Je suis furieuse, vraiment furieuse. Durant 592 pages, je danse, je chante, je ris, je souffre, je
finis même sur un bûcher et jamais, jamais je ne la perds, cette virginité que tous se battent.
Car je suis Esméralda, la gitane, désirée de trois hommes qui vont fomenter les pires stratagèmes afin
de me posséder. Je suis belle, de cette beauté sauvage qu’ont les femmes de ma race, brune et rétive, chaude et rebelle. Mais je suis aussi de celles qui ne cèdent que par amour et d’amour, je
n’ai point connu, ou si peu.
Mais moi, avant de mourir, je veux connaître ce moment où je devrais, sans artifices, abandonner mon
corps contre le corps d’un homme. Je veux sentir ses doigts dégrafer mon corsage et suivre la courbe de ma gorge jusqu’à la naissance de mes seins. Je veux fermer les yeux quand il fera glisser,
délicatement, mes jupons tout au long de mes jambes, et qu’il découvrira ce lieu pour lequel d’autres se querellent. Je veux m’ouvrir pour lui et chavirer dans un cri quand il se glissera, aimant
et doux, tout premier amant, dans ma grotte jusque là gardée intacte.
Je suis Esméralda la gitane, mais je ne veux aucun de ces trois zigotos que m’avait réservés Victor. Je ne veux pas de ce Frollo, chien entre les chiens, mauvais et dissimulé sous une bigoterie démoniaque, de ces diacres qui condamnent, par un vil désir, ce que d’autres ont le courage de vivre.
Je ne veux pas de ce Phoebus, pleutre et terne, blondinet sans piquant, si lâche, et qui, finalement, ne mérite pas de cueillir ma fleur d’amour.
Et je ne veux pas de Quasimodo, sans doute le plus tendre des trois, mais qui n’aura pas les mots pour
m’accompagner dans ce grand festin de moi. Car, puisque je suis destinée à mourir jeune, je veux que cette seule expérience soit un grand feu de joie.
Accordez moi, juste une fois, de danser pour un homme qui saura m’emmener vers l’amour. Qu’il soit de
cet alliage dont on fait les héros, si humain mais capable de grandeur. Qu’il sache calmer mon effroi , ce moment où je vais trembler de tous mes os, de cette unique étreinte. Qu’il sache
murmurer mon nom comme un appel pour me conduire à ce plaisir là que j’imagine absolu, mais que j’ignore encore. Qu’il sache sécher mes larmes émues quand je poserai ma tête sur son
épaule.
Je ne veux pas mourir vierge. Je vous en supplie, allez réveiller le grand Hugo, qu’il rajoute deux
pages à cette terrible histoire, deux pages de la lumière d’aimer.
Merci à l'équipe de choc pour avoir proposé cet atelier
d'écriture.