Elle erre, un peu perdue, se frayant un chemin dans la foule dense. Il n’y a que des hommes, de ces hommes là qui rient à pleines dents et qui s’écartent pour la laisser passer. C’est une étrange étrangère, abritée sous une casquette rouge et qui ne quitte pas son appareil photo.
Elle a, dans le regard, une lueur émerveillée, comme un enfant qui déballe son premier noël au pied d’un sapin chatoyant.
 
Attendre…
Les cavaliers sont rassemblés à l’horizon, là-bas, à la limite du campement. Ils sont des centaines et le blanc de leurs costumes renvoie un soleil juste un peu voilé. Dans l’air gorgé de poussière, l’excitation contenue, le frisson de ceux qui attendent palpite, comme un cœur immense qui bat de la même émotion.
Elle respire les odeurs des corps masculins, mélange de sueur et de tabac, d’eaux de toilettes parfois, mais aussi celle si âcre de la poudre.
Quand quelques montures déboulent enfin, elle entend une respiration, comme un soulagement. Les chevaux sont nerveux, rétifs, racés, et la salve qui ponctue la cavalcade claque. Les chevaux dansent, le gris, pommelé, plus encore que les autres. Il se grandit et sa crinière touche le ciel.
 
Rencontrer…
Les femmes babillent sous la tente. Elles sont en retrait, cachées. Elles vivent le moussem entre elles. Cette fête là sépare les deux mondes, camouflant le rire des femmes sous la toile de laine.
L’étrangère s’est faufilé, discrètement, en suivant les youyous jusqu’à l’entrée de leur refuge. Et puis, elle s’est assise et elle a attendu. Peu à peu, les mines hostiles se sont ouvertes et les sourires ont éclairé tous ces beaux visages… de vieilles femmes marquées d’une vie où la tendresse de celles qui ont enfanté adoucit les rides profondes… de jeunes femmes portant au sein un bébé, un autre accroché à leurs robes, surprises qu’une étrangère, sortie de nulle part, penche la tête en les observant… de très jeunes filles, qu’une virginale timidité anime de petits rires qui ressemblent à les gloussements…
 
Rencontrer…
Ces fiers nomades qui se laissent volontiers capturer, donnent des images pour que l’étrangère ramène, dans son bagage, les tumultes du jour. Dans ce pays où l’eau manque, les harnachements sont somptueux, qui éclaboussent de bleus et d’ors.
 
Rêver…
Un vieillard, sous son grand chapeau, traverse l’arène… rêver qu’il est un pèlerin, quelque ermite pétri d’une antique sagesse. Il tient, il s’appuie plutôt, sur un bâton. C’est un bâton magique, capable de transformer une pierre en sabot de vénus, un arbuste rachitique en buisson ardent, une étrangère en Princesse.
Rêver que, parmi ceux qui sont repartis, pour donner du fusil, il en est un qui est son Prince, à la Princesse. Et que cet étalon gris sera un cadeau de noces.
 
Ecouter…
Les femmes entonnent un chant guttural, venu du fond des âges, le chant universel des gardiennes du nid. Elles battent le rythme tandis que l’une d’entre elles donne la mélodie, et les mots. L’étrangère a fermé les yeux pendant que les images s’enregistrent, bercée qu’elle est par la sauvage puissance de ce chant là.
 
Aimer…
Un regard noir.
Une photo.
Un peuple.
Un pays.
 
Et puis attendre encore, que revienne l’été suivant.



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Lundi 1 octobre 2007 1 01 /10 /Oct /2007 21:45
- Vous fûtes plusieurs... 6 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc - Communauté : Maroc
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