertes, ce cahier qui t’intriguait tant quand nous nous retrouvions.

Regarde cette tombe là, c’est celle d’un enfant qui a quitté ce monde quand il avait cinq ans. Je vais te lire le témoignage de son dernier berceau. L’harmonie que dégage l’endroit parle de la joie qu’il a eu, cet enfant, à s’éloigner d’une terre où la chair s’incarne si souvent dans les larmes. Il est en paix. Il ne voulait pas faire de peine à ses parents, mais vivre était au-dessus de ses forces… Alors il a choisi.»

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Des heures durant elle m’a enseigné : le cailloux qui roule à côté du prénom et le léger jaunissement de l’épitaphe ; la façon dont l’herbe pousse, dans quel sens ; comment les fleurs se courbent, comment elles fanent et perdent leurs pétales, les traces laissées par les insectes ou les oiseaux ; le foisonnement des arbustes qui se sont invités… Il se dégageait de ses propos une poésie que jamais plus je n’ai retrouvée.

Lorsqu’elle en eut terminé, la nuit tombait. Ma gorge se serrait. Je devinais que nous touchions à la fin de cette histoire. Elle me mit gentiment le cahier dans les mains.

« Tu sais, nos chemins se séparent ici, ce soir. Mais si un jour je pars la première, tu pourras venir, de temps à autre, te réchauffer à cet amour dont tu ne veux pas, il sera inscrit dans ma mort puisqu’il n’a pas pu s’inscrire dans ma vie ».

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Et elle est partie sans se retourner, en riant.

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Sa tombe est fraîche, juste comblée. La pierre n’a pas encore été posée. Mais déjà je vois la terre creuser des sillons, qui sont les premiers mots qu’elle m’adresse. Déjà quelques lys tentent de s’échapper des gerbes et la brise courbe une rose jaune. Je ne sais plus ce que j’ai fait du cahier.

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source : fotosearch

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Vous fûtes plusieurs... 16 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

C’était un amour de petite boule poilue. Dieu Taquin la baignait chaque jour, la séchait soigneusement et la parfumait. Elle était si soignée qu’elle sentait bon la tarte Tatin et sa crème chantilly. Elle était minuscule, la Babouine, miniature. Elle tenait sur l’ongle d’un pouce de Dieu Taquin. Il avait toujours sa loupe pour l’observer et admirer sa bouille rigolote, ses mimiques désopilantes. En adoration devant sa guenon, le Dieu inventait chaque jour des jeux pour l’amuser. Un fois, il avait découpé le détendeur de sa bouteille de gaz pour lui fabriquer un parc d’attractions. Dans un grande boîte, il avait installé des balançoires, des échelles, des ponts suspendus. Il avait également voulu un plan d’eau étendu, qu’il avait peuplé de créatures curieuses, des poissons-crevettes, des zèbres de roche, de la ratatouille de mer, des rochers-fantômes, des colibrius, sortes d’oiseaux amphibies, agités de hoquet… et bien d’autres encore. Il avait même confectionné un scaphandre à la taille de la simiesque créature, afin qu’elle puisse visiter ce monde aquatique… Et depuis, Dieu Taquin ne mangeait plus que des sandwich au camembert, bien en peine de réchauffer la moindre tambouille.

Mais elle s’ennuyait la Babouine. Elle reluquait l’Etagère Céleste, intriguée par le drôle de Bilboquet qui trônait en bonne place. C’est ainsi qu’un jour, elle partit à l’assaut du palais, s’échappant de son monde clos. Ce fut un long périple, une aventure. Les dangers guettaient l’animal à chaque joint de carrelage, à chaque pied de chaise. Il lui fallait rester vigilante pour ne pas tomber dans un trou de vrillette là où le parquet se faisait vieux. Il lui fallait surveiller le ciel afin de ne pas être écrabouillée par la miette de pain, débris planant d’un repas de son Dieu.

En cours de route, elle traversa la plaine de la Moquette et rencontra une tribu d’acariens, qu’elle prit pour des cousins ; ils ressemblaient, vaguement, à des australopithèques. Ils étaient civilisés cependant, ils avaient inventé le bermuda pour couvrir leurs caractéristiques sexuelles aux yeux de leurs congénères. Car il est bien connu que les acariens mâles ont un membre hypertrophié. C’est pourquoi leurs bermudas ont trois jambes, et ç’est à cela que l’on reconnaît les dames des messieurs, au nombre de jambe du bermuda. Mais Babouine, innocente, ne se posa pas de questions.

Le soir venu, lorsque la nuit tombait, ils se réunissaient pour partager le narguilé, qu’ils bourraient d’un tabac composé des miettes collectées au cours de la journée dans la grande forêt laineuse. Ces dernières semaines, la fumée avait une vague odeur de vieux fromage…

Elle serait bien resté plus longuement avec ses nouveaux amis, la Babouine, mais l’appel de l’Etagère fut le plus fort, un matin elle reprit son chemin.

Des jours durant, elle gravit des pantoufles, contourna des meubles, traversa de vastes étendues poussiéreuses. Elle arriva, enfin, au pied de la grande muraille de l’Etagère Céleste. Elle était fatiguée, elle s’installa confortablement pour dormir un peu, et réfléchir, beaucoup. Comment escalader ces parois et atteindre le Bilboquet ? Mais quand on est singe, la moindre aspérité devient une prise solide. Et la belle, toute imprégnée de sa jeunesse, téméraire, se lança dans l’ascension périlleuse. Si bien qu’à force de ténacité, de tâtonnements elle parvint au bas de la colonne supportant la boule de la planète Lotus. Elle respira un grand coup et, de saut en saut, de balancement et vol plané, elle prit pied sur le sol de ce lieu tant convoité. Et elle se mit à pousser de grands cris d’effroi.

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C’était un beau dimanche sur la petite planète. Lotus, alors, était une adolescente silencieuse dont le regard foncé dévorait le minois, et qui observait son horizon avec une lassitude naissante. Il était vide, dépeuplé, abêti d’une immense solitude. La Princesse commençait juste à créer ses Mots, à partir de son dictionnaire magique qu’elle avait ouvert au hasard de la lettre « G ». Il traînait ça et là quelques GAMINERIES, GATERIES, et autres GALERIES. Mais elle ne maîtrisait pas encore cet immense pouvoir d’incarner les lettres, de leur donner un corps. Autant avouer que ces tous premiers habitants là paraissaient bien de guingois. GAMINERIES était surtout un ramassis de tentatives avortées pour faire rire ses parents. GATERIES se donnait des goûts acides et avariés. Quant à GALERIES, c’était une collection d’horreurs. Un jour la fillette saurait tirer le meilleur de ses Mots, mais le temps n’était pas encore venu.

Ce dimanche là, Lotus se baladait dans l’herbe du jardin. Elle errait à la recherche de quelque occupation qui la sortirait de son mutisme. Elle était accompagnée du seul de ses Mots qu’elle avait réussi, à la perfection : STRADIVARIUS. Il murmurait une petite musique aigrelette, un peu triste et virevoltait autour de la petite, heureux de se sentir vibrant, vivant. Il accordait ses pizzicati aux sautillements de la fille. Il enveloppait l’atmosphère de l’ambiance légère des notes d’une mélodie mélancolique.

Alors que Lotus vagabondait dans sa prairie, elle tomba nez à nez avec deux grandes choses velues. Elle leva le nez et aperçu une bestiole courbée, avec de longs bras, un postérieur bien chauve et qui se colorait du plus beau rouge. La créature l’observait d’un drôle d’air. Lotus se mit à glapir.

-oOo-

Voilà, la Babouine et Lotus hurlent de s’être retrouvées l’une face à l’autre. Elles ignorent encore qu’elles vont se séduire et s’aimer. Elles s’observent, la première frayeur digérée. La fillette ose un geste vers le poil soyeux de l’animal, surprise de la sensualité du contact. La Babouine se met à roucouler de la douceur de la caresse. Lotus, si seule, vient de rencontrer une amie. La Babouine vient de découvrir le bonheur de bercer un petit être fragile. Elle se saisit de l'adolescente et la pose délicatement dans le creux de son cou. Elle s’en va explorer son nouveau foyer. La Princesse rêve qu’elle inventera de nouveaux Mots pour peupler l’espace de leurs jeux. Et elle murmure, comblée, elle qui n’avait pas parlé depuis des lustres : « je t’appellerai Queen Kong ! ».

