L’huître s’ouvre à qui sait la caresser dans le sens de la coquille,

Soyez mareyeurs messieurs et vous séduirez les filles.

 

proverbes


Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ce qu'en dit la Tanche

  Mes réponses au questionnaire proposé par l'Equipe "Projet"


Sur l’Europe

Qu’est-ce que l’Europe pour moi et quelles valeurs véhicule-t-elle ?


L’Europe représente pour moi un immense espoir de stabilité, de fraternité et de rencontre des autres peuples la composant. L’histoire de ce continent est émaillée de guerres stupides, de luttes fratricides. Faire l’unité de ce vaste espace est une façon d’aller les uns vers les autres. C’est un enjeu fondamental.

 

Outre cet aspect humain, l’Europe est également incontournable économiquement. En effet, quel choix avons-nous pour résister aux assauts d’autres puissances, qu’ils émanent des Etats-Unis ou d’une Chine en pleine expansion.

 

Une idée d’Europe, devrait être, dans l’idéal, un vecteur d’exemplarité, capable de tenter d’autres sphères géographiques, telles que l’Afrique, les Etats d’Amérique du Sud, de se constituer en fédérations d’états, à plus ou moins long terme, tant un pays aujourd’hui n’est plus qu’une anecdote à l’échelle de la planète.

 

Enfin, j’attends avec intérêt et conviction une Europe solidaire, celle qui permettrait de partager les richesses, les savoirs, la culture et où chacun de nous, les citoyens, serait en capacité d’accepter parfois d’ajourner ses propres désirs afin de faire droit à ceux de nos congénères qui connaissent de plus grandes difficultés sociales, économiques ou culturelles.

 

Qu’est-ce qu’être citoyen de l’Europe

 

La notion de citoyenneté est tellement usitée dans tous les aspects de la communication, médias, politiques, etc… qu’il est difficile pour moi de me l’approprier.

 

J’en reviendrai donc à l’idée, trouvée dans une encyclopédie, qu’une citoyenneté bien comprise m’intègre à une communauté. En ce sens, il serait facile de considérer qu’être citoyenne se résume à revendiquer des droits. Je voudrais affirmer qu’être citoyenne c’est aussi faire face à des devoirs ; que ces devoirs sont peu ou prou évoqués dans les débats et que cela me choque profondément.

 

Etre citoyenne de l’Europe ce n’est certes pas vouloir tirer le plus possible pour moi-même ou de la petite communauté à laquelle j’appartiens, mais c’est aussi me questionner sur l’avenir, les choix, les politiques menées, l’utilisation de mes impôts, le partage entre chaque membre de l’union, etc… C’est donc voter chaque fois que mon avis m’est demandé.

Etre citoyenne de l’Europe, c’est accueillir les autres peuples, européens ou pas d’ailleurs, avec gentillesse, curiosité et bienveillance. Sûrement pas en étalant une espèce de supériorité condescendante.

 

Etre citoyenne de l’Europe, c’est, et je ne l’oublie pas, être aussi citoyenne du monde.

 

Qu’est-ce qui fait la spécificité de mon quartier, de ma ville, de mon pays ? Comment est-ce que j’en parle et comment j’aurais envie d’en parler ? (et les deux questions suivantes : valeurs, partage et ce que j’ai envie de montrer).

 

La notion de quartier, au regard de l’Europe, me semble un peu restreinte, je préfère réfléchir à l’échelle de la ville et du pays.


 

A propos de ma ville

 

Je ne suis pas stéphanoise de naissance, je suis originaire de la grande sœur ennemie, Lyon. Je suis arrivée fin 1970, j’avais 12 ans. Passée la surprise initiale d’un climat rude (hiver 70/71 était plutôt froid si je me souviens bien) et d’une certaine grisaille ambiante, je suis tombée en amour pour cette ville et ses habitants. J’ai traversé mon adolescence au lycée, dans certains bars de jeunes, dans les stades, sportive au CASE Athlétisme, et puis en entrant dans la « vraie » vie. Vraie vie qui me fit quitter la ville afin de poursuivre le travail là où il se trouvait. Cependant, ayant gardé ma famille ici, je revenais de loin en loin, sans pour autant prêter attention aux frappantes évolutions de l’urbanisme.

 

C’est en 2001 que j’ai pu, enfin dirais-je, m’installer et travailler à Saint-Étienne.

 

Et ce coup de foudre éprouvé lors de mon enfance, m’est revenu intact. Alors parler de Saint-Étienne, revient à parler de ce qui me fascine ici.

J’ai envie de dire que Saint-Étienne est la porte du Sud, qu’elle allie deux caractéristiques remarquables : la convivialité de ses habitants, au sens festif du terme, et le sérieux de ceux-ci quand ils travaillent, s’investissent dans un projet.

 

J’aime vraiment cette ville et je n’ai de cesse d’en parler autour de moi avec une certaine fierté. Je raconte la formidable reconversion qu’elle a su opérer, elle qui fût industriellement sinistrée dans les années 70/80. Je raconte les grandes places qui coupent l’artère du tram, le kiosque à musique et les fontaines. Je raconte la solidarité probablement issue du passé minier, solidarité qui fait d’elle un endroit où l’on peut se perdre sans crainte, il y aura toujours quelqu’un qui vous accompagnera sur votre chemin. Je raconte que j’aime me promener la nuit et que je n’ai jamais ressenti quelque sentiment d’insécurité. Quelle est de taille humaine et que c’est une métropole faite d’une mosaïque de quartiers. Que les équipements sportifs sont dignes d’une capitale. Que la vie culturelle est intense, riche et pluridisciplinaire. Que le tissu associatif est dense et varié. Toutes choses que souvent les stéphanois considèrent comme normales, mais que je considère comme remarquables, pour avoir vécu dans bien d’autres villes.

 

Mais aussi, je raconte que j’aime l’idée de faire de Saint-Étienne, une ville jaune, elle qui est restée noire et verte dans la pensée commune. J’aime lever le nez pour contempler les sculptures sur les façades des maisons. J’aime l’accent des stéphanois qui se prend des allures « d’asssssssssent » sur certaines diphtongues. J’aime ses collines environnantes, même quand il s’agit de crassiers qui doucement se recouvrent de verdure. J’aime sa mixité sociale, ethnique et ce que nous en faisons. J’aime son tram et cette longue rue qui la coupe en deux, qui lui fabrique une rive droite et une rive gauche. J’aime l’idée qu’elle culmine aux environs de 600 mètres d’altitude. J’aime la nonchalance des stéphanois, au volant, qui vous fait poireauter quelques fois plusieurs minutes à un feu rouge. J’aime dire que c’est une ville à la montagne et que la montagne, ou l’eau d’ailleurs, sont à une poignée de minutes. Je raconte qu’il y a des clubs de sarbacane à Saint’E, et qu’on peut tout apprendre ou presque.

