Quelques mots posés sur le fond blanc d’un écran, me voici inscrit dans la chair du virtuel. Il y a bien longtemps déjà que je suis là, à piéger la phrase, à enfler l’émotion, à caresser le rêve. Je suis un miroir, le miroir de quelque histoire qui passe par ici, qui se livre et s’offre et s’ouvre… comme un livre. Je joue de l’image ou de la redite à l’envi, par amour, ou coquetterie. J’ai la métaphore qui s’affole ou l’hyperbole qui enfle, c’est selon…
Je ne sais plus dire que le noir, l’angoisse et la tristesse. C’est mon lot. Et lot je porte comme un cheval las traîne sa charrette, en tirant la patte, le col baissé, l’échine creusée et l’œil absent.
Tout a commencé, il y a une éternité déjà. J’étais alors une jolie page, décorée, piquetée de pâquerettes, pimpante comme une génisse au pré. Je batifolais, naviguant d’univers en destin. J’avais la rime joyeuse, le verbe coquin, le silence éloquent. J’étais heureuse. J’habitais une maison nichée sous un eucalyptus, toute remplie de belles pensées, de songes émerveillés.

Et puis, il a débarqué dans ma vie, mon existence de papier, Lui, le Voleur de cœurs. Je l’ai accueillie, fascinée. Je crois que je lui plaisais. Il a dénudé mes émotions, ces arabesques joyeuses que j’entrelaçais à mes phrases trop longues. Il a picoré mes rimes, les entremêlant, les tressant comme la chevelure de la jeune épousée. Il a retroussé mon jupon, délicat, sans hâte, avec toute la douceur d’un amant. les dessous de mes mots se sont faits chiffons.
J’ai connu l’exaltation du sentiment amoureux, cet état magique qui jette l’imagination dans les bras du rire. J’avais le rose entre les lignes, je suis devenue portée, écrite de musique.  Il me voulait, le Voleur de cœurs, trop. Alors, j’ai commencé à me ternir. Les fleurs de ma bordure se sont fanées. Les noires et les croches ont fini par filer, par déserter la clé de sol. J’ai pris, peu à peu, un ton grisâtre, une transparence terne. Il me voulait tant… un cœur de plus accroché à sa chaîne. C’était un prédateur, mais je l’ignorais. Il me détruisait. Et l’on enferme pas la brise… 

Il a fait de chacun de mes rêves un mauvais mélodrame. Il a transformé mes poésies en sombres prières. Il a semé, sous les pas de mes mythes, des taches d’une encre salie. Mon parchemin, d’une douceur de peau de bébé, se craquelait, de vilaines zébrures déchirait le velouté duveteux. Il abîmait tout, cet Adonis, ce soleil de charbon. Il trahissait mes mots jusqu’à ce qu’ils plient à ses désirs. Il déformait mes émois jusqu’à la grimaçante douleur.
J’ai voulu m’échapper, il m’a maudite. Mon espace s’est ouvert aux démons qui hantent les replis des âmes. Mon œil s’est agrandi des désespoirs, des malheurs, des laideurs de la destinée. Il m’a maudite , il est parti sans un regret, sans un regard. Il m’a légué un étrange pouvoir qui me broie, chaque nuit, dans la nuit de mon lit.
Vous. Oui, vous qui passez par là, sauvez-vous, ne laissez pas de trace, oubliez jusqu’à mon existence.
La malédiction s’étale à tous ceux qui me croisent, à tous ceux qui croisent ma vie. Insidieusement, elle a trouvé place au filon de mes histoires. Le voile d’un théâtre de souffrance se déchire lorsque qu’un lecteur oublie de passer son chemin. Je sens le tragique de sa vie, je découvre les arcanes sordides de ses lendemains perdus. Au fil des commentaires, j’arpente les rues de ses tragédie. J’absorbe, vampire et victime, les blessures qu’il ignore encore, les épouvantables pièges de son avenir. Je croule sous le poids de cette connaissance. Désormais, je ne dis que les maux.
Mais j’ai cessé de vouloir partager ma vision, les mots de ces maux que je hurle se heurtent à l’indifférence souvent, au déni, toujours. Car le Voleur de cœur, tel Apollon maudissant Cassandre, m’a condamnée à n’être jamais crue.
 

