En janvier, les oranges alourdissent les branches de leurs arbres. Cela embaume dans les rues, presque. Et
quand on monte vers Zegzel, le paysage n'échappe pas à cette débauche d'agrumes. Pour les nèfles, parce qu'il y a un petit coin à nèfles sur la route, ce sera en mars, ou en avril. Mais le coin
des nèfles respire de souvenirs heureux.
Les deux étranges étrangères, cet hiver là, ont pris le temps d'aller se faufiler dans la montagne. La Brune
avait envie de partager avec la Blonde cet espace qu'une Princesse lui avait offert, une année auparavant. Et la route qui monte, chemine dans un foisonnement créatif où l'exubérance végétale
danse avec la grâce du minéral.
Cet endroit là, Zegzel, raconte l'histoire de la création du monde, éclabousse de résurgences qui caracolent
dans un lit où un Titan a du jeter ses cailloux, faire des ricochets.
L'eau se fraie un chemin jusqu'à la mer, roulant ses galets, léchant le pied d'une touffe d'alfa qui viendra,
qui sait, terminer son existence en quelque plat pour rouler la semoule, de ces vanneries simples et jolies que les femmes nouent, jour après jour.
Ce sont les Beni Snassen, ce massif qui respire, qui s'ouvre dans l'Oriental, et qui achève sa course d'une
virgule, en Algérie, enjambant la frontière. Elles s'en foutent, les Beni Snassen des frontières. Elles regardent la mer, qui brasse au loin, qui découpe sa côte entre ports de pêche et plages
ensoleillées. Et, vues de la plaine, la-bas, au loin, elles profilent leur altière silhouette, déchiquetée, tantôt mauve, tantôt rousse.
Jeudi 10 avril 2008
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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