Et puis, il y a le ruban, le vélo, la fête du livre, la cité du Design, le musée d’art moderne, la collection d’armes, le musée de la mine.

 

Je pourrais faire une énumération à la Prévert de tout ce qui alimente, en vrac, mon grand panier stéphanois.

 

A propos de mon pays

 

J’aime ce pays, pour sa diversité géographique, pour l’incroyable vitalité de ses habitants, largement alimentée d’ailleurs par ces côtés hâbleurs et grognons que souvent l’on nous reproche à juste titre.

 

J’aime vivre dans le pays de la Révolution Française et de Voltaire. Mais aussi de Rodin, dans le pays où Picasso avait élu domicile. Dans le pays de Victor Hugo et de François Truffaut. Du Mouton Cadet, du Sancerre et du Crozes-Hermitage. De la bouillabaisse, de la choucroute et du cassoulet, sans oublier le camembert, le Pont-l’évêque, le cantal et le reblochon, le Paris-Brest et le Saint-Honoré. J’aime vivre au pays d’Astérix et de Jules Ferry.

 

J’aime ce pays parce que c’est un beau pays et qu’on y vit plutôt bien, que je me sens libre, y compris d’exprimer des désaccords si l’idée me vient, et que la liberté de pensée et de parole doivent encore être bien rare dans ce vaste monde.

 

Qu’est-ce que j’attends des autres citoyens d’Europe ?

 

Essentiellement une rencontre. J’aimerais qu’ils viennent à nous en laissant de côté tous les a priori qui sont véhiculés soit sur notre ville, soit sur notre pays. Comme j’aimerais d’ailleurs pouvoir les accueillir avec ouverture, gentillesse et sans jugement. Je reviens du Maroc et je trouve que nous avons vraiment à apprendre en matière d’accueil de l’étranger, du touriste, d’une autre culture ou d’une autre foi.

 

J’aimerai aussi pouvoir nouer des liens personnels, professionnels qui me permettent d’envisager des projets transfrontaliers.

 

J’aimerais partager mon amour de cette ville et entendre l’étonnement de mon interlocuteur, car l’étonnement est aussi source d’évolution.

 

Qu’est-ce que je veux être et faire en cette année 2013 où l’Europe viendra nous voir ?

 

Etre : accueillante, guide, animatrice, actrice de la formidable effervescence que sera cette année.

 

Faire : participer à titre professionnel et privé à l’organisation d’événements, la réflexion et tout autre programme proposé dans ce cadre.


Moi

 

Qu’avons-nous envie de devenir ?

 

Dans la formulation, la question me gêne, d’autant plus qu’elle est classée en catégorie « moi ». Il m’est en effet difficile de répondre pour « nous » à savoir au nom d’autres personnes dont j’ignore tout.

 

Alors ce que j’ai envie de devenir ? A titre privée, surtout rester une femme heureuse, heureuse de vivre ici, ou ailleurs, heureuse d’appartenir à une communauté dont je peux revendiquer l’essentiel des valeurs, des actes et des finalités.

 

Ce que j’ai envie de devenir, et j’en ai déjà parlé au chapitre précédent : Citoyenne du Monde. Je ne parle pas de mondialisation, même si, économiquement j’entends la réalité de la mondialisation. Je parle de ce qui nous unis tous à travers le temps et l’espace : la parcelle de divine humanité qui devrait faire l’objet de tous les soins de nos gouvernants.

 
 

Que n’avons-nous jamais envie de devenir ?

 

Appartenir à un petit pays, frileux, recroquevillé sur son agriculture, sa pêche, son exception culturelle et ses beaux paysages, chafouin, qui regarde le monde avec hostilité et répulsion. Ah ! Non alors !

 

Je ne veux pas que ce pays, que j’aime, s’endorme doucement dans le communautarisme et l’isolement. Et je ne veux pas que mon immobilisme alimente cette tendance.

   

De quoi sommes-nous fiers ?

 

En ce qui me concerne : que de De Gaulle à Chirac, la construction de l’Europe ait été une préoccupation constante des divers gouvernements que nous avons élus.

 

Mais aussi, et en vrac :

  • Que le créateur de Médecins Sans Frontières soit français, et de l’Abbé Pierre (en ce jour de son décès),
  • Que, petit pays, nous ayons des Prix Nobel,
  • De l’Académie Française,
  • De l’investissement des archéologues français et équipes de recherche à sauver le patrimoine d’autres nations,
  • Que Chirac ait tenu tête à Bush pour dire non à la guerre d’Irak.

 

De quoi ne sommes-nous pas fiers ?

 

De deux choses essentiellement, mais qui m’ont beaucoup marquée :

  •   De l’arrivée de Le Pen au second tour des présidentielles de 2002  
  • Que la France ait voté « Non » au référendum sur la constitution européenne.

 

Sur la culture

Quelle est ma vision personnelle de la culture ? En quoi la culture peut-être un facteur de progrès social ?

 

J’ai le même souci avec le mot « culture » qu’avec le mot « citoyenneté ». Il recouvre bien trop de possibilités pour que je puisse rester succincte dans ma réponse. Et je suis donc retournée piocher dans des encyclopédies afin de sérier ma pensée.

 

J’ai retenu deux aspects qui me parlent : les notions de culture individuelle et de culture collective.

 

Toujours d’après ces encyclopédies :

  • La culture individuelle se veut dynamique, elle comporte une dimension de construction personnelle de ses propres connaissances,
  • La culture collective recouvre plutôt l’identité de ce peuple, repère de valeurs reliées à une histoire et un art, elle évolue lentement.

Dans tous les cas j’ai trouvé des définitions qui s’axent essentiellement autour de l’art et de l’histoire. Et bien cela me laisse sur ma faim. Dans mon esprit, la notion de culture est bien plus vaste, plus riche, elle inclut les progrès techniques, technologiques, scientifiques, médicaux, les évolutions de la pensée humaine, philosophique, psychologique, éthologique, écologique… La liste pourrait être longue. Dans tous les cas je pense que la culture individuelle participe à l’évolution de la culture collective, mais que se construire son système culturel dépend de la culture collective à laquelle on appartient. En ce sens, se cultiver soi, faire évoluer un cadre de références, devrait être facteur de progrès social. Je dis « devrait » parce que je ne suis pas sûre que ce soit effectivement le cas.

 

J’ai appris, quand j’étais petite, et cela m’a été beaucoup répété, que plus un peuple était instruit, cultivé, moins il était manipulable… C’était une belle idée, mais dont je doute aujourd’hui.

