Pompon, c’est l’âme du lieu. C’est un ânon qui vient de s’installer, auprès de la
source, avec sa môman et son grand frère. Pompon, c’est le préféré de Princesse, parce qu’il est tout petit et tout fragile. Mais cet ânon là n’est pas comme les autres, il est un peu magique,
c’est un bout de poésie qui trottine dans un enclos rustique.
Sa courte vie est déjà émaillée de croix et de joies, de larmes et de drames. Il est né sur le plateau, là
haut, et il est le petit dernier d’une fratrie qui comptait trois fils, trois vigoureux gaillards destinés à servir un jour des maîtres exigeants. Mais celui du milieu, le téméraire,
l’aventureux, un jour a traversé la route sans regarder, et le camion n’a pas eu le temps de s’arrêter.
Et puis il y a eu Princesse, qui a recueilli la famille endeuillée de ce stupide
accident.
La mère est épuisée, autant par les mises bâts que par le labeur. Parce que Pompon ne connaît pas tous ses
frères et sœurs, qui ont quitté le plateau, bien avant sa naissance à lui. Et elle n’est plus très jeune, la mère.
L’aîné, le grand, il mange tout, il tète encore et le Pompon il est au régime, à
la portion congrue, à la diète. Le grand le vire à coups de sabot quand il essaie d’aller prendre sa rasade, sa ration de ce lait qu’il aime tant. Et la mère n’a plus l’énergie pour faire régner
une juste discipline.
Alors, Pompon, pour survivre, s’est réfugié dans son monde, dans un univers qui
ne ressemble pas à cette terrible réalité : se battre pour se nourrir. Il s’alimente d’amour, de l’amour de Princesse, il se gave de ses mots doux et des petits cris de plaisir qu’elle
pousse parfois lorsqu’elle l’enlace, par l’encolure. Il s’empiffre des regards tendres qu’elle pose sur lui. Il se goinfre des caresses et les gratouilles entre les deux oreilles. Il a trouvé sa
nourriture, son nectar, son ambroisie. Et du coup, il a décidé d’arrêter de grandir, de rester cet ânon encore couvert du duvet de l’enfance. Il veut juste arrêter le temps, rester toujours dans
ce présent chaleureux et qui déborde d’amour.
Et il a réussit : il ne grandit plus.
Je t’attends, mon aimé, à la frontière
Si tu viens avec moi passer la nuit
Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain
Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré
Samedi 27 octobre 2007
6
27
/10
/Oct
/2007
09:08
1
-
Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
-