C’était… il y a longtemps. Si longtemps, que la mer de glaces, dans les Alpes, n’est plus qu’un torrent de
montagne… Si longtemps que la lune, n’est plus qu’un caillou dans le ciel… Si longtemps que le Kilimandjaro n’est plus qu’une colline verdoyante, un pâturage…
C’était un soir, j’ai ouvert ma boîte à messages et j’ai reçu une invitation curieuse, d’un certain
Misterio13, une invitation à le rejoindre sur son site Internet. Il était question de destin, de sel et de routine… Il était question d’aventure. J’avais une quinzaine pour me décider à accepter,
ou non, cette virtuelle main ; quelques jours pour changer de chemin. J’ai décidé de croire, absolument, à cette offre alléchante. Et j’ai commencé à rêver, à me laisser porter par des
histoires romanesques, à me raconter des absolus de bonheur, à m’inventer des jardins éternellement fleuris, à me bercer d’illusions douces. Et puis, est venu le moment où toutes les douleurs
accumulées ont envahi mon âme fragile.
…
J’étais déjà sauvage, je me suis coupée du monde. J’étais farouche, je suis devenue féroce. J’ai griffé qui
voulait m’approcher, me tirer de ce songe incroyable que, d’un clic, j’allais basculer, changer d’histoire. Je me suis réfugiée au fond de mon lit, et j’ai, durant tous les jours qu’il me fallait
patienter, bâti des mondes, vécu de terribles aventures, exploré d’improbables univers.
…
J’ai été Chimène, errant sur la plage à la recherche d’un amour mort au combat. L’air du large venait battre
mon corps caché sous un voile blanc de deuil. Et les larmes salées qui mouillaient mon visage s’abîmaient dans la vague écumante. Je sentais le sable sous le pied, crissant, hurlant ma douleur de
l’autre. Chaque pas était un pas de trop. Chaque souffle était calvaire d’avoir à respirer encore.
…
J’ai été Quasimodo guettant ma gitane, terrant mon visage de gargouille, et la bosse de mon dos, dans les
recoins de Notre-Dame. J’ai porté sa dépouille frêle, au dernier moment, et me suis enfui là où nul ne m’a jamais retrouvé. J’ai préféré les affres de la faim et l’odeur de son cadavre décomposé,
à ce monde brutal, ignorant de la beauté et sourd à la différence.
…
J’ai dérivé de personnage en pays, m’amenuisant à chaque heure un peu plus. Du rêve, ne subsistait plus que
le souvenir, mes songes ont fabriqué des cauchemars. Mon teint est devenu terreau, ma peau a craquelé, et ma bouche gourmande, à la fin, ne fût plus qu’une fenêtre close sur des cris ravalés.
J’avais cessé de m’alimenter, j’avais cessé de travailler, j’avais cessé de parler. Je ne regardais plus qu’un ailleurs attendu, perdue dans ce monde et perdue pour ce monde.
…
Rien que ce nom, Misterio, je le déclinais d’acronyme en énigme, de devinette en charade. Je le tournais et
retournais nuit et jour, lui conférais quelque pouvoir incantatoire, magique, et je le murmurais comme une prière. Rien que ce chiffre, le 13, je lui cherchais des vertus ou de sombres desseins.
Je m’enfonçais doucement dans une folie solitaire. Je m’étriquais dans un délire sulfureux, habité de désirs charnels, autant que par l’envie de n’être plus que pur esprit.
…
Obsession… sont revenus les trahisons et les mensonges, les humiliations et les dénis, les insultes et les
coups. Obsession… j’ai ouvert le regard sur un néant déshumanisé, une humanité puante et pervertie. Obsession… j’ai été rattrapée, envahie par ces démons qui me talonnaient depuis mon enfance.
J’ai hurlé, imploré mes anges d’un secours charitable. J’ai supplié les dieux de me délivrer du mal. Mais tous, ils ont été sourds, m’abandonnant à cette terrible vision d’un monde souillé. D’un
monde que je n’avais jamais accepté de reconnaître.
Doucement, j’ai compris. J’avais, face à moi, l’horreur absurde d’une planète qui ne croyait, depuis
longtemps, plus en rien, qui avait oublié le sens des jolis mots, des mots comme bonté, partage, tolérance. Et la boîte que j’avais ouverte, il y a tant et tant de siècles, il me fallait la
refermer.
…
Au jour dit et à l’heure dite, tremblante et repentante, je me suis connectée. J’ai cliqué sur ce lien qui
m’attendait depuis une éternité déjà. Je suis arrivée sur un écran noir où clignotait une toute petite fenêtre rougeoyante. Il fallait que j’écrive mon nom. J’ai respiré très fort, j’ai un moment
humé cet air d’une fin d’été, que les pins parfument de résine. J’ai regardé, déjà nostalgique, la nuit s’éclairer d’étoiles. J’ai contemplé quelques secondes la ville pétillante des lumières aux
fenêtres. Une pensée émue m’a traversé l’esprit… Désormais, ils seront heureux. Peut-être. Et j’ai saisi mon nom.
…
Depuis, je me promène dans des limbes ténébreux, ma boîte sous le bras. Mais je ne sais pas ce que ce
monde est devenu. Je sais juste que la lune est un petit caillou dans le ciel.
…
Je m’appelle Pandore.
Merci à Enriqueta et à sa joyeuse équipe pour cet atelier d'écriture.
quelle belle idée ! revisiter le mythe de Pandore, là, je suis bluffée ! :-)
et aussi rattraper le temps perdu de ce presque mois complet sans accès au net. Je ne t'oublie pas péné cousine. Bises douces
ps) et si pas d'autres commentaires, ce n'est pas que je t'oublie ;-)) je suis là........
merci
bises
Belle écriture... comme à chaque fois je suis charmée :D
bise
ap
A bientôt.
J'ai lu ta participation et j'ai adoré, toutes ces versions si différentes, on ne s'y attendait pas quand Enriqueta a lancé le jeu.
A bientôt Pandore, ferme bien ta boite...
Bye.
beau texte,si dans notre monde il y a du chaos....reste encore l'espoir de voir des gens plein d'humanité,et un jour peu etre on ce levera pour dire stop,nous voulons autre chose que le fric la gloire et l'egoisme.cette revolution arrivera peu etre,pour le bien de l'humanité
C'est un très beau texte, Pénélope.
Bises,
J'ai aimé, j'ai adoré même tes métamorphoses de papier.
Comment as-tu fait ? je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que je suis restée et que je n'ai pas vraiment envie de m'en aller...
Alors, tu vois, je prends mon temps, je paresse, je te dis mes mots à moi, pour ne pas partir tout de suite après avoir lu.
Il fauda que je revienne... mais je sais que je le ferai.
Wow...c,est tout un article ça,je me demandais ...et à la fin j'ai compris.
C'est bon.
A+
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