C’est ma dernière soirée sous un ciel ouvert. Il y a des étoiles qui scintillent dans le froid de l’hiver. Après le dîner, calme et alourdi, je suis sortie respirer l’air givré. Demain, je rejoins le Bunker. Je suis une Pénélope de Quelque Chose. Et dans mon monde, on s’est organisé face à cette fin de l’histoire, qui nous attend, dans deux jours, peut-être. Je n’ai pas eu le choix.

Si je l’avais eu, j’aurais, jusqu’au bout, attendu. Qu’il ne se passe rien, j’en jurerais. Je n’ai pas été dressée à la révolte, je vais m’exécuter. Je quitterai mon amour qui, lui, parce qu’il est d’extraction modeste, affrontera les séismes et les volcans. Peut-être. Je quitterai mes aquarelles et mes photos, mes rêves.

Depuis deux ans, les Miens, ceux là qui pillent la richesse commune, s’organisent afin que leur progéniture échappe à la punition divine. Afin qu’ils survivent, même terrés comme des rats au fond d’un trou. Ils en ont les moyens. Les chiens !

Quelque part dans le Haut Atlas, ils ont parsemé des cubes, d’un béton si bien armé, qu’il résisterait même à la dislocation de la planète. Je vois ça d’avance, tous ces parpaings navigant jusqu’à l’éternité, dans l’espace, de galaxie en galaxie…

Et ils nous ont répartis, nous, les enfants. Par groupe de 100, moite-moite, filles et garçons, fratries disloquées. Ils nous ont fait stériliser, du moins de façon réversible. Histoire que nous ne nous reproduisions pas. Des fois qu’en sortant, nous nous soyons multipliés, comme les pains de la légende. Je me sens comme ces vierges polychromes des églises : abîmée mais pouvant être restaurée.

Je ne sais même pas à quoi ressemble ma future résidence. Ce que je sais, c’est que je n’en sortirai pas de sitôt. J’ai préparé ma valise. Quelques frusques légères. Et deux trois objets auxquels je tiens particulièrement… la rose, séchée, que m’a offerte mon amour, afin que je me souvienne d’une jolie première fois. Il y a le coffre aussi. De ce que j’en sais, chacun de nous a le droit d’emmener un coffre, dont l’ouverture est liée à l’empreinte digitale. Notre seule part d’intimité, si j’ai bien compris.

Moi, je l’ai rempli le plus possible de papier blanc, et de stylos, d’encre. Je n’ai pas pu ajouter mes pinceaux et mes godets. De toutes les façons, barbouiller les tronches consanguines de mes compagnons captifs, ne me fait pas vibrer. Je n’aimais que saisir le vent dans les arbres, la rosée sur les fleurs, les matins lumineux et les crépuscules violines.


J’aurais pu dire non, me casser, décider d’aller mourir face à la mer. Mais je n’ai pas su.


bunker

 


A suivre… peut-être

Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 21:52
- Vous fûtes plusieurs... 1 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Le Bunker - Communauté : La gazette des blogs
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Commentaires

Une suite, une suite
Commentaire n°1 posté par Othman le 27/02/2010 à 13h43
Elle arrive.
Bises. Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 27/02/2010 à 20h01

It's me

Déposé...

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