Fès la spirituelle est belle. Moderne, elle grouille, bouge, bourdonne, bougonne parfois. Les garçons et les filles se tiennent la main. Et les terrasses des cafés ne désemplissent pas. La nouvelle ville s’étale, blanche, ouverte ; respire au pied de sa médina, si célèbre.
Les deux étranges étrangères s’en vont, tranquilles, pour visiter, à la nuit tombante, à la nuit tombée, la vieille cité qui escalade les collines, étendue, ruche ramassée, mystérieuse. Tout juste passé la porte du palais impérial, une rue bruyante, décorée de chambranles en bois sculpté aligne ses vitrines, tantôt de luminaires à pampilles, tantôt de fruits secs ou d’épices qui mélangent leurs couleurs, leurs odeurs.


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Les deux étranges étrangères, à la grande porte, celle qui marque l’accès principal à la médina, se plantent un moment, observent la vie foisonnante. Les femmes achètent les fruits, les hommes discutent d’un prix. Il y a des chariots de bananes et d’oranges, de clémentines et d’oignons. Il y a des corbeilles à chaussettes, des portants à foulards, des bazars envahis d’accessoires en plastique. Il y a des boutiques de fringues. Les vêtements pendent sur des mannequins parfois estropiés. Et parfois, la mise en avant se prend des airs de cintres de théâtres où des poupées, pendues, endossent les modèles.

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Les deux étranges étrangères s’enfoncent, curieuses, et suivent la foule, prise dans la houle mouvante d’un flot d’humains. Elles vont au hasard alors que la nuit se fait noire. Peu à peu, de virage en intersection, la marée des autres hommes disparaît. Peu à peu le silence remplace l’agitation, l’ombre avale la lumière. Les murs se rapprochent, obligeant la Blonde et la Brune à se suivre, plutôt qu’à marcher côte à côte.

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Elles sont inconscientes ces deux là. Princesse leur a pourtant fait l’article. Il ne faut pas s’éloigner du brouhaha, il ne faut pas rêvasser, lorsque la nuit la recouvre, dans la médina. Elles ne savent plus trop où elles sont, ni si le monde est loin. Elles promènent en moyen-âge. Les lampadaires pourraient être des loupiottes, et les chats errants jaillissent de toute part.

A un moment, elles croisent une vieille dame, qui leur parle, qui tente de leur dire quelque chose. Et qui règle son pas sur leur pas. Elle répète à plusieurs reprises la même phrase. Un jeune homme, séduisant au demeurant, s’en vient faire l’interprète.
-« Vous êtes suivies par des voleurs… ».
-« Ah ! ».
-« C’est ce qu’elle essaie de vous dire ».
-« Ah ! ».

Et puis le jeune homme se tourne vers la Blonde, la regarde, avec un beau sourire, lui tourne un joli compliment.
-« Vous êtes charmante. Je peux faire une photo avec vous ? ».

Il y a des pays comme ça, où la gentillesse est gratuite, et la spontanéité, un cadeau. Il y a des pays comme ça, où l’on se fait un devoir de protéger l’autre, l’invité. Même quand cet autre est imprudent. Même quand, parce que l’appareil photo, les atours, l’aisance en témoignent, il apparaît bien nanti, et perdu au fil de ruelles défraîchies.

Gentil Mohammed, le beau jeune homme, acceptera d’accompagner les deux demoiselles dans leur virée nocturne. Et la soirée se terminera… à la terrasse d’un café, autour d’un thé à la menthe.

La brune se demande si, dans son pays, une vieille dame et un gentil jeune homme seraient venus à leur rescousse. Sûrement pas.



Mercredi 6 février 2008 3 06 /02 /Fév /2008 22:47
- Vous fûtes plusieurs... 5 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc - Communauté : Maroc
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