C’est une petite route qui court dans la montage. A chaque virage, le paysage change. Des mirages,
l’impression qu’une mer de nuages cache le lac du barrage, alors que le ciel est d’un imperturbable bleu… Ou alors, la plaine, au loin, frissonne sous une pluie que l’altitude nous
épargne.
Les reliefs grignotent le plateau. Là où l’horizon conférait à l’espace l’illusion de l’infini, désormais
les collines découpent une dentelle émoussée. De détour en détour, nous passons la mine abandonnée. On se croirait dans quelque décor de western laissé là, à la merci des vents. Les fantômes
des artificiers chuchotent dans les casemates.
C’est un désert de pierres rouges, ocres, stratifiées par l’érosion. Là où la roche était tendre, le temps
l’a effritée. Il reste de curieuses pyramides, des tranches qu’on croirait taillées de main d’homme. Une herbe rare habille le moindre creux, ponctue d’un vert tendre les flancs offerts au sud,
au soleil.
Un oued, soudain, tranche. Il raconte que le barrage n’est plus très loin. Une impression d’irréalité nous
fait taire. L’idée qu’un pharaon inconnu attend, depuis le début de la civilisation, sous ce promontoire noir qui ressemble à une pyramide, m’effleure furtivement. Un pharaon qui aurait choisi
d’être oublié avec, à ses pieds, une rivière.
Et puis, le lac, immense, d’un bleu de carte postale, blotti dans un cirque. Les rives sont nues. Ça et là
une ferme niche, abritée de la brise parce qu’elle a choisi de grandir à l’ombre de la montagne. La surface de l’eau frissonne. L’odeur de l’eau est la même sous toutes les latitudes. Le lac est
découpé, il semble vouloir envahir le moindre recoin. Une végétation rare, rachitique tente de survivre au bord d’un lac du bout du monde, perdu dans un désert de pierres.
Une jeune fille, accompagnée de ses ânes, puise l’eau au bout d’une langue de terre qui s’avance dans l’eau.
Ses bidons de plastiques colorés peignent un tableau flamboyant. Elle est souriante, comme si ce dur labeur, finalement, lui plaisait.
Le monde, ici, ressemble, sans doute, à ce qu’il était, à l’origine des temps. Enfin, c’est ce que j’ai envie
de croire. Parce qu’il n’existe que depuis le barrage. Et pourtant, je ne peux pas imaginer l’endroit sans lui.
Lundi 25 février 2008
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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