Ici tout est rite feutré, offrande de regards puisque je n’ai pas les mots. Et une incroyable chaleur se
dégage des gens d’ici...
Ils ont les yeux verts, bleus ou noirs parce que ces terres sont des terres berbères. Mais les migrations
arabes des premiers siècles ont sans doute mélangés les sangs sous l’œil complice et comblé de leur prophète. Terre d’humanité aride, qui n’offre que des points d’eaux où les gens d’ici
viennent, chaque jour remplir leurs outres, elle bouillonne d’une vie riche, pour peu qu’on l’observe attentivement. Les troupeaux paissent à l’envi une herbe rare et recroquevillée. Les ânes
s’éparpillent, les petits sous la mère. Et les chevaux de la fantasia rêvent d’un destin. Ils sont de formidables éleveurs, les gens d’ici.
Les enfants des gens d’ici vous tournent autour et vous tendent un sourire timide parce qu’ils n’osent pas
vous toucher. Les enfants sont une nation tant ils sont. Ils sortent de partout, intrigués d’une autre allure, curieux. Ils s’égaient en nuées, comme des oiseaux libres, vous prennent enfin par
la main pour vous conduire dans l’intime du foyer, la pièce simple meublée de sièges, à ras du sol où ce qu’ils ont à manger sera partagé.
Souvent, ils se chargent, honorés, du rite qui consiste à vous donner cette eau si précieuse, afin que vous
vous laviez les mains. Car le pain se partage en plongeant chacun, tour à tour, dans le même plat. Ne pas manger serait blesser. Le peu qu’ils ont devient l’offrande à l’étranger. Les enfants
d’ici se foutent bien des consoles de jeux et des pompes à 100 euros la paire. Je ne suis même pas sûre qu’ils en connaissent l’existence, les enfants d’ici.
Les hommes d’ici sont incroyablement beaux, auréolés d’une rassurante quiétude. Ils rient de toutes leurs
dents et la malice, innocente la malice, éclaire leurs visages marqués par les vents et les soleils. Ils sont droits et portent des familles multiples et vastes. Les vieux, ici, ne sont jamais
seuls. Ils courent les landes derrières leurs troupeaux ou tuent l’agneau. Ils respirent leurs enfants, leur bien, leur trésor. Les hommes d’ici tiennent presque toujours la main d’un enfant.
Sous leurs costumes, on devine des corps rompus aux travaux difficiles, physiques. Ils ont toujours du temps pour l’étranger, l’invité. Ils abandonnent leurs tâches et se posent à vos côtés,
sans un mot quand les mots ne sont pas les mêmes. Ils sont là, présents, les hommes d’ici, attentifs, ils écoutent, ils regardent. Certains reviennent de quelques mois passés au delà de la mer,
saisonniers ou maçons, ils reviennent au pays avec, en poche, quelques euros de plus. Mais à quel prix ?
Les femmes d’ici babillent. Elles me touchent, curieuses de mon grain de peau. Elles jouent avec mes
colifichets. Et j’ai laissé derrière moi les bijoux de mes poignets. Elles sont coquettes. Du matin au soir elles triment au foyer. Les intérieurs sont d’une incroyable propreté et le pain
toujours frais. Elles veillent sur leur multitude de petits. Elles me parfument quand je passe le seuil de leur maison, c’est la coutume. Beaucoup d’entre elles ont encore un bébé accroché à
leur sein. Si, souvent, les cheveux sont noués et tenus par un foulard, elles ne portent pas le voile, elles ne se cachent pas, elles ne sont pas vraiment en retrait. Les femmes d’ici sont
vivantes jusqu’au tréfonds de leurs entrailles.
Ici, le spectacle c’est la fantasia, donnée avant le coucher du soleil. Les chevaux, arabes, sont
somptueux, vifs, rétifs. Ils dansent. Et l’homme d’ici, sur sa monture, a l’air de toucher au ciel…
Si vous avez le temps d’une chanson… un petit
montage de vidéos prises avec l'appareil photo...
Nous vous avons créés d'un mâle
et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez.
Le
Coran
… merci à Mohamed d’avoir partagé
cette phrase avec moi…
A SUIVRE...