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La mémoire est un leurre qui emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan. Inévitablement réécrite, revisitée, elle embrouille, elle s’embrouille. Elle raconte des souvenirs qui ne sont tangibles que pour le conteur, mais qui se sont désincarnés au fil dans ans. Comme s’il fallait, sans cesse, rééditer sa légende personnelle. Car la mémoire est légende où s’entremêlent l’enfance et les premières amours, où s’enlacent les infinis bonheurs et les tristesses. Il y a toujours une poupée à qui il manque un bras ou dont l’œil pend, lamentablement. Il y a toujours un visage penché et qui regarde, qui fouille, qui cherche. Il y a toujours un chagrin qui traîne, une joie qui déborde, une chanson qui se fredonne. Mais ce que la mémoire fabrique de plus remarquable, c’est un pull tricoté dont les mailles sont les minutes qui comptent, celles qui, d’un coup de foudre, d’un coup de blues, d’un coup de soleil, d’un coup de lune, d’un coup d’un seul, font que le rang se serre ou se détend, s’effiloche, s’effrite. Construction de l’âme, la vie redite bafouille souvent, ramenant, encore et toujours, les mêmes amours, les mêmes larmes, les mêmes erreurs, comme si ce qui compte devait se tatouer sur l’écran de la mémoire. Mémoire qui n’est qu’un leurre et qui emmène le promeneur à la recherche des heures d’antan.
Vos murmures...