Empty et Homlette regardent, écoutent, fascinés, les cérémonies de commémoration du 8 mai 1944. Nictoplasme Razratis, égal à lui-même, pérore devant les caméras. Président dring-dring avant de devenir un Président pouf-pouf, s'il a changé son style, il n'en demeure pas moins ce type de tribun qui parle aux tripes du peuple, mais qui se fout bien de leur âme, de leurs rêves et de leur quotidien.

Les Ducond, eux, sont pétris d'admiration. C'est qu'il est beau, Nicto, avec ses abdos pas ramollos, avec son sourire à confire le zéphyr, avec son regard de renard. Il parle juste. Il rappelle la grandeur du pays, le souvenir de ces gosses tombés sur les plages normandes. Il tirerait des larmes à un caillou ! Il vibre, sa voix enfle, se fait ample, il remue jusqu'à l'intime d'Homlette, certes délaissée par son époux, et à qui il ne reste que l'imagination. Elle pousse un gros soupir, elle ne se console pas que Nicto ait convolé avec la charmante Parla Crudi, qui est l'actrice préférée d'Alcrède Hipop, le cinéaste du gore.

Pan-Servela baisse les yeux. Il pense à son copain Mousse, enfermé dans un centre de rétention, quelque part près d'un aéroport. Mousse, c'est un gentil monsieur, arrivé, certes, clandestinement, mais qui n'a jamais rien demandé, pas même l'aide au logis, pas même la couverture musclée unipersonnelle. Mousse, il a pris le risque de débarquer, en douce, parce que dans son pays, il ne pouvait plus vivre, plus élever ses enfants, plus rêver d'avenir. Mousse, il a trois enfants, du même âge que ceux du président.

D'ailleurs, pendant le discours sur ce sable qui fut arrosé de sang, les rejetons Razratis : Flan et Porridge, les deux garçons, et la fille, Biaire, boivent les paroles de leur auguste papounet. Ça fait chic de sortir à la campagne en famille !

Homlette s'enfile, machinalement, son troisième verre de Gin-paf-au-taf. Empty jette un œil indifférent à son épouse qui, depuis quelque temps, abuse de la dive bouteille. Le couple modèle se fissure, malade de ses quelques trente ans de vie commune. Empty, lui, se laisserait volontiers séduire par la première dame...

Et voilà que Nicto, fidèle à lui-même, afin de frapper l'opinion, met en scène ses envolées de bras, ses mouvements amples, destinés à non verbaliser l'ouverture. Voilà qu'il parle d'accueil et de sacrifice, qu'il évoque tous ces hommes morts au nom de la liberté, et qui étaient de toutes le couleurs. Le Télé-Président ne cesse pas de chanter la fraternité.

Pan-Servela se tortille dans le fauteuil Chesterfield, cuir vert bronze. Il sent bien que quelque chose lui échappe. Il pense à nouveau à Mousse. Il était intégré, cet homme là. Il n'a pas coûté un rond à la nation. Il a cotisé, consommé, payé. Mais, comme il ne vivait pas en souterrain, qu'il n'était pas planqué dans ces cités où les forces de l'ordre ne peuvent plus pénétrer, et bien il a été facilement épinglé. Ben voui, c'est plus aisé de coincer quelqu'un qui mène une vie réglée qu'un merlu de banlieue, qu'un maquereau de quartier, qu'une morue d'allée, qu'une sardine de trottoir, qu'une anguille de caleçon.

Bizarre, ce monde où les préfets ont des quotas à respecter, où les personnes deviennent des troupeaux à aller faire paître dans d'autres champs.

Mais c'est une autre histoire...




Jeudi 8 mai 2008 4 08 /05 /Mai /2008 21:52
- Vous fûtes plusieurs... 4 très exactement. - Vous en dites... - Publié dans : Ducond and Co - Communauté : La gazette des blogs
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Commentaires

Et faire attention, que ces visages que l'on laisse au bord du chemin ne soient pas un jour les notres.
Bien à toi
Commentaire n°1 posté par Sculpix bleu le 09/05/2008 à 15h35
C'est bien triste... ça me fait penser à un Pixel de ma connaissance. La vie est belle si on la regarde comme belle, si on sait ne pas tourner autour des blessures, si on sait accepter les infimes cadeaux qu'elle offre chaque jour.
Bien à toi.
Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 09/05/2008 à 19h51
Quand je te lis, je me dis que ça fait bien trop longtemps que je ne suis pas passée par ici, et que tu as une plumme merveilleuse qui me chatouille. Quand je te lis, je me dis que tu es superbe, puis ça me donne envie d'écrire... Merci !
Commentaire n°2 posté par Piba le 09/05/2008 à 17h55
Piba, ta visite est cadeau pour moi. Si je peux te donner (redonner ?) le goût d'écrire, alors je suis heureuse. Il faudra que je recommence, aussi, à visiter les blogs amis. Ma vie est en friche et je suis assez casanière en ce moment. C'est la vie, justement. Je t'embrasse. Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 09/05/2008 à 19h50
Visiblement, le sort des sans-papiers te tient à coeur et tu suis leur histoire. Ton travail "administratif" est-il donc en lien avec ces derniers?

Un temps de ma vie, j'ai monté des dossiers pour certains d'entre eux et elles. J'ai alors découvert comment ils vivaient, comment ils se terraient, comment la peur était leur compagne permanente.
Depuis j'ai compris quel était notre pays et la sombre farce qu'était notre devise.
Toujours si cela t'intéresse, j'ai également écrit quelques articles sur le sujet.

Allez, je continue mon petit tour chez toi...
Commentaire n°3 posté par hicham le 10/05/2008 à 19h00
Je viens d'aller lire tes articles chez toi, et je t'ai laissé un com. Non, mon travail n'est pas dans ce domaine, et c'est fortuitement que j'ai été controntée à cette réalité là. Non, moi je travaille dans l'insertion professionnelle et la formation professionnelle. Je suis aussi confrontée à des douleurs, mais moins grandes que celles que j'ai pu voir vendredi.
Surtout, ce qui me bouleverse, c'est de constater à quel point nous sommes impuissants, et, souvent, incapables de trouver une solution, de mobiliser l'énergie qu'il faudrait.
Alors je ne crois pas à la révolution du gentil facteur, je n'ai plus l'âge, mais des fois, j'aurais envie que nous retrouvions quelques unes des paroles de l'internationale.
"Debout ! les damnés de la terre
Debout ! les forçats de la faim"
Et oui, nous n'arrivons plus à tenir debout.
Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 10/05/2008 à 19h07
J'adore. Faute de temps, je n'ai pas tout lu, mais je reviendrai vite. Et je tacherai d'être plus personnel dans mes com. Kenavo!
Commentaire n°4 posté par JIMA le 13/05/2008 à 20h47
Bienvenue à Toi. Alors, ils fait quel temps en Bretagne. Kenavo. Bises Penny
Réponse de Pénélope Timiste le 13/05/2008 à 22h31

It's me

Déposé...

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