Cher Monsieur Talbi One,
Vous ne me connaissez pas, mais je vous ai croisé… sur le bateau qui me ramenait chez moi. J’ai erré, pieds
nus parce que les bottes de motarde sont pénibles à supporter ; j’ai déambulé de pont en pont à la recherche d’un endroit où me poser. J’ai regardé, malheureuse, ce pays s’éloigner, votre
pays qui a volé un morceau de mon cœur. Et puis, loin, une petite musique a attiré mon oreille, un de ces sons qui avaient enchanté mon périple. Je ne l’ai pas reconnu, mais, fascinée, j’ai
suivi ce chemin.
J’ai toujours aimé la musique orientale, j’ai toujours été séduite par les arpèges des violons, les
pizzicati et les percussions qui se répondent, de la langueur à l’ardeur. J’ai toujours aimé ces rythmes qui content la chaleur des nuits d’Afrique autant que l’ombre des pyramides. J’ai
souvent rêvé au pied de dunes bleuies par un soleil couchant dans un vent de sable, même si, jamais, je n’ai les ai contemplées…
Le son s’est rapproché alors que mon âme caracolait
encore sur ces plateaux enchantés que j’avais rencontrés, ou dans les rues de cette ville qui, malgré sa crasse, me parle de bonheur, Berkane. Un salon enfumé offrait son refuge à nous autres
voyageurs, entre deux mondes, deux civilisations, ce salon où j’ai fait votre rencontre, par grand écran interposé.
Envoûtée soudain, autant par votre voix, vos notes que
votre danse, je me suis posée là, au milieu d’un espace grouillant, à même le sol et j’ai regardé, regardé encore, savouré, dégusté. Je venais de vivre mon dernier coup de foudre, coup de
grisou, coup de passion.
Alors… je me suis noyée, engouffrée dans votre univers, une ambiance festive et lascive à la fois. J’aurais
voulu être une de ces femmes qui ondulent à vos côtés, dont émane une sensualité féline et qui, de leurs rondeurs, font des ondes vagabondes.
Alors je me suis blottie contre votre corps, j’ai souri de vos joies, j’ai mangé votre regard. J’ai
frissonné de Vous.
Que vous dire encore, tendre Amour… Que je ne suis plus jeune, mais que je peux encore aimer avec toute la
fougue d’une adolescente… Que je suis plutôt jolie si je ne suis plus fraîche. Que je ne suis pas stupide et que je m’envole, que j’imagine, que j’invente des mondes, aussi.
Que vous dire encore, tendre Amour… Que je vous écrirai des chansons où vous mettrez vos notes, que je vous
offrirai chaque jour une planète neuve, inattendue, explosant de fleurs et de senteurs, un paradis où je serai votre houri, une gazelle au goût d’amande…
Que vous dire encore, tendre Amour… Que j’aime votre façon de bouger, l’espèce de grâce virile qui suinte à
chacun de vos mouvements d’épaule. Que la lueur primesautière qui brasille dans votre œil noir alimente un frémissement au bas de mes reins. Que la façon dont vous plissez le front évoque
l’enfant, déjà lointain, que vous étiez, boudeur peut-être, têtu sans doute. Que j’imagine vos mains courir à la recherche de mes recoins, courir et débusquer mes pudeurs…
Que vous dire encore, tendre Amour…
Cher Monsieur Talbi One, voulez-vous m’épouser ?
A SUIVRE...
Mercredi 5 septembre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc