Zinna Zinna.
Je suis la mule, et je trottine par des sentiers caillouteux, ceux qui dévalent de la source à la Casbah.
Mes sabots se souviennent de chaque aspérité, connaissent chaque trou, chaque accident de ces chemins de chèvres.
Zinna Zinna.
Je suis la mule et j’ai longtemps trimbalé sur mon dos, des ânées de figues, des ballots de foin, des
humains au soir d’une journée au champ. J’ai la croupe durcie des coups de triques. J’ai les côtes endolories des coups de talon.
Zinna Zinna.
Je suis la mule est j’ai beaucoup travaillé, bête de somme en somme, du petit matin à la tombée du jour, et
chaque jour qu’Allah a voulu.
Zinna Zinna.
Je suis la mule et mon doux regard, un peu myope, qui me donne cet air tranquille a fini par séduire une
Princesse. J’ai aimé la caresse de ses mains féminines sur mon encolure blessée par le licou.
Alors Princesse, tombée en amour, pour la douceur, parfois têtue, de mon allure, pour la tranquillité avec
laquelle je ballade sur les sentiers, m’a sortie de ce destin de labeur.
Zinna Zinna.
Je coule une heureuse république dans un enclos, tout fabriqué pour moi, avec des ânes pour famille. Et
quand je vais par les chemins, j’entends le rire joyeux des enfants qui me bichonnent comme un alezan.
Zinna Zinna.
Je suis la mule, et je trottine par des pentes caillouteuses, celles qui dévalent de la source à la Casbah.
Mes sabots se souviennent de chaque aspérité, connaissent chaque trou, chaque accident de ces chemins de chèvres.
Quand viendra le jour de l’assaut
Prenez-moi et dans le giron de mon aimé posez-moi
Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain
Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré
Dimanche 21 octobre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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