Un an que l’étrange étrangère brune n’est pas retournée à Cap de l’Eau, à l’embouchure de la Moulouya. Elle
s’en souvient comme d’un irréel paysage où pourrait se cacher quelque Mélusine orientale. Entre terre et mer, des marais habités d’oiseaux disputent l’espace à l’avancée des hommes, à leur soif
de bâtir. Au loin, on aperçoit Saïdia qui pousse.
La Blonde et la Brune, sont parties matin sur ce chemin des écoliers, parcourant de toutes petites routes
qui coupent les villages, les champs d’orangers, les bosquets d’eucalyptus. Sur le bas côté, des enfants proposent les asperges sauvages qu’ils ont ramassées.
Elles s’arrêtent de temps en temps pour prendre un cliché. Elles se posent un moment sur le pont qui
enjambe le fleuve. Ce fleuve là n’a pas l’impétuosité de nos torrents de montagne quand ils s’assagissent dans la plaine. Il ressemble plutôt à ces rivières tranquilles qui n’ont de fleuve que
le nom, parce qu’elles se jettent directement dans la mer.
Suivre le rivage jusqu’au petit port de pêche… Il est tel que dans le souvenir de la brune, bruyant,
affairé, coloré.
Il y a des moments magiques où tout est serein, où le monde s’organise pour offrir un instant hors du
temps. Les deux étranges étrangères se baladent en devisant, sans vraiment penser, en partageant des impressions, des émotions, l’odeur de l’iode et du poisson. Elles finissent par se poser
dans l’un des nombreux restaurants qui offrent une chaleureuse terrasse. Manger en regardant la mer danser au loin, en écoutant les cris des enfants qui jouent au foot…
Il a beaucoup plu ces quelques jours, et les flaques prolongent les bassins, donnant l’illusion que la mer
a décidé de prendre ses aises, d’aller visiter les jetées. Dans la splendide lumière de l’Oriental, les bâtiments contemplent la blancheur de leurs reflets.
Entre les deux tours qui signalent l’entrée du port, on aperçoit l’Algérie.
C’est un bel endroit, qui respire au rythme des saisons, où le labeur
imprègne l’horizon. Les filets de pêche s’entassent, attendent d’être raccommodés. Les petits bateaux dodelinent, à l’ancre. Et les sillons ensemencés protègent la graine précieuse, déjà
germée.
Il flotte comme une odeur de printemps.
Lundi 25 février 2008
1
25
/02
/Fév
/2008
02:50
3
-
Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
-