 

Quoiqu’il en soit, la culture, qu’elle soit individuelle ou collective, je l’imagine comme le chaudron bouillonnant d’une sorcière, qui rajouterait des ingrédients au fur et à mesure de son envie ou de sa nécessité, et dont la finalité serait de fabriquer l’élixir de bonheur universel. C’est joli, mais l’élixir est bien loin d’être prêt à déguster.

 

La culture est-elle grand public ?

 

Oui, indubitablement oui. Et quand elle ne l’est pas, c’est que, pour une raison qui m’échappe, quelque pédant et autre précieux a décidé de la rendre si hermétique dans le discours ou dans l’approche, que ce public, grand, n’ose pas avoir un avis, du moins l’exprimer.

 

La culture est-elle un facteur d’évolution de la pensée, ou bien un facteur de conservation des savoirs et traditions ?

 

Pourquoi opposer ces deux notions ? La conservation des savoirs et tradition permet de nourrir la création contemporaine. Que serait Picasso si De Vinci n’avait pas existé. Diam’s existerait-elle si Trenet n’avait pas écrit de chansons ? Est-ce qu’Einstein aurait bâti sa fameuse théorie si une pomme ne s’était pas écrasée sur la tête à Newton ?

 

Quelle pensée peut évoluer en dehors de tous les acquis qui la précèdent ?

 
 

Est-ce que la culture se construit ou se subit ?

 

Pour moi, elle se construit.

 

Est-ce que je ferai les mêmes choses en 2013, dans le cadre de mes pratiques culturelles personnelles ? Comment est-ce que je vois la culture du futur ?

 

J’espère bien que mes pratiques culturelles se seront enrichies de tout ce que j’ignore encore et que je n’imagine même pas. Sinon, j’aurai cessé de vivre. Vivre sans apprendre, non merci. Et pour moi, la culture du futur reste à inventer, mais toujours, toujours je la veux dans le partage et dans l’échange.

 

La culture, c’est pour moi :

  
  • Un loisir : oui
  • Une pratique personnelle : oui
  • Une ouverture sur le monde : oui
  • Un repli sur mes propres intérêts : Quelle horreur !
  • Une manière de m’évader de mon quotidien : non
  • Un métier : aussi
  • Une passion : vraiment
  • Un état d’être : je ne sais pas
  • Un partage : oui
  • Une connaissance : il en faut j’imagine
  • Autres : Une arme contre l’intolérance.

Quelle est ma réaction devant les pratiques culturelles inconnues, ou devant des langages artistiques nouveaux.

 

 

Ça dépend de la pratique en fait. Je peux avoir une réaction d’inconditionnelle acceptation ou de rejet total. Quoiqu’il en soit, je m’efforce de réfléchir à cette réaction, de contextualiser la proposition qui m’est faite et de comprendre la démarche qui l’accompagne. En tout état de cause, j’essaie de rester sans jugement, mais d’exprimer mon goût ou non pour cette pratique et d’argumenter en terme de ressenti, ou d’absence de ressenti.


Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Murmures au jour le jour
Un testicule, charmant au demeurant
Se sentait esseulé, abandonné,
Son alter ego, son autre pendant
Ayant désiré vivre dans d'autres contrées.

Le testicule quêtait un point d'ancrage.

Et voilà qu'un soir, pris de courage,
Il se fixe au hasard à un corps
Dépourvu de ce royal attribut.
Il se sent gonflé, mais c'est son fort,
D'avoir pu se coller à un cul.
Or, et c'est offense,
Dans sa rondeur en majesté
A un trou de balle sans défense
Il se permet de cacher la vallée.

Le trou de balle sent monter
Du plus profond de sa vérité
Une légitime colère
Qu'un intrus plus très vert
Lui cache un paysage
Dont il savourait le visage.

Le trou de balle fomente vengeance.
Il rumine, il engrange
De ces gaz puants, nauséabonds.
Il veut décourager le vagabond
De s'incruster en sa demeure
Et lui inspirer une terrible peur.

A force de labeur
Il s'enfle, il accumule, il rugit
Si bien que dans un bruit de fureur
Il lâche une caisse d'anthologie
D'une amplitude à faire pâlir
Le plus solide des Sires.

Le testicule en tremble, il sursaute.
Il s'interroge, il se tâte.
Mais voilà que l'odeur se hâte
D'assaillir ce coquin d'hôte.
Le testicule blêmit de la puanteur,
Suffoque et pleure.

Dans un instant de lucidité
Il abandonne son port,
Traitant le fion en vanité
De pauvre porc.
Le fion ne s'en laisse pas compter.
Il rétorque à l'andouille
Qu'il n'est qu'une pauvre couille.
Mais en partant le testicule, mesquin
Arrache quelques poils au petit malin.
Et le fion déplumé, se morfond
D'avoir ainsi perdu sa toison.

Moralité
Ni la couille ni le fion
N'ont le monopole de l'action.
Il y a toujours un vent sans fraîcheur
Qui vient mettre au pas les plaideurs.

maniere

Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Délires d'écrits

                         


 

Le K
Dino Buzzati
poche. Réédité en 02/2002


Dino buzzati, écrivain italien né en 1906, est connu pour son roman « Le désert des Tartares », adapté au cinéma. Il est né le 16 octobre 1906 à Belluno . Il fait des études de droit et se lance dans une carrière littéraire très tôt. Il écrit des poèmes. Il est également peintre , plusieurs de ses toiles ont été reproduites dans l’Art Fantastique. Une de ses pièces « Un cas intéressant » a été adaptée par Albert Camus et jouée à Paris en 1956.

En 1928, il entre à la rédaction du Corriere della Serra, où il restera durant toute sa vie professionnelle et deviendra titulaire de la critique d’art. Il sera également correspondant de guerre pendant un an.

Auteur de nombreuses nouvelles, de romans et de pièces, il apprend en 1971 qu’il est atteint d’un cancer et se retire dans son village natal où il va écrire ses dernières nouvelles. Il meurt le 28 janvier 1972.

Le Livre

Une cinquantaine de contes fantastiques composent l’ouvrage où l’on retrouve les thèmes familiers de Dino Buzzati… où l’on parle de la fuite des jours, de la fatalité de notre condition de mortels, du mystère de la souffrance et du mal. J’ouvre souvent ce livre au hasard et relit une de ces histoires, qui sont courtes, et je ris ou je suis émue, mais toujours je réfléchis. La façon de raconter de l’auteur se colore de désenchantement, elle est souvent pathétique. Les personnages, les objets, les décors sont croqués avec une tranquille présence, dont la chair s’incarne de mots secs, de traits dépouillés.