-oOo-

Bien sûr, Dieu Taquin piqua une énorme colère d’avoir ainsi perdu sa Babouine. Mais les Dieux sont versatiles et celui là plus que les autres. Après avoir rageusement secoué le Bilboquet, et constatant que les deux comparses ne se lâchaient pas, il s’en alla à la recherche d’une autre passion.

 

lotus


Vous fûtes plusieurs... 8 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Princesse Lotus et l'indomptable Pépette

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Ce matin, au jardin, j’ai cueilli les mangues qui étaient mures, et un avocat, pour le guacamole du repas. Désormais, les fruits et les légumes viennent rapidement à maturité, la saison est chaude, plus chaude que les années précédentes, mais probablement moins chaude que celles qui se pointent. J’aime le guacamole, que j’agrémente au fil des cadeaux du jardin : un piment, une tomate, de l’ail rouge ou de petits oignons grelots, la coriandre, le citron vert… Et comme les avocats donnent à plein… Ici, dans ma montagne, dans ce massif central, je constate de drôles de changements. Hier, j’ai découvert une blatte d’une espèce, et d’une taille surtout, que je n’avais jamais encore vues. Chaque jour amène son lot de surprises. Il paraît que l’anophèle a été détecté à Avignon. Le palu remonte et ce foutu parasite devient un fléau. On s’en moquait bien quand il n’agressait que l’Afrique noire. Mais là, les laboratoires s’affolent, les enfants de nos chers élus pourraient être infectés. Je vais installer des moustiquaires aux fenêtres et cultiver de la citronnelle.

Il y a quinze ans, quand le protocole de Kyoto a été abandonné, j’ai planté un flamboyant dans le patio, par jeu. Je croyais bien qu’il mourrait un hiver un peu plus rude. Mais il a grandit. Et je cueille souvent l’une de ses fleurs, de ce rouge si intense, que je porte dans mes cheveux. Il m’offre de l’ombre et je vois mon café du matin à l’abri de sa bienveillante frondaison.

Au printemps dernier, je suis retournée au Maroc, à la ferme. Là où s’épanouissaient les plantations de clémentines, un aride désert brûle les bêtes et les hommes. Le champ d’artichauts est devenu un pierrier et l’oliveraie a flambé un jour plus chaud que les autres. Mon cœur a saigné quand j’ai vu la maison, fendue, béante, parce que le sol a craqué, sec comme un bois centenaire.

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Les gens du sud remontent peu à peu. Ils arrivent par hordes d’affamés, d’assoiffés. Leurs terres ne donnent plus et les puits sont taris. Au début, ils s’installent dans les camps, ils cherchent du travail. Mais du travail, il en manque. Alors ils s’organisent en bandes. Ils pillent la nuit. Ils fouillent les cultures à la recherche d’une pomme de terre ou d’une carotte. Les paysans s’arment. Peu à peu, les parcelles s’entourent de barbelés, des miradors se bâtissent et des milices patrouillent. La voisine a parsemé ses murs de verre pilé pour que ses tomates ne lui soient plus volées. Parfois, la nuit, j’entends un pauvre hère hurler de douleur.

Il y a des légumes dont nous avons oublié le goût, les petits pois, par exemple, parce qu’il en faut de l’eau pour les faire venir, tendres et verts. Le maïs a disparu sous nos latitudes. Désormais, il est cultivé dans les pays scandinaves. Et je donnerais un an de ma vie pour goûter une framboise.

