Des vallées à perte de vue, de ces vallées à bonsaïs, des vallées perdues où tout
peut arriver. C’est un royaume où les plateaux et le ciel s’épousent, où ils s’entremêlent les jours de brume. L’hiver doit être rude sur ces étendues qui se donnent à tout vent. La bise doit
siffler, la neige s’accumuler et la vie doit mettre en sourdine l’exubérance estivale. L’impression de désert n’est qu’un leurre sournoisement distillé par l’amplitude de l’horizon. Tout est vie
ici : les troupeaux qui ont l’air de naviguer seuls, les campements ou les maisons qui surgissent au coin de la piste.
De loin en loin des douars, très isolés, regroupent leurs petites maisons autour
de points d’eau. Ils se nichent au creux d’un détour, dans un vallon ou sur une pente douce. Ils abritent des familles et la grand-mère, la vieille, l’ancienne, berce les tous petits. Il y a
toujours une main qui traîne pour caresser une chevelure.
Nous sommes une expédition qui vadrouille sur des pistes fréquentées. Nous allons
à la découverte d’objets, de ces merveilles de l’artisanat que l’on peut dénicher au cours d’errances tranquilles. Princesse recherche son patrimoine, celui de l’Oriental qui propose des
vanneries d’alfa, des poteries culinaires et des tissages colorés. Il y a la dinanderie aussi, plus simple que les somptueux plateaux ciselés que l’on trouve à Fès. Ici, la platerie est sobre,
utilitaire. Et pourtant, cette simplicité témoigne de goût autant que d’art de vivre.
Quelques heures passent à cahoter sur les pistes. Plein les yeux ! Paysages
et rondeurs ; pierres alignées et rochers sauvages. Tiens ! un mouton ! Tiens ! un autre mouton ! Tiens ! un troupeau de mouton ! Les espaces plats et
accidentés de caillasse alternent avec les bosquets, les arbres, le fouillis des taillis.
Soudain, sorti de nulle part, un homme nous fait signe de nous arrêter. Il a un
beau sourire, accueillant. Et Princesse nous traduit ses propos. Nous voilà invités à prendre un repas sous sa tente. Je n’avais pas encore perçu que j’avais faim finalement, que l’après-midi
était déjà bien entamée. Nous avons partagé le repas traditionnel : pain, beurre de chèvre et thé à la menthe. Le pain, chez les nomades, est un délice, il est fabriqué selon l’humeur du
jour, il décline toutes les couleurs, et tous les goûts des céréales, allant du blanc crémeux à la couleur du seigle. Et il est toujours d’une fraîcheur, d’un moelleux, à s’en faire péter le
ventre. C’est une friandise, ce pain là.
Et puis, nous sommes arrivés de l’autre côté du plateau, et la descente, pour
rejoindre le fond de la vallée, a été spectaculaire. Ah !!! Se prendre pour Indiana Jones ou Allan Quaterman à la recherche de quelque mystère. La plaine, vue d’en haut ressemble à une
trouée lumineuse, que j’imagine se jeter dans la mer, là-bas, une bonne centaine de kilomètres plus au nord… mais je n’ai absolument pas le sens des distances, ni de l’orientation
d’ailleurs.
Mon aimé s’est emparé de mon cœur
M’aime-t-il ou suis-je envoûtée ?
Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain
Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré
Samedi 27 octobre 2007
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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