Une balade au pays de l’irréel pour parler d’angoisse, de solitude, de vieillissement, de doute, d’attente, une balade poétique.

L’extrait

Comme d’habitude, Mme Klara emmena son petit garçon, cinq ans, au jardin public, au bord du fleuve. Il était environ trois heures. La saison n’était ni belle ni mauvaise, le soleil jouait à cache-cache et le vent soufflait de temps à autre, porté par le fleuve.

On ne pouvait pas dire non plus de cet enfant qu’il était beau, au contraire, il était plutôt pitoyable même, maigrichon, souffreteux, blafard, presque vert, au point que ses camarades de jeu, pour se moquer de lui, l’appelaient Laitue. Mais d’habitude les enfants au teint pâle ont en compensation d’immenses yeux noirs qui illuminent leur visage exsangue et lui donnent une expression pathétique. Ce n’était pas le cas de Dolfi ; il avait de petits yeux insignifiants qui vous regardaient sans aucune personnalité.

Ce jour là, le bambin surnommé Laitue avait un fusil tout neuf, qui tirait même de petites cartouches, inoffensives bien sûr, mais c’était quand même un fusil ! Il ne se mit pas à jouer avec les autres enfants car d’ordinaire ils le tracassaient, alors il préférait rester tout seul dans son coin, même sans jouer. Parce que les animaux qui ignorent la souffrance de la solitude sont capables de s’amuser tout seuls, mais l’homme au contraire n’y arrive pas et s’il tente de le faire, bien vite une angoisse encore plus forte s’empare de lui.

Pourtant quand les autres gamins passaient devant lui, Dolfi épaulait son fusil et faisait semblant de tirer, mais sans animosité, c’était plutôt une invitation, comme s’il avait voulu leur dire : « Tiens, tu vois, moi aussi aujourd’hui j’ai un fusil. Pourquoi est-ce que vous ne me demandez pas de jouer avec vous ? »

… suite de l’histoire…

« Oh ! le pauvre petit ! » s’apitoya une jeune femme élégante qui parlait avec Mme Klara.

Et secouant la tête, elle caressa le visage défait de Dolfi.

Le garçon leva les yeux, reconnaissant, il essaya de sourire, et une sorte de lumière éclaira un bref instant son visage pâle. Il y avait toute l’amère solitude d’une créature fragile, innocente, humiliée, sans défense ; le désir désespéré d’un peu de consolation ; une sentiment pur, douloureux et très beau qu’il était impossible de définir. Pendant un instant –et ce fut la dernière fois- il fut un petit garçon doux, tendre et malheureux, qui ne comprenait pas et demandait au monde environnant un peu de bonté.

Mais ce ne fut qu’un instant.

« Allons, Dolfi, viens te changer ! » fit la mère en colère, et elle le traîna énergiquement à la maison.

Alors le bambin se remit à sangloter à cœur fendre, son visage devint subitement laid, un rictus dur lui plissa la bouche.

« Oh ! ces enfants ! quelles histoires ils font pour un rien ! s’exclama l’autre dame agacée en les quittant. Allons, au revoir, madame Hitler ! ».

Vous fûtes plusieurs... 2 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mon ange des bibliothèques

Cher Père Noël, et bien voilà, tu es passé dans ma maison, bien qu’il n’y ait pas de feu de bois dans mes cheminées. Même que… tu m’as comblée, même que j’ai probablement passé l’un des plus beaux Noël de ma vie. Alors  il faut bien que je te dise « Merci » et que je te raconte… 

Mais je ne sais pas comment parler, tant l’émotion étreint mes mots, tant le bonheur me chavire. Je peux te raconter l’appartement laissé en vrac où je contemple les traces laissées de ces jours joyeux. Je peux te raconter les assiettes dans l’évier qui attendent d’être lavées et qui parlent des repas à se regarder dans les yeux. Je contemple les verres où nous avons partagé du vin, un peu, un tout petit peu parce que, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas eu besoin de me griser pour m’abandonner… 

C’était vendredi soir. Il fallait bien qu’avant la nuit de Noël, nous nous apprenions. Ce doudou qui s’est glissé dans ta hotte, avec un larme au coin des yeux vite essuyée, et bien… et bien… non… vraiment, je n’ai pas de mots. Je l’ai rencontré pour la première fois ce jour là, et tout simplement, nous nous sommes embrassés, tout simplement nous nous sommes pris la main, et nous avons souri. D’habitude, je noie mon interlocuteur sous un flot de paroles, tant j’ai peur, tant le silence m’angoisse. Ce vendredi là, je n’ai rien ressenti de tel. Dans ma petite tête, dans mon cœur si tendre qu’il se cache, tout était « juste ». 

J’ai contemplé cet homme, j’ai écouté cet homme. J’ai bu son regard vert, embrassé ses dires, aimé ses mains sur ma peau, respiré son odeur, reposé mes tumultes à la belle candeur qu’il dégage. Cette candeur me bouleverse parce qu’elle n’est pas naïve, mais qu’elle est le choix d’un être sensible, poète, qui préfère regarder le monde dans sa beauté, que pleurer de son ignominie. 

Je suis tellement bouleversée que, alors que je t’écris cette lettre Père Noël, des larmes, doucement, sillonnent mes joues, mais elles ne témoignent pas d’un chagrin. Ces larmes sont empreintes de douceur, de tendresse, d’une gratitude infinie. Ce soir là, je l’ai pris par la main, et nous avons dérivé vers mon lit en riant. Ce soir là, je n’ai pas eu besoin de m’alcooliser pour ouvrir mon corps. J’ai reçu ses caresses et le plaisir m’a envahie comme une immense vague qui a tout balayé, les doutes, les souvenirs, les douleurs. C’était la première fois, la première qu’un homme trouvait seul, sans moi, le chemin de ma jouissance. C’était la première fois, que la première fois justement… 

Voilà, durant trois jours nous avons navigué, du langage des mots au langage des corps. Nous avons confronté nos jardins du monde et j’ai eu 15 ans, à nouveau. J’aime l’homme, pas le sentiment qu’il m’inspire, mais, vois-tu Père Noël, je n’ai pas réussi à lui dire, même si, je pense, il l’a compris. Crois-tu cela Père Noël : tomber follement en amour en si peu de temps ? d’un presque inconnu ? 

Parce que, et c’est miracle, cet homme là, il est aussi le « coucou » du Petit Jésus. Il est croyant, de cette foi là qui ne parle que de bonheur, détachée de toutes les religions et de tous les dogmes. Il loue Dieu dans la joie et dans la fête. Il raconte un Dieu d’une immense compréhension, d’une absolue bienveillance. Son Dieu n’a rien avoir avec le Dieu vengeur des hommes. 