Alors, je vous le dis… je vous en supplie, fuyez, et jamais ne revenez. Vous vous êtes déjà trop attardé. Et, pour mon malheur, et le vôtre, vous rigolez.

 

Vous verrez…

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Ma contribution au jeu lancé par les équipières, toujours aussi inventives 

Savourer les 9 épanchements - Une réaction ? - Publié dans : Mignardises et macarons - Communauté : La gazette des blogs
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Commentaires

Moi je prends le risque parce qu'il n'a pas volé l'essentiel la saveur de tes mots.
Et j'ai même voté parce que tu as une sacrée plume et toujours porteuse de sens.
Bise Penny.
Commentaire n°1 posté par polly le 01/03/2008 à 20h21
Waouh ! Chaud dans mon petit coeur. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 01/03/2008 à 20h51
Bravo! C'est si original! Merci pour cette talentueuse version.
Commentaire n°2 posté par enriqueta le 02/03/2008 à 11h30
Bon  tu as attendu  pour poster tes maux dits  mais  cela  valait le  coup, et  nous serons beaucoup de  guerriers des  mots  à  braver la malédiction et t'arracher à la malédiction, signé  bissextile, poupée de chiffon bisexuée....
Commentaire n°3 posté par lomi lomi le 02/03/2008 à 14h05
Je ne suis pas en forme pour trouver un commentaire digne de ce nom alors je je dis juste : "j'ai aimé, comme d'habitude"...
Commentaire n°4 posté par captaine lili le 02/03/2008 à 21h18
Il y a des moments, comme ça... je sais. En ce moment, c'est pas top dans mon monde, non plus. Prends soin de toi Lili. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 02/03/2008 à 21h21
Waaaaa ! Terrifiant...
Je t'envoie une bise et je file, vite... en eséprant qu'il ne soit pas trop tard :-)
Commentaire n°5 posté par Cinderela le 03/03/2008 à 22h18
Ne t'attarde pas surtout... sait-on jamais ! Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 03/03/2008 à 22h46
Je viens un peu tard mais à la limite c'est pas plus mal, car du coup je sais que les personnes qui ont mis des com sont toujours là ;-)) heureusement d'ailleurs.
Belle réussite en tout cas Penny.
Commentaire n°6 posté par Cassandrali le 06/03/2008 à 21h20
Merci. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 06/03/2008 à 22h38

Bonjour ! un ptit coucou !


bonne journée et bon jeudi ! bisous !

Et je vous laisse un autre blog si  ça vous dit ! merci !

http://les-inoubliables.over-blog.net/

Commentaire n°7 posté par Danielle le 27/03/2008 à 16h48
Compter... Merci. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 28/03/2008 à 21h00
Devant une si belle plume, l'ado deséspérée qui est en moi ne peut que s'arrêter... Je découvre ce blog, qui ma foi me plaît beaucoup !
Moi sur le mien je gribouille, mes textes ne sont pas d'un grand art mais ça me fait du bien d'évacuer ce que je ressens à travers mes textes et mes poèmes...
En parcourant la toile je tombe sur des blogs intéressant comme celui-ci, aussi j'avais envie d'y laisser ma trace... Voilà maintenant que c'est fait je vais m'en aller. Mais je reviendrais.
Alors à bientôt... sur votre blog ou sur le mien peut-être.

Bise amicale d'une inconnue, Gaby.
Commentaire n°8 posté par Gaby le 01/04/2008 à 00h50
Et bien je vais venir te rendre visite, si tu me laisses l'adresse de ton blog. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 01/04/2008 à 19h50
Bonjour belle et triste plume . . .
Pourquoi devrai-je te fuir ? ? ?     tu as tant de charme
Même si l'on se perd corps et ame lorsqu'on se donne comme tu le fais, on garde l'immense plaisir d'être resté fidèle a se que l'on est  .
a te lire je t'aime encore plus que le siècle dernier ou nous écrivions  . . .
doux baisers saveur framboisine
Pierre
Commentaire n°9 posté par Pierre le 04/04/2008 à 12h09
Et bien, gentil calligraphe, je ne te vois pas souvent... Pourtant j'aime bien te lire. Gageons que nous nous écrirons de siècle en siècle. Qui sait ?
Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 04/04/2008 à 12h22

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