Etre entre deux voyages, ce n'est pas cesser de voyager. On peut traîner ses regards en voisinage. Et se
sentir étrangère même dans son monde. Elle vient de se noyer dans un sale virus qui l'a tenue, quatre jours durant, au fond du lit, enfiévrée, suante, étonnée d'avoir accueilli un moment malade
alors que, vaniteuse, elle se gargarise de son excellente santé. Comme quoi, la vie rappelle à l'ordre les fanfaronnes.
Parce qu'elle a côtoyé d'autres ciels, le sien, celui dont elle avait l'habitude, lui paraît désormais
inconnu. Est-il possible que l'entendement s'ouvre quand l'œil se pose sur d'autres horizons ?
Dans ses nuits agitées, il y avait des mots qui brassaient, elle a transpiré ses souvenirs, elle a secrété
ses regrets, elle a exsudé ses remords. La voilà chancelante à trier ces photos qu'elle vole quand elle rentre du travail. Elle en aura des voyages à raconter, cette étrange étrangère,
puisqu'au seuil de son quotidien, elle chipe les instantanés qui la font rire ou s'attendrir.
Parce qu'étrangère, toujours, elle s'est ressentie. N'appartenant à nul monde, désirant rencontrer le
monde. Elle aurait aimé une de ces vies d'aventurière, partir sur les routes avec quelques crayons et du papier. Mais le talent du croqueur de saynètes n'était pas là, pas plus que le courage
d'accepter l'insécurité. Alors, sa vie d'aventurière, elle se la construit dans son imagination, sur des pages blanches et derrière son écran.
Raconter sa ville, en touriste, en acceptant d'être étonnée... Pourquoi pas ? Ou encore raconter tous
ces lieux que l'on croise, au hasard du boulot, au choix d'un week-end.
A partir d'un sourire posé sur le goudron ou contre un mur, on peut inventer des histoires surprenantes.
Qui connaît celle du « pocheur mystérieux » ?
bise
On voyage avant tout avec le coeur et le regard... on peut ainsi aller très loin... c'est le trésor des poètes, aventuriers du coeur... moi je crois que tu en es une...