J’attendais une belle rencontre, elle a été magnifique. J’ai eu le cadeau du temps suspendu, trois jours comme une éternité aimante, des heures amantes, des soupirs amoureux. 

Finalement, quelle importance que cette histoire dure un mois, un an ou tout le reste de ma vie, c’est l’une de mes plus belles histoires  et j’ai des sanglots qui me nouent la gorge, qui illuminent mes rêves. Dehors, la vie reprend son cours. L’auto école a sorti les motos pour ses apprentis. La pizzeria à ouvert à midi. Mais moi, je ne suis plus pareille. Je vole. 

PS : Père Noël, pour le jour de l'an, tu ne veux pas trouver un autre cerisier en fleurs pour que ma môman elle s'abrite à son ombre et sa fraicheur ?


Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Délires et souvenirs

Il n’y a pas si longtemps, quelques semaines ou mois, je ne me souviens plus vraiment… J’étais dans mon bain, moussant le bain, relaxant. Je dérivais tranquillement de rêve en projet, me laissant envahir par la douce chaleur de l’eau, quand j’entends tout d’un coup une voix qui m’interpelle.

-« Et toi là-haut, tu m’ouis ? »-

J’ai levé la tête, interloquée, surprise, me demandant Grand-Dieu d’où venait ce drôle d’appel. Et surtout l’utilisation de ce mot « ouïr ». Franchement !

-« c’est moi, ton corps ! Oh ! tu me réponds ? »-

-« Ben ! euh ! oui, tu m’étonnes toi, c’est bien la première fois que tu me parles »-

-« C’est la première fois ? c’est la première fois ? ça fait des années que j’essaie de rentrer en contact avec toi, tu faisais la sourde oreille… J’ai eu beau cogner, trépigner, pleurnicher, hurler, brailler, vociférer, gueuler, mugir… Aucune réponse. De toutes façons, t’es qu’une cervelle toi ! Gnarf ! »-

-« Tu te calmes, le tas de viande, si tu veux qu’on entame un dialogue, tu me parles un peu mieux. La cervelle, tu es bien content de la trouver pour faire marcher l’usine chimique qui te fait vivre Bon, tu veux quoi ?»-

-« Tout simplement te parler de moi, enfin de toi. Il faut que je te dise un certain nombre de choses, que je t’ouvre les yeux. »-

-« Oui, mais encore »-

-« Je vais commencer par t’engueuler, tu as vu comment tu m’as maltraité, ignoré pendant plusieurs décennies. Tu n’as pas honte ? »-

-« Ben non ! »-

-« Ben si ! »-

-« Je te lave tous les jours, je brosse tes dents, je vais chez le gentil docteur, je vais chez le vilain gynéco, je te nourris, je t’épile, tu veux quoi en plus ? »-

-« Je veux que tu m’aimes »-

-« ça y est, les grands mots !!! Je t’aime va, ne t’inquiète pas. »-

-« Ah non ! tu ne m’aimes pas, tu m’entretiens et ça n’a rien à voir. Tu as vu tout ce que tu m’a fait subir depuis trente ans ? Faut être fou pour supporter ça ou alors terriblement courageux ! »-

-« Ah oui ? Et bien raconte… »-

-« ça a commencé quand tu t’es mise en tête de faire du sport. Le sport, c’est bien, mais lanceuse de poids, franchement, tu ne pouvais trouver un peu plus féminin. Total, à force de soulever de la fonte, tu as pris 20 kg de muscles et les gens m’appelait « monsieur » dans la rue. Tu crois que j’étais heureux ? »-

-« D’accord, mais je me suis vite reprise, j’ai arrêté de lancer et puis je t’ai mis au régime. »-

-« Tu parles d’un régime, tu m’as affamé, oui ! les muscles ils sont partis, certes, mais mon équilibre avec. Mais c’est pas tout. Tu te souviens comment tu m’habillais : des pantalons comme des sacs et des pulls comme des robes, j’avais l’air de quoi moi, j’avais pas d’air du tout ! »-

-« T’exagères, le sport ça t’a fait du bien, tu ne regrettes pas aujourd’hui, tu as encore des muscles il me semble »-

-« Admettons, mais après, après, ça a été de pire en pire… Tu m’a laissé grossir et puis tu m’as laissé maigrir, jamais je n’avais de repos. Entre les périodes où tu bâfrais et les périodes ou tu pinaillais, pendant toutes ces années, au bas mot, j’ai du varier d’une tonne en masse cumulée, au moins, et j’exagère à peine ! T’as de la chance que je ne sois pas couvert de vergetures où que ma peau ne plisse pas dans tous les coins ! »-

-« J’admets que j’ai mis beaucoup de temps à te stabiliser, à apprendre à manger, à te nourrir correctement. Je ne voudrais pas me trouver d’excuses, mais reconnais que nous avons été élevés à la viande en sauce et à la patate sous toute ses formes. Pas facile d’apprendre la diététique dans ces conditions. »-

-« C’est du passé, tout ça, mais ce n’est quand même pas ce que je te reproche le plus. Non, ce qui m’a le plus blessé, c’est comment tu m’as vautré dans les bras de certains et comment tu parlais de moi. Ça, je vais avoir du mal à te le pardonner »-

-« Ah ! Je ne savais pas que je te torturais à ce point. Je croyais que tu aimais les câlins »-

-« Les câlins, c’est vrai que j’aime, que j’adooooooooooore même. Mais ce que tu m’as fait vivre autrefois, ce n’étaient pas des câlins, c’était du désespoir, de la peur, de la douleur, de l’angoisse, du dégoût parfois, mais ça n’avait rien à voir avec ce que tu me fais vivre aujourd’hui. Pour moi un câlin, c’est un partage de moi les yeux ouverts, le regard perdu dans l’autre. Je m’aime béant de désir. Je veux transpirer de l’amour. Je me veux offert simplement. Je me veux courbé de plaisir, tremblant, vibrant. Je me veux accueillant, accueilli. Je me veux confiant autant qu’affamé du corps de l’autre. Tu comprends, enfin je sais que tu commences à comprendre »-

-« Oui, je sais que tu as raison. Mais, comment te dire… Tu sais bien, toi, mon corps, que ton histoire est douloureuse, qu’elle est entachée de violences, qu’elle a été pervertie de l’œil sévère du père. Tu sais bien que ta féminité n’a jamais été ni vue ni encouragée. J’ai fait ce que j’ai pu. Mais j’ai accepté d’apprendre, d’écouter, d’entendre qu’il existait un chemin vers la plénitude. J’ai choisi d’affronter mes démons, j’ai choisi d’aimer l’amour, alors… je crois que tu peux me pardonner les heures trop perdues à voguer d’errances en erreurs.

