Petit à petit les souvenirs de cette escapade là s'estompent. Ils sont emprunts d'une étrange nostalgie,
comme l'étrangère, tout mousseux des derniers rires partagés, mais noircis d'un silence qui s'installe. Ce fut un bel hiver qui devait inscrire dans la pierre des phrases et des promesses. Il
n'en sera sans doute jamais rien, car la vie rattrape les êtres, elle les tord, elle les sépare avec autant d'inconscience qu'elle les a rapprochés. La vie ? Quoique...
Il en restera des morceaux d'allégresse, des murmures, quelques larmes.
Un petit panier pour récolter les cailloux-bonheurs, le gaver des petits riens qui construisent une histoire.
Dans ce panier, l'étrange étrangère archivera les jours, les photos. Peu à peu, il se remplira de minuscules joies, parce qu'être heureux se cultive comme on cultive un jardin, avec les
attentions quotidiennes.
Un visage épanoui, celui d'une jeune fille quelque part dans une ferme. Celle de la chamelle. Elles n'ont pas
les mêmes mots, l'étrange étrangère et la jeune fille, mais ce n'est pas important.
Le jeu d'un chaton et d'une tortue, presque une fable qui raconte que, même quand tout sépare deux êtres,
même quand le geste d'amitié de l'un est perçu par l'autre comme une agression, on peut toujours s'apprivoiser, trouver le chemin qui relie toute créature à une autre, et, en fin de compte, au
créateur. Il suffit d'essayer.
L'innocence d'un enfant qui reconnaît, dans un tout juste né, le besoin de tendresse. Les enfants et les
jeunes animaux se parlent un langage qu'on oublie, avec l'âge. Et c'est triste.
Et puis, quand l'homme sait ne pas s'enfermer, se crisper sur un orgueil inutile, cet homme là est vivance
d'un monde qui devrait réviser le mot « amour ». Et le fruit des amours cavale, inconscient des douleurs qui l'attendent, messager d'un peu d'espoir.
Décidément : Merci la vie !
Dimanche 13 avril 2008
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Publié dans : Carnet de Voyage - Maroc
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