Partager l'article ! Histoire de l'indomptable Pépette: La Péronnelle était perplexe. Sa poubelle se révoltait. Elle avait décidé de ne plus descendre au sous s ...
La Péronnelle était perplexe. Sa poubelle se révoltait. Elle avait décidé de ne plus descendre au sous sol.
Désormais, elle stockerait les ordures, elle les ruminerait jusqu’à l’indigestion, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus une trace. Il faut dire que c’était devenu douloureux pour elle, de se taper
les étages, de traverser un perron ragoûtant et sale pour rejoindre un local humide et puant. Chaque fois que la Péronnelle l’appelait pour aller se vider, elle faisait la sourde oreille et
s’obligeait à peser une tonne ou à se coller au plancher.
Ce n’était pas une poubelle ordinaire. Lorsque la Péronnelle l’avait extirpée d’un ahurissant bric-à-brac, au fond d’une boutique noire et sombre, une
brocante malpropre, elle avait eu un mouvement de recul. L’ustensile était en forme de perruche, et c’était la touffe de plume qui faisant office de système de fonctionnement. On tirait et le bec
s’ouvrait. Littéralement, la poubelle se décrochait la mâchoire. Si on écrasait la patte gauche, l’œil correspondant offrait soudain un orifice pour jeter les mégots. Le brocanteur, lorsqu’elle
se pointa vers lui, la poubelle dans les bras, la regarda avec un drôle d’air et répéta plusieurs fois, comme pour lui seul : « vous êtes sûre ? ». Il ne se priva cependant
pas d’en demander un prix prohibitif. La fille hésita. C’est que le percepteur venait d’effectuer une ponction significative dans ses finances. Et son compte en banque était bien maigre. Mais
elle ne résista pas longtemps. Elle voyait déjà la tête de ses copines observer, ahuries, le mystérieux, mais bien utile, accessoire.
La poubelle pris naturellement sa place entre la cuisinière et l’évier. Le temps passa, ce fut une période tranquille. Mais cette paix relative ne
pouvait pas durer. Un matin, quand elle se leva, la Péronnelle trouva la Perruche au milieu du salon, elle avait l’air penchée vers le cactus qui ornait la table basse. La Pépette, c’est comme ça
que la fille appelait sa poubelle, s’était piquée d’un périple exploratoire dans l’appartement. « Purée ! » brama la Péronnelle, « Ma Pépette est un drôle de personnage !
La perle des poubelles ! Elle doit pouvoir aller se vider seule avec un peu d’éducation…». Le « Purée ! », proclamé un peu vivement, fit sursauter la promeneuse, comme si
elle sentait un péril imminent. Dans un hoquet, elle avala le cactus. La Péronnelle en fut contrite. La plante faisait partie de son univers depuis longtemps. La Perruche, elle, se retrouva à
devoir digérer la succulente, qui était, au demeurant, parfaitement indigeste. C’était une langue de belle mère, couverte de piquants capables de percer les flans de n’importe quelle honnête
poubelle, même bien flanquée.
Pépette se trouva mortifiée d’avoir été découverte. Depuis qu’elle était tombée, petite, dans une marmite de poudre de perlimpinpin, elle était dotée
d’un peu d’intelligence, une parcelle. Mais, forte de ses expériences de vies antérieures, elle aurait souhaité pouvoir garder le silence sur sa nature magique. Après tout, elle avait trouvé un
havre bien confortable, des voisins charmants. La cuisinière aimait à mijoter des petits plats, odorants, et n’éclaboussait pas trop. L’évier était extrêmement courtois. De plus, il ne refoulait
pas du goulot. Elle pouvait même se permettre un petit rot de temps à autre, sans se sentir jugée. Elle était personna grata dans cet univers là. Elle se voyait bien en prendre pour perpette,
coincée entre Riton l’évier et Rita la cuisinière.
Et maintenant, la Péronnelle était au parfum, c’était la perte de la paix pour la Pépette. Elle serait sous le joug permanent de la donzelle, obligée de montrer ses talents, acculée à faire le
zouave lors des soirées pyjamas ou pizzas. Il faudrait recommencer à danser d’une patte sur l’autre, à bailler chaque fois qu’une de ces dames lancerait un papier en l’air dans sa direction, à
cligner de l’œil pour s’ouvrir aux mégots. Vie de chiotte ! Elle aurait préféré périr d’ennui, plutôt que de devoir jouer à la poubelle savante.
Commença une longue période d’apprentissage, pénible et fatigante. Le dressage devint permanent, chaque jour il fallait apprendre le chemin pour
descendre au local à ordures, se laisser porter au-dessus des containers, ouvrir grand le bec pour se vider. A ce rythme là, il faudrait perfuser la Perruche pour qu’elle tienne le coup, la gaver
de désodorisant et autres produits destinés à faire la toilette. Il faut dire que la Pépette était coquette, et que la seule récompense qui marchait était de lui offrir une cure de bonnes odeurs.
La Péronnelle tenta même de la pervertir, de la circonvenir, de l’acheter. Elle lui promis un flacon entier d’essence de lavande si elle acceptait de faire fonction de ramasse-miette. Ce fut
l’exigence qui mit le feu aux poudres. C’est que ramasser de toutes petites miettes du bout d’un gros bec relevait de l’exploit. La Pépette se mit en grève, elle refusa de bouger, de se
déplacer.
La Péronnelle harcela sa poubelle, insulta sa Perruche, molesta sa Pépette tant et si bien que l’accessoire en conçut une violente colère, une rancœur
abyssale. Un jour que la fille passait à proximité, en écrasant méchamment une des pattes de l’oiselle, voilà que, à bout de patience, l’engin ouvrit grand le bec, attrapa le mollet de la
Péronnelle et s’arrima solidement à la guibole de sa patronne. La Péronelle hurla, mais la poubelle ne lâchait pas. Lorsque, enfin, elle accepta de se détacher, la jambe était du plus beau bleu
qu’un hématome puisse prendre. Il fallut plusieurs semaines pour que la peau retrouve son aspect velouté…
En apparence, l’incident fut oublié, la Péronnelle laissa vivre sa poubelle dans une relative tranquillité. Mais la Pépette savait qu’elle allait retourner, un jour ou l’autre, dans l’antre du
brocanteur. Elle se jura bien que, plus jamais, elle ne serait tentée par la moindre balade. Elle n’irait plus écouter le chant du cactus au petit matin, même quand le cactus est une langue de
belle-mère bien pendue.
Une prose subtile et des musiques orientales...
On voyage ici vers cet orient de nous même , et j'aime à te suivre dans ce monde particulier...
Et merci de tes passages sur l'ailesurlaplume...
Amitié
Runner
Tu as un 'pète' au casque?
J'aurais pas deviné, pour moi, au contraire tu étais dans ton état le + normal qui soit, juste un peu encore 'allumée' de tes escapades au pays des mots-valises? Non?
Qu'est-ce qui se passe? Tu as VRAIMENT péter un bout de ton casque dans une môvaise chute stéphannoise?
Rassure-moi vite! Je ne voudrais pas m'apercevoir dans quelques jours que tu es véritablement 'fèlée'!!lol!!
Pour moi, ce serait plutôt un signe de bonne santé que de te lire divaguant ainsi!!
A ta santé la belle!
Adelphiquement.
Evelyne.
super cette note (les autres aussi hein, je ne mets pas tjrs de com mais je te lis , j'adore)
bises