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Hier, j’ai regardé la télévision. L’arrêt de la dernière plate forme pétrolière encore en fonctionnement, était retransmis en direct. L’armée gardait la zone. Lorsque l’ultime goutte est tombée dans les réservoirs, un silence de mort s’est installé, qui a duré plusieurs minutes. C’était solennel, impressionnant. Il reste un peu de charbon ça et là et quelques nappes de gaz. Nos gouvernements rament pour installer des éoliennes et du solaire, mais ça ne suffira pas, ils ont compris trop tard. Les consignes sont drastiques : l’électricité est prioritairement affectée à l’activité économique. A partir de la semaine prochaine, le courant sera coupé dans les foyers plusieurs heures par jour, afin de délester. Il y a dix ans, ils nous racontaient que nous avions des réserves pour cinquante ans. Mais le libéralisme sauvage a fini par gagner l’ensemble de la planète.

Quand nous organisons des soirées, avec les copains, en rigolant, on se raconte que l’électricité produite par les centrales sert… à faire tourner les centrales.

Il paraît que les premières bombes sont tombées sur les grandes capitales. Je m’en fous, je vis dans un trou perdu, quelque part dans une vallée ardéchoise où la piqûre d’un scorpion est devenue mortelle et où les vipères ont des cornes.

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Flamboyant – source wikipédia

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Vous fûtes plusieurs... 13 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

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Les murs grimpent si haut qu’apercevoir la fin des rayonnages oblige à courber la nuque. La bibliothèque ressemble à un vaisseau cathédrale, immense, habité. Où que l’on tourne la tête, les livres étalent leurs tranches, souvent de cuir et dorées à l’or fin. Ils sont innombrables et posent une présence, tangible, palpable. Parfois, un frisson les parcourt, quand l’un d’eux sort de son rayon ou bien regagne sa place. La nuit ils chuchotent, ils se racontent leurs mots, leurs enluminures, leurs caractères. Ils comparent leurs épaisseurs et leurs papiers. Ils échangent leurs âges et leurs histoires. Ils se parlent d’eux. Il émane du lieu cette indéfinissable odeur de poussière d’écriture, mêlée à celle du cuir tanné. Il flotte dans l’air l’immatérielle existence d’un univers scriptural.

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Des tables, bien vieilles, de ce bois qui se patine avec l’âge, offrent un refuge au lecteur. Elles accueillent de petites loupiottes qui dispensent un faible halo d’une lumière jaunie. Elles sont sagement alignées, pas un angle ne déborde, pas une chaise qui ne soit bien calée. L’ordre et le calme règnent en maîtres.

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Tout serait, somme toute, classique, si, la nuit venue, la bibliothèque ne s’animait d’une curieuse, étrange vibration. Elle palpite, elle pulse. Elle tressaille d’un mystère venu du fond des temps. Des palimpsestes s’effeuillent pour retrouver la mémoire des moines qui sans cessent grattèrent, afin de retrouver le parchemin, et rebaptiser l’histoire. Des romans libèrent les délires de leurs auteurs, qu’ils balancent, troublant le silence nocturne. Le rayon des philosophes murmure et discute des postulats, argumente et confronte des dogmes. La spiritualité tintinnabule de paraboles et de métaphores.

Car cette bibliothèque là, altière, imposante, est vivante. Elle a une âme qui s’éveille quand le monde des hommes la quitte. Et l’âme du lieu, c’est un vieil homme, petit, plié par le poids de l’éternité, fluet. Il est gardien de phrases, soigneur de paragraphes, montreur de mots. Il a dompté l’arène des bouquins qui l’attend, fébrile, dès que la cloche de la fermeture retentit.

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Il apparaît, venu de nulle part. Il traîne sa silhouette fragile entre les étagères. Il caresse d’une main amoureuse les dos alignés sagement. Attentif, il débarrasse l’un de sa poussière, l’autre de la toile vieillie d’une araignée. Parfois, du tombé de sa longue tunique, il nettoie le rayonnage qui suffoque de saleté. Il déblaie la grande collection de tout ce que le temps déploie de petites impuretés.

Lorsqu’il a débarbouillé ses chers ouvrages, il s’en va à la recherche de pages à savourer. Selon son humeur, il traîne chez les philosophe ou les exégètes ; il interroge les romanciers ou les pamphlétaires , il interpelle les polémistes.

