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Il y a des vallées perdues qui sillonnent et creusent un
plateau posé au bord de l’horizon…
Quelques nuages plombent un ciel d’ordinaire bleu d’acier chauffé. La piste, au départ du goudron, est
devinée, dessinée de quelques cailloux, vaguement alignés… l’emprunter, cette piste qui se perd, à peine d’un trait, entre des collines émoussées. Doucement, les murs lépreux du douar se cachent
derrière les reliefs, doucement la civilisation devient un souvenir. Un vent qui ressemble à ceux que j’écoute parfois dans la nuit, chuchote à ras la pierre, effleure les buissons malingres,
malmène les arbres. Un vent chaud, comme le sirocco, soulève des tourbillons de poussières, tornades minuscules qui courent et virevoltent.
Peu à peu, la végétation change de visage, les arbres rabougrissent, ils se tordent, se ratatinent,
s’enroulent autour de la roche rougie. Au détour d’un oued, sans doute asséché depuis bien longtemps, un irréel tableau se découvre, touche après touche, chênes verts et pins d’Alep entrelacés.
Une sensation d’étrangeté s’installe. Ce paysage là est inhabituel, décalé, déconcertant.
Et puis je réalise que ces géants là ne sont plus que des nains, épuisés de pluies trop rares, affamés d’une
terre avare et racornie. C’est une vallée de bonsaïs, de ces créatures adultes mais atrophiées de privations. Aussi loin que le regard porte, à l’infini, s’étale un monde où devraient s’ébattrent
des lutins. Je les vois presque qui escaladent les troncs, qui grattent les écorces. Je marche le nez dans les cimes, la main qui caresse la canopée.
A flanc d’une butte érodée, cachée dans un taillis, fouillis de branches embrassées, feuillages enlacés, la
bouche d’une grotte baille. Ironique, le temps a patiemment sculpté comme une voûte maçonnée à l’entrée de l’énigmatique caverne.
Je me prends à rêver… D’une cité creusée à même les entrailles de la vallée…A peine ai-je pénétré la galerie
principale qu’une porte, descendue de nulle part, coupe ma retraite. Je ne peux plus qu’avancer dans les ténèbres épaisses. Au troisième de mes pas, une lueur douce diffuse une clarté rougeâtre.
Ça sent l’humidité, cette odeur si particulière des maisons restées trop longtemps closes. Je frissonne… Je sais qu’un Prince m’attend, là-bas, tout au fond. Qu’il me réchauffera contre son
corps, parce que le froid peu à peu me glace les os. Sans un mot, il m’entraînera dans un grand lit ouvert, entre la soie des draps. Sans un mot, juste en souriant, légèrement amusé de mon
abandon, de mon silence… J’ai ce rêve là, de m’abandonner, confiante, parce que la lueur espiègle d’un œil noir, un jour peut-être, bâillonnera mes craintes.
Mais il n’y a pas de sultan barbaresque pour me prendre la main. Il n’y a que la carcasse momifiée d’un âne.
Souvenir d’un crime qu’un homme, il y a longtemps, perpétra. Au dessus du corps supplicié de son épouse, pour légitimer l’odeur de cadavre, il poussa ce pauvre animal dans la
fosse.
A SUIVRE...
Dimanche 30 septembre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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