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Parfois, la rime m’abandonne, car le sort s’acharne à me plier sous le poids, bien peu lyrique, de malheurs stupides
et ridicules. Ah que n’ai-je la chance insolente de quelque trublion qui, bien que téméraire, évite tous les écueils ! Yep ! Jugez plutôt de cet anniversaire. C’était il y a quelques
années, j’avais convié mes amis à fêter, de concert avec moi, ma trentième année. Je nous voulais un festin digne de Pantagruel, car changer de dizaine est un moment troublant dans une vie, la
page qui jaunit, le cheveu qui blanchit, la ride qui se plisse, la fesse qui s’affaisse…
Je me suis décidé pour une fondue, bourguignonne, celle qui vous laisse en bouche le goût marqué du charolais, à peine saisi, et trempé dans de petites sauces délicates et raffinées. Je fais mes
sauces moi-même, aidé en cela, souvent, par Le Farfelu. Je me laisse aller à toutes mes fantaisies, ou les siennes… Mais là n’est pas mon propos que de m’étaler sur mes recettes.
Yep !
Donc, tout était prêt, ou presque. Ne restait que le copieux morceau de viande à détailler en cubes. Mes convives sont arrivés, joyeux, et alléchés par ma tambouille. Tout en savourant l’apéro,
les mises en bouches, je me suis mis à couper la barbaque. Un instant, un seul, d’inattention... un couteau qui dérape, une entaille béante qui pisse le sang. J’ai crié, je déteste mon sang. Et
j’ai tourné de l’œil. Le temps que je reprenne mes esprits, le toubib était là qui me recousait la blessure. Ah ! j’ai piaillé, en vérité, je vous le dis.
Mes amis avaient débarrassé, jeté la première huile qui commençait à brûler, achevé les préparations du repas, remis à chauffer de l’huile toute propre. Il m’a fallu un peu de temps pour
reprendre mes esprits. Et j’ai eu l’envie soudaine de me rendre là où… enfin, vous savez, là où même le roi est seul. Cet intime local, petit, où je laisse traîner des bouquins, des recueils de
poésies, quelques cahier et mes crayons, est l’un de ceux où l’inspiration me vient. Comme si ce lieu d’aisance me comblait d’une abondance de mots. Yep !
Je me sentais assez faible, et, plutôt que de pisser debout, comme un homme, je me laissais aller à m’asseoir, rêver, retomber en enfance. Car qui n’a pas,
durant son enfance, tiré la chasse d’eau tout en restant sur le trône, histoire d’avoir les fesses arrosées des délicates éclaboussures d’une eau qui jaillit, joyeuse… Sauf que, je ne sais pas
qui avait eu cette idée folle, l’huile bouillante avait été jetée dans la cuvette. La tête de mes fesses. Mon hurlement… En quelques minutes j’avais un arrière train qui ressemblait à un champ
dévasté par les taupes, un champ de mines. Bien sûr, les amis étaient là, qui ont appelé une ambulance.
Mais c’est sur le brancard que l’aventure s’est
terminée en apothéose, si je puis dire. J’ai eu la mauvaise idée de raconter mon histoire aux brancardiers, qui, saisis d’un inextinguibles fou rire, me lâchèrent. C’est comme ça que je me suis
cassé le bras… Yep !
Quand je vous dis que le sort s’acharne sur les poètes…
Adessas, Le Rêveur.
Mdr l'histoire des brancardiers.
j'adore le petit texte d'intro de GIBRAN sur ton blog
tilk