Il se pose enfin, une pile de livres devant lui, et savoure l’immense des idées que brassent les mots. Il picore des phrases jusqu’à ce qu’une d’entre elle, petit bijou brasillant, le séduise et arrête son voyage. Alors, il sort de quelque endroit connu de lui seul un plumier, des larges feuilles d’un beau papier, épais, velouté et blanc de vierge, et de minuscules fioles qui abritent des encres colorées. Il ouvre son plumier et regarde ses plumes. Il s’abîme dans une méditation douce. Il se berce de l’élue, de celle qui se verra calligraphiée, mise en gestes et incarnée de fleurs et d’ors. Il prépare la teinte qui s’accorde aux mots. Il inspire largement avant d’inventer le dessin qui conte le dessein des mots. Il rêve l’abstraction, il imagine la pensée. Il s’absorbe dans sa tâche, il s’irise de couleurs, il se noie dans la page. Peu à peu, l’idéale vision s’incarne dans l’œuvre. Peu à peu, les arabesques donnent un corps à la phrase. Lorsque la dernière larme est posée, il lève son regard sombre de sa création. Il ferme les yeux. Il soupire.

Il attrape une allumette, l’enflamme et brûle la page, qui se consume dans la fragrance fruitée des encres, qui souffle sa volute d’une fumée blanche. La bibliothèque hume les images de ses mots et s’assoupit, sereine, comblée, jusqu’au matin. Elle a respiré l’essence de son âme.

Le petit homme, le calligraphe peut s’en retourner dans son néant. Il regagne ses limbes. Demain, il sera là, à reprendre sa quête, comme hier. Comme il le fait depuis le début des temps de l’Histoire.

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« L’amour ne donne rien que de lui-même et ne prend rien que de lui-même »

Khalil Gibran 

Calligraphie de S.AL. Moussawy

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Vous fûtes plusieurs... 9 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons

On s’en fout finalement, de la façon dont les histoires commencent, elles se terminent si rarement par « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».

Un petit bout de femme, un regard, une sensibilité. Elle n’est plus très jeune, mais encore habitée de foi, d’espoir et de la capacité à se confier et faire confiance. Elle tend la main, autant pour aimer que pour être aimée. Et quand elle donne, elle se donne, elle ne retient rien pour elle, elle accepte de s’en remettre à l’autre. Quelle bêtise !

Parce que le monde est devenu un vaste foutoir peuplé d’individualités indifférentes, trouver l’âme sœur relève parfois de l’exploit. Il ne reste que l’hypothétique rencontre virtuelle, il ne reste qu’à zoner sur la toile, là où, autrefois, les cœurs solitaires erraient dans les baloches ou les troquets, là où l’environnement fabriquait des lieux de rencontres.

Mais les Dieux des amours sont des Dieux pervers, qui refilent la dame entre des mains qui mentent, entre des bras qui détruisent. Mais la vie est à ce point cruelle que le seul choix qu’il lui reste, c’est prendre le risque de la trahison ou celui de la solitude. Parce que la trahison, ce n’est pas de découvrir qu’elle n’est pas la princesse de l’autre, la trahison c’est de découvrir qu’il est polymorphe, que ses mots ne recèlent pas une once de sincérité.

C’est si facile d’enduire l’autre de chrême, pour l’évacuer comme on tire une chasse d’eau. Et le virtuel aide bien… d’ailleurs, ici, il y a une autre histoire, qui ressemble à celle là.

Désormais, elle va  s’en moquer. Le plus dur, c’est d’avoir à apprendre la méfiance, elle qui ne veut pas voir dans l’autre un escroc a priori. Le plus dur, c’est de se sentir sombrer dans une espèce de paranoïa qui la pousse à douter, et à douter d’elle, surtout. Le plus dur, c’est la peur de devenir, elle aussi adepte de la manipulation ; c’est la peur de se conduire aussi mal que l’autre, à force de découvrir des mensonges.

C’était juste un état d’âme, un morceau de chagrin, un bout de douleur, une parcelle d’amertume, une coupelle de larmes. Elle ira vers d’autres corps, elle ira vers d’autres regards. Un peu plus blessée, un peu plus sauvage. Mais la page est tournée. Ne resteront que des histoires et des poésies. Et du mépris.


Vous fûtes plusieurs... 7 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour

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