Partager l'article ! 04 janvier 2013: Je ne fermerai plus mon coffre. Si d’aventure il me prend l’envie, ou l’accident, d’aller me geler au frigo ou grill ...
Je ne fermerai plus mon coffre. Si d’aventure il me prend l’envie, ou l’accident, d’aller me geler au frigo ou griller dans l’incinérateur, je n’imagine pas que ces quelques lignes restent à jamais coincées dans une boîte en acier blindé. Cette perspective d’éternité me glace. Ici, dans cette grotte qui nous renvoie à l’aube de l’humanité, j’ai l’impression que témoigner est un acte de résistance. Prendre le risque d’être lue, même si je pique de mes saillies méchantes l’un de mes congénères. Finalement, cela n’a plus d’importance sociale de cacher ses amitiés, ses attirances ou ses répulsions. Nous ne sortirons pas vivant du bunker. Suis-je la seule à m’en apercevoir ? Ils trainent dans les couloirs, sourient, mangent, boivent, lisent, et se retrouvent dans l’intimité des chambres. Cette fausse liesse, cette sempiternelle fête galante obligatoire me déprime.
Ce matin, je suis partie à la chasse aux moustiques. J’ai eu du mal à les localiser. En fait, ils sont là où il y a de l’eau stagnante ou presque : vers la piscine. Je pense qu’ils se reproduisent dans la flaque qui sert de pataugeoire. J’ai cherché de l’insecticide, mais n’en ai pas trouvé. Alors j’ai tenté d’exterminer ces insectes avec du déodorant. Ça Marche. Et en plus, ça sentait bon après ma chasse sauvage. Je me suis sentie épuisée, après cet exploit.
Epuisée et assaillie par un immense chagrin. Je me suis réfugiée à la bibliothèque. L’endroit était vide et les livres avaient l’air de murmurer, sur leurs étagères. J’ai farfouillé plusieurs minutes à la recherche d’un roman qui puisse étancher ma soif de dépaysement, mais je n’ai rien trouvé. Pas le moindre coup de cœur ou coup d’envie.
Je me suis affalée dans l’un des fauteuils confortables qui attendent le lecteur et j’ai senti les larmes déborder. J’ai du pleurer longtemps. A un moment, quelqu’un m’a pris la main. C’était Carl. Je ne l’avais plus revu depuis le soir du réveillon. Il me caressait doucement la peau fine du poignet. J’ai redoublé de sanglots. Je crois que, entre deux hoquets désespérés, j’ai tout sorti. Tout ce qui me préoccupe et me trouble. Je lui ai confié à quel point cet amour d’avant le bunker me manquait : des bras, un souffle, une peau. J’ai avoué ce que j’avais fait pour ouvrir le coffre de Lila-Soizic. J’ai parlé et parlé encore. Il m’a écoutée avec ce demi sourire énigmatique qui fait son charme, avec, dans son regard bleu, comme l’ombre d’une tendresse.
Mais je ne lui ai pas dit ce que j’avais trouvé dans le coffre de Lila-Soizic : une liste de cent noms, certains que je connais et d’autres qui me sont étrangers. J’ai l’intuition qu’il s’agit des patronymes de nous tous, du Bunker Corail. A côté de chaque nom, il y a une date notée. Et pour Lila, il s’agit de la date de sa mort.
J’en ai des frissons d’horreur.
A suivre, peut-être...
Est-ce qu'il y aura une suite? J'ai beaucou aimé cette histoire
Que j'aimerais ! Mais en ce moment mon imagination sombre dans les mesquineries d'un univers de travail qui me vole toute mon énergie.
Dès que je retrouve la forme, promis, je continue cette histoire qui m'amuse également.
Bises. Penny