Il faut partir : charger la moto, enfiler le cuir, le blouson, le casque, les gants. La chaleur est déjà là, qui fait suer le corps ainsi protégé. Le bateau est à midi. Midi, le milieu du jour, de ce 21 août. Putain de mardi ! Je n’ai pas envie de le prendre, ce bateau. Pas envie de quitter Princesse, les copains, les plateaux, Debdou, le Maroc.
Je fais de l’essence à la station dans l’avenue principale de Berkane. Et bien, j’ai eu plutôt du succès : une femme en moto et seule de surcroît. Allez, je vais être honnête, ça me flatte l’ego ce petit moment de gloire. Ça me console, ça me caresse, cette éphémère notoriété.



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Il a bien fallu prendre la route… le port… le bateau. Et, comme un clin d’œil de ce pays, mon joli coup de foudre, ce moment magique où j’ai pensé : « C’est Lui ». Cette histoire là, je l’ai déjà racontée.


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Six heures de traversée, lorsque le bateau accoste, en Espagne, la nuit est tombée et je ne sais pas l’heure, trop compliqué entre les décalages de trois pays. Ce que je sais, c’est qu’il me faut rouler une petite heure pour me rendre jusqu’à l’hôtel, celui de mes jolis souvenirs andalous. J’emprunte l’autoroute. J’avance, tranquilou.

 

Soudain, une bagnole me dépasse, qui a vaguement l’air d’appartenir à l’autorité locale. Un type me fait signe de m’arrêter. Ben ! euh ! j’ai tellement entendu d’histoires de gens qui s’étaient faits dépouillés par des faux policiers que… je dépasse la voiture et j’accélère. Et là… toutes les sirènes se mettent à gueuler. C’étaient des vrais policiers ! Il ne me reste plus qu’à m’arrêter. Un monsieur en uniforme me fonce dessus, la main sur le flingue et une lampe qui m’éblouit, je la prends en pleine face. Je m’étonne, je reste assez zen finalement, j’ôte mon casque. Et le Garde civil, parce que je viens de faire un délit de fuite à la Guardia Civile, me regarde, constate que je suis une madame, et en reste muet. Il me dit quelque chose. Je réponds en français et je sors mes papiers. Il percute : non seulement je suis une fille, mais en plus je suis française ! Et seule ! Ya pas d’autre motard avec moi ! Tudieu ! Que fout une française perdue sur cette autoroute à cette heure tardive ? Il s’adresse à moi en anglais. Ouf ! Un policier bilingue.

 

Hey ! La gendarmerie française, vous en avez-vous, des gendarmes capables de s’adresser en anglais aux visiteurs étrangers ? Parce que c’est bien pratique finalement.

 

 

Après moultes explications, je finis par lui faire comprendre qu’il m’a fait peur et que je tente de rejoindre mon hôtel parce que je suis bien fatiguée. Il finit par me faire comprendre qu’il vient de me sauver la vie : je n’ai plus de feu se signalisation à l’arrière. Il va falloir que je m’arrête à la prochaine station pour réparer. J’ai quand même pris un sacré savon… Mais m’en suis tirée sans amende, juste réprimandée. Des fois, c’est bien pratique d’être une fille.

 

J’ai été heureuse de revoir José et Maria. Et je crois qu’eux aussi. J’ai passé une excellente nuit. Tous deux il ont eu un geste magnifique pour moi. Le matin, ils m’ont offert un Saint-Patron des voyageurs, en porte clef, pour me protéger durant mon retour.

 

Et le lendemain, j’ai repris l’autoroute vers 10 heures du matin. J’ai roulé, roulé, roulé, pas trouvé d’hôtel, roulé, toujours pas d’hôtel, il est 22 heures, ça fait 12 heures que je roule, pas d’hôtel. Je vais quand même pas rentrer d’un seul jet. Je ne tiendrai pas physiquement.

 

23 heures, La Jonchera, hôtel sur l’autoroute. Je viens de me taper 950 km, j’ai les fesses en steack haché. Hein ! Les mecs, tous ceux qui se vantent d’avoir fait des étapes de 700 km ! 950, la gonzesse !

 

A l’hôtel, je crois que je me suis endormie avant que ma tête touche l’oreiller. Je ne sais pas où j’ai trouvé la force d’ôter mes bottes et ma tenue.

 

Le lendemain, je suis repartie vers 8 heures, reposée. Et la seconde partie du voyage a été une balade sur de jolies nationales. Je suis remontée sans hâte, en prenant mon temps, il me restait environ 500 km à faire, une rigolade par rapport à l’étape de la veille. J’avais les fesses tannées, les mains entraînées et les muscles des épaules blasés.

 

Je me suis juste offert, durant ce trajet là, une dégustation : j’ai mangé un fromage de chèvre tout entier, quand j’ai traversé l’Ardèche.

 


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Où t’en vas-tu ainsi sans moi ?

Je te suivrai partout où tu seras 

Source : Chants de femmes de l’Orient Marocain

Abdelkader Bezzazi et Joëlle Réthoré 

 


Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /Oct /2007 09:47
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc - Communauté : Maroc
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