-« Sur ce coup là, tu as raison, mais t’aurais pu te dépêcher quand même ! »-

-« Tu me parlais également de mes mots, que veux tu dire. Tu sais mon goût des mots, alors je ne comprends plus»-

-« Les mots… C’est sans doute ce qui fut le pire pour moi. Te souviens tu de la façon dont du parlais de moi. T’en souviens tu seulement ? »-

-« Ben… Euh… nan… je ne trouve pas, j’essaie, mais je ne trouve pas… »-

-« Alors je vais te rafraîchir la mémoire, même que, s’il le faut, je laisserai la parole à mes morceaux… »-

-« Comme tu le sens mon grand »-

-« Je vais commencer soft, mais, tu vas voir, mes morceaux et moi, nous n’allons pas te rater… Ma grande ! Je vais passer la parole à tes pieds. Oh ! les pieds, exprimez vous, elle nous écoute, la tour de contrôle »-

-« Coucou, je suis tes pieds. Bon alors, je suis des pieds de qualité, je te porte, je suis plutôt joli, tout petit, mignon, je ne te fais pas souffrir, je n’ai ni oignon ni œil de perdrix. Alors, s’il te plait, arrête de m’appeler « panard » tudieu ! Désormais, tu m’appelleras « pieds, petons », ou tout autre joli mot à ta convenance, mais panard, non, vraiment, ça rime avec mitard, et j’aime pas »-

-« Bon, d’accord, puisque je suis toute oreille, vous pouvez continuer les morceaux. Au point où j’en suis, je suis prête à tout entendre »-

-« C’est mon tour, je suis tes fesses. Tu sais, tes fesses sur lesquelles tu t’assoies tous les jours… Moi, le mot qui ne me plait pas c’est « derrière », je ne veux plus que tu m’affubles de ce terme qui ne représente rien. Je mérite un peu plus que ça, je te signale. Et puisque chacun en est à faire son panégyrique, je vais te faire l’article. C’est vrai que j’ai un peu vieilli, que j’ai toujours eu tendance à faire la goutte d’huile. Mais la petite ride charmante sous ma partie gauche, hein, cette petite ride charmante, elle ne te fait pas craquer ? Et puis les fossettes à mon début, juste au creux des reins, ces fossettes qui aiment les chatouillis, elles sont pas mignonnes ? De plus, j’ai bien d’autres qualités. Je suis sensible aux caresses, je n’ai pas trop de cellulite, alors, respect ! S’il vous plait madame !!! Nan mèèèèèè !!! Surtout, tu continues à m’habiller de neuf, parce que tes vieux slips en coton à peine bons à faire les poussières, je n’en veux plus. Tu as commencé à m’offrir des dessous chatoyants, en dentelle, alors tu continues ! Tu me la joues sexy et érotique désormais. Tu n’as plus le choix, sinon je me révolte et je dégouline grave. Compris ?»-

-« Oulala, savais pas que j’avais des fesses susceptibles, je crois que je n’en ai pas fini avec les reproches. Qui se sent de prendre la parole maintenant ? »-

-« A moi ! A moi ! »-

-« T’es qui ? toi ? »-

-« Le ventre. Je suis le vennnnnnnnnntre !!! Tu m’entends pas gargouiller ? T’es sourde ou quoi ? »-

-« Si, maintenant que tu le dis… »-

-« Les mots qui m’énervent moi, ce sont les mots « tripes » et « bide ». C’est carrément dévalorisant. Je ne suis ni fabriqué par un charcutier, ni un ratage. Alors tu trouves aut’chose. Tain’, je te propose « tit bidon » C’est mignon « tit bidon ». Et puis surtout, tu me gardes bien plat. Eventuellement tu te remets aux abdos afin de me refaire une ceinture. Tu n’as pas oublié comment on fait, après toutes tes années de sport ? »-

-« Z’êtes gentils, les enfants, mais votre manifestation, elle commence à m’agacer… »-

-« T'as pas tout entendu encore, Péné, parce que ça se bouscule au crachoir ! Il y a les seins qui demandent la parole… et après, je te réserve un invité de marque»-

-« Les seins ? je t’écoute les seins »-

-« Tu m’appelles les seins. C’est me faire trop d’honneur. Parce que j’aimerai que tu te souviennes des noms gracieux dont tu m’affublais, du genre « nibards, nichons », et j’en passe. Mais tu sais ce qui m’a le plus vexé ? »-

-« Ben non »-

-« Tu te souviens pas ? Et ben, t’as la mémoire courte ! Ouai ! Je sais que tu disais ça en rigolant. Mais ce que ça me blessait ! Alors là, t’imagines même pas. C’est quand tu m’appelais à droite, le parano, et à gauche, le schizo. Tu disais que le parano regardait en chien de faïence le schizo quand il se laissait caresser, et que le schizo il se prenait pour l’autre. C’est carrément te foutre de moi. Je suis gentil, sensible, petit certes, mais je ne m’étale pas encore comme un gant de toilette. Alors tu devrais plutôt me dorloter. D’ailleurs, au passage, j’apprécie que tu m’habilles de neuf et assorti aux fesses. Continues tu es en bonne voie. J’ai décidé que, désormais, tu m’appellerais « le précieux et le délicieux ». T’as pas le choix, sinon je me ride, je me ratatine, je m’étiole, je disparaît. Ok ? »-

-« Tain’, mais c’est du chantage ça ! Oh ! Les morceaux ! ça va oui ? A quand l’Internationale en chœur ? C’est la luuuuuuuuuuttteuuuuuu fiiiiiiiinaaaaaaaaaleuuuuuu ! »-

-« Et pis, t’es pas au bout de tes peines, parce que là, je donne la parole au plus virulent. Après, on se tait, on se réunit, on t’observe et on réfléchit : meeting entre membres du corps de Péné. Selon ta conduite, on collabore ou on rentre en guerre. C’est ta dernière chance »-

-« Coucou, c’est moi »-

-« Tu m’as l’air bien timide, toi, t’es qui ? »-

-« Je suis le clitoris. Tu sais, le tout tit bout de chair planté au beau milieu de ta foufoune »-

-« Qu’est ce que tu fous là. Je te traite bien pourtant. Je t’ai toujours protégé, nettoyé délicatement. Chaque fois qu’un monsieur pensait que tu étais un interrupteur, je lui faisait remarquer que tu es fragile. Des fois je te câlinais juste pour toi tout seul. Alors, c’est quoi ton problème. Moi qui pensais que tu serais mon ami, suis déçue »-

