Aussi loin que porte le regard, c’est l’immense qui parle : horizon sans fin de montagnes pelées,
romarins, lauriers roses et d’arbustes entrelacés, des villages qui vivent dans les vallées et un ciel dont l’intense du bleu rajoute à l’immense du lieu. Intense et Immense.
Là, tout en bas, c’est la Casbah, cette Casbah qui chante de l’ocre de sa terre, cette Casbah qui s’endort
au soleil, cachée sous les arbres. Il y a même un mûrier à bombyx, ce fameux vers dont le cocon vaut de l’or. Comment cet arbre d’Asie a-t-il atterri dans l’enceinte fortifiée. Quelque Marco
Polo arabe ou berbère peut-être. Quelque Antinéa à la recherche de la soie magique qui couvre le corps sans rien cacher des formes…
Descendre à Debdou par le chemin des chèvres, ou celui de Zinna la mule… La balade est longue, accidentée,
inattendue. Elle me rappelle mes crapahutes dans le lit de l’Ardèche, du temps de mon enfance, quand je me croyais une belle aventurière. Le sentier serpente à flanc de colline, falaise ou
montagne à vache… enfin à chèvre plutôt, selon les caprices du terrain.
C’est un moment béni où l’imagination s’accroche à une roche, s’alimente d’une source, frétille d’une
cascade, frissonne d’un bosquet. L’eau, ici semble présente partout, tant la végétation foisonne, mais elle se cache. De grotte en grotte elle se fraie une route souterraine et parfois,
généreuse, offre une douche fraîche au promeneur égaré. C’est un coin de paradis, cette chute d’eau cachée sous les lauriers qui flamboient de leurs roses floraisons. L’odeur de l’eau dans un
matin chaud de l’été se mélange à celle du romarin que je cueille et froisse entre mes doigts.
Lauriers roses et romarin, lauriers roses et romarin… Mais bientôt l’olivier s’invite à cette fête
végétale, des oliviers, à faire pâlir d’envie un paysagiste. Des troncs torturés, que marquent les scories du temps. Des oliviers qui s’argentent à la lumière du jour, le tronc gris de l’âge,
la feuille de ce vert caractéristique. Des allées d’oliviers, des champs d’oliviers.
Un rocher, un promontoire d’ailleurs, cadeau de la nature, de ses orages et de
l’érosion. On dirait une tête d’éléphant. Et voilà que court ma fantaisie, si prompte à s’emballer, s’affole à cause d’une ressemblance avec un pachyderme pétrifié…
Qui sait si ce pays n’est pas celui des chèvre-pieds, de ces créatures mi-homme mi-bouc qui ont couru bien
avant le début de l’humanité. Qui sait si ce n’est pas ici que la dernière reine des chèvres a rendu l’âme, en maudissant ces hommes qui la poussaient à se cacher dans les recoins, dessous les
falaises. Parce que l’homme, partout où il passe, partout où il s’installe, il déroule des rubans de goudron, bâti des murs, terrasse les collines, assagit la nature, et, finalement, oublie
qu’il partage la terre avec d’autres créatures.
Dans la douceur de mon sommeil
J’ai été soulevée par la main fraîche de mon aimé
Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain
Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré
Mercredi 24 octobre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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