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Je hais les feux d’artifices, ils me foutent la trouille… Enfin, je haïssais, parce que maintenant…


Tout a commencé dans ma jeunesse, lorsqu’il fallait se fader les fêtes nationales, ces moments où l’on se doit de commémorer les atroces tueries d’une révolution. Bal des pompiers et retraite aux flambeaux, nuit tombée et feu d’artifice.


D’abord, une fois sur deux, il pleut comme vache qui pisse, et de pétards, il n’y en a que des mouillés. Et puis il y a toujours un ou deux quidams, passablement gris, voire noirs, qui viennent s’avachir là où le périmètre de sécurité débute. Il faut du temps pour les déblayer : la viande saoule de la fête nationale.

Quand enfin la nuit est complète, que tout le monde a regagné l’arrière des barrières, la zone autorisée, voilà que l’artificier lance son spectacle. Le boucan que ça fait ! On se croirait dans un film sur la seconde guerre mondiale. Je sursaute à chaque claquement, je m’affaisse à chaque sifflement. J’ai toujours peur de prendre un éclat, une cendre chaude dans un œil. En plus, il y a tous les gosses dont le jeu préféré consiste à vous balancer ces horreurs que vendent les magasins de farces et attrapes, ces trucs qui ont des noms bizarres, et qui vous explosent dans les jambes, trouant les jupes ou les pantalons, quand ils ne vous brûlent pas. Le bison par exemple, je me suis toujours demandée pourquoi quelqu’un avait choisi une appellation de cette sorte : Tiens ! Prends ce bison entre les jambes ! Elégant non ? Des envies de baffer tout ce qui fait moins de 1,50 m et plus de 1.20 m ! Envie de baffer les parents aussi.

Il parait que Néron disait : « Pour avoir la paix avec le peuple, donnez lui du pain et des jeux… ». Il n’y a décidément rien de nouveau sous le soleil ! Pour avoir été malmenée durant mon enfance, que dis-je malmenée, traumatisée par ces conneries de manifestations, j’en avais conçu une hostilité qui finit par m’envahir, me hanter. Et je me mis dans la tête de traquer le feu d’artifice, de le saboter, de le faire échouer. Ma mission : éradiquer le feu d’artifice de la surface terrestre.

Bon, j’avais l’idée, mais pas la méthode. D’ailleurs, avant de mener un combat planétaire, m’était avis qu’il me fallait débuter petit, discret, ma carrière d’empêcheuse de tirer en l’air.

Je me fixais sur les réjouissances organisées par des gros bourgs. Trop petit, le village, et on aurait repéré que j’étais une étrangère. Trop grosse, la ville, et je ne pouvais pas approcher les installations. Non, j’ai sévi dans la ville de cinq à dix mille habitants.

J’imaginais mille et une façons de saboter ce soi-disant spectacle : couper les mèches de mise à feu, inonder les fusées, créer des courts-circuits en plantant une épingle entre les fils électriques, remplacer la poudre d’allumage par du sucre roux, massacrer les installations à coup de hache. Je leur ai tout fait à ces feux d’artifices. Au point que, régulièrement, les articles de journaux évoquaient mes frasques. Je suis devenue le « Artifice’killer », « le terroriste des pyrotechnies », etc… La police cherchait bien à me découvrir, à m’arrêter, ça oui. Mais comme je me déplaçais, que ni mon comportement, ni le choix de mes lieux d’intervention, ne répondaient à une logique repérable, ils ne m’ont jamais trouvée.
La seule chose qui me gênait un peu, c’est que tout le monde pensait que le saboteur était un homme, encore un résidu de la misogynie. Après tout, les délinquants peuvent être des délinquantes. J’ai failli laisser sciemment des traces féminines, histoire de dévoiler une parcelle de vérité. Mais le bon sens l’emporta, tant que tout le monde imaginait que j’avais une pomme d’Adam, je pouvais continuer tranquillement mon grand’œuvre.

Il y a toujours un grain de sable pour faire dérailler la machine. Le mien fût l’acharnement des spectacles à me détruire. Nous étions, eux et moi, en guerre. Peu à peu, je découvris qu’ils s’organisaient. Il en allait de leur survie. Car mon entreprise de démolition gagnait. Compte tenu de tous les incidents et accidents, parfois graves, que j’avais pu occasionner, les municipalités se faisaient réticentes à l’organisation de ces festifs débordements. Mais quand j’en choppais une, quand je passais à l’action, elles me résistaient les pyrotechnies. Mes ciseaux n’arrivaient plus à couper, l’eau ne mouillait plus, ma hache se déboîtait de son manche, le sucre partait en caramel et les épingles se retournaient contre moi, s’enfonçaient dans mes doigts. On aurait dit qu’un mauvais génie s’acharnait à me faire échouer. J’en conçus une amertume assaisonnée d’aigreur à vous trouer l’estomac… Je devins de plus en plus imprudente, prenant des risques insensés. Je mis au point une contre-offensive satanique. Désormais, les feux d’artifices seraient laids, j’avais mis au point l’enlaidisseur de fusées.

C’est cette année là que tout est parti en quenouille. Je me tenais discrètement dans un coin, afin de pouvoir observer, avec délectation, le visage attristé des badauds lorsqu’ils découvriraient à quel point le feu du jour était moche et terne. Mais je n’ai jamais pu contempler ce moment là. Je me suis enflammée comme une torche, agressée par un soleil, et fus réduite en cendres en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire.

C’est comme ça qu’aujourd’hui, je suis entrain de brailler dans un berceau, je me retrouve pourvue d’un minuscule et ridicule sexe, à peine une virgule. Je suis un p’tit gars ! Punaise ! J’avais pas envie… Je dépends de deux grands couillons qui s’extasient devant mon faciès ridé. Je fais dans ma culotte, je suis obligée d’avaler du lait, je déteste le lait. Il faut que je hurle pour qu’on me change, pour qu’on me nourrisse. Mais le pire, c’est que le monsieur, qu’un jour je vais appeler papa, est le dernier vainqueur de la Biennale Internationale de feux d’artifices, « Les nuits de Feu » qui enfument le ciel une fois par an à Chantilly. En plus, je l’entends me prédire un avenir radieux, puisqu’il a décidé que je serais son successeur. Je suis réincarnée en garçon, et je me souviens de tout.

Je hais les feux d’artifices, ils me foutent la trouille… Et je les hais toujours autant.

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Vous fûtes plusieurs... 3 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs
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