-« C’est comme les autres, je n’aime pas comment tu parles de moi. Mais alors pas du tout. Je suis sûr que tu ne te rends pas compte de l’humiliation que tu m’as fait subir durant des années… »-

-« Alors là, je reste sans voix ! Accouche, que je comprenne, au moins »-

-« Ben… Euh… J’ose à peine… Je rougis, remarque, dans mon cas, c’est assez agréable de rougir, hi ! hi ! hi ! Alors, c’est quand tu m’appelais « la gousse d’ail ». Là, je me recroquevillais sous mon petit chapeau, j’aurais aimer rentrer sous terre. JE SUIS PAS UNE GOUSSE D’AIL. Je suis tout mignon, à fleur de peau, réactif. Et pis aussi, avoue que je te donne bien du plaisir. Alors, une gousse d’ail, c’est pas terrible, ça empeste, ça a une peau toute sèche et ridée, ça vit en troupeau. L’odeur est tenace et le goût fort. Je ne me reconnais pas du tout. Mais « bouton de vanille », alors là, je veux bien»-

.

Et voilà comment j’ai banni tout un tas de mots de mon vocabulaire, que j’ai fait la paix et l’amour avec mon corps.

Mais il y a des jours où j’ose à peine mettre de l’ail dans ma salade.


Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons
Il avait été beau, aux temps bibliques. Beau et orgueilleux de sa beauté. Tant qu’il avait été précipité dans un océan de mal. Et les siècles lui avaient construit une légende, un destin de gardien d’enfer. Sauf qu’il savait, lui, le mensonge de cet endroit de punition. L’enfer n’existe pas, pas plus que les brasiers et les diablotins torturant les âmes perdues. Ce n’est qu’un foulard rouge agité par quelques malades bigots pour effrayer les enfants.

 


Non, il avait été condamné à la carrière d’empêcheur de tourner en rond. Son travail, c’était de titiller la rombière pour qu’elle bourre les gosses de donuts et faire monter le taux de diabète. Il était en charge de tous les petits sadiques avides de cuire des insectes au four micro-onde ou de bousiller le disque dur de l’ordinateur familial. Partout où des actes bêtement cruels ou stupidement idiots étaient perpétrés, il tirait les ficelles. Mais sans envergure, il n’était pas en charge des guerres, ni des attentats. Les hommes se débrouillaient très bien sans lui pour organiser des crimes odieux, à l’échelle de la planète. Finalement, le Diable n’était qu’un rond de cuir au service de la petitesse et de la mesquinerie.


Sa vie avait bien changé depuis sa naissance. Il avait quitté son costume de bouc, posé sa fourche et portait des lentilles qui lui faisaient un superbe regard noir, de ces regards qui vous fouillent et vous donnent le frisson. Il se baladait dans le vaste monde, un passeport toujours en règle, estampillé de visas. Il avait l’allure nonchalante de ces hommes d’affaires toujours entre deux vols, deux rendez-vous ou deux femmes Son multipass en poche, il visitait les villes et les campagnes, à la recherche de quelque mécréant capable d’actes gratuits et destructeurs. Il n’avait d’ailleurs pas trop de mal à dégoter des candidats. Mais il avait parfaitement conscience de l’inutilité de sa tâche. Quelque soit la mauvaise action commise, Dieu pardonnait toujours, et, à l’instant crucial, au moment de la mort, le méchant était sauvé, inévitablement. Le Diable perdait sa motivation au fil des années. Toute l’amitié qu’il éprouvait pour son Dieu n’arrivait plus à alimenter son enthousiasme, il traînait un spleen tenace. Il aurait bien voulu changer de métier.


Et le Diable était malheureux. Il était amoureux. Parfaitement !


Ce jour là, la veille de Noël, il vadrouillait. Il s’ennuyait un peu et parcourait, désœuvré,  les rues d’une petite ville, à la recherche d’un quidam disposé à massacrer le sapin décoré qui égayait la place de l’Hôtel de Ville. Il n’aurait plus qu’à donner le petit coup de pouce pour le pousser à l’acte. Oui, mais il ne trouvait personne disposé à ratatiner l’Arbre. Il faut bien avouer que la beauté du décor forçait le respect et que même le cœur des mauvais garçons était touché de tant d’harmonie. L’Arbre, en majesté, immense tant que sa cime touchait le ciel, scintillait de mille feux dans la nuit, il éclairait doucement le visage ravi des touts petits. Le Diable s’acharnait à bousculer les candidats vandales, en vain. Et il la vit.

C’est une petite donzelle qui semble sortir d’un paquet cadeau, toute de rouge vêtue, une diablesse menue, fine liane, ondulante qui court autour du Sapin. Elle est bien joyeuse la bougresse ! Dans la nuit froide, elle dégage d’ardentes effluves, des fragrances de lilas et de mimosa. Elle bourdonne en papillonnant d’homme en homme, se frottant à l’un, jouant du cil avec un autre. Le Diable l’approche, la renifle, piste son sillage parfumé de fleurs. Mais la demoiselle snobe le barbon. Alors ce diable de Diable sent une ardeur nouvelle envahir ses veines, la chaleur d’un coup de foudre, d’un amour qui l’embrase. Il use de sa magie. Il fait germer des arcs en ciels dans la nuit de Noël. Il essaime des étoiles sous les pas de la belle. Il parsème mille surprises sur le chemin de la fille, des bijoux et des chocolats. Il souffle des alizés pour qu’une chaleur douce au milieu de l’hiver enveloppe le corps gracile de son aimée. La petite finit par s’apercevoir du manège. Elle se campe face à lui et balance ces quelques mots : « Arrête ! ça chatouille. Et puis, j’aime pas les vieux mecs ». Elle se retourne avec dédain et va se blottir entre les bras de son namoureux.

Voilà, le Diable est malheureux, il est amoureux. Parfaitement ! Et Dieu est bien ennuyé. Il songe désormais à le reclasser ou à le réhabiliter.


Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons
C’était hier ou il y a quelques jours…la tristesse d’un bilan… J’ai des points de nostalgie, empêtrés de regrets, ce sont ces trois petits points qui courent derrière mes mots. A force de naviguer de blog en blog, j’aperçois ça et là quelques îlots, des retours sur soi ou sur ses rêves qui, du coup me donnent envie d’aménager mon île. Qu’ai-je fait de mes vingt ans ? Que sont devenus mes espoirs ? Autant de question qu’il me faut, à l’approche de la cinquantaine, expurger des regrets, vider des larmes.

