Dans ce pays, j’ai vu des ânes partout. Je me demande parfois s’il n’y a pas
autant d’ânes que de personnes. Ces bêtes là me renvoient à mon enfance, à mes rêves, à ce grand champ planté de mes arbres, que j’ai possédé un jour, du temps de ma splendeur, et où je voulais
installer une ânesse et son ânon. Les arbres et les ânes se promènent souvent dans ma vie fantasmée. Les arbres donnent de l’ombre à des petits ânes valeureux, amicaux et qui aiment jouer avec
les enfants. Voilà ce que j’aurais du faire et vivre : les arbres et les ânes. Et aussi, planter des tomates, faire mon fromage de chèvre et beurrer les tartines, le matin, de l’homme
aimé.
Dans ce pays, j’ai vu des ânes partout : des gris, des marrons, des clairs,
des foncés, des poilus, des chevelus, des rasés, des imberbes, des jeunes, des vieux, des mamans, des papas et des bébés. J’en ai vu harnachés pour l’effort. J’en ai vu errant seuls autour des
habitations, mais pas souvent. Les ânes ne sont pas laissés libres, ils sont souvent attachés à un pieu, à un angle de mur. J’en ai vu qui regardaient passer les voitures et les camions. J’en ai
vu qui trimbalaient des enfants, pour aller chercher l’eau, là-bas, au puits.
Mais il y en a un que j’ai cherché, j’ai cherché l’âne tout blanc, le pur, le sans tache, celui qui trimbale
les âmes sereines et claires. Et, comme l’homme de ma vie, je ne l’ai pas trouvé… enfin, pas encore. L’âne tout blanc n’est pas venu à ma rencontre, comme l’homme de ma vie… enfin, pas encore.
Mais l’espoir, immense, que je caresse, de trouver le petit âne blanc, c’est comme l’espoir, immense que je caresse, de trouver l’homme de ma vie. Je sais qu’il est là, tout proche.
Du regard j’ai accompagné mon aimé
Jusqu’au rivage, puis la mer l’a caché
Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain
Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré
Vendredi 26 octobre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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