Je suis restée un bon moment à contempler le coffre de Soizic. Il n’y a pas moyen de l’ouvrir en usant de la force. Il faut l’empreinte de l’index droit. J’ai longtemps hésité, puis je me suis couverte, ai récupéré les nombreuses couvertures que j’ai pu glaner ça et là. Le froid intense est dangereux pour le corps. Je me souviens avoir visité les chambres de congélation d’une centrale d’achat, où s’entassaient des saumons en tranches et des framboises. Le personnel, qui bossait à températures polaires, ressemblait à un équipage attifé pour marcher sur la lune. L’idée de geler du dedans m’a un peu rafraichie.

Je suis passée à la cuisine pour emprunter un couteau solide, du genre qui tranche les gigots. Je ne suis pas très fière de ce que j’ai fait, aller scier le doigt du cadavre en espérant que l’empreinte serait suffisamment conservée pour servir de leurre au système électronique du coffre.

Tâche pas vraiment agréable, je ne raconterai pas les détails. N’empêche que mon stratagème a marché. La porte s’est déverrouillée illico. J’ai à peine eu le temps de ramasser le contenu de la boîte, Ananda rejoignait la chambre, la mine de plus en plus grise. J’ai tout planqué dans mon armoire : le doigt et ce que j’ai trouvé. En priant qu’elle se tire rapidement, la belle indienne.

Elle a larmoyé un moment, sur notre sort, sur notre incapacité à affronter notre karma, sur l’inutilité de cette lutte pour la survie de l’espèce. Elle portait l’un de ses jolis saris, changeant à la lumière, et coloré. Dans les tons d’orangé et de pourpre. Mais elle avait l’air d’un cadavre emballé dans du papier cadeau. J’ai ressenti un instant de pitié pour cette fille si mal assortie avec notre univers confiné et guindé. Et puis j’ai du ramener le bout emprunté à sa légitime propriétaire, alors je suis restée distante, pour pouvoir m’éclipser. J’ai glissé le morceau d’index dans la poche du pantalon de Soizic. J’avais l’impression qu’elle me regardait, amusée. Qu’elle se foutait de moi.

C’est durant mon retour au frigo que j’ai entendu le bruissement caractéristique du moustique qui cherche à se gaver. Je me suis demandé comment ces bestioles avaient pu s’infiltrer dans la forteresse. Sans doute des larves qui ont réussi à stagner quelque part jusqu’à éclosion. Je déteste ces insectes là, je suis en première ligne, en général, pour servir de festin.


Plus tard, je me suis réfugiée à la bibliothèque. Je n’ai toujours pas revu Carl et je n’ose pas aller à sa recherche. Je voulais lui parler, juste comme ça, pour me noyer dans son regard bleu, où souvent s’allume une flamme amusée.


En tout cas, j’ai fait une sacrée découverte dans le coffre de Lila-Soizic.


 

bunker


 

A suivre... peut-être


Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 23:06
- Vous fûtes plusieurs... 0 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Le Bunker - Communauté : La gazette des blogs
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