 

L’hiver est souvent la saison qui me raconte la fuite des jours, les semaines éteintes, les années dépassées. J’aime cette période de silences feutrés, des regards plongés dans une histoire qui se dilue, vite, si vite. Il ne me reste, de trente années d’indépendance, que le goût parfois doux des belles amours, et celui, plus amer, des petites misères de l’échec. Je dis « petites misères » parce que, finalement, je regarde ma vie comme un kaléidoscope d’anecdotes plus ou moins brillantes.

Il me reste des images, de ces images là qui chavirent mon cœur quand je prends le temps de les regarder. Alors, bien sûr, au milieu de toutes ces photos étalées, il en est qui sont noires, des morceaux de cauchemars, les lamentables débris de rencontres ou d’actes malfaisants. Qu’ils aient été volontaires ou maladroits, importe peu aujourd’hui, ce qui compte à mes yeux, c’est ce que j’en ai fait, pour moi, comment ils m’ont armée, comment je les ai digérés, comme je les ai dépassés, car on n’oublie pas.

Je n’ai rien fait des grands rêves de mes vingt ans, ou presque. Je voulais voyager, je n’ai rien vu du monde. Je voulais un gentil mari et des enfants. Les enfants il n’y en eut point et le gentil mari, je l’ai quitté. Je voulais une toute petite maison nichée dessous un arbre, un grand, un cèdre. Les maisons que j’ai eues se sont vendues lors du divorce, me laissant quelques meubles en souvenir, ne me laissant pas un sou pour repartir.

Malgré tout, il me semble avoir réalisé tant de choses qui me faisaient envie et c’est cela que je veux garder de mes vingt ans : passer et obtenir le permis moto, j’ai attendu 25 ans ; faire quelques études supérieures, ce fût mes 40 ans ; revenir vivre dans cette ville que j’aime tant, c’était il y a 5 ans. Et puis tout le reste, tous les petits bonheurs que je me suis offerts, que je m’offre ou que je vais m’offrir dans les mois, années qui viennent, ils seront le terreau des prochains bilans. Pourquoi faudrait-il que le sentiment de bonheur, car le bonheur est un sentiment, soit lié à la réalisation de mes rêves ? Le vrai bonheur, pour moi, je l’ai découvert bien ailleurs.

...

J’ai appris, dans la douleur, que j’étais quelqu’un de bien. J’ai appris à m’aimer, à prendre soi de moi. J’ai appris à vivre en bonne intelligence avec moi, respectant mes rythmes, mes envies. Je me trouve bien plus jolie qu’à 20 ans, et plus douce aussi. Je suis devenue la femme que j’avais envie d’être. Que demander de plus ma foi ? J’ai appris à regarder mes travers bien en face, à les assumer, à les vivres et à ne plus culpabiliser d’être ce que je suis. Je trouve que la vie est belle et qu’elle a été clémente finalement, puisque, malgré les embûches, elle m’a tendu la main qui me permettait, chaque fois, de me relever.

Je garde aussi, précieusement calés dans un coin de mon âme, les visages dont j’ai le plus envie de me souvenir. Tous ces visages ont en commun d’avoir partagé un moment de ma vie, d’avoir mangé des rires avec moi, d’avoir échangé des regards complices, d’avoir doucement murmuré des mots qui parlent d’amour. Mais tous ces visages là ne sont pas des amants, il en est d’amoureux, il en est d’amicaux. Quelques belles, très belles femmes m’ont faite grandir, qui dans la révélation de soi, qui dans le partage, qui dans l’abandon du jugement. Chacune d’elle m’a donné ce qu’elle avait de plus riche. Je regrette d’ailleurs d’avoir laissé, par bêtise, ignorance, perdre ces belles amitiés. Et je savoure déjà celles que je construis aujourd’hui pour éclairer demain. A moi également, un jour ou l’autre, de passer le flambeau, de tendre une main vers une plus jeune, pour l’aider à grandir.

Je garde encore le visage de certains hommes, et parfois l’odeur et le grain de la peau. Je veux câliner ces visages là, ceux qui m’ont si bien aimée qu’ils m’ont donné le goût de l’amour. Il n’est pas besoin de se croiser plusieurs années dans le même nid pour s’apporter tendresse, sensualité et plaisir. Curieusement, ce sont bien les plus jeunes d’entre eux qui ont su me faire toucher du cœur l’entendue de mon désir, qui ont su débusquer l’amante offerte et qui s’abandonne. J’ignore pourquoi, mais ces jeunes hommes ont été incroyablement attentifs. J’ignore pourquoi, mais je ne sais pas m’ouvrir aux regards et aux mains d’hommes plus âgés que moi.

Certes il me reste à apprendre encore et j’éprouve un véritablement ravissement à cette idée là. Mais par-dessus tout, ce que je veux vivre désormais, c’est aimer, aimer un homme. Mais l’aimer LUI, pas le sentiment ou le désir qu’il m’inspire. La perception de cette nuance, je la dois à une lumineuse jeune femme (elle se reconnaîtra) qui, d’une phrase, d’une seule, m’a enseigné la différence. Etais-je bête de m’être finalement accrochée au sentiment : amoureuse de l’amour. Cette idée là a mis quelques mois à cheminer, mais elle a atteint son but, je le sens. Je veux aimer un homme, comme il est, sans lui faire porter d’insoutenables attentes, sans le mettre en demeure de prendre soin de moi, sans le rendre responsable de mon bonheur.

Et je veux être aimée d’un homme.

L’homme qui m’aimera devra m’aimer forte et indocile, capable de toutes les fragilités mais aussi de toutes les abnégations. Il devra m’aimer en colère ou désespérée, parfois trop centrée sur mes bobos, mais aussi des heures durant capable de l’écouter avec un sourire doux et un tendre regard. Il devra aimer mes éclats, mes fous rires, mes grimaces quand je fais le clown. Il devra aimer mes mots et aimer me lire, ici ou ailleurs, car le partage de mes mots, c’est le partage de moi.


Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Délires et souvenirs
O ! Je voudrais t'imaginer
Ces chants d'amours interdits
Qu'au point du jour annoncé
Je viendrais solfier dans ton nid.

O ! Je voudrais te raconter
Ces appétits frissonnants
Et ces chaleurs mouillées
Dont se repaissent les amants.

Et m'abandonner pervertie
A tes fécondes ardeurs
Comme un esclave asservie

Et chavirer dans ton lit
Enivrée des odeurs
de nos corps assagis.
poemes

Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Poèmes
Toute entière contenue
Dans un silence ému
Je dérive alanguie
Vers cet été meurtri.

Lourds de souvenances
Ces jours là m'ont laissé
Le désir insensé
D'aller boire à ta jouvence.

Que l'échine courbée
Je puisse enfin sacrifier
A des cultes païens.

Et que tête baissée
Je puisse m'abandonner
Un allègre matin.
poemes

